TROISIÈME ORDRE DES REPTILES
Ce troisième ordre des Reptiles est extrêmement bien caractérisé, et renferme tous ceux qui sont totalement privés de pieds, et qu'on connaît sous la dénomination générale de Serpens. Leur corps est cylindrique, très alongé , terminé par une queue pointue ou obtuse, non distincte du reste du corps ; de même que leur tète, qui n'en est pas séparée par un cou prononcé. La queue est toute la partie du corps qui est placée au delà du cloaque. Les yeux, dans les Ophidiens, sont dépourvus de paupières, ce qui leur donne une fixité qui les rend effrayans, surtout dans les grandes espèces Les côtes sont libres et flottantes en avant, le sternum n'existant pas dans ces animaux. La respiration se fait au moyen d'un seul poumon, le second étant atrophié et rudimentaire. Ce poumon est très long et s'étend dans l'abdomen. Le tympan n'est pas visible à l'extérieur. Indépendamment des dents qui garnissent les màchoires^ un certain nombre d'Ophidiens ont des crochets mo-
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biles très acérés, marqués d'une rainure ou gouttière longitudinale, et à la base desquelles est une petite vésicule remplie d'un venin extrêmement subtil et dangereux. Ce sont les seules espèces dont la morsure soit à redouter. La langue des Ophidiens est en général très longue, mobile, bifurquée; ce qui a fait dire au vulgaire que les serpens avaient un double dard qu'ils lançaient, et avec lequel ils faisaient leurs blessures.
Les serpens se nourrissent d'animaux vivans, et souvent même ils en avalent de beaucoup plus gros qu'eux. Comme ils ne les mâchent pas, il y a chez eux une disposition particulière des mâchoires qui permet à ces dernières de se dilater considérablement.Ainsi dans les vrais serpens la mâchoire inférieure est formée de deux os distincts unis en avant par une portion ligamenteuse. En arrière ces deux branches sont insérées à l'os tympanique, qui, sous la forme d'une longue apophyse, est mobile et attaché à l'os mastoïdien, qui lui-même est également mobile. La mâchoire supérieure, ou plutôt les deux os qui la forment, sont mobiles sur l'os intermaxillaire placé entre eux, et n'y tiennent que par des ligamens qui leur permettent une grande mobilité. Les arcades palatines elles-mêmes sont susceptibles de s'écarter. C'est à cette structure si remarquable que les serpens doivent la faculté d'engloutir petit à petit des proies beaucoup plus volumineuses que leur corps. Mais cette déglutition est très lente, et il faut souvent plusieurs jours pour qu'elle s'achève. Aussi n'est-il pas très rare de rencontrer des couleuvres en train d'avaler une grenouille dont la moitié postérieure du corps est saillante hors de la bouche.
« Les serpens venimeux par excellence ou à crochets isolés, dit Cuvier, ont une structure très particulière dans les organes de la manducation. Leurs os maxillaires supérieurs sont fort petits, portés sur un long pédicule, analogue à l'apophyse ptérygoïde externe du sphénoïde, et très mobiles ; il s'y fixe une dent aiguë, percée d'un petit canal, qui donne issue à une liqueur sécrétée par une glande considérable située sous l'œil. C'est cette liqueur qui, versée dans la plaie par la dent, porte le ravage dans le corps des animaux., et y produit des effets plus ou moins funestes, selon l'espèce qui l'a produite. Cette dent se
cache dans un repli de la gencive, quand le serpent ne veut pas s'en servir, et il y a derrière elle plusieurs germes destinés à la remplacer si elle se casse dans une plaie. » Les naturalistes ont nommé les dents venimeuses crochets mobiles; mais c'est proprement l'os maxillaire qui se meut ; il ne porte pas d'autres dents, de manière que, dans cette sorte de serpens malfaisans, l'on ne voit dans le haut de la bouche que deux rangées de dents palatines.
Les Serpens sont en général ovipares, comme les autres Reptiles ; leurs œufs ont une coquille ordinairement molle et coriace. Cependant il en est dont les œufs éclosent avant de franchir le cloaque, en sorte que leurs petits naissent sans enveloppe. Ces espèces sont donc vivipares. Tels sont, par exemple, les différens Serpens venimeux, comme les Yipères, les Crotales ou serpens à sonnettes, les Trigonocéphales, etc.
