TRÉMATODES
Corps déprimé ou presque cylindrique , mou ; pores ou suçoirs pour bouche. Tous les individus androgyns. Genre : Distome.
QUATRIÈME ORDRE
CESTOIDES.
Corps alongé, déprimé, continu ou articulé ; la téte très rarement pourvue de lèvres simples, et le plus souvent de deux ou de quatre fossettes ousuçoirs. Tous les individus androgyns.
Genres : Bothryocéphale, Tamia.
CINQUIÈME ORDRE
CYSTOIDES.
Corps déprimé ou un peu cylindrique , terminé en arrière *• a4
par une vessie pour charpie individu, ou commune à plusieurs: tête pourvue de deux ou quatre fossettes ou suçoirs avec une couronne de crochets ou de quatre trompes ; organes de la génération presque incomplets.
Genres : Cyslicerque, Acéphalocyste.
Le plan et le but de cet ouvrage ne nous permettent pas de décrireici tous les Vers intestinaux, en si grand nombre, qui ont été observés dans les différens animaux. Nous nous bornerons à ceux qu'on a trouvés dans l'homme , les seuls qu'il soit important pour le médecin de bien connaître.
Nous les diviserons en deux paragraphes, suivant qu'on les observe dans l'intérieur des organes de la digestion , ou en dehors de ces organes.
§ ï. Entozoaires des organes digestifs.
* Ver» cylindriques.
1er Genre : Tbichocéphale, TrichocephaLus Rud.
Corps cylindrique, élastique, capillaire en avant, se renflant subitement en arriére; bouche ôrbiculaire; pénis simple, dans une gaîne prépiitial'c.
Trichocéphale dissemblable.
Trichocephalus dispar, Rudolphi, Eut. 2 , p. 88; Bremser, 143, t. 1, f. >.
Ce Ver est linéaire, long d'un pouce et demi à deux pouces, ayant les deux liers de son corps capillaire , l'autre tiers plus renflé. Cette extrémité capillaire a élé considérée comme une queue par Rœdcrer et Wagîêï. qui ont observé ce Ver et l'ont décrit sous le nom de Trichuris, C'est Gœze et Millier qui ont prouvé que la partie la plus mince se terminait par la tôte. Cette espèce se compose d'individus mâles et d'individus femelles. Les premiers ont la partie renflée proportionnellement plus longue et contournée en spirale, bien qu'ils soient plus courts que les femelles. Les vaisseaux spermaliques sont placés
VERS INTESTINAUX. l
dans la partie renflée, et se contournent plusieurs fois sur eux-mêmes. Ils vont se terminer à l'extrémité du corps par un petit tube transparent, qui sert en quelque sorte de prépuce au pénis , lequel est extrêmement pointu.
Les femelles, un peu plus longues que les mâles, ont la partie renflée moins développée, toujours rectiligne, et jamais contournée en spirale. Les oviductes sont placés autour du canal digestif, qui forme une ligne presque droite de la bouche h l'anus. L'ouverture des organes sexuels paraît être là même que celle des organes digestifs.
Ce Ver se trouve dans le gros intestin de l'homme et d'une foule d'autres animaux , quelquefois en petit nombre, d'autres fois excessivement nombreux , ainsi que Rudolphi l'a observé , en ayant trouvé plus de mille dans le cadavre d'un seul individu.
En général, ces Vers, au moment où on les observe dans le corps des animaux , ont leur partie pointue fortement engagée dans la substance même de la membrane muqueuse, tandis que leur partie renflée est libre dans l'intestin.
2B Genre : Oxyure , Oxyurus Bremser (1).
Corps cylindrique , élastique , subulé à sa partie postérieure; bouche orbiculaire ; pénis simple dans une gaîne préputiale.
Oxyure vermiculaire.
Oxyurus vermicularis, Bremser, 1, c. p. 149, t. l,f. 3; t. 2, f. 1 ; Ascaris vermicuktris, R.udoIphi, 1. c. 2. p. 152.
On désigne très communément ce Ver sous le nom d'Ascaride. Il est extrêmement fréquent dans les gros intestins, et surtout ie rectum , principalement chez les enfans. Les sexes sont séparés sur deux individus. Les mâles sont longs d'une ligne à une ligne et demie ; leur corps est linéaire , blanc , très élastique , obtus à sa partie antérieure , qui est semirtransparente , et laisse apercevoir à travers ses parois un tube droit , qui est
(1) Voyez le travail de M. Dugès sur l'.matomie do ce ver. { Ann. se. nat. 9, p. 225.)
l'œsophage , se rendant à un estomac presque globuleux. L'extrémité postérieure de leur corps est légèrement renflée et se contourne en spirale. Les femelles sont fort différentes des .mâles par leur longueur et leur forme. Leur corps est long de quatre à cinq lignes ; il est fusiforme, et se termine à sa partie postérieure en une pointe extrêmement Qne. La partie antérieure , qui correspond à la tête , est absolument organisée comme dans le mâle.
Ces Vers avaient été placés dans le genre Ascaris par tous les naturalistes, jusqu'à M. Rudolplii, qui reconnut le premier que, par plusieurs points de leur organisation , et entre autres |>ar leur bouche orbiculaire sans lèvres , leur pénis simple , ils différaient des Vers de ce genre , et il proposa d'en faire un genre particulier , sous le nom d'Oxyure , genre qui a été adopté par les autres helminthologistes.
3e Genre: Ascaride, Ascaris Rudol.
Corps cylindrique, élastique, atténué à ses deux extrémités; bouche à trois lèvres ; pénis formé par un double aiguillon.
Ascaride lombricoïde.
Ascaris lumbricoïdes, Rudolptai, Bremser, 1. c. p. 157, t. 2, f. 2-3; Jul. Cloquet, Anat. des vers intest. pl. 1-4.
