PREMIÈRE CLASSE DES VERTÉBRÉS
Cette première classe des animaux vertébrés renferme les Mammifères ; elle forme une branche spéciale de la zoologie, à laquelle on a donné le nom de Mammalogie.
Les Mammifères, dit G. Cuvier, doivent être placés à la tête du règne animal , non seulement parce que c'est la classe à laquelle nous appartenons nous-mêmes , mais encore parce que c'est celle de toutes qui jouit des facultés les plus multipliées , des sensations les plus délicates, des mouvemens les plus variés, et où l'ensemble de toutes les propriétés parait combiné pour produire une intelligence plus parfaite , plus féconde en ressources , moins esclave de l'instinct, et plus susceptible de perfectionnement.
Ces animaux présentent , quant à leurs formes et à leurs dimensions , les différences les plus grandes. Ainsi depuis la baleine, qui est le plus gros de tous les animaux connus, jusqu'à ces petites espèces de rat et de musaraigne qui dépassent à peine les proportions du hanneton^ on trouve tous les intermédiaires possibles. Mais les caractères qui distinguent essentiellement cette première classe du règne animal sont : 1° la pré-
LES MAMMIFÈRES. 5g
sence des mamelles, c'est-à-dire d'un organe glanduleux destiné à sécréter un liquide blanc, d'une saveur douce , nommé lait , qui doit servir à l'alimentation des petits 5 2° un cœur à deux ventricules, avec une circulation double ; 3° le sang rouge et
1 chaud ; 4° un cerveau volumineux ; 5° les cinq sens complets ; 6° un diaphragme, c'est-à-dire une cloison formée de muscles et d'aponévroses, séparant la cavité de la poitrine de celle du
1 ventre 5 7° enfin, le cou, quelle que soit sa longueur ou sa briè -
j veté , formé de sept vertèbres, excepté dans une seule espèce , l'aï ou paresseux , qui en a neuf.
L'existence des mamelles est générale dans les animaux de
I cette classe , qui en ont tiré leur nom de Mammifères ; car on
l avait cru que deux animaux de la Nouvelle-Hollande , l'ornithorhinque etl'échidné, fort singuliers par plusieurs points de leur organisation, qui participe à la fois de celle des Mammifères, de celle des Oiseaux et des Reptiles, étaient dépourvus de glandes mammaires j mais l'existence de cet organe vientd'y être constatée. Le nombre et la position des mamelles ne sont pas
\ les mêmes dans tous les animaux de cette classe. Ainsi un grand nombre n'en ont que deux, comme l'homme, les singes, etc.; d'autres en ont quatre , six , ou même davantage , comme le chien , le chat, etc. En général , leur nombre est en rapport avec celui des petits qui naissent à chaque portée. Tantôt les mamelles sont pectorales-, c'est-à-dire qu'elles sont placées suiles parois osseuses de la poitriné , comme dans l'homme , les singes /les chauves-souris , les éléphans , les lamantins; tantôt
• elles sont abdominales, c'est-à-dire placées dans les parois de l'abdomen, comme chez le chien , le chat , etc. ; ou inguinales , c'est-à-dire entre les membres postérieurs , comme dans les genres taureau , cheval , etc. Les mamelles existent aussi dans les mâles , mais seulement à l'état rudimentaire.
Chez les Mammifères , les petits naissent vivans et nus. tandis que dans les trois autres classes de Vertébrés, les Oiseaux, les Reptiles et les Poissons, ils sont enveloppés à leur naissance dans des membranes plus ou moins résistantes qui constituent un œuf. Le lait sécrété par les mamelles sert à la nourriture du petit, jusqu'à ce que ses organes digestifs aient acquis assez de
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force pour supporter une autre alimentation. L'allaitement dure plus ou moins long temps, suivant les différens animaux. Mais en général il est en rapport avec la durée de la vie de l'animal.
