Partie usitée : la gomme ammoniaque
C'est une grande plante originaire de Perse, ayant à peu près le port du Pasiinaca Opopanax. Ses feuilles sont très grandes, bipinnées 3 ses fleurs disposées en une ombelle prolifère ayant presque la forme d'une grappe. Les orabellules sont presque globuleuses, portées sur de très courts pédoncules, et composées de fleurs sessiles environnées de longs poils lanugineux.
Propriétés et usages. La gomme ammoniaque a été connue des anciens. Mais pendant fort long-temps les naturalistes et les voyageurs n'ont pas été d'accord sur le végétal qui produit celte matière gommo-résineuse. Cependant presque toujours on l'a rapportée à quelque plante de la famille des Ombellifères. Ainsi, Olivier, qui a fait un voyage fort intéressant dans l'Asie loineurc et la Perse, la croyait produite par une espèce du genre
SBa BOTANIQUE.
Férule, qu'il nommait Fcrula persica. Willdenow ayant semé les graines qu'il avait trouvées adhérentes sur des masses de gomme ammoniaque récentes, en obtint une Ombellifère qu'il rapporta au genre Hcracleum^sous le nom de gumini/erum C'est la même plante que M. Don a décrite sous le nom de Dorema ammoniacu/n, et qui vient du nord de la Perse et de l'Arménie, d'où elle a été rapportée par le colonel Wright. Quoi qu'il en soit, voici les caractères que présente la gomme ammoniaque du commerce. Elle est tantôt en masses solides, formées de larmes jaunâtres, agglomérées , ou bien en larmes détachées. Leur cassure est blanche, opaque, nette, et ne tarde pas à prendre une teinte jaunâtre par le contact de l'air. Sa saveur est amère, âcrc et nauséeuse; son odeur forte et pénétrante. M. Braconnot l'a trouvée composée de : résine, 70; gomme, 18 parties, et de 4 parties d'une matière glutiniforme insoluble.
L'action stimulante de la gomme ammoniaque a été reconnue par tous les praticiens et les auteurs de matière médicale. Lorsqu'on l'administre à faible dose (6 à 8 grains), elle agit localement sur l'estomac, dont elle augmente le ton et l'excitabilité ; elle est alors tonique, et surtout stomachique. Mais si la dose est plus élevée, son action n'est plus locale ; elle s'étend au reste de l'économie , et l'on voit se développer la série des phénomènes de la médication excitante. Aussi a-t-on principalement recours à cette substance toutes les fois que l'on veut rendre à un organe le degré d'excitabilité nécessaire à la régularité et l'accomplissement de ses fonctions. Ainsi dans les catarrhes pulmonaires chroniques, quand il n'existe plus aucun signe d'irritation ni de fièvre, dans les leucorrhées ou les aménorrhées produites oii entretenues par des causes débilitantes, l'emploi de ce médicament peut amener d'heureux résultats par l'excitation qu'il détermine. Appliquée à l'extérieur sur les tumeurs froides et indolentes, la gomme ammoniaque est considérée comme un des meilleurs résolutifs. La dose de cette substance est de 6 à 8 grains, lorsqu'on l'administre comme stomachique. Cette dose doit être doublée ou triplée, lorsqu'on veut provoquer une médication générale. On la donne soit dissoute dans l'alcool, soit sous forme de pilules. Elle fait partie
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de la Ihériaque , de l'emplâtre de ciguë, du diacliylon gommé , etc.
Le GALBANUM, autre matière gommo-résineuse, offre aussi une origine assez obscure. Entraînés par une erreur de Paul Hermann [Paraci. baUn'., p. 163, f. 43), la plupart des auteurs ont attribué le galbanum au Bubon gnlbannin h.) mais celte plante est originaire du cap de Bonne-Espérance, tandis que le galbanum vient de la Syrie, et les fruits qu'on trouve sur cette gomme-résine sont tout à fait différens de ceux de la plante du Cap, qui ne peut en aucune manière être considérée comme la jiroduisant. M. Don nous a également fait connaître le végétal d'où découle le galbanum. Il forme un genre voisin du Siler, dont il diffère par plusieurs caractères. Il lui a donné le nom de Galbanum officinale.
Le galbanum suinte naturellement des diverses parties de la plante, pendant les grandes chaleurs, sous forme de petites gouttelettes, qui durcissent à l'air. Mais ordinairement on se procure ce médicament en coupant les branches à quelques pouces de terre ; on voit alors paraître une quantité plus considérable de gouttelettes, que l'on recueille lorsqu'elles se sont condensées à l'air. Le galbanum est en larmes jaunâtres, quelquefois réunies en masses plus ou moins volumineuses. Il est presque translucide, à cassure grenue. Son odeur est forte et pénétrante 5 sa saveur âcre et amère. Il se compose, d'après M. Pelletier, dei^ésine, 66- dégomme, 19 j d'huile volatile, 6^ d'impuretés, 7 parties. Suivant Meisner, il contient : résine," 329; gomme, 113; bassorine, 9; acide malique, \ ; essence, 17; débris, 14; perte, 17. L'essence obtenue par distillation a d'abord une couleur jaune qui devient bleue.
