‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 2)Chapitre 35 sur 170 · IO° LES RONGEURS · texte numérisé non relu

IO° LES RONGEURS

ser et même le Rhône. Mais cependant il paraît avoir été détruit en France, où il était connu sous le nom de biévre. Il n'y a que dans les solitudes les plus reculées de l'Amérique du nord que le castor déploie son industrie pour construire son habitation. Aussi n'est-il pas bien , certain que l'espèce européenne soit identiquement la même que celle du Canada.

Le castor est un animal amphibie qui approche de la taille du blaireau. Sa tête est arrondie, obtuse; ses oreilles courtes, ses doigts séparés et unis par une membrane palmée ; sa queue est large, plate, comprimée, épaisse, recouverte d'écaillés. L'animal s'en sert, non seulement comme d'une sorte de rame, lorsqu'il nage, mais, dans ses constructions, il l'emploie à battre la terre et à l'unir, comme fait le maçon avec sa truelle. Le poil du castor est assez rude; mais en dessous il offre une fourrure fine et serrée, imperméable à l'eau, extrêmement recherchée pour la fabrication des chapeaux. Son pelage est ordinairement roux. Quelquefois on voit des individus qui sont noirs, d'autres blonds, et même tout à fait blancs. Les castors vivent en société, surtout pendant l'hiver. Ils se nourrissent d'écorce d'arbres et de poisson , qu'ils savent prendre en plongeant. Quoique très farouches, on parvient cependant à les apprivoiser avec facilité. Il n'est pas rare d'en voir en France à l'état de domesticité. L'été dernier, il en existait un couple au Jardin-du-Roi.

L'anus et l'orifice des organes génito-urinaires viennent aboutir dans une cavité commune, nommée cloaque. De chaque côlé de cette ouverture sont deux paires de poches glanduleuses, et c'est la poche supérieure qui contient le castoréum. Les glandes placées en dehors de ces poches y versent l'humeur qu'elles sécrètent, et qui s'y amasse de manière à les remplir presque complètement. A leur face interne, les poches glanduleuses sont garnies d'un grand nombre de plis ou lames saillantes ; elles viennent aboutir au prépuce par un conduit plus ou moins alongé.

Ce sont ces poches séparées de l'animal, et remplies de l'humeur qu'elles contiennent, que l'on trouve dans le commerce de la droguerie sous le nom de castoréum. Pendant long-temps on a cru que cette matière était les deux testicules du castor,

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que l'animal s'arrachait lui-môme lorsqu'il était poursuivi par le chasseur, et que c'était au prix de cette mutilation qu'on Lui laissait la vie. Nous n'avons pas besoin de réfuter cette fable, dout on a reconnu l'absurdité depuis si long-temps.

Le castoréum du commerce se présente sous la forme de deux masses pyriformes alongées, un peu comprimées latéralement, se réunissant ensemble par une anse plus étroite: ce qui leur donne quelque ressemblance avec une besace ; leur couleur extérieure est d'un brun sale ; si l'on coupe une de ces poches en travers, on voit qu'elle forme une masse compacte, comme marbrée. Ce sont les plis ou lames qui s'élèvent de la face interne de la poche qui, interposés entre l'humeur desséchée et jaunâtre, donnent cette apparence marbrée. Cette humeur desséchée est quelquefois tout à fait solide et comme résineuse ; d'autres fois encore molle, et analogue à la cire quand elle est plus récente. Sa couleur est jaune ou brunâtre , son odeur est forle ; elle tient à la fois de celle du bouc et de celle du musc; sa saveur est âcre et amère.

Le castoréum a été analysé par MM. Bouillon-Lagrange et Laugier, qui y ont trouvé une huile volatile, de l'acide benzoïque, de la résine, une matière adipocireuse, un principe colorant rougeâtre, du mucus, quelques sels et du fer.

M. Brandes a également analysé cette substance, et y a signalé l'existence d'une principe particulier, qu'il a nommé castorine. Elle est diaphane, cristallisant en prismes linéaires et fasciculés, insoluble dans l'eau et l'alcool froid, soluble dans cent parties d'alcool bouillant, et dans les huiles volatiles, ayant l'odeur propre du castoréum. Cette matière parait être une sorte de résine.

Le castoréum est assez souvent falsifié. On fend les poches, on en retire le vrai castoréum, que l'on remplace par diverses matières résineuses, telles que la gomme ammoniaque, le galbanum, etc. On reconnaîtra facilement cette fraude a la fente que les poches présentent , et à l'absence des lames blanches qui existent à la face interne des poches.

Ce médicament est apporté dans le commerce de deux sour-

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