‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 134 sur 187 · SUMAC. - RHUS. L. J · texte numérisé non relu

SUMAC. - RHUS. L. J

Fleurs souvent unisexuées ; calice à cinq divisions profondes; corolle de cinq pétales; étamines au nombre de cinq; trois stigmates ; drupe monosperme.

Arbres ou arbrisseaux, à feuilles simples ou composées.

SuivïAC 'vénéneux. Rhus toxicodendron. L. Sp. 381.

Variété : Foliis glabris : Rhus radicans. L. Sp. 381.

A l'exemple des auteurs modernes , nous réunissons en une seule les deux espèces mentionnées par Linné sous les noms de Rhus radicans et de Rhus toxicodendron. En effet, la seule différence qui existe entre elles c'est que la première a ses folioles glabres , tandis qu'elles sont pubescentes dans la seconde. C'est un arbrisseau dioïque, dont la racine est ligneuse et traçante, les rameaux faibles et armés de petits suçoirs au moyen desquels ils s'attachent aux corps voisins; les feuilles alternes, longuement pétiolées, glabres ou pubescentes, trifoliolées, à folioles ovales, acuminées, entières, les deu.x latérales sessiles; celle du ruilieu pétiolée. Ses fleurs, petites, verdâlres et dioïques , sont disposées en petites grappes axillaires, dres-

térébinthacbes. ' 711

sées. Les fleurs mâles sont beaucoup plus grandes que les fleurs femelles. Leur calice est petit, profondément quinquéparti, à divisions aiguës ; leur corolle composée de cinq pétales ovales, lancéolés, b^-aucoup plus longs que le calice, recourbés en dehors de la fleur. Les étamines , au nombre de cinq, sont dressées et saillantes, plus courtes que la corolle j les niels sont épais inférieurement, amincis en pointe à leur sommet; les anthères sont cordiformes , obtuses, inlrorses. Ces étamines sont insérées au pourtour d'un disque annulaire et périgyne. Dans les fleurs femelles, le calice et la corolle diffèrent peu de ceux de la fleur mâle, si ce n'est qu'ils sont trois ou quatre fois plus petits. Les cinq étamines sont rudimentaires. L'ovaire, environné d'un disque périgyne, est globuleux, à une seule loge, contenant un seul ovule porté sur un long podosperme. Le style est court et trifide; chacune de ses divisions porte un stigmate obtus , qui se continue sur sa face interne. Le fruit est une petite drupe contenant un seul noyau uniloculaire et monosperme. Cet arbrisseau croît spontanément dans l'Amérique septentrionale. On le cultive facilement en plein air, dans nos jardins.

Propriétés et usages. Les qualités nuisibles de cet arbrisseau sont connues depuis long-temps. On sait qu'il suffît de toucher à ses feuilles pour que la main se couvre en peu de temps d'amj)oules plus ou moins volumineiises. Ces feuilles, en effet, sont pleines d'un suc blanchâtre et résineux d'une extrême âcreté. Les émanations qui se dégagent de cet arbre occasionnent aussi des accidens très graves. On a vu des personnes qui, pour y être restées exposées pendant quelques instans, ont eu le corps couvert de petites pustules ou de plaques rouges. Le célèbre Fonlana en rapporte plusieurs exemples. M. Van Mons , de Bruxelles, à qui l'on doit un travail intéressant sur ce dangereux végétal, a reconnu que les accidens qu'il occasionne sont dus à un gaz qu'il exhale pendant la nuit ou à l'ombre, plutôt qu'à son suc laiteux. Selon cet habile chimiste , ce gaz serait de l'hydrogène carboné tenant en dissolution un miasme délétère.

M. le docteur Lavini de Turin, d'après un grand nombre

d'expériences qui lui sont propres (voy. Journ. ckini. mêd. 1. p. 249), pense que l'action délétère des émanations de cet arbre ne provient pas du gaz hydrogène carboné, mais d'un principe âcre particulier, que ce chimiste n'est cependant pas parvenu à isoler. Les produits de l'exhalation naturelle de la plante varient, suivant qu'on les examine pendant le jour ou après le coucher du soleil. Pendant le jour, les produits recueillis sous une cloche de verre placée sur la cuve hydrargyropneumatique sont du gaz azote et une eau insipide, tous deux fort innocens. Après le coucher du soleil, le gaz recueilli est de ri)ydrogène carboné, mêlé à un principe âcre, que l'auteur croît être le véritable poison de la plante, et non le gaz hydrogène carboné, ainsi que le pensait M. Van Mons, attendu que ce gaz seul ne peut pas produire la toux , le larmoiement et les autres accidens éprouvés par M. Lavini dans ses expériences.