Cette espèce d'Entozoaire a été connue dès la plus haute antiquité. Elle est aussi une de celles qu'on observe le plus fréquemment. Les anciens la désignaient sous le nom de Lumbricus teres, et la regardaient comme identique avec le Lumbricus terrestris, ou Ver de terre , seulement modifié par son séjour dans les intestins. Mais cette erreur, reproduite encore par quelques médecins ou naturalistes récens, a été victorieusement combattue et détruite par les helminthologistes. Plus lard on en a fait le type du genre Ascaris , auquel on avait réuni d'abord l'Oxyure. M. Jules Cloquet, dans un excellent mémoire couronné par l'Académie des sciences en 1818, a éclairé plusieurs points encore douteux de la structure de ce Ver.,
L'Ascaride lombricoide a le corps cylindrique, d'une longueur variable entre un et quinze pouces. Mais plus commu-
VERS INTESTINAUX. 3j;3
nément il n'a guère , dans l'espèce humaine , au delà de six à huit pouces. Son diamètre , mesuré yers le milieu du corps , est d'une à deux lignes. Les individus mâles sont en général plus petits , plus minces et moins communs que les femelles. M. Jules Cloquet estime que leur nombre est à celui de ces dernières dans le rapport d'un à quatre. Dans l'état de vie , ils sont lisses , luisans , d'une teinte blanche, tirant un peu sur le jaune ou sur le rouge. La demi - transparence de leur corps permet d'apercevoir une partie de leurs viscères à travers ses parois, et entre autres l'œsophage et les organes générateurs. La partie antérieure est plus mince que la postérieure, et se termine par les trois tubercules qui forment la bouche ; l'extrémité postérieure s'amincit en pointe, mais moins grêle que l'antérieure , surtout dans la femelle. Dans le mâle , cette extrémité est un peu recourbée; l'anus, sous la forme d'une fente transversale, est placé tout près de cette extrémité. Sur le corps de l'animal régnent quatre lignes longitudinales : l'une dorsale, l'autre abdominale, et deux placées sur les côtés. Dans la femelle , vers la réunion du tiers antérieur avec les deux tiers postérieurs , existe une partie un peu plus rétrécie : c'est là qu'on aperçoit l'ouverture des organes générateurs. Cette ouverture, extrêmement petite , conduit dans un vagin très étroit, long de cinq à six lignes, sous la forme de deux très longues cornes , flexueuses , placées le long de l'abdomen , et qui se terminent par des ovaires filiformes, contournés sur eux-mêmes , et embrassant le tube digestif. Dans le mâle , le pénis est placé près de l'anus sous la forme d'un double crochet; le testicule et les cordons sperraatiques sont filiformes et enroulés autour des organes de la digestion.
Les Ascarides lombricoïdes sont beaucoup plus fréquens chez les enfans que chez les adultes , et surtout que chez les vieillards. Ils se rencontrent plus particulièrement aussi chez les enfans d'un tempérament mou et lymphatique ; chez ceux qui font habituellement usage d'alîmens grossiers et indigestes , et qui habitent des lieux bas et peu aérés. Toutes ces circonstances se trouvent en général réunies chez les enfans des classes pauvres dans les grandes villes. Aussi observe t-on les Lombrics
très souvent à Paris. Ces Vers vivent communément dans les intestins grêles. Cependant on les a aussi observés dans d'autres organes; mais ce n'est en quelque sorte qu'accidentellement. Les Lombrics, dit M. Jules Cloquet (1. c. p. 4, note 2), ne descendent que rarement dans les gros intestins ; et M. Rudolphi pense qu'ils sont toujours chassés au dehors quand ils viennent à passer dans le cœcum. Quelquefois ils remontent dans l'estomac, et jusque dans le pharynx, où ils produisent une titillation incommode , accompagnée d'une petite toux qui facilite leur sortie par la bouche. Ils peuvent , dit-on , s'introduire dans le larynx et les voies aériennes, et déterminer des accidens plus ou moins graves. Il n'est pas très rare de les voir pénétrer dans les fosses nasales , et ressortir par les narines : j'ai observé un fait de cette nature sur un enfant. Martin Slabber a vu un homme rendre des Lombrics par les narines en éternuant. M. Bremser rapporte un cas analogue. Les Lombrics peuvent passer dans les conduits biliaires et la vésicule du fiel. Laennec a trouvé dans le cadavre d'un enfant , dont l'estomac renfermait une grande quantité d'Ascarides lombricoïdes , les pores biliaires distendus, et le tissu du foie rongé par des Vers de cette espèce (Bull. Fac. méd. Paris, an XIII, n° V). Ph. Fréd. Gmelin a trouvé un Lombric long de trois pouces dans Je canal pancréatique. On a vu des Lombrics être expulsés dans des cas de hernies étranglées avec gangrène , après l'ouverture d'abcès formés dans les parois abdominales. Les auteurs eitenl encore un grand nombre de cas dans lesquels ces mêmes Vei s ont élé trouvés dans la cavité du péritoine , dans les reins, la vessie ,xles sinus frontaux , etc. Mais beaucoup de ces observations sont inexactes; elles prouvent qu'on a souvent pris pour des Ascarides lombricoïdes des Vers appartenant à des genres très différens, ou même des parties inorganiques , comme des caillots de fibrine. Cependant on possède des faits dont on né saurait mettre en doute l'exactitude. M. Duméril m'a dit avoir vu un malade rendre par l'urètre un Ascaride lombricoule. Stroraaïer a publié une observation semblable. En 1808, j'ai rencontré sûr le cadavre d'un enfant de cinq ;i six ans trois Lombrics volumineux . logés sur la face antérieure du sacrum.
dans l'écartement des deux feuillets séreux qui forment le mésorectum. Ils n'avaient déterminé aucune inflammation dans cet endroit, et étaient sortis de l'intestin par une perforation ulcéreuse du commencement du rectum. »
4! Genre : Ophiostome, O.phiosioma II. Cloquet.