Il entre principalement dans la composition de certains emplâtres, tels que le diacbylon gommé, l'emplâtre diaphorétique, et dans quelques préparations très compliquées , telles que !a Ihériaque, le diascordium , l'orviétan et plusieurs autres. On l'employait autrefois très souvent à l'intérieur. Il est, comme les autres gommes-résinos, stimulant et tonique; mais on en a presque abandonné l'usage, et on lai préfère généralement lagomuie anjmoniaquc ou l'asa-foetida.
PANAIS. — PÀSTINACA. L. J.
Point d'involucre ni d'involucelles j pétales égaux, un peu roulés 3 fruit ellipsoïde, comprimé, membraneux, sur les bords, strié. Fleurs jaunes.
Panais cultivé. Pastinaca sativa. L. Sp. 376. Blackw. 379.
Le panais est une plante bisannuelle, dont la racine est fusiforme, blanche, pivotante, simple et charnue. La tige, dressée, cylindrique, haute de deux à trois pieds, creusée de larges cannelures longitudinales, est rameuse et glabre. Les feuilles sont relues, composées de folioles ovales, incisées et dentées, assez grandes. Ses fleurs sont jaunes, disposées en ombelles larges et étalées, au nombre de trois ou quatre à l'extrémité des branches, composées d'une vingtaine de rayons inégaux, ceux du centre plus petits. Point d'involucre ni d'involucelles. Le fruit est elliptique, comprimé d'avant en arrière, légèrement membraneux sur ses bords , offrant sur chaque face six stries , et se séparant, par la maturité , en deux akènes situés l'un au devant de l'autre. Le panais croît dans les champs, et est cultivé dans les jardins potagers, à cause de sa racine.
Propriétés et usages. La racine de panais est alimentaire ; elle est sucrée et aromatique. Elle a beaucoup d'analogie et de ressemblance extérieure avec la racine de grande ciguë et de ciguë vireuse, dont elle diffère essentiellement par l'odeur et le goût, et surtout par les propriétés, puisque cette dernière est essentiellement vénéneuse. On n'en fait point usage en médecine.
Panais opopanax. Pastinaca opopanax. L. Sp. DC. FI. fr. Ferula opopanax, Spreng. Umb.
Rom pharmaceutique : gummi opopanax. Partie usitée : le suc gommo-
résineux.
Cette espèce, beaucoup plus grande dans toutes ses parties que la précédente, en offre absolument le port, ses feuilles, qui sont longuement pétiolées et biternées, présentent des folioles trè« larges, sinueuses, obliquement éçhancréesen cceur
à leur base; sa tige est haute de quatre à cinq pieds , cylindrique, striée longitudinalement , creuse dans son intérieur. Les fleurs sont jaunes, disposées en larges ombelles, planes^ occup?nt l'extrémité des ramifications de la tige. Les pétales sont inégaux ; les fruits sont ellipsoïdes, planes, glabres, légèrement stries. Cette plante croit dans les provinces méridionales de la France, en Italie, en Grèce, en Orient, etc. If,
Propriétés et usages de L'opopanax. Bien que la plante d'où l'on tire cette substance gommo-résineuse croisse en France et dans d'autres parties de l'Europe méridionale, cependant tout l'opopanax du commerce nous est apporté du Levant. Il est en larmes solides, sèches, irrégulièrement anguleuses, friables et opaques, d'un brun rougeâlre, marbrées de jaune à l'intérieur; son odeur , qui est aromatique , a de l'analogie avec celle de la myrrhe, et sa saveur est âcre, chaude et amère. M. Pelletier l'a trouvé composé de : résine, 42 p. ; gomme, 33 p. j amidon, 4 p.; huile volatile, 5 p., etc. L'opopanax agit à la manière des autres substances gommo -résineuses fournies par les plantes de la famille des Ombeliifères, c'est à dire qu'il est stimulant : on l'emploie rarement à l'intérieur , mais il fait partie de plusieurs préparations pharmaceutiques.
FÉRULE. - FERULA.L. J.
Involucre et involucelles polyphylles ; pétales égaux, roulés; fruits elliptiques, comprimés, marqués de trois côtes sur chaque moitié. Fleurs jaunes. Ce genre, très voisin du panais, en diffère par son involucre et ses involucelles; ses fruits moins comprimés, marqués de trois côtes dorsales.