M. le professeur Orfila a fait un grand nombre d'expériences avec les feuilles du Rhus toocicodendron et avec leur extrait, et il a vu qu'en général ces substances agissaient à la manière des poisons âcres , c'est à dire en déterminant une inflammation intense dans les organes de la digestion ou toute autre partie du corps avec laquelle elles ont été mises en contact, et qu'elles exercent une action stupéfiante sur le système nerveux , lorsqu'elles ont été portées dans le torrent de la circulation.

Malgré les accidens occasionnés par cette plante , le docteur Dufresnoy, de Valenciennes , n'a pas craint de l'introduire dans la thérapeutique , et son exemple a ensuite été imité par plusieurs autres médecins recommandables. C'est surtout contre les dartres invétérées et l'épilepsie qu'on en fait usage. On administre l'extrait préparé avec les feuilles fraîches et contuses, à la dose de quinze à vingt grains, répétée deux à trois fois dans la journée : cette dose est ensuite graduellement augmentée et portée à un ou deux gros pour chaque fois. Le professeur de Valenciennes fait les plus grands éloges de ce médicament, et dit qu'il lui a presque constamment réussi. Cependant quelques essais tentés récemment sembleraient de-

TÉRÉBINTH4CBES. 7'^

voir un peu diminuer la trop grande réputation faite à cette substance. M. le professeur Fouquier l'a donnée sans aucun résultat avantageux, même en la portant à des doses très considérables.

M. le docteur Brera a aussi employé ce médicament contre la paralysie. Il se servait surtout des pilules suivantes :

^ Rhus radicans en poudre !•

Réglises en poudre 5 j.

Rob de sureau q. s.

Faites 14 pilules, dont on donne une toutes les quatre heures.

Plusieurs autres espèces de ce genre méritent quelque attention. Ainsi, le Rhus coriaria, que l'on nomme vulgairement vinaigrier, ronre , etc., est un arbrisseau dont toutes les parties sont extrêmement astringentes. Ses jeunes rameaux servent à tanner les cuirs.

L'une des résines connues sous le nom de copal est produite, suivant plusieurs auteurs, par le Rhus copallinumlj.,({\ii croît au Mexique et dans l'Amérique septentrionale.

Le Rhus vernix jouit, d'après MM. Orfila et Bigelow , des mêmes propriétés que le Rhus toxicodendron. On le cultive fréquemment dans nos jardins.

PISTACHIER. - PISTACIA. L.

Fleurs dioïques : dans les mâles , calice à trois , rarement à cinq divisions linéaires et très profondes; cinq étaminesj corolle nulle : dans les femelles , calice comme dans la fleur mâle ; ovaire à une seule loge monosperme , surmonté de trois stigmates épais. Drupe sèche , pouvant s'ouvrir en deux valves , contenant une seule graine portée sur un podosperme long et plane.

Arbrisseau à feuilles trifoliées, imparipinnées on même paripinnées. Fleurs petites et en grappes.

Pistachier franc. PIsiacia vera. L. Sp. 1454. Lamk. Illust.

Nom pharmaceutique : pistaciœ verœ. Nom vulgaire : pistaches. Partie

usitée : les fruits.