Corps cylindrique , élastique , aminci à ses deux extrémités bouche à deux lèvres distinctes, l'une supérieure, l'autre inférieure.
Ophiostome db pontier.
Ophiostoma Pontieri , II. Cloquet, Dict. de med., Faune mt'dic.
Le genre Ophiostome de M. Rudolphi ne comprenait que des espèces qui toutes étaient étrangères à l'espèce humaine. ]\I. H. Cloquet , en 1821 , a fait, connaître une espèce nouvelle de ce genre , qui a été trouvée dans l'homme. Yoici ce que dit ce médecin à l'article Ophiostome du Dictionnaire 4e médecine en vingt-un volumes : « Toutes les espèces ajoutées successivement à ce genre jusqu'en 1821 habitaient dans des animaux autres que l'homme ; mais à cette époque j avec une complaisance toute particulière, M. le chevalier Varéliaud me mita même de décrire un Ophiostome vomi sous les yeux du docteur Piaymond Pontier , d'Uzerches , par un cultivateur des environs de cette ville , qui avait été, depuis plusieurs années, sujet à des attaques d'épilepsie , et qui en fut dès lors totalement délivré.
» L'individu que j'ai été à même d'observer, et que je conserve dans de l'esprit de yin , est long de neuf pouces , et n'a qu'une ligne d'épaisseur dans son plus grand diamètre , ce qui le fait ressembler à une moyenne corde de violon. Il est brun, finement annelé de cercles plus clairs. Sa bouche est manifestement bilabiée; la lèvre inférieure est plus longue que Ja supérieure. J'en ai , dans le temps, communiqué la description aux Sociétés philomatique çt d'histoire naturelle de Paris , et proposé de le nommer Ophiostoma Pontieri. t
Vers ruhanaircs. ' ' i i
5e Genre : Bothryocéphale , Bothryocephalus Bremser.
Corps alongé , rubané , articulé ; tète tétragone , pourvue de deux ou quatre fossettes opposées ; ouvertures des organes générateurs placées sur le milieu de la face inférieure de chaque article.
Bothryocéphale large.
Bothrrocephalus latus, Bremser , 1. c. p. 163, t. 4, 5; Tcenia lata ,
Rudolphi.
On rencontre dans le corps de l'homme deux sortes de vers rubanaires que l'on confond vulgairement sous le nom de Ver solitaire. L'un a la téte alongée , sans cou marqué , les articles larges , quadrilatères , aucune partie saillante au milieu des quatre suçoirs : c'est celui que nous décrivons ici sous le nom de Bothryocéphale . L'autre a ses articles plus longs , la proéminence d'entre les suçoirs armée de petites pointes disposées en rayons : c'est le Taenia à longs anneaux ( tcenia solium L. ) , plus spécialement désigné sous le nom de Ver solitaire.
Le Bothryocéphale a communément une longueur de vingt pieds sur cinq à six lignes de large. Cependant il en est dont les dimensions sont beaucoup plus considérables. Ainsi , Gœze dif que Bloch lui en envoya un individu qui avait soixante aunes un quart de long • et Boerhaave prétend qu'il en a fait rendre un à un Russe , qui n'avait pas moins de trois cents aunes. M. Budolphi a assuré à M. Bremser qu'il avait vu des Bothryocéphales qui avaient jusqu'à un pouce de large.
La tête est ovoïde , obtuse, présentant une dépression transversale , que M. Budolphi considère comme les organes propres à absorber la nourriture ; mais, selon M. Bremser, l'ouverture de la bouche est placée dans cette dépression. Du moins ce célèbre helminthologiste prétend que, dans un Bothryocéphale provenant du Turbot (Pieuronectes maximus L.) , l'ouverture de la bouche est très marquée. Les articulations sont sous la forme de plis ou rides transversales dans la partie supérieure
du Ver, qui est plus étroite. Mais à mesure qu'on s'éloigne de la tète, les articles deviennent plus larges. A leur face inférieure sur la ligne médiane, on aperçoit sur chacun d'eux un très petit trou, par lequel sort une sorte de corps pointu, que l'on considère comme le pénis des mâles. Les oviductes environnent cette ouverture. Le Bothryocéphale se termine à sa partie postérieure par une extrémité obtuse.
Dans l'état récent , et peu de temps après qu'il vient d'être expulsé du canal intestinal , ce Ver aune couleur grisâtre, et n'est jamais blanc comme le Ver solitaire proprement dit. C'est à M. Bremser qu'on doit la première bonne description de la tête de cet Entozoaire. On pourra voir combien sous ce rapport il diffère des vrais Taenias.
Le Bothryocéphale est beaucoup plus commun chez les habitans du nord de l'Europe , et spécialement chez les Busses, les Polonais et lesSuisses. On l'observe aussi quelquefois en France, mais moins souvent que le Tœnia.
6e Genre : Taenia, Tœnia Bremser.
Corps alongé, rubané, articulé ; quatre suçoirs à la tête , qui est armée d'une couronne de crochets ; ouvertures des organes générateurs sur les bords mêmes des articles.
TjENIA ver solitaire.
Tœnia solium L. Rudolphi ; Bremser, 1. c. p. 178, t. 6 et 8.
Le vrai Taenia , ou Ver solitaire, se trouve dans les intestins de l'homme , en France , en Italie , en Allemagne, et en général dans toutes les contrées de l'Europe où on n'observe point le Bothryocéphale. Cette espèce est très facile à distinguer de ce dernier. En général, sa couleur est presque blanche. Sa tête est globuleuse ; elle présente quatre mamelons arrondis, au centre desquels est l'ouverture de la bouche , entourée d'une rangée circulaire de très petits cils. Les articles de ce Ver sont en général plus longs que larges ; et les trous des organe s sexuels , au lieu d'être placés sur le milieu de la face inférieure de ces articles, sont disposés sur leurs bords mêmes. Il résulte de cette
conformation , qu'un seul article de ces espèces peut servir à les distinguer très facilement l'une de l'autre , uniquement par la place différente que ces organes occupent.
