SOIXANTE-HUITIÈME FAMILLE
RHAMNÉES. — RHAMNEM.
Cette famille se compose de végétaux ligneux, dont les feuilles simples sont opposées ou alternes , ordinairement accompagnées de stij)ules. Les fleurs sont petites, et souvent imparfaitement unisexuées. Leur calice est monosépale , étalé ou turbiné, à quatre ou cinq divisions. La corolle, qui manque quelquefois , se compose de quatre ou cinq pétales généralement très petits. Les élamines sont en même nombre que les pétales, devant lesquels elles sont ordinairement placées; elles sont insérées autour et quelquefois sur un disque périgyne, qui environne l'ovaire et forme un bourrelet plus ou moins saillant, ou bien tapisse le tube du calice, quand celui-ci est turbiné. L'ovaire est généralement supérieur et libre, à deux, trois ou quatre loges, contenant chacune un ou deux ovules. Le siyle est quelquefois simple, plus souvent divisé à son soml'.iet, et portant autant de stigmates qu'il y a de loges à l'ovaire. Le fruit est tantôt sec et capsulaire, tantôt charnu, et renfermant un ou plusieurs nucules uniloculaires et monospermes, rarement biloculaires ou dispermes. La graine , qui est quelquefois enveloppée dans un arille charnu, contient un embryon dressé, plane, renfermé dans l'intérieur d'un endosperme charnu.
Celte famille se dislingue de la précédente par ses feuilles
nHAMINSKS. 7^5
constamment simples, accompagnées do stipules ^ par ses graines dont Tembryou est contenu dans un endosperme charnu , et de plus par le port des différens végétaux qui la composent.
NERPRUN. — RHAMNUS. Tournef. J.
Calice urcéolé, subcampaniforme, à quatre ou cinq divisions; corolle de quatre ou cinq pétales très petits et squammiformes; élamines en nombre égal aux pétales, au devant desquels elles sont placées. Style terminé par trois ou quatre stigmates. Nuculaine globuleux, contenant trois ou quatre nucules monospermes. Arbrisseaux à feuilles simples et opposées, ayant les fleurs petites et souvent dioïques.
Nerprcn cathartique. Rhamnus catharlicus . L. Sp. 279. ' Rlackw. t. 135.
Nom pharmaceutique : rhamni cathartici f ructus. Partie usitée : les fruits.
Le nerprun est un arbrisseau dioïque, fréquent dans nos bois et nos haies, où il peut acquérir une hauteur de huit à dix pieds. Ses rameaux, souvent terminés en pointe épineuse à leur sommet, portent des feuilles opposées, pétiolées, quelquefois groupées et réunies au sommet des jeunes rameaux. Elles sont ovales, aiguës, presque cbrdiformes, dentées, glabres et d un vert clair. Les fleurs sont dioïques, petites, verdâlres, pédicellées et réunies en général plusieurs ensemble. Leur calice, tubuleux à sa base, est partagé à son limbe en quatre lanières étalées, lancéolées, aiguës j les quatre pétales sont dressés, extrêmement petits et linéaires. Dans les fleurs mâles on trouve quatre élamines opposées aux pétales et un pistil rudimenlaire. Les fleurs femelles ont l'ovaire globuleux, déprimé, à quatre loges monospermes ■ le style quadrifide à son sommet, et terminé par quatre stigmates obtus. Le nuculaine est globuleux, pisiforme, glabre, contenant ordinairement trois nucules nionospermes.
Propriétés et usages. La pulpe verdAtre qui enveloppe les nucules de cet arbrisseau a une saveur amère assez désagréable, cl une od»:ur iiaueéabonde. C'est un médicament jnn'gatif
fort énergique , mais qui a l'inconvénient d'occasionner des coliques, surtout lorsqu'on l'administre en nature. On peut prévenir cet inconvénient en buvant, après avoir fait usage de ces fruits, une tisane mucilagineuse et adoucissante. On ne doit recourir à ce médicament que dans le cas où l'on veut opérer une sorte de révulsion énergique, comme, par exemple, dans certaines hydropisies ou des dartres chroniques. Le sirop de nerprun , que l'on prescrit plus fréquemment que les autres préparations, s'administre à la dose d'une à deux onces. Quinze à vingt fruits suffisent pour provoquer d'abondantes évacuations. On peut aussi administrer le suc que l'on en exprime.
M. Hubert, pharmacien à Caen , a publié dans le Journal de chimie médicale (avril 1830), une analyse du suc de nerprun, dont les résultats sont ••
1° Acide acétique; 2° acide malique ; 3° une substance très amère, nauséeuse, probablement seale partie active de ce suc, qui paraît en tout semblable à la catharline , c'est à dire à la matière purgative des sénés; A° une matière colorante verte , devenant rouge à la maturité par les acides formés alors; 5" une autre matière de couleur brune, insoluble dans l'alcool, très soluble dans l'eau , les acides et les alcalis faibles ; sans doute de nature gommeuse , assez abondante dans le suc récent, auquel elle donne beaucoup de consistance; elle disparait entièrement par la fermentation; 6" du sucre.
L'écorce moyenne de cet arbrisseau paraît jouir des mômes propriétés que les fruits. Elle détermine quelquefois le vomissement.