Les Ophidiens forment deux grandes tribus naturelles , 1° ceux qui ne sont pas venimeux ; 2° ceux qui sont venimeux.
lre tribu. Les ophidiens non venimeux.
Ce sont ceux qui manquent de crochets à la mâchoire supérieure ou de dents en gouttière et destinées à conduire le venin. On y a établi deux familles.
lre famille. Les Ampliisbéttietis forment le passage avec les Sauriens apodes ou les Orvets qui terminent l'ordre précédent. Leur corps est tout d'une venue, brusquement terminé à ses deux extrémités; ils sont homodermes comme les scinques, c'est-à-dire que leurs écailles sont égales et semblables sur toutes les parties de leur corps, qui a la forme d'un rouleau. Mais ils ont un véritable sternum, sur lequel les côtes s'appuient inférieurement. Us n'ont qu'un seul poumon, ou ceux qui en ont deux les ont excessivement inégaux. Deux genres composent cette famille : les Amç\ûsbènes{amphisbœna L.) et lesTyphlops (Tijphlops Schneid.). Leurs espèces sont toutes exotiques. On les appelle encore double-marcheurs , parce que par la forme de leur corps ils ont la singulière faculté de pouvoir également bien marcher en avant et à reculons.
2e famille. Les Cofubérie»*9 commencent la série des
vrais serpens ou des Reptiles sans membres et h un seul poumon. Leur bouche est organisée comme nous l'avons dit plus haut. Elle n'offre pas de crochets mobiles ; mais les branches de la mAchoire supérieure sont, comme l'inférieure, garnies d'une rangée de petites dents aiguës; il en existe également deux rangées sur les arcades palatines,
Cette famille comprend deux grands genres : 1° les Boas (Boa L.), qui renferment les plus grandes espèces connues , et dont quelques-unes atteignent jusqu'à cinquante et soixante pieds de longueur; leur queue est prenante et garnie de plaques transversales d'une seule pièce. Ils portent un appendice corné de chaque côté du cloaque. Ces R.eptiles vivent dans les bois humides et les marais des pays chauds. Ils se nourrissent d'animaux souvent très gros ■ mais en général ils fuient l'homme.
2° Les Couleuvres (ColuberL.), que l'on a beaucoup subdivisées, renferment tous les serpens non venimeux de nos climats ; leur queue est ordinairement fort alongée, non prenante, garnie de plaques disposées par paires. On en trouve un grand nombre d'espèces, toutes très inoffensives, aux environs de Paris et dans le reste de la France. L'une des plus communes est la couleuvre à collier ( C. Natrioc L. ), qu'on rencontre plus particulièrement dans les marais des bois. Elle offre trois taches blanches en forme de collier , est de couleur cendrée, avec des taches noires le long des flancs.
2e tribu. Les Ophidiens venimeux.
La présence des crochets mobiles implantés sur les os maxillaires supérieurs, et qui ne sont en quelque sorte que les canaux excréteurs du venin sécrété par la glande placée au voisinage de l'œil , forme le caractère distinctif des serpens venimeux.
1° Le genre des Crotales ( Crotalus L.) se distingue de suite par les espèces de petits grelots secs ou minces et cornés qui terminent leur queue , et qui, lAchement unis les uns à la suite des autres, font entendre un petit bruissement que l'on a comparé au bruit que fait du sable fin tombant sur une feuille de papier. De là le nom vulgaire de serpens à sonnettes qui leur a
été donné. Ce sont les plus redoutables des Reptiles par l'atrocité de leur venin, qui cause la mort en très peu d'instans. Ils sont tous originaires de l'Amérique.
2" Les Trigonocéphales (Trigonocephalus Opp.) ressemblent aux Crotales par les fossettes qu'ils portent derrière les narines et par la violence de leur venin ; mais ils n'ont pas la queue terminée par ces vésicules bruyantes qui font le caractère des serpens à sonnettes. Ce sont de grands serpens assez communs en Amérique.
3° Enfin les Vipères ( Fiyera Daud. ) sont les Reptiles venimeux qui n'ont ni les vésicules bruyantes des Crotales ni les fossettes derrière les narines des Trigonocéphales. Toutes les espèces européennes rentrent dans ce genre. Parmi ces espèces, nous devons particulièrement nous occuper de la vipère commune, qui est à peu près la seule qu'on trouve en France.
Vipère commune , 'Vipera lerus Daud. ;- Coluber berus et