M. liremser dit qu'il ne pense pas que jusqu'à présent aucun naturaliste ait vu un Ver solitaire parfaitement entier : ce n'est jamais que par fragment qu'on a pu l'étudier ; aussi varie-t-on singulièrement sur sa longueur. Quelques auteurs disent qu'il n'a communément qu'une douzaine de pieds; d'autres, au contraire, prétendent avoir vu des individus qui avaient plus de cinquante aunes.
Il parak certain aussi que l'on peut trouver plusieurs individus de ce Ver chez la même personne , quoique le nom de Ver solitaire dût faire présumer le contraire.
Beaucoup d'auteurs ont avancé que le Tœnia reproduit de nouvelles articulations par son extrémité postérieure, àmesure qu'il s'en détache, et qu'elles sont expulsées avec les matièr e s fécales. Mais celte opinion est combattue par M. Bremser , qui pense qu'originairement tous les articles qui doivent composer ce Ver existent , mais excessivement rapprochés les uns des autres, et que c'est par leur écartement successif que la longueur du Ver s'accroît.
ï'ai eu occasion d'ohserver un fait remarquable sur un Tœnia au moment où il venait d'être rendu par une jeune fille. En le mettant dans du lait tiède , il exécuta des mouvemens extrêmement marqués , qu'il renouvela toutes les fois qu'on changeait le liquide.
§ II. Entozoaires qui se développent hors des organes digestifs . 7e Genre : Fil.mre , Filaria L.
Corps alongé , cylindrique , à peu près d'un égal diamètre dans toute son étendue ; bouche orbiculaire; pénis simple ou bifurqué.
FlLAIHE DRAGONEAU.
Filaria dracunculus, Bremser, 1. c. p. 198, t. 3, f, 1 ; Filaria Mrdincnsis , Rudolpbi.
Ce Ver, connu des auteurs les plus anciens, porte en France
VERS INTESTINAUX. 3j9
les noms de Dragoneau , de Ver de Médine, de Guinée , de Veine de Médine, de Ver cutané, etc. Les auteurs ne sont pas d'accord sur la nature et même sur l'existence de cet Entozoaire. On l'observe surtout dans l'Arabie-Pétrée , en Afrique , au Sénégal, au Congo, à la côte d'Angola, etc. ; en Asie , dans les Grandes-Indes, et jusqu'en Amérique. Cependant il ne parait pas qu'on l'ait trouvé en Europe , si ce n'est sur des individus qui avaient séjourné pendant plus ou moins long-temps dans les pays où ce Ver existe , et d'où l'on peut supposer qu'ils en avaient apporté le germe. C'est ainsi que M. le docteur Brulatour de Bordeaux a publié deux observations de Dragoneau vu dans cette ville , chez deux individus arrivant des contrées tropicales. Il existe sous la peau, dans le tissu cellulaire, ou entre les muscles -, le plus souvent aux extrémités inférieures , quelquefois aux membres supérieurs , au cou , à la téte , au scrotum • en un mot, dans presque toutes les parties du corps. Il est cylindrique , d'une longueur extrêmement variable , puisque quelques auteurs en ont vu qui n'avaient que quelques pouces , tandis que d'autres avaient dix , vingt, trente pieds, et au delà. Sa grosseur n'est pas non plus constamment la même. On a vu des individus fins comme un Cl , et d'autres qui présentaient plus d'une ligne de diamètre.
La ressemblance de cet Entozoaire avec un Ver qu'on trouve abondamment dans l'eau, et que l'on appelle le Gordius aquatilis , a fait penser à un grand nombre d'auteurs que leFiîaire, ou Ver de Médine, n'était que le Gordius , qui avait pénétré dans le tissu cellulaire, soit en traversant la peau à l'état d'œuf ou de jeune embryon, au moment où le corps est plongé dans l'eau , soit en étant introduit dans le corps à l'état de germe, avec les boissons aqueuses. Mais cependant plusieurs helmintbologistes ont combattu cette opinion.
D'autres, au contraire, l'ont considéré comme une production morbide , soit une portion de nerf, soit un vaisseau , etc.
Cependant aujourd'hui la plupart des zoologistes l'admettent au nombre des Vers intestinaux.
Comme cette espèce ne se rencontre presque jamais en France , nous ne croyons pas devoir en parler ici plus longue-
vnns INTESTINAUX.
ment, renvoyant à l'ouvrage de Bremser les personnes qui désireraient connaître toutes les opinions contradictoires que l'on a successivement émises sur cet être singulier.
M. Clot-Bei, médecin français, fondateur et directeur de l'école de médecine d'Abouzabel , près du Caire en Egypte , a présenté à l'Académie des sciences de l'Institut, dans sa séance du 10 décembre 1832 , un travail sur ce Ver. Selon ce médecin, le Dragoneau se développe dans toutes les parties du corps , au nez, à la langue, au scrotum, aux membres. Il assure en avoir observé en 1828 un exemple très remarquable chez une négresse , arrivée du centre de l'Afrique depuis cinq à six ans. Le Dragoneau était logé dans l'orbite , et sa présence n'y avait pas déterminé une inflammation très vive. De temps à autre on le voyait s'avancer de l'angle externe de l'œil en glissant entre la sclérotique et la conjonctive. Arrivé à la cornée transparente, il la contournait en se dirigeant en haut. Selon le même médecin , les blancs qui ont des communications avec les nègres nés en Afrique sont quelquefois attaqués du Dragoneau.
8e Genre : Strongle , Strongylus Piudolphi.
Corps cylindrique , élastique , atténué à ses deux extrémités; bouche orbiculaire ou anguleuse, souvent munie de mamelons; la pointe de la queue du mâle terminée par une bourse d'où sort le pénis.
STRONGLE GÉANT.
Strongylus gigas, Rudolphi ; Bremser, 1. c. p. 253, pl. 3, f. 3.
