C. aspis L
Elle est longue de quinze à dix-huit pouces plus ou moins -} son museau est obtus ; sa téte est comme triangulaire, couverte d'écaillés granulées. Elle est brune , avoo deux rangées de taches noirâtres sur le dos, qui quelquefois se réunissent et forment des bandes transversales, ou deux lignes longitudinales irrégulières et comme en zig-zag, et une rangée de taches noires sur chaque côté ; les plaques du dessous du ventre sont de couleur ardoisée, et y sont simples, tandis que celles de la queue sont disposées par paires.
Il y a plusieurs variétés dans l'espèce de la vipère. Les unes sont brunes, les autres presque noires; quelques unes sont rousses et comme rougeâtres. La vipère se plaît dans les lieux secs et arides, sur les rochers exposés au soleil. Pendant l'hiver, comme la plupart des autres Reptiles, elle se cache dans un trou, à l'abri du froid, et tombe dans un état d'engourdissement et de torpeur qui dure jusqu'au retour du printemps.
La vipère se trouve aux environs de Paris, et surtout dans la forêt de Fontainebleau, où elle est assez commune.
Le venin de la vipère est un liquide incolore ou légèrement
jaunâtre, ayant la consistance de la salive, se desséchant, et s'enlevant par écailles à la manière du mucus, n'ayant aucune saveur et une odeur faible et nauséeuse. Appliqué sur le tissu cellulaire ou même sur les muscles, il ne produit aucune action. Il en est de même si on le met en contact avec la peau et les membranes muqueuses. Aussi peut-on, sans le moindre danger, sucer une plaie faite par la morsure d'une vipère. Mais il agit avec promptitude et énergie dès qu'il a rencontré quelque veine. Les symptômes sont les suivans : Il y a d'abord douleur et gonflement dans la partie qui est le siège de la morsure, avec une coloration d'un rouge livide; le gonflement s'étend souvent au membre tout entier, si c'est l'une des extrémités qui a été mordue. Ces symptômes locaux sont accompagnés d'une faiblesse générale, d'engourdissement, de nausées et souvent de vomissemens -7 quelquefois il y a des lipolhimies, du délire, des convulsions, et la mort même peut être la suite de ces accidens. Mais cette issue funeste est rare, parce que, comme Fontana l'a reconnu, il faut environ trois grains de venin pour tuer un homme, et que dans le plus grand nombre des cas chaque vipère n'en contient qu'à peu près deux grains, et encore faut-il que le même reptile fasse successivement plusieurs morsures pour perdre celte quantité de venin. On a conseillé plusieurs moyens pour arrêter ou prévenir le développement de ces accidens. Le plus sûr est sans contredit la cautérisation de la plaie après l'avoir lavée et fait saigner. On peut faire cette cautérisation avec l'ammoniaque ou alcali volatil , et même j'ai eu occasion de reconnaître que l'application de cet alcali était encore utile quand elle n'avait pas été faite immédiatement après la morsure, et qu'elle a souvent calmé les accidens graves qui s'étaient développés. On peut employer de la même manière les autres caustiques, et particulièrement le beurre d'antimoine. On a beaucoup vanté aussi la succion de la plaie, et surtout l'application de ventouses. Ce dernier moyen, recommandé par Mangili, a été expérimenté dans ces derniers temps par M. Barry, et les différens essais qu'on en a faits en ont tous prouvé l'efficacité. On doit, en même temps qu'on emploie ces moyens externes, faire prendre des mMjcamens propres à pro-
voquer la sueur. Nous ne citerons pas ici les nombreux médicamens que l'on a tour à tour recommandés contre le venin de la vipère. Ces médicamens sont tous ceux que l'on trouve désignés dans les anciennes pharmacopées sous les noms d'alexipharmaques ou alexittres. Dans chaque pays, on en possède un grand nombre. Quelques observations publiées en Italie (voy. Arch. gén. de Méd. , janvier, 1836, p. 89 ) sembleraient démontrer que le sulfate de quinine donné à la dose de trois ou quatre grains dans une cuillerée de vin, et répétée d'heure en heure, a fait cesser les accidens graves survenus à la suite de morsure de la vipère.
Il est fort utile que le médecin puisse reconnaître si une morsure faite par un Reptile dont on n'a pas pu se saisir a été produite par une couleuvre ou par une vipère. Cette distinction est en effet fort importante, car dans le premier cas il n'y a rien à faire, parce qu'aucun accident n'est à craindre, tandis qu'il faut se hâter d'agir, si la morsure a été faite par une vipère. On reconnaîtra toujours une morsure de vipère, en ce que la plaie se composera d'un certain nombre de petits trous de grandeur égale formant une double ligne alongée, et que dans le point opposé on verra deux trous ou quelquefois un seul , mais plus profonds, plus larges, qui seront le résultat des deux ou d'un seul des crochets venimeux. La partie sur laquelle existeront ces trous plus profonds n'en présentera pas de plus petits , parce que dans les Reptiles venimeux la mâchoire supérieure ne porte pas d'autres dents que les crochets. Si au contraire les deux parties opposées de la plaie ne présentent que des trous tous d'égale grandeur et formant à peu près deux lignes circulaires et opposées, on pourra avec certitude y reconnaître une morsure de couleuvre.
Comme médicament, nous n'avons que bien peu de choses à dire de la vipère, quoique les anciens aient attribué de très grandes propriétés à ce reptile. Ils la regardaient comme un excitant très puissant dans les fièvres malignes, les maladies cutanées chroniques, la lèpre, la syphilis, etc. On en faisait un grand nombre de préparations diverses , comme la gelée , le sirop, les trochisques de vipère, etc. Quelquefois encore an-