Le pistachier est un arbrisseau dioïque , dont la tige peut s'iUever à douze ou quinze pieds. Ses feuilles sont alternes, dépourvues de stipules , composées de trois ou plus souvent de cinq folioles imparipinnées , ovales, obtuses, coriaces et glabres. Les fleurs , qui sont petites et dioïques , sont portées sur les rameaux des années précédentes , et sortent d'un bourgeon formé d'écaillés lanugineuses sur leur bord. Les mâles sont disposées en une sorte de grappe rameuse , entrecoupée d'écaillés à-chaque ramification de la grappe. Chaque fleur est légèrement pédicellée- son calice est très peîit, composé de trois folioles squammiformes, dressées, linéaires , lancéolées, ou méiuesubulées. Il n'y a pas de corolle. Les étaniines, au nombre de cinq , plus longues que le calice , ont leurs anthères presque sessiies, dressées, ovoïdes , alongées , aiguës , à deux loges. Le centre de la fleur ne présente aucun indice de pistil. Les fleurs femelles forment des espèces de petits épis ordinairement simples et triflores. Le calice est de môme composé de trois folioles étroites , pins rarement de quatre ou de cinq. L'ovaire est simple , ovoïde , un peu pédicellé , à une seule loge , qui contient un seul ovule porté sur un long podosperrae inséré au fond de la loge. Le style est à peine marqué et se termine par trois stigmates épais , obtus et réfléchis. Le fruit est une drupe ovoïde , alongée , sèche , c'est à dire ayant la chair très mince , s'ouvrant en deux valves à sa parfaite maturité , de la grosseur d'une olive. La graine est renversée et portée sur un long podosperme plane qui nail du fond de la cavité. L'embryon est dépourvu d'endosperme , et se compose de deux gros cotylédons charnus, d'une belle couleur verte claire.

Cet arbrisseau, originaire d'Orient , est cultivé et naturalisé dans toutes les parties méridionales de l'Europe.

Propriétés et usages des pistaches. L'amande du pistachier est très agréable. On peut en préparer des émulsions qui s'ad-

TÉRÉBINTHACÉBS. 7^'*

ministrent comme celles que l'on fait avec les amandes douces, dans l'irritalion des organes génitaux et plusieurs autres circonstances. C'est une boisson extrêmement recherchée. Ces amandes sont aussi employées par les confiseurs pour faire des dragées , des glaces et d'autres friandises. Elles contiennent une assez grande quantité d'huile grasse , douce , verdâtre , qui se rancit avec une grande facilité.

Pistachier térébinthe. Pistacia terebinthus. L. Sp. 1455.

Nom pharmaceutique : terebenthina pistaciria. Partie usitée : la térébenthine de Chio.

Celte espèce est généralement un peu plus petite que la précédente. Ses feuilles , qui sont alternes et pélioiées, se composent de sept ou neuf folioles imparipinnées , ovales, lancéolées, aiguës , glabres , entièr.es , d'un vert foncé , et luisantes en dessus , blanchâtres inférieurement. Ses fleurs, également dioïques , sont petites et en grappes rameuses. Les écailles qui accompagnent les fleurs mâles et les folioles de leur calice sont chargées de poils roussâtres très épais. Les fruits qui succèdent aux fleurs femelles sont d'une couleur violette , presque globuleux, et beaucoup plus petits que dans l'espèce précédente. Le térébinthe croit spontanément en Orient , dans les îles de l'Archipel. Il est commun en Provence , dans les lieux pierreux et incultes.

Propriétés et usages. En pratiquant au tronc de cet arbrisseau des incisions plus ou moins profondes , il s'en écoule un suc résineux,, très épais, d'une couleur jaunâtre , d'une odeur suave, qui rappelle celle du citron ou de fenouil, et d'une saveur agréable et nullement âcre. C'est la térébenthine de Chio, ainsi nommée parce que c'est surtout dans celle île que l'on en fait la récolle. Elle est assez rare dans le commerce , et fréquemment sophistiquée avec la térébenthine du pin ou du mélèze , dont elle possède toutes les propriétés. ( Voyez , pour ses usages , l'article Pin /w^zri7i>72e (famille des Conifères ), où nous avons exposé les propriétés médicales de la térébenthine retirée de ce bel arbre.)

Pistachier lentisque. Pistacia lentiscus. L. Sp. 1455.

Nom pharmaceutique : résina mastiche. Partie usitée : le mastic.

Encore plus petit que le précédent, cet arbrisseau croît dans les même localités. Ses feuilles , dont le pétiole est plane et comme ailé , se composent de huit à douze petites folioles ordinairement alternes , à l'exception des deux supérieures, qui sont opposées. Elle sont ovales , lancéolées , obtuses , souvent mucronées , entières et tout à fait glabres. Les fleurs sont fort petites, en panicules axillaires , souvent géminées, dioïques , comme dans les autres espèces. Les fruits sont très petits, pisiformes , rougeâtres à l'époque de leur maturité. Le lentisque croit dans toutes les régions méditerranéennes de l'Europe et de l'Afrique.