On a donné ce nom à un Entozoaire que l'on trouve spécialement dans les reins de l'espèce humaine , et qui est quelquefois expulsé avec l'urine. Il est cylindrique , atteignant quelquefois une longueur de deux à trois pieds , et la grosseur du petit doigt. Son extrémité antérieure est obtuse , et se termine par la bouche , qui est environnée de six tubercules. L'extrémité opposée, dans le mâle, est terminée par une vésicule renflée, d'où sort un pénis court et pointu. Dans les femelles qui manquent de ce renflement, l'ovaire est simple, trois ou
VERS INTESTINAUX. o8l
quatre fois plus long que le corps , communiquant au dehors par une très petite ouverture en arrière de la bouche , et donnant, selon M. Cuvier, par son autre extrémité , dans l'anus, placé au bout de la queue. D'après M. Bremser, l'entrée du vagin est éloignée , selon la différente longueur du Ver, d'un ou de plusieurs pouces de l'extrémité de la queue.
Ce Ver, dans l'état de vie, est eu général d'une couleur rouge plus ou moins foncée. Il n'est pas très commun , et on le rencontre bien moins fréquemment qu'aucun des autres Vers intestinaux. Cependant les auteurs rapportent encore un assez grand nombre d'exemples de Strongles géans trouvés dans les reins , ou rendus avec les urines.
9e Genre : Hamulmre, Hamularia Rud.
Corps linéaire , presque cylindrique ; tète obtuse munie de deux crochets proémincns.
Hamulaire comprimé.
Hamularia subcompressa, Rudolphi, Entoz. 2, part. 1, p. 82! Bremser,
Treuttler a décrit sous le nom de Hamularia lymphatica un Ver qu'il avait rencontré dans les vaisseaux lymphatiques des glandes bronchiales d'un homme mort phthisique. Ces Vers étaient cylindriques , un peu comprimés , longs d'un pouce ou beaucoup moins , d'une couleur brune noirâtre , parsemés en partie de taches blanches, un peu amincis vers l'extrémité antérieure, et à moitié transparens vers l'extrémité caudale. La tète était peu distincte , obtuse , et offrait deux crochets proéminens. Du reste, aucun autre organe n'apparaissait à l'extérieur de l'animal.
Treuttler étant le seul auteur qui ait trouvé cet Entozoaire , son existence a paru douteuse à beaucoup d'helminthologistes, et l'on pensait surtout que les deux appendices remarqués par ce médecin pourraient être , soit un double pénis, soit quelque autre viscère à moitié sorti de l'abdomen. M. Rudolphi, dans son Synopsis, a rangé ce Ver dans son genre Trichosome.
10" Genre : Djstomb , Disloma L.
Corps mou , déprimé ou presque cylindrique ; deux porcs , dont l'un antérieur, et l'autre ventral.
Distome bu foie.
Distoma hepaticum, Rudolplii ; P.remscr, 1. c. p. 265. t. 9, f. 1, l. c. •
Fasciola hepatica L. ; Fasciola humana Gmelin.
On a donné ce nom à un Entozoaire que l'on trouve dans la vésicule et les conduits biliaires de l'homme et de plusieurs animaux. Les Douves sont comprimées, ayant en quelque sorte la forme d'une petite feuille ou celle d'un fer de lancette, obtuse aux deux extrémités; offrant en avant une partie rétrécie en forme de cou , au bout de laquelle est le premier suçoir. De cet organe partent des canaux qui se ramifient dans tout le corps , et y transportent la bile , qui fait l'unique nourriture de ces animaux. Un peu en arrière, on voit un petit tentacule rétractile , et immédiatement après est le deuxième suçoir. Vers le milieu de l'animal existe l'ovaire, et les œufs sortent par le tentacule , qui parait exercer les fonctions d'un pénis, puisque l'on prétend que ces animaux s'accouplent à la manière des Hélices, en introduisant mutuellement leur tentacule dans le deuxième suçoir.
La grandeur de cet Entozoaire dans l'homme varie de deux à cinq lignes , et môme un peu au delà. Dans les animaux , au contraire , on en trouve qui ont un pouce et plus de longueur. Cependant M. Bremserest porté à considérer ces espèces comme identiques.
Cet Entozoaire n'a pas été trouvé très fréquemment chez l'homme; il est beaucoup plus commun dans les autres animaux.
§ Hï. Des Hyclatides ou Fers vésiculaires.
On a désigné sous le nom général d'Hydatides des vésicules plus ou moins volumineuses, à parois minces et souvent transparentes, remplies d'un liquide aqueux et incolore, le plus souvent réunies dans une poche commune ou kyste, qui se forme
VERS INTESTINAUX. JOJ
dans l'intérieur des organes creux , ou dans la substance même desorganes parenchymateux.Tantôtces vésicules sont tout à fait libres et indépendantes , non seulement entre elles , mais encore relativement à la paroi interne du kyste, avec laquelle elles paraissent n'avoir aucune adhérence ; tantôt elles sont unies entre elles au moyen de filamens ou d'une sorte de réseau , et forment des grappes plus ou moins volumineuses et ramifiées.
Les opinions les plus diverses ont été émises sur l'origine et la nature de ces productions. C'est ainsi qu'on les a tour à tour considérées comme des maladies , des renflemens ou dilatations accidentelles des vaisseaux sanguins et lymphatiques , comme des dégénérescences du tissu cellulaire, comme des altérations des humeurs , etc. , etc.
Mais, vers la fin du dix-septième siècle, Hartmann, Malpighi et Tyson découvrirent presque en même temps la nature animale de ces vésicules, dont ils reconnurent les mouvemens,et qu'ils considérèrent comme des Vers intestins. Cependant cette opinion , bien que généralement adoptée pour plusieurs de ces vésicules , est niée pour quelques autres par beaucoup de naturalistes et de médecins.