Le suc exprimé des fruits du nerprun forme , lorsqu'il a été épaissi par le moyen de la chaleur et uni à l'alun , une matière colorante verte , connue dans le commerce sous le nom de vert de vessie.
Les fruits de la bourgène, Rhamnas frangula L. , jouissent absolument des mêmes propriétés. Il en est de même des graines d'Avignon, fruits du Rlianmus infeclorius L-, qui croît dans le midi de la France. Ils sont surtout fort employés dans l'art de la teinture.
RHAMNIÎES.
JUJUBIER. - ZIZIPHUS. ïournef. J.
Ce genre diffère du précédent , auquel Linné l'avait réuni, par son calice étalé, à cinq divisions, par ses cinq étamines insérées , ainsi que les pélales , autour d'un disque périgyne qui environne l'ovaire; par ses deux stigmates et son fruit qui renferme un noyau biioculaire.
Jujubier officinal. Ziziphus vulgaris. Lamk. Illustr.
Rliamnus ziziphus. L. Sp. 282.
Nom pharmaceutique : jujubœ. Partie usitée : les fruits.
Arbrisseau de quinze à vingt pieds d'élévation , rameux dès sa base , offrant sur ses branches de petits rameaux filiformes , verts , qu'il renouvelle tons les ans, et sur lesquels poussent les feuilles et les fleurs. Ces feuilles sont alternes ^ presque sessiles, ovales, obtuses, acuminées; celles de la base presque rondes, obscurément dentées, glabres, luisantes, marquées de trois nervures longitudinales. On trouve à leur base deux stipules subulées, très aiguës, persistantes, et se changeant en aiguillons. Les fleurs sont petites, jaunâtres, rassemblées par petits glomérulcs aux aisselles des feuilles. Leur calice est étalé, à cinq divisions profondes, ovales, aiguës, entières. Leur corolle se compose de cinq pétales très petits, étalés, concaves, blanchâtres , en forme de cuiller, supportés par un onglet alongé, droit. Les cinq étamines sont de la longueur des pétales, auxquels elles sont opposées , insérées au pourtour d'un disque périgyne , aplati , tapissant le fond du calice^ et entourant le pistil dans sa partie inférieure, en formant autour de lui une espèce de bourrelet. L'ovaire est ovoïde, déprimé, biioculaire, contenant un ovule dans chaque loge , entouré par un disque périgyne glanduleux et jaune. Du sommet de l'ovaire naissent deux styles courts et charnus, terminés par deux stigmates capilulés, qui se prolongent sur la face interne des styles. Le fruit est une drupe ovoïde , rougeâtre , lisse , de la grosseur d'une olive, contenant un noyau osseux, à deux loges mono-
BOTAMQUB.
spermes. Le jujubier, originaire d'Orient et particulièrement de la Syrie , est aujourd'liui cultivé et naturalisé dans les contrées méridionales de l'Europe.
Propriétés et usages. Lorsque les jujubes sont fraîches, leur chair est ferme, mais sucrée et assez agréable. On les mange en cet état dans les provinces méridionales de la France, ainsi qu'en Orient. Celles que nous employons ici ont étéséchéesau soleil. Ces fruits, unis aux dattes, aux figues et aux raisins secs, constituent les fruits mucoso-sucrés ou béchiques , dont la décoction forme une tisane adoucissante, recoramandable dans les inflammations chroniques des poumons , l'ischurie , etc. Ils entrent dans plusieurs préparations dites pectorales, et entre autres dans la pâte de jujubes, préparation journellement usitée, et dont la gomme arabique est certainement la partie la plus efficace.
C'est à une espèce du genre jujubier {Ziziphus lotus, Desf.) que l'on doit rapporter l'une des espèces de lotos des anciens, le lotos en arbre , qui croît dans l'île des Lotophages , dans la Cyrénaïque. M. Desfontaines est le premier qui ait déterminé exactement [Méin. acad. des Se, année 1788, t. 21 ) le végétal qui produit, selon Homère, ces fruits doux comme le miel, qui faisaient oublier aux étrangers leur patrie.
Propriétés médicales et usages des Rhamnées.
Il existe assez de ressemblance entre les végétaux de cette famille , dont on connaît bien les propriétés médicales. Ainsi, la pulpe du fruit des nerpruns a une saveur amère et nauséeuse, et possède une action purgative manifeste, qui se retrouve aussi dans leur écorce intérieure. Le genre des jujubiers forme cependant une exception bien remarquable , puisque ses fruits sont doux , sucrés et mucilagineux. Ces propriétés justifient et confirment la séparation de ce genre d'avec les nerpruns. Les feuilles et l'écorce de plusieurs Rhamnées ont une saveur très amère , quelquefois astringente , et sont toniques. C'est ainsi que dans l'Amérique septentrionale on emploie avec succès celles du Ccanothus americanus et du Prinos verticillalus , jolis arbustes qu'il serait très facile de naturaliser
POHXDLAGÉKS.
dans nos climats. L'analogie des Rhamnées se fait également remarquer dans les principes colorans qu'ils fournissent : nous avons vu, en effet, que les fruits de beaucoup de nerpruns étaient employés avec avantage dans l'art de la teinture.