Olivier , dans son Foyage dans l'empire Ottoman , t. 1 , p. 292, nous a donné des détails intéressans sur la culture du lentisque et la récolte du mastic dans l'île de Scio. On cultive cet arbrisseau dans vingt-un villages situés au midi de la ville. Il y a en outre trois villages à l'ouest, dont les plantations peu productives ont été abandonnées. Pour obtenir le mastic , on pratique au tronc et aux branches principales des incisions nombreuses qui n'intéressent que l'écorce. Le suc qui s'en écoule se concrète en larmes plus ou moins volumineuses , que l'on recueille avec soin. La récolte , qui , selon les règlemens rigoureux des Turcs , commence le 27 août , se prolonge à plusieurs reprises jusqu'au 19 novembre. Elle s'élève, année commune , à cinquante mille ocques et même davantage. Yingt-un mille appartiennent à l'aga, fermier de cette denrée, et sont délivrés par les cultivateurs en paiement de leur imposition personnelle. L'excédant leur est payé à raison de 50 paras l'ocque (à peu près 16 sous la livre), et il leur est enjoint, sous des peines très sévères, de n'en vendre à personne autre qu'au fermier. La meilleure qualité est expédiée à Consiantinople pour l'usage du sérail. La seconde qualité est destinée pour le Caire, et les négocians n'obtiennent en général qu'iiu mélange de la seconde et de la troisième qualité.

Propriétés et usages du mastic. Dans le commerce on en

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connaît deux variétés ■ l'une est en masses irrégulières, c'est le mastic commun; l'antro est en larmes plus ou moins grosses , souvent aplaties, d'une couleur jaune clair , couvertes d'une sorte de poussière blanchâtre , d'une odeur suave et d'une saveur âcre et aromatique. Sa cassure est brillante et vitreuse. Il se ramollit sous la dent et y devient ductile ; c'est le mastic en larmes. Cette substance n'est pas soluble en totalité dans l'alcool. Elle est composée de deux résines et d'un peu d'huile volatile.

C'est un usage généralement répandu en Grèce et dans une partie de l'Orient , que les femmes et même les hommes mâchent continuellement du mastic , soit pour se fortifier les gencives et blanchir leurs dents, soit pour se parfumer l'haleine. Aussi le grand-seigneur s'était-il exclusivement réservé le commerce de celte substance résineuse.

Le mastic a été jadis fort en vogue auprès de certains médecins , et faisait partie d'une foule de préparations pharmaceutiques , comme lui inusitées aujourd'hui. Cependant il jouit des mêmes propriétés que toutes les autres résines, c'est à dire qu'il est tonique et stimulant , et que son emploi peut avoir des résultats avantageux dans la diarrhée chronique, et en général les catarrhes anciens , quand ils ne sont ni accompagnés ni entretenus par une cause irritante et permanente.

BAUMIER. AMYRIS. L. J.

Fleurs hermaphrodites -, calice à quatre dents et persistant ; corolle de quatre pétales ; huit étamines ; ovaire à trois loges monospermes, surmonté d'un style et d'un stigmate simples ^ drupe légèrement charnue , contenant ordinairement un seul noyau monosperme par avortement. Arbrisseaux exotiques , ayant les feuilles trifoliées ou imparipinnées.

Baumif.r de la Mecque. Amyria opohalsamum. Wild. Sp. 2.

Noms pharmaceutiques : balsainum meccaense , sivc judnïcum ; carpobalsamum : xylabalsamum. Noms vulgaires : baume de la Mecque, ou. de Judée. Parties usitées : les fruits, les jeunes branches, la résine de la Mecque.

Ce petit arbrisseau peut s'élever à une hauteur de six à huit pieds. Ses rameaux sont grêles, souvent rabougris, et terminés en pointe épineuse ; ses feuilles alternes, imparipinnées^ composées de cinq ou sept petites folioles sessiies , obovales , aiguës , entières , glabres et luisantes. Ses fleurs sont petites , ordinairement géminées , portées sur des pédoncules couris et grêles; leur calice est persistant et à quatre dents larges et peu profondes. Les fruits sont de petites drupes obovoïdes , quelquefois terminées par un petit mamelon conique , renfermant un seul noyau monosperme par suite de l'avortement presque constant des deux loges que l'on remarque dans l'ovaire. On trouve communément cet arbrisseau dans l'Arabie , et surtout entre les villes de la Mecque et de Médine.