Les Vers vésiculaires sont en général rapportés à quatre genres, sous les noms d'Àcéphalocystes, Cysticerques, Échinocoques et Cœnures ou Polycéphales. Ce dernier n'a jamais été observé dans l'homme. C'est lui qui , en se développant dans la substance cérébrale des moutons, leur cause la maladie connue sous le nom de Tournis.
1° ACÉPILVLOCYSTES.
On trouve fréquemment dans plusieurs organes des vésicules isolées les unes des autres , d'un volume variable , libres ou adhérentes , développées dans une poche accidentelle , et que M. Laennec a désignées sous le nom d'Acéphalocystes. Leur volume varie depuis celui d'un grain de chenevis jusqu'à celui de la tête d'un fœtus à terme. Leurs parois, dit M. Hipp. Cloquet (1), sont minces , homogènes , fragiles et sans fibres ; elles sont le plus souvent incolores, parfois légèrement grises ,
(1) Dictionnaire de médecine en vingt-un volumes, art. Àcéphalocyste.
verdâtres, ou d'une teinte laiteuse. Leur cavité est remplie par un liquide parfaitement limpide, ayant toutes les propriétés de l'eau chargée d'un peu d'albumine. Assez souvent les Acéplialocystes offrent dans leurs parois des épaississemens de différente nature. Lés uns sont blancs , irréguliers , plus ou moins étendus ; d'autres sont de petits corps sphériques, blancs et opaques, dont le volume varie depuis celui d'un grain de millet jusqu'à celui d'un petit pois. On pense assez généralement aujourd'hui que ces petites masses oviformes sont des Acéphalocystes naissantes , qui . après avoir atteint un degré de développement suffisant, se détachent de leur mère, tombent dans sa cavité intérieure , et y prennent ensuite de l'accroissement (1).
Il n'est pas rare de rencontrer des Acéphalocystes qui en contiennent d'auires moins volumineuses, lesquelles en renferment de nouvelles déjà assez grosses aussi. Il est présumable qu'à la longue les nouveaux Vers, en acquérant de plus fortes dimensions, doivent finir par faire éclater leur mère, en la distendant outre mesure. Presque toujours , en effet , on trouve les plus grosses Acéphalocystes rompues. D'après l'apparence de leurs parois, qui contiennent tantôt des corps ovoïdes, tantôt desimpies granulations, tantôt enfin des espèces de gemmes ou de bourgeons, M. Laennec divise le genre Acéphalocyste en trois espèces , qu'il nomme Acephalocystis ovoidea , A. granulosa et A. surculigerà. M. H. Cloquet a découvert dans la capsule synoviale du tendon du grand fessier une espèce dont les vésicules sont lenticulaires et granuleuses , et qu'il nomme A. plana. Enfin, le même naturaliste fait une cinquième espèce pour les Hydatides en grappes , qu'on observe fréquemment dans l'utérus : productions sur lesquelles M. le professeur Désormeauxa publié des observations très bien faites, à l'article OEuf du Dictionnaire de médecine en 21 volumes.
Les Acéphalocystes sont-elles des animaux? ou bien ne sontelles que des altérations accidentelles et morbides de nos tissus ? Il me parait très difficile de se prononcer entre ces deux
(1) Voyez, dans la Gazette médicale du samedi 29 décembre 1832 , un travail de M. Khun sur les Acéphalocystes.
opinions , qui, l'une et l'autre, peuvent être tour à tour soutenues et combattues avec un égal avantage. Rudolphi ne les admet pas au nombre des Vers intestinaux j Bremser, au contraire, semble adopter l'opinion opposée , et cependant il n'en parle pas spécialement. Pour nous, il nous semble qu'il est fort difficile d'admettre , dans le règne animal , des corps qui ne nous paraissent avoir aucun des signes qui caractérisent l'animalité. Des vessies pleines d'un liquide diaphane , mais dans lesquelles on ne trouve aucune trace d'organes , qui sont toutà-fait inertes (car il parait bien démontré que jusqu'à présent on n'a pu apercevoir aucun mouvement réel dans ces productions), nous semblent ne se rattacher en rien à l'organisation animale. Ce ne sont que des développemens anormaux , des dégénérescences des tissus ; dégénérescences dont on n'a point encore assez étudié peut-être le mode de formation primitive et les développemens successifs.
L'opinion que nous émettons ici pour les Acéphalocystes nous parait devoir s'appliquer également aux autres Vers vésiculeux. La vésicule nous paraît être une partie tout-à-fait distincte des animaux qu'on trouve nageant dans le liquide. La première est une production morbide tout à fait semblable aux Acéphalocystes, et les animalcules qu'on trouve dans son intérieur sont tout à fait analogues aux Infusoires qui se forment, sans qu'on en connaisse la cause , dans les liquides qui contiennent des matières animales ou végétales. Du moins , c'est ce que l'on peut dire pour les Echinocoques etlesCysticerques.
Au reste , cette opinion paraît être aussi celle de Rudolphi , qui admet des Hydatides vivantes et non vivantes , c'est-à-dire eontenant des animalcules ou un liquide inerte et sans animaux,
2e ÉCHINOCOQUE DE L'HOMME.
Echinococcus hominis, Bremser, 1. c, p. 293, t. 8, f. 2e ; 2 a., 1. 10, f. 1 .
Dans l'intérieur de plusieurs des organes de l'homme , dans le foie, le rein, etc., il se forme quelquefois des vésicules remplies d'un liquide diaphane , limpide ou légèrement coloré. Si l'on examine l'intérieur de ces vésicules , on voit nager dans le liquide qui les remplit des corpuscules déprimés, alongés, que i. a5
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l'on a considérés comme d'autres Uydatides. En examinant avec soin ces Hydatides, M. Rendsorff {De hydatidibus in corpore humanoetprœscrtini in cercbro repartis) a reconnu que c'étaient de véritables Vers intestinaux éparsdans l'intérieur de la vessie, d'une forme ovalaire , atténués aux deux extrémités, renflés au milieu , et dont l'extrémité céphalique est armée d'une couronne de crochets. M. Bremser n'avait qu'une connaissance incomplète de l'organisation de ces animaux , puisqu'il dit que ceux qu'on trouve dans l'espèce humaine paraissent manquer de cette couronne de crochets. M. Rendsorff , au conlraire , les a très bien vus et fait figurer ; et ce sont ces figures que M. de Blainville a reproduites dans la planche X de l'Atlas de la traduction française de l'ouvrage de Bremser.