Le système nerveux a , chez les Mammifères , un développement plus considérable que dans les autres classes de vertébrés. Ses parties centrales surtout sont comparativement plus volumineuses. Le cerveau est proportionnellement très-gros ; il recouvre souvent le cervelet qui en est entièrement caché. Intérieurement, il offre quatre ventricules, et ses deux hémisphères sont réunis ensemble à leur base par une couche de matière blanche , nommée corps calleux ou mésolobe. Les circonvolutions et les anfractuosités qu'on aperçoit à sa surface sont d'autant plus multipliées et plus profondes que l'instinct est plus développé , et sous ce rapport le cerveau de l'homme l'emporte sur celui des autres animaux. A mesure que l'on s'éloigne de l'espèce humaine , on voit la masse générale du cerveau diminuer, les circonvolutions devenir moins nombreuses, moins prononcées , et sa surface finit par être complètement lisse.
Les organes des cinq sens existent chez tous les Mammifères, mais à des degrés différens de développement. Quelques uns même de ces sens sont plus parfaits dans certains animaux que dans l'homme.
Tous ont une véritable voix, dont le timbre et les intonations varient à l'infini. L'homme seul jouit de la parole articulée , faculté précieuse qui lui donne les moyens de communiquer à ses semblables les idées qui l'occupent, les sentimens qui l'animent et les passions qui l'agitent. C'est dans un organe nommé larynx, placé à l'entrée des voies respiratoires, que la
voix se produit.
Les Mammifères sont essentiellement organisés pour vivre à la surface de la terre. Aussi leurs membres sont-ils disposés pour la station ou pour la marche ; quelques-uns cependant peuvent s'élever dans les airs à la manière des Oiseaux, et ont les membres antérieurs développés en forme d'ailes, comme les chauves-souris par exemple. Enfin, il en est qui peuvent vivre
à la fois et sur la terre et dans l'eau , c'est-à-dire qu'ils sont amphibies , comme les phoques , et d'autres qui ne peuvent vivre que dans l'élément humide, comme les baleines, les dauphins, et la plupart des autres Cétacés.
Dans ces différentes circonstances, les membres sont toujours disposés de la manière la plus favorable pour s'accommoder au milieu dans lequel l'animal doit se mouvoir. Ainsi les animaux i amphibies ont les membres courts, élargis, les doigts réunis I par une membrane analogue à celle qu'on observe dans les Oiseaux aquatiques, de telle sorte que ces animaux peuvent s'en servir pour marcher sur la terre et pour nager. Dans ceux qui, comme les baleines, les dauphins, etc., vivent exclusivement dans l'eau , les membres antérieurs, les seuls qui soient développés, sont tout à fait sous la forme de nageoires, et l'animal ne pourrait s'en servir hors de l'eau.
Les mâchoires chez les Mammifères sont garnies de dents dont la forme et le nom varient. Ces dents sont de trois sortes. Les unes, placées à la partie antérieure et moyenne, sont simples, et ont leur partie libre ou couronne plane et taillée en forme de coin : elles ont pour usage de tailler, de couper, de ronger, et on leur donne le nom de dents incisives. Dans l'homme, il y en a quatre à la partie moyenne de chaque mâchoire ; les secondes, placées immédiatement après les premières, ont leur couronne plus ou moins conique et pointue ; elles servent à déchirer la chair, et on les nomme dents canines. Il en existe une de chaque côlé des incisives à la mâchoire inférieure et à la supérieure chez l'homme. Enfin on appelle dents molaires ou mâchelières celles dont la couronne ést plus ou moins tronquée, tantôt presque plane, tantôt garnie d'aspérités, de lames ou de pointes 3 elles servent spécialement à broyer les alimens. Ces trois sortes de dents n'existent pas constamment chez tous les Mammifères : ainsi il en est qui manquent d'incisives, d'autres n'ont ni incisives, ni canines; quelques-uns n'ont que des incisives ou des canines sans molaires ; enfin, un petit nombre, comme les fourmiliers, n'ont aucune espèce de dents. Les dents sont un des organes qui servent le mieux à caractériser l?s différens groupes de Mammifères , puisque la seule
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inspection du système dentaire d'un animal peut faire connaître la nature des alimens dont il se nourrit, et par conséquent une foule de points de son organisation.
