C. Cornes creuses et persistantes
A cette seconde subdivision se rapportent ces espèces nombreuses que l'homme élève à l'état de domesticité , et dont il tire un si grand profit pour sa nourriture et son habillement. Leurs cornes sont creuses, nues, composées d'une matière analogue aux ongles et aux poils , qui croît par couches , et qu'on désigne sous le nom propre de corne. Elles sont supportées par un prolongement des os frontaux, qui leur sert d'axe : aussi ne tombent-elles pas comme le bois des cerfs. Parmi les espèces qui composent cette subdivision, nous citerons les Antilopes ou Gazelles, qui habitent les déserts de l'Afrique et de l'Asie; les Chèvres, les Moutons, les Bœufs, etc. Ces animaux sont tellement connus de tout le monde, que nous croyons inutile de les i décrire.
1° La Chèvre [Capra hircus L.) paraît être une variété de i l'aegagre [Capra œgragus Gm.), qui habite par troupes nom- I* breuses les montagnes de la Perse. Comme tous les animaux i domestiques , ses variétés sont très nombreuses. Le maie ou I bouc répand une odeur extrêmement forte et désagréable, r La chèvre est un an.mal indocile, capricieux, qui se plaît i dans les lieux arides et escarpés. La chair du chevreau est I la seule qu'on mange. Le lait de chèvre est fréquemment em- 1 ployé ; nous en parlerons tout à l'heure. On sait que c'est une i variété de chèvre qui fournit au Thibet ce poil si fin et si
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moelleux avec lequel on fabrique les fameux châles de Cachemire.
2° Le Mouton [Ovis arics L.) est une race dégénérée qui parait provenir du mouflon d'Afrique {Ovis tragelaphus Cuv.), qui habite les contrées rocailleuses de la Barbarie et de l'Egypte ; car nulle part on n'a trouvé notre mouton à l'état sauvage.
Indépendamment de la chair, qui, comme on sait, est un aliment fort usité pour la nourriture de l'homme , le mouton fournit encore sa graisse connue sous le nom de suif, et son lait.
3° Le*3oEUF (Bos lauras L.) présente une innombrable quantité de variétés de taille, de couleurs, etc. On l'élève en grand nombre dans les pâturages. Tant qu'il est jeune, le bœuf est une excellente bête de somme qui, dans beaucoup de pays, remplace le cheval dans les travaux de l'agriculture; plus tard on l'engraisse, et sa chair est celle dont l'homme fait le plus fréquent usage pour sa nourriture. La vache, après qu'elle a mis bas , fournit pendant plusieurs mois une énorme quantité d'un lait doux et agréable , qui est celui dont on se sert principalement.
Indépendamment de la chair du bœuf, qu'on emploie comme aliment, cette espèce nous fournit encore les produits suivans, qui sont usités pour la médecine : 1° la gélatine retirée des os; 2° la bile; 3° le lait.
1° Gélatine. Les os de tous les animaux mammifères se composent d'une sorte de réseau organisé , dans les mailles duquel sont réunis différons sels , et spécialement du phosphate de , chaux. Ce réseau est composé presque en totalité de gélatine, ' que l'on extrait avec facilité par rébullition des os dans l'eau, j C'est par ce moyen que l'on se procure la gélatine. Cette substance est très nutritive, et c'est avec elle que l'on prépare les ] soupes économiques dites soupes à la Rumfort. On peut aussi se procurer la gélatine en dissolvant les sels au moyen d'un acide, ainsi que l'a proposé M. D'Arcet.
La gélatine a été considérée par M. Seguin comme un excellent remède fébrifuge; mais l'expérience n'a pas justifié cet" " assertion.
LES RUM1NANS. 1 9 S)
C'est avec la gélatine que l'on prépare la colle-forte employés dans les arts.
Les os des Mammifères fournissent encore plusieurs autres produits industriels, tels que le noir des os, ou noir d'ivoire, le charbon animal, et surtout le phosphore.
2° Bile de bœuf. Cette matière retirée de la vésicule dans laquelle elle est contenue forme un liquide visqueux , d'une couleur vert-jaunàtre , d'une odeur nauséeuse faible , d'une saveur excessivement amère, légèrement sucrée. Suivant M. Thé-
nard , 800 parties se composent de :
Eau 700
Matière résineuse 15
Picromel 69
Matière jaune 4
Soude 4
Phosphate de soude 2
Hydrochlorate de soude i ^
— de potasse ) ..... ,o
Sulfate de soude 0,8
Phosphate de chaux i
— de magnésie ) 1,2
Oxide de fer quelques traces.
M. Berzélius a obtenu les résultats suivans:
Eau 907,4
Matière particulière de la bile 80
Mucus de la vésicule dissous dans la bile 3
Alcalis et sels communs à tous les liquides des sécrétions 9 6
C'est avec la bile de bœuf délayée dans l'eau , évaporée jusqu'à consistance d'extrait, qu'on prépare l'extrait de bile de bœuf, médicament qui jouit de propriétés toniques, mais que l'on emploie assez rarement. Sa dose est de quelques grains en pilules.
»3û Ï.BS KUMINANS.