3° CVSTICERQUE.
Cysticercus cellulosœ Rudolphi, Bremser, 1. c. p. 180, t. 8.
Cet Entozoaire se développe dans le tissu cellulaire des muscles et dans la substance du cerveau , chez l'homme , mais beaucoup plus fréquemment dans certains animaux , et entre autres les cochons.
De petites vésicules ovoïdes se forment dans le tissu cellulaire , et y adhèrent plus ou moins fortement , au moyen de faisceaux vasculaires qui proviennent évidemment du tissu qui les environne. Dans l'intérieur de chaque vésicule, qui est pleine d'un liquide incolore, se trouve un petit Entozoaire qui présente les caractères suivans : Son extrémité caudale est terminée par une vésicule transparente , plus ou moins renflée ; le corps est alongé , ridé transversalement , probablement par l'effet des contractions de l'animal ; le cou se termine par une tête renflée, obtuse, présentant sur ses parties latérales quatre suçoirs courts et obtus, et terminée à son sommet par une couronne de petits crochets.
C'est cette espèce qui , en se multipliant outre mesure dans certaines circonstances , finit par envahir toutes les parties du cochon , et déterminer la maladie connue sous le nom de ladrerie.
Les Cysticerques peuvent exéculer certains mouvemens : ainsi ils dilatent ou compriment leur vésicule caudale; ils alon gent ou raccourcissent à volonté leur corps.
On a distingué plusieurs espèces parmi les Cysticerques qu'on trouve dans les différentes parties du corps de l'homme. Tels sont les Cysticercus tenuicollis , observés dans le plexus choroïde ; les Cysticercus Fischerianus,et Cysticercus dicystus de Laennec.
C'est à cette division des Vers intestinaux qu'appartient le Ver décrit par Treuttler sous le nom de Distoma pinguicola. Cet Entozoaire a été trouvé une seule fois dans la graisse qai entourait l'ovaire d'une jeune paysanne morte en couches. M. Bremser le figure pl. 9, f. 2.
Quant au genre Caenure ou Polycéphale, il nous semble être absolument le même que le Cysticerque , avec cette seule différence que chaque vésicule est commune à plusieurs corps, tandis que , dans ce dernier genre , il n'y a qu'un seul corps pour chaque vessie. Du reste , l'organisation du corps et de la tête est absolument la même , ainsi qu'on peut le voir en comparant les figures que Bremser donne du Cysticerque, pl. 8, fig.l, h, avec celles de Fischer , reproduites dans l'Atlas de Bremser, pl. 10, f. 2, c, et qui représente la Caenure céré» brale , qui détermine chez les moutons la maladie connue sous le nom de tournis.
Après avoir fait connaître l'organisation générale des Vers intestinaux , indiqué la place qu'ils doivent occuper dans la classification zoologique, après avoir donné une description succincte des diverses espèces qui sont propres à l'espèce humaine , il nous reste à nous élever à quelques considérations généralessur l'origine et le développement des Vers intestinaux. Ce sujet difficile tient aux théories les plus ardues de la philosophie des sciences naturelles.
On peut rapporter à deux chefs principaux les opinions émises sur la formation première des Vers intestinaux. L'un
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admet qu'ils viennent du dehors ; l'autre, au contraire , qu'ils se forment à l'intérieur même du corps des animaux.
1° Les Vers intestinaux sont-ils des animaux qui aient d'abord vécu à l'extérieur et qui se seraient ensuite introduits dans certains animaux? Ceuxvqui ont cherché à établir cette opinion se sont appuyés , les uns sur ce que les Entozoaires qu'on trouve dans le corps des animaux avaient été aussi trouvés soit dans l'eau , soit sur la terre. Mais une semblable allégation est tout à fait fausse et ne repose que sur une observation superficielle ét une connaissance incomplète de l'organisation propre aux Entozoaires. Sans doute il existe des analogies de forme entre certains Vers intestinaux et d'autres Vers extérieurs , ainsi entre l'Ascaride lombricoïde et le Lombric terrestre ou Ver de terre, entre les Douves et certaines espèces de Planaires , entre la Filaire ou Ver de Médine et le Gordius aquatilis; mais ces rapports se montrent seulement dans la forme et nullement dans l'organisation intérieure qui présente les différences les plus tranchées. En effet cette organisation est toujours en rapport avec le milieu dans lequel les animaux sont destinés à vivre. Ainsi l'on ne peut admettre , comme le veulent les partisans de cette opinion , que les Entozoaires ne soient que des individus provenant des œufs des Vers extérieurs qui se sont introduits dans l'intérieur des animaux par une cause quelconque , ou même de très jeunes individus de ces mêmes Vers.
D'autres, reconnaissant les différences que l'organisation présente dans ces deux classes d'animaux , ont prétendu que ces différences étaient simplement le résultat du genre de vie différent de ces animaux, qui primitivement avaient une même origine: qu'ainsi les Entozoaires étaient des Vers extérieurs dont le séjour dans le corps d'un autre animal avait pu modifier l'organisation interne. Mais, pour soutenir une semblable opinion, il faudrait admettre que les Vers sont, comme les Insectes par exemple, susceptible! de métamorphoses. Or c'est ce qui n'existe pas. Jamais on n'a vu un Annélide ou un Ver extérieur éprouver le moindre changement dans son organisation pondant les diverses phases de son existence. Jamais , malgré le nombre prodigieux d'animaux qui ont été étudiés uniquement
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dans le bul d'en examiner les Entozoaires surtout, par MM. Rudolphi , Bremser et les autres hehninthologistes allemands , on n'a pu trouver un Intestinal au moment où son organisation se modifiait. Il y a plus, ainsi que le démontrent les expériences tentées à cet effet, les Vers extérieurs ne peuvent pas plus vivre dans le corps des autres animaux que les Helminthes une fois qu'ils en sont sortis. La vie dans les uns et les autres ne se conserve qu'à certaines conditions , et ces conditions ils ne les trouvent que dans le milieu où ils ont commencé à se développer , et avec lequel leur organisation est en rapport.