Propriétés et usages. Quoique le baume ou résine de la Mecque ait été connu de toute antiquité, on a pendant long-temps ignoré l'arbre dont il était retiré. Le voyageur Belon est le premier qui ait donné des renseignemens positifs à cet égard. Prosper' Alpin i , dans son ouvrage sur les plantes de l'Egypte , publié à Venise en 1592 , a fait une très bonne dissertation sur le véritable baume de la Mecque , et donne (page 78) une Cgure très satisfaisante de l'arbrisseau dont il découle. C'est à dater de cette époque que l'on a bien connu l'arbrisseau que nous venons de décrire. C'est lui qui fournit , ainsi que nous l'avons dit précédemment , 1" le baume de la Mecque; 2" les petits fruits connus sous le nom de carpobalsamum ; 3° et le xylobalsamum.

Le baume de la Mecque ou de Judée est une résine fluide que Ton obtient , soit en pratiquant des incisions au tronc et aux branches de l'amyris , soit par la décoction, dans l'eau, de ses jeunes rameaux. Le premier est plus pur et n'existe pas dans le commerce ; on le réserve , dit-on, pour le grand sei-

TÉRÉBINTn ACÉES. 7 I (J

gneur. C'est celui qu'on prépare de la seconde manière , que l'on trouve dans le commerce. Il est liquide , d'une teinte jaunfttre , quelquefois un peu trouble ou blanchâtre , surtout lorsqu'il est récent , d'une odeur anisée , d'une saveur aromatique. Il finit quelquefois par devenir presque solide. Cette résine est souvent sophistiquée avec le baume du Canada.

On attribue à ces substances résineuses des propriétés merveilleuses dans le traitement d'une foule demaladies trop différentes les unes des autres pour que le môme médicament puisse convenir à chacune d'elles. Aussi aujourd'hui la résine de la Mecque est-elle bien peu estimée des thérapeulistes. La plupart pensent, et avec raison, qu'elle n'a rien de supérieur à notre térébenthine, qui doit lui être préférée comme production indigène , et d'un prix moins élevé. Les Orientaux l'emploient surtout comme cosmétique, et les femmes égyptiennes la regardent comme le remède le plus efficace pour prévenir la stérilité.

Le fruit du baumier, connu sous le nom de carpobaLsanntm, est une petite drupe sèche, globuleuse^ pisiforme, terminée en pointe à ses deux extrémités , ordinairement rougeâtre , d'une saveur aromatique. Il entre dans la thériaque et dans le mithridate.

Enfin l'on trouve quelquefois dans le commerce les jeunes branches de cet arbrisseau, qui y portent le nom de xifloùalsajnum. Leur saveur est amère et aromatique ; leur odeur est suave. En Orient, on les brûle dans l'intérieur des temples et le palais des sultans. Ils ne sont pas usités en médecine.

La résine connue sous le nom de B aume deGiléad, et que l'on dit produite par VAmijris gileadensis , qui croît spontanément en Arabie, est la même chose que la résine de la Mecque.

Baumier élémifère. Amyris elemi/era. Willd. 2. p. 333. Icica icicariba. DC. , Prodr. syst.

Noms pharmaceutiques : elcmi, sive elemni. Partie usitée : la résine

Élémi.

La plus grande obscurité règne encore aujourd'hui sur l'espèce végétale qui produit la résine élémi. La plupart des au-

BOTANIOHK.

teurs pensent que c'est VJmjn\ elemifera , mentionnée pour la première fois par Linné dans sa Matière médicale. Mais, ainsi que l'a for t judicieusement remarqué l'illustre auteur de la partie botanique de VEncijclopédie méihodiçue, Linné a confondu sous ce nom deux plantes fort différentes , en réunissant celle mentionnée par Plumier {Àmyris Plumieri DC. ) et celle que Marcgrave appelle Icicariba. Cette dernière , en effet, qui croît au Brésil, paraît appartenir au genre Icica, qui, il est vrai, diffère à peine de VAmyris.

Dans le commerce on distingue deux sortes d'élémi. La plus commune nous est apportée de la Nouvelle-Espagne et du Brésil , par caisses de deux à trois cents livres. Elle est en masses plus ou moins volumineuses, ordinairement grasse et onctueuse, surtout lorsqu'elle est récente. Sa couleur est jaunâtre, parsemée de points verts; son odeur a été comparée à celle du fenouil, et dépend surtout d'une huile volatile que l'on peut en extraire par la distillation,

La seconde sorte est beaucoup plus rare. Elle est en morceaux de trois à quatre livres, enveloppés dans des feuilles de roseaux. On nous l'apporte d'Ethiopie. C'est à tort qu'on lui a donué le nom d'élémi. C'est une véritable résine provenant d'un olivier, et M. Pelletier y a démontré l'existence de l'o/tv^zïe.