3° Lait. Le lait est un liquide blanc d'une saveur douce et
sucrée, d'une odeur faible, qui est sécrété par les glandes mammaires des femelles de tous les animaux mammifères. Nous réunirons ici tout ce que nous avons à dire des diverses sortes de lait dont l'homme fait usage , en les comparant entre eux quant à leurs différentes propriétés.
a. Lait de vache. Il est opaque et blanc, un peu plus pesant que l'eau. Si l'on abandonne le lait à lui-même et à l'air libre, au bout de vingt-quatre heures ou plus ou moins, suivant l'état de l'atmosphère, il se sépare en trois parties : l'une plus légère, surnageant les autres et offrant une couleur jaunâtre : c'est la partie grasse ou le beurre ; une autre se prend en une masse peu consistante, blanche, qu'on nomme casèum ou fromage, et qui nage dans un liquide presque transparent, aqueux, légèrement coloré en jaune verdâtre , et que l'on nomme sérum ou petit-lait.
M. Berzélius a retiré du lait écrémé, savoir : 928,75 d'eau ; 28 de matière caséeuse, avec quelques traces de beurre; 35 de sucre de lait ; 1,70 d'hydrochlorate de potasse ; 0,25 de phosphate de potasse ; 6 d'acide lactique , d'acétate de potasse et d'un atome de lactate de fer; 0.5 de phosphate calcaire. ,
Le lait est décomposé par tous les acides, qui s'emparent dii caséum et le précipitent. C'est par ce procédé qu'on prépare dans les pharmacies le petit-lait au moyen du vinaigre. L'alcool produit aussi le même effet.
b. Lait de femme. Il est beaucoup plus séreux et moins coloré que le lait de vache. Il ne peut être coagulé, et son caséum esi mou et tremblotant. Cependant il contient une assez grande quantité de crème et beaucoup de sucre de lait. Le lait de femme , de même que celui des autres animaux, diffère beaucoup dans sa composition, suivant l'époque où on l'examine. C'est ainsi que, peu de temps après l'accouchement, il est beaucoup plus séreux , et que la quantité de crème et de caséum augmente à mesure qu'on s'éloigne de celte époque. Cependant il finit avec le temps par perdre de ses qualités nutritives.
c. Lait de chèvre. Il ressemble beaucoup dans sa composition chimique au lait de vache , quoiqu'il renferme moins de
LES RUMINANS. l3l
crème et de caséum. Sa partie butireuse est plus solide que celle du lait de vache, et sa saveur est en général plus douce «t plus sucrée.
d. Lait de brebis. Il contient plus de beurre <?t de caséum que celui de vache; mais ces deux matières y sont beaucoup plus molles.
e. Lait d'ânesse. Il a beaucoup d'analogie avec le lait de femme. Il contient moins de crème, dont il est extrêmement difficile de séparer le beurre , et moins de caséum , qui est très mou.
En résumé, voici les proportions relatives des principes constituans du lait, dans la femme, la vache , la brebis . la chèvre et l'ànesse.
Deux livres de lait contiennent :
Crème. Beurre. Caséum. '
Celui de femme. ... 12 gros 1 gros 4 gros.
d'ânesse 8 0 3
de chèvre.... 8 3 15
de brebis 16 14 32
de vache 20 6 24
Maintenant si l'on fait attention que le caséum et le beurre sont les parties les plus nutritives du lait , on verra qu'en rangeant les diverses espèces de lait suivant leur faculté nutritive, on obtiendra l'ordre suivant :
1° Lait de brebis ,
2° De vache ,
3° De chèvre ,
4e De femme,
5° D'ânesse.
Ainsi donc c'est le lait de brebis qui contient le plus de matières nutritives, tandis que c'est celui d'ânesse qui en renferme le moins. Aussi ce dernier est-il facilement digéré par dos personnes qui ne peuvent supporter même le lait de vache coupé avec de l'eau.
Le lait, surtout celui de vache , dont on fait plus spécialement usage; est non seulement un excellent aliment., surtout pour les personnes qui le digèrent bien, mais aussi un médicament
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qui ne manque pas d'utilité. Appliqué à l'extérieur, c'est un topique adoucissant , avec lequel on peut faire des lotions, des injections ou des cataplasmes émolliens, en les faisant bouillir avec de la mie de pain. Cependant dans ce dernier cas il ne faut pas perdre de vue que le lait fermente et s'aigrit facilement , en sorte qu'il faut le renouveler fréquemment.
L'usage interne du lait est aussi très adoucissant et convient dans les maladies chroniques des organes de la digestion et de la respiration. Aux personnes qui ne peuvent supporter le lait de vache, on conseille l'usage du lait d'ânesse, qui est beaucoup plus léger, et d'une digestion plus facile.
Le lait est aussi un moyen fort important pour neutraliser les effets délétères de quelques préparations métalliques, et entre autres des sels de mercure et d'étain. C'est ainsi par exemple qu'il décompose le deuto-chlorure de mercure, poison violent, qu'il transforme en proto-chlorure, qui n'est point dangereux.
Le petit-lait est la partie séreuse séparée du lait et clarifiée au moyen du blanc d'oeuf. C'est une boisson rafraîchissante et légèrement laxative, dont on fait un très fréquent usage en médecine. Elle est très souvent le véhicule dont on se sert pour administrer certains autres médicamens , et spécialement des éméliques et des purgatifs.