C'est spécialement la forme des dents mâchelières qui peut indiquer le régime alimentaire d'un animal , et par suile les particularités les plus saillantes de son organisation et de ses habitudes qui sont toujours en rapport avec ce régime. Ainsi des mâchelières à couronne plane relevée seulement de lignes légèrement saillantes ou d'aspérités peu prononcées ne peuvent servir qu'à écraser, qu'à moudre à la manière d'une meule des substances végétales., et particulièrement des grains. Un Mammifère , pourvu de semblables dents , sera donc essentiellement herbivore. Son canal digestif aura une étendue fort considérable. N'ayant pas besoin de ses membres pour l'aider à saisir une proie vivante, ceux-ci ne seront plus que des organes de sustentation ; leurs mouvemens seront plus bornés, leurs articulations moins mobiles, et leur extrémité engagée dans^urte sorte de fourreau corné, destiné à les préserver des chocs que leur contact permanent sur le sol pourrait leur occasionner.
Qu'un Mammifère au contraire ait des dents molaires à couronne relevée de lames tranchantes ou de pointes plus ou moins élevées, il sera essentiellement carnassier; ses intestins seront plus courts , parce que ses alimens seront plus substantiels et plus nutritifs. Ayant besoin de saisir une proie vivante , sss membres seront non seulement des organes de sustentation , mais des armes dont il se servira pour vaincre son ennemi. Aussi leurs mouvemens seront plus libres et plus étendus; leurs extrémités ou les doigts , au lieu d'être emprisonnés dans des fourreaux cornés, seront armés d'ongles ou de griffes acérées. On voit, d'après ces deux exemples, quelles considérations importantes découlent de l'étude des dents dans cette classe d'animaux.
Le cœur dans les Mammifères se compose de quatre cavités désignées sous les noms de ventricules et d'oreillettes, savoir : le ventricule droit et le ventricule gauche , l'oreillette droite et la gauche. La circulation est double et tout à fait complète,
«'est-à-dirc que tout le sang qui a servi à la nutrition des diverses parties du corps et qui en revient par les veines est ramené dans les cavités droites du cœur, que de là il se rend en totalité dans les poumons où , par l'acte de la respiration, il se revivifie de nouveau en se trouvant en contact avec l'air, et après avoir acquis des propriétés nouvelles par l'oxigène qu'il a absorbé , après être devenu rouge et rutilant , de noir qu'il était dans les veines , il revient à l'oreillette gauche , passe dans le ventricule du même côté, qui, en se contractant sur lui-même, le pousse par l'artère aorte et ses innombrables ramifications dans toutes les parties du corps où il va porter le stimulus et les matériaux nécessaires à l'entretien de la vie et au développement des organes.
La cavité de la poitrine, qui contient les organes de la respiration et le cœur , est séparée de l'abdomen par une cloison musculo-tendineuse nommée diaphragme, qui joue un rôle fort important dans les mouvemens de la respiration. La présence de ce muscle forme un caractère essentiel des Mammifères, car il manque dans les trois autres classes de Vertébrés. Les poumons, au nombre de deux , sont revêtus extérieurement d'une membrane séreuse parfaitement continue , qui ne permet aucune communication entre l'intérieur du poumon et la cavité pectorale qui le contient.
La peau chez les Mammifères se compose de plusieurs couches superposées et adhérentes , dont la plus extérieure porte le nom d'épiderme. Elle est nue ou couverte de poils • dans quelques Mammifères , ces poils forment des piquans plus ou moins roides et plus ou moins gros , comme dans le hérisson le porc-épic; d'autres fois, ce sont des écailles cornées, comme dans les pangolins; quelquefois des plaques calcaires, comme dans les tatous.
Si l'on en excepte l'homme et quelques espèces de singes, comme les orangs, la station et la marche se font au moyen des quatre membres chez les autres Mammifères. Cependant ainsi que nous le remarquerons plus tard, certains animaux, comme e kangouro et la gerboise, se servent plus spécialement de leurs deux membres postérieurs. Mais l'homme est le seul de
W4 Ï'ES MAMMIi'JUlIiS.
tous les Mammifères dont la station soit rigoureusement et nécessairement bipède. Tout dans son organisation lui fait une loi de cette position verticale, et il est le seul qui puisse et qui doive la conserver continuellement. Car dans quelques singes qui marchent habituellement debout, on les voit très souvent se servir de l'extrême longueur de leurs membres antérieurs pour favoriser leur marche en y cherchant fréquemment un point d'appui.