La résine élémi n'est guère employée qu'à l'extérieur. Elle enlie dans la composition de plusieurs médicamens, tels que le baume de Fioravenli , les onguens styrax et d'Arcaeus.

La Myrrhe est une gomme-résine que l'on croit généralement produite par un arbrisseau originaire d'Arabie, et que Forskahl a décrit sous le nom à'Amyris hataf. Selon MM. Ehrenberg et Hemprich, ce serait une espèce différente de celle de Forskahl , et que ces botanistes proposent de nommer Balsamodendron myrrha. ( Le genre Balsamodendroii , établi par M. Runth, est un démembrement de genre Amijris de Linné , dans lequel devrait être rangée l'espèce que nous avons décrite tout à l'heure sous le nom d'Amyris opobalsamum. ) Quoi qu'il en soit, la Myrrhe est en larmes irrégulières, rougeâtres et recouvertes d'une sorte de poussière blanchâtre, demi-transparente^ leur cassure est brillante avec des

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petites stries blanchâtres , leur saveur Acre et amère , leur odeur aromatique. Elle se compose de résine et d'huile essentielle, 34 ; de gomme soluble , 68 parties. Aussi se dissout-elle plus facilement dans l'eau que dans l'alcool.

Cette substance exerce une action stimulante sur l'économie animale. Six à dix grains de Myrrhe excitent les fonctions de l'estomac et augmentent l'appétit. A une dose plus forte, l'excitation devient générale. Ou a parlé , des bons effets de cette gomme résine dans les catarrhes chroniques, les leucorrhées ou les aménorrhées qui dépendent de causes débilitantes. On l'emploie en poudre, donton formedes pilulesouun électuaire. On a égalera entrecommandé sa solution aqueuse et alcoolique. La myrrhe fait partie du baume de Fioraventi, de la thériaque et de l'élixirde Garus.

Avant de passer à l'exposition générale des propriétés médicales de la famille des Térébinthacées , nous devons dire quelques mots de plusieurs autres substances produites par des plantes de celte famille , mais peu usitées de nos jours.

1° Briicea antidjsenlerica, L'héritier. Un grand nombre d'auteurs ont cru que l'écorce de fausse angusture était produite par cet arbre, qui croît en Abyssinie, où le célèbre voyageur Bruce a vu employer avec succès son écorce contre la dysenterie 3 mais cette opinion est inadmissible. Voyez plus loin, dans la famille des Rutacées, l'article Angusture vraie, à la suite duquel nous traiterons comparativement de la fausse angusture.

2° Noix d'acajou. On appelle ainsi les fruits du cassuvium occidentale de Lamarck, ou anacardium occidentale de Linné, grand arbre à feuilles simples, qui croît en Amérique et dans ' les Antilles. Le pédoncule qui supporte le fruit est rougeâtre, renflé, charnu , beaucoup plus gros que le fruit lui-même, ayant presque le volume du poings il est astringent j on s'en sert pour préparer des boissons rafraîchissantes. Le fruit est de la grosseur et de la forme d'une fève, composé d'un péricarpe coriace, indéhiscent, d'une ligne environ d'épaisseur, présentant dans ses parois un grand nombre de cellules pleines d'un suc huileux, excessivement Acre, imprimant au linge des taches 3. 46

^22 BOTANIQUlî.

indélébiles. L'amahde est douce et bonne à manger. Inusitée en France.

Le même arbre fournit aussi une gomme assez abondante , qui s'écoule naturellement des fentes qui se forment sur les branches. Elle est en larmes irrégulières, souvent très volumineuses, transparentes ou rougeâtres. Au Brésil et dans quelques autres parties de l'Amérique méridionale , elle pourrait remplacer la gomme arabique.

' 3° Anacarde, fruit de VAnacardium orientale de Linné, ou Semecarpus anacardiiim de Lamarck , qui croît aux grandes Jndes. Il a la forme d'un cœur porté sur un pédoncule renflé , plus gros que lui. Selon M. Yirey, on a attribué à son amande, ainsi qu'à celle du précédent, la singulière propriété d'exalter les facultés intellectuelles, de développer la mémoire, etc.