L'exclusion de ces diverses opinions nous amène nécessairement à admettre celle qui reconnaît que les Vers intestinaux se forment primitivement dans le corps de l'animal. Admettons un instant cette opinion comme prouvée ; et sans chercher à établir le mode spécial de leur formation , examinons quelques questions qui s'y rapportent, et qui peuvent jeter du jour sur cepoint difficile de la question. Les Vers intestinaux peuvent ils se communiquer d'un individu à un autre, et quelles sont les voies par lesquelles oette communication peut avoir lieu ? On a prétendu que les parens pouvaient communiquer a. leurs enfans le germe des Vers intestinaux qu'ils auraient enx-mèmes. Mais celte transmission ne pourrait avoir lieu de la part du père qu'au moment de la copulation et par le moyen de la semence. Or la liqueur prolifique de l'homme a été bien souvent examinée au moyen de microscopes très puissans , et jamais on n'y a trouvé d'œufs de Vers intestinaux. Et d'ailleurs comment ces œufs seraient-ils arrivés jusque dans les testicules ou les vésicules séminales? Quant à la mère, ou bien elle aurait communiqué ces œufs à son enfant encore à l'état de germe, ou bien, ainsi que plusieurs auteurs le voudraient, elle les lui aurait donnés par le moyen de l'allaitement. Mais de semblables opinions se réfutent presque d'elles-mêmes. En effet on ne trouve pas des Vers uniquement dans les animaux pourvus de mamelles ; il en existe non seulement dans tous les autres Vertébrés , mais encore dans les Mollusques et les Articulés. Or ici il est évident que la transmission n'a pu avoir lieu pendant l'allaitement. De plus , clans les Oiseaux où l'on observe un si
grand nombre de Vers intestinaux , la coquille calcaire dont l'œuf est revêtu le met à l'abri de la communication directe avec la liqueur du mâle. D'ailleurs ne voit-on pas journellement des parens qui ont été long-temps tourmentés par des Entozoaires, avoir des enfans qui n'en présentent aucun symptôme , et vice versa. Ainsi donc , tout tend à prouver que cette communication des Vers des parens à leurs enfans ne peut avoir lieu.
Mais serait-ce par le moyen de l'air , des alimens ou des boissons, que ces germes pourraient être transmis? Et d'abord, tous les œufs des Vers intestinaux qu'on a pu observer jusqu'à présent étaient, quoique d'un très petit volume, spécifiquement plus lourds que l'eau distillée. On ne peut admettre que des corps ayant cette pesanteur spécifique pourraient rester suspendus dans l'air, et pénétrer ainsi par les organes respiratoires jusque dans le corps des animaux. La raison se refuse à une pareille supposition. D'ailleurs il y a un grand nombre d'Entozoaires dont on n'a jamais pu découvrir ni les organes reproducteurs ni les œufs, tels sont tous les Cystoïdes par exemple. Ici il est impossible d'admettre celte voie de communication.
Nous pouvons en dire autant quant à la communication par le moyen des alimens et des boissons. Ceux qui ont soutenu cette opinion prétendent que les Vers intestinaux qu'on observe chez l'homme ne sont que les mêmes espèces qui existent dans les animaux dont il fait sa nourriture, et qui lui ont été transmis en mangeant ces animaux. Mais d'abord nous avons déjà prouvé que les Vers intestinaux ne sont pas susceptibles de métamorphoses ; en second lieu , on trouve dans l'homme des espèces qui n'ont aucune analogie avec celles qui existent dans les animaux dont il se nourrit : enfin l'expérience directe détruit cette assertion j car Pallasa pendant un temps assez long nourri un Putois presque exclusivement avec des Vers intestinaux; et l'ayant tué, il n'y a trouvé aucun Entozoaire. La digestion, en effet , fait éprouver aux matières alimentaires des changemens si profonds , qu'elle doit nécessairement détruire le principe delà vie, et par conséquent tous les germes que ces matières pourraient contenir. Mais d'ailleurs , dans cette
hypothèse , il resterait encore à trouver comment ces Vers se seraient développés dans les animaux qui les auraient communiqués à l'homme , et la question se retrouverait encore tout entière dans cette solution.
Si nous avons prouvé que les Vers intestinaux ne proviennent pas de Vers extérieurs , modifiés par le lieu qu'ils habitent; si nous avons également détruit la supposition que ce Vers peuvent être transmis des parens à leurs enfans pendant l'acte de la génération ou par l'allaitement; si, enfin, nous avons démontré qu'ils ne peuvent pénétrer dans le corps des animaux , ni par le moyen de l'air qu'ils respirent , ou des alimens dont ils se nourrissent, nous n'avons plus qu'une seule origine à leur attribuer , c'est qu'ils sont le résultat d'une création, d'une génération spontanée. Nous sommes loin d'admettre que ce mode de formation soit le seul en vertu duquel ces animaux se développent. Ceux en effet dans lesquels les sexes sont bien marqués, où le mode de génération est bien évident, rentrent sans doute dans la loi commune à tous les êtres organisés ; mais , pour un grand nombre , la génération spontanée , quelque opposée qu'elle soit à nos observations ordinaires et à nos propres convictions, nous paraît encore plus probable qu'aucune des autres causes par lesquelles on a cherché à expliquer la formation des Entozoaires.