Di vision des Mctnimifcres en neuj ordres.
Quoique les Mammifères forment une classe très naturelle, cependant l'extrême variation qu'ils présentent dans les différens points de leur organisation permet de les subdiviser en un certain nombre de groupes secondaires, qu'on a nommés ordres. Parmi les organes qui fournissent les meilleurs caractères, nous devons mettre en première ligne ceux du toucher, c'est-à-dire la conformation de l'extrémité des membres, ou les doigts, et les organes de la manducation.
La perfection des doigts est en général en rapport avec le degré d'intelligence des animaux. Ainsi lorsque tous les doigts sont bien distincts les uns des autres, quand ils ne portent d'ongle qu'à leur face supérieure, et surtout quand le pouce jouit d'assez de mobilité pour pouvoir être facilement opposé aux autres doigts, et saisir les différens objets, l'extrémité du membre jouit alors de toute la perfection désirable, et c'est dans ce cas seulement qu'on lui a donné le nom de main. Ainsi chez l'homme les deux extrémités supérieures sont terminées par une main, tandis que chez lus singes on en observe également aux quatre extrémités. Mais dans un grand nombre d'animaux les doigts, quoique jouissant d'une certaine mobilité, n'ont plus la faculté de pouvoir être opposés. Enfin il est un autre type d'organisation, c'est quand les doigts, plus ou moins soudés entre eux, sont enveloppés à leur extrémité inférieure par des sabots, sorte d'étuis cornés. Dans cet état, les membres ne peuvent plus servir à saisir une proie, mais seulement à la marche. On conçoit que les animaux qui offrent cette conformation ne doivent se nourrir que de substances végétales, et c'est en effet
ce qu'on observe constamment. On appelle animaux Onguiculés ceux qui ont les doigts mobiles et garnis d'ongles, et animaux Ongulés}ceux dont les doigts sont enveloppés dans des sabots. C'est en combinant ces signes, tirés de la conformation des doigts, avec ceux que fournit le système dentaire, que l'on a divisé les Mammifères en neuf ordres , de la manière suivante :
1° Doigts onguiculés.
1er ordre. Les Bimanes. Quatre extrémités, dont les postérieures ou inférieures sont propres à la marche, et les antérieures terminées par des mains ; trois sortes de dents, incisives, canines et molaires ; corps organisé pour la station verticale ; deux mamelles pectorales. Ex. : L'homme.
2e ordre. Les Quadrumanes. Quatre extrémités terminées par des mains, trois sortes de dents, deux mamelles pectorales. Ex. : Les singes.
3e ordre. Les Carnassiers. Quatre extrémités, jamais terminées par des mains, trois sortes de dents, mamelles en nombre variable. Ex. : Les chiens, le lion, etc.
4e ordre. Les Marsupiaux. Quatre extrémités, jamais terminées par des mains, système dentaire très variable, poche placée sous l'abdomen, et servant à contenir les petits après leur naissance. Ex. : Les sarigues, les kangouros.
5e ordre. Les Rongeurs. Extrémités analogues à celles des deux ordres précédons, seulement deux sortes de dents, c'està-dire pas de canines. Ex. : Les lapins, les marmottes.
6e ordre. Les Édentés. Extrémités terminées par des doigts munis d'ongles très longs et recourbés, jamais d'incisives, souvent pas de canines, et quelquefois pas de dents. Ex. : les fourmiliers, les paresseux.
2° Doigts ongulés.
7e ordre. Les Pachydermes. Nombre des doigts variable, estomac simple. Ex. : Les éléphans, les chevaux.
8e ordre. Les Ruminans. Doigts au nombre de deux, ou pieds fourchus, plusieurs estomacs disposés pour ruminer. Ex. : Les bœufs, les moutons.
Ï.IiS MAMMU'JililiS.
3° Doigts réunis en nageoires-^
. 9e ordre. Les Cétacés. Denis en nombre variable, souvent remplacées par des larmes de corne; corps organise pour vivre dans l'eau; deux mamelles, souvent pectorales. Ex. : La baleine, lesxlaupbins.
Le tableau suivant donnera une idée générale des caractères de ces neuf ordres et des subdivisions qui y ont été établies :
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