4° L'Olibais ou Encens de l'Inde est attribué par les naturalistes de l'Inde à un arbre de la famille des Térébinthacées , nommé par Roxburgh Boswelim serrdta. Il est en larmes jaunes, globuleuses, opaques, plus volumineuses que celles de l'encens d'Arabie, fourni par un arbrisseau de la famille des Conifères. Son odeur est forte et agréable, sa saveur balsamique. Il est plus estimé que le précédent.

La famille des Térébinthacées produit encore plusieurs au. très matières résineuses , telles que la résine chibou , fournie par le Bursera gummifera , le baume ou résine acouchi , que l'on retire de VIcica acuchi d'Aublet, etc. Mais elles ne sont pas usitées dans la thérapeutique.

Le Bdellium d'Afrique est produit par un arbrisseau que nous avons décrit et figuré sous le nom à' Heudelotia africana, dans notre Flore de Sénégambie, et qui croit au Sénégal. Cette gomme-résine est en larmes globuleuses , d'une grosseur variable, tantôt grisâtres, brunes ou d'une teinte verte, à cassure terne et comme cireuse. Elle se compose , d'après l'analyse de M. Pelletier: de résine, 69,0; gomme soluble, 9,2; bassorine, 30/); huile volatile et perte, 1,2. Cette matière est peu employée.

TÉRiBINTHACÉKS.

Propriétés médicales et usages des Térébinthacées.

Le grand nombre de substances résineuses que produisent les arbres de la famille des Térébinthacées, forme le caractère le plus saillant de leurs propriétés médicales. En effet , c'est surtout à la classe des agens slimulans que cette famille offre le plus grand nombre de matériaux. Le genre Amyris nous donne la résine élémi, le baume de la Mecque ou de Judée, et très probablement la myrrhe. C'est du genre pistachier que découlent la térébenthine de Chio et le mastic. Enfin, une foule d'autres matières résineuses sont encore des produits de cette famille, et attestent l'unilorraité de ses propriétés.

Plusieurs Térébinthacées contiennent un principe astringent souvent fort développé. k'msWe Rhus corioria , ou roure des corroyeurs, sert au tannage des cuirs. Cette saveur astringente existe aussi dans le Schinus molle, dans le Rluis glabrum^ dont l'écorce est employée comme fébrifuge. Elle se fait également sentir dans les fruits pulpeux des Tér^-binthacées, qai sont alors employés soit à préparer des boissons rafraîchissantes soit usités comme alimens : tels sont ceux du Mangifera indien , du Spondias monhin , etc.

L'amande renfermée dans leur graine est fort souvent douce et agréable, comme le prouvent celles du pistachier, de l'anacarde, de la noix d'acajou. Elle contient généralement une quantité plus ou moins considérable d'une huile douce et agréable.

A côté de cette uniformité remarquable qui existe dans la nature des principes des Térébinthacées, se trouvent quelques exceptions qu'il semble impossible de ramener à la loi générale. On voit que nous voulons parler ici des effets délétères du Sumac vénéneux et de quelques autres espèces du même genre. En effet, nous avons fait voir que cet arbrisseau peut occasionner des pustules et une irritation plus ou moins vive de la peau , non seulement lorsqu'on met son suc laiteux ou ses feuilles en contact avec quelque partie extérieure du corps , mais que celle action vénéneuse peut avoir lieu sans contact, et uniquement par l'effet des émanations qu'il dégage

lorsqu'il esl placé à l'ombre. Il paraît qu'en Amérique une espèce du genre Amyris, d'ailleurs si remarquable par son uniformité, possède un mode d'action analogue à celle du sumac, et a, pour cette raison, reçu le nom Ôl Amyris loxifara. Cependant, si no«s réflécbissons que tous les accidens causés par le sumac vénéneux sont dus, soit au suc laiteux qu'il renferme, soit au gaz hydrogène carboné qu'il dégage à l'ombre, et que ce suc propre et ce gaz n'existent dans aucun autre genre de la famille, cette exception cessera de nous étonner, et n'altérera en rien la loi de l'analogie et de l'uniformité des propriétés médicales , dont les ïérébinthacées nous offrent un exemple,

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