Férule asa.-foetida. Ferula asa fœlida. Lamk. Enc. 2, p. 638.
Nom pharmaceutique : assa ou asa fœtida. Partie usitée : le suc gommo-
résineux.
C'est en Perse que croît ce végétal, qui fournit à la thérapeutique un médicament très précieux. Sa racine, analogue dans sa forme à celle du panais , est tantôt simple, tantôt rameuse, recouverte d'une écorce très noire, blanche intérieurement, Uctcscente et fétide ; son collet e«t garni de filamens noirs.
BOTANIQUK.
Ses feuilles sont toutes radicales, péliole'es. Le pétiole est environ de la grosseur du doigt, et long de six à huit pouces. Les feuilles ont une certaine ressemblance avec celles de la pivoine, c'est à dire qu'elles sont triternées , que leurs folioles sont oblongues, sinueuses et presque pinnatifides, d'un vert clair, et glauques : elles varient beaucoup dans leur composition et la figure de leurs folioles. Du centre des feuilles radicales s'élève une tige nue, cylindrique, striée, haute de cinq à six pieds^ elle offre de distance en distance des gaines membraneuses qui ne sont que des feuilles avortées; les fleurs sont d'un jaune pâle, et forment de grandes ombelles composées de douze à vingt rayons ; l'involucre est caduc, et les involucelles sontpolyphylies ; les fruits bien mûrs sont d'un brun rougeâtre et velus,
Propriétés et usages de Vasa-fœtida. C'est par des incisions que l'on pratique au collet de la racine de celle plante que s'écoule l'asa-foetida : elle est d'abord liquide et jaunâtre, mais elle ne tarde pas à se concréter. Telle qu'elle nous est apportée par le commerce, l'asa-fœtida est en masses solides , d'un brun rougeâtre à l'extérieur , offrant intérieurement des larmes grisâtres et comme opalines au milieu d'une pâle plus foncée ; son odeur est forte, alliacée et extrêmement désagréable; sa saveur est âcre et amère : elle se compose, d'après l'analyse de M. Pelletier, de résine, 65 p.; bassorine, 11 p.; gomme, 19 p. ; huile volatile, 3 p. : elle se dissout dans le vinaigre , l'alcool faible et le jaune d'œuf. D'après Brandes, elle contient : résine, 47,2; gomme, 19,4; huile volatile, 4,6; substance résinoïde, 1,6; bassorine, 6,4; extractif, 1; sels divers, 7,6; impuretés, 4,6. La résine d'asa-fœlida jouit de la propriété de rougir à l'air ; elle est composée de deux résines différentes, l'une jaune foncée et l'autre brune verdâtre. L'huile essenlieile d'asafœtida est incolore; elle contient du soufre.
L'asa-fœtida , qui pour nous est si repoussante , est pour les habilans delà Perse un condiment extrêmement recherché,, qu'ils mélangent à leurs boissons et à leurs aliniens, afin de les rendre plus agréables el plus savoureux. Tous les praticiens s'accordent à regarder rasa-iœlida comme un médicament sli-
roulant très énergique : son action primitive , d'abord bornée aux organes de la digestion^ dont elle augmente la sécrétion muqueuse, ne tarde pas à réagir sur tout l'organisme, et particulièrement sur le système nerveux 5 aussi Boerbaave considérait-il cette substance comme le plus puissant des antispasmodiques, et recommandait-il son usage dans l'bystérie , l'hypochondrie, l'asthme, etc. D'autres, et particulièrement IVIillar, l'ont employée dans la coqueluche, lorsque les phénomènes nerveux étaient très intenses, et que la suffocation semblait imminente : ils y joignaient l'emploi de l'acétate d'ammoniaque et de l'eau distillée de menthe.
On a administré l'asa-fœtida dans le traitement des vers intestinaux , et elle agit dans cette circonstance avec autant d'efficacité que les autres substances excitantes très odorantes, telles que la lanaisie, l'absinthe, l'ail, etc.
En un mot, l'emploi de cette substance peut être avantageux dans toutes les circonstances où l'économie animale a besoin d'être fortement stimulée.
Ce n'est guère qu'en pilules et en lavemens que l'on fait usage de ce médicament , sa solution aqueuse ou alcoolique étant extrêmement désagréable. Sa dose est d'un demi-scrupule à un scrupule, dose qui peut être graduellement augmentée. Lorsqu'on l'administre en lavement, on en fait dissoudre un demi-gros ou un gros dans un jaune d'œuf, et on l'ajoute à une infusion excitante. On peut aussi faire usage de l'asa-fœtida à l'extérieur : appliquée sur les tumeurs indolentes, on la considère généralement comme un excellent résolutif.