‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 162 sur 187 · QUATRE-VINGT-SEPTIÈME FAMILLE · texte numérisé non relu

QUATRE-VINGT-SEPTIÈME FAMILLE

llLlkCÉES.—TILrACE/E.

Cette famille a beaucoup de rapports avec celle que nous venons d'étudier précédemment. Elle se compose d'arbres, d'arbustes ou de plantes herbacées, ayant les feuilles alternes siiriples, accompagnées de stipules ; las fleurs axilhiires ou terminales. Leur calico est coloré, à quatre ou cinq divisions profondes et caduques. Les pétales, allernant avec les divisions calicinales, sont généralement en nombre égal ; r.ireiuent la

TILIACÉES. Oû5

corolle manque. Les étamines sont nombreuses et ont leurs filamens libres et distincts; leurs anthères à deux loges. L'ovaire est simple, libre, sessile ou stipité , ayant de deux à cinq loges qui conlienîient chacune un , deux ou plusieurs ovules attachés à l'angle interne. Le style est simple, et se termine par un stigmate à deux, trois ou cinq lobes. Le fruit est sec ou charnu, à deux ou plusieurs loges, indéhiscent ou s'ouvranten plusieurs valves. Chaque loge contient une ou plusieurs graines, dont i'cndosperme est charnu et les coiylédons planes. Les Tiliacées se distinguent des Malvacées par leurs étamines, dont les filets sont entièrement libres, par leur style simple, leur fruit qui est quelquefois charnu, et leurs cotylédons planes et non lobés.

TILLEUL. - TILIA. L. J.

Calice caduc, à cinq divisions profondes; corolle de cinq pétales (t). Étamines nombreuses et distinctes; ovaire à cinq loges biovnlées; style simple, terminé par un stigmate à cinq lobes rapprochés. Capsule globuleuse, indéhiscente, à cinq loges, contenant chacune une ou deux graines. Arbres à feuilles simples et cordiformes , ayant leurs pédoncules soudés avec la bractée qui les accompagne.

Tilleul d'Elrope. Tilia europœa. L. Sp. 773.

Nom pharmaceutique : tilia hortensia. Partie usitée : les fleurs.

Les auteurs modernes, à l'exemple de Ventenat et de M. Desfonlaines , ont distingué dans le Tilia europœa de Linné deux esjièces, mais qui ne nous paraissent être , comme à l'immortel Su(;dois , que deux variétés d'une même espèce. L'une, que Ventenat nomme Tilia microphjlla, ou Tilleul à petites feuilles, croit cohnnunénuïnt dans nos bois, où elle peut acquérir une hai<le\ir de cinquante à soixante pieds. Son écorce est épaisse,

(I) Lcsc8f)èces de ce genre qui croissent en Amérique présentent eu face de cij.-tqiie pétale une écaille colorée, et qui semble former un second pétale inlcricur, Ce caractère n'existe pas dans les espèces europci unes,

rugueuse, fendillée dans sa partie inférieure, lisse supérieurement. Ses feuilles sont alternes, cordiforraes, arrondies acuminées, déniées en scie, presque glabres et un peu fermes assez petites , présentant à leur face inférieure des petits poils ferrugineux disposés par touffes h l'aisselle des nervures principales. Ses fleurs sont plus petites. Son fruit est globuleux et pubescent. Cette variété est fort commune dans les forêts de presque toute la France. On la désigne sous le nom de tilleuL sauvage, til/au, etc.

La seconde variété, ou le tilleul à larges feuilles, Tilia platyphyllos de Ventenat, se distingue surtout par son tronc moins élevé, ses feuilles beaucoup plus grandes, plus molles et velues, ses fleurs également plus grandes, et son fruit piriforrae, relevé de cinq côtes. On la cultive généralement dans les parcs et les jardins, sous le nom de Tilleul de Hollande, et ses fleurs s'épanouissent un mois plus tôt que celles de l'espèce précédente.

Les caractères que nous venons d'énoncer suffisent pour faire voir que ces deux espèces peuvent n'être considérées que comme de simples variétés.

Propriétés et usages. Les feuilles, et en général toutes les parties herbacées du tilleul, ont une saveur fade, et contiennent une quantité considérable de mucilage, caractère qui les rapproche singulièrement des Malvacées. Aussi ces feuilles et la partie intérieure de l'écorce peuvent-elles élre employées avec avantage pour préparer des décodions émollientes, dont l'emploi est le même que celui des plantes de la famille des Malvacées.

Mais ce sont particulièrement les fleurs du tilleul que la thérapeutique réclame. Elles répandent une odeur suave. Elles contiennent une huile volatile, du tannin, de la gomme, de la chlorophylle. L'eau distillée saturée d'huile essentielle produit une sorte d'ivresse avec une stimulation toute particulière. C'est généralement en infusion théiforme qu'on les administre. On en prépare aussi une eau distillée. On ne peut nier l'actioh qu'elles exercent sur le système nerveux ; elles sont antispasmodiques, calmantes, légèrement diaphorétiques. Mais

TILIACEES.

peut-on croire à leur prétendue efficacité dans le traitement de l'épilepsie, aujourd'hui que la nature de celte maladie nous est mieux connue? Cependant on trouve dans plusieurs auteurs les fleurs de tilleul vantées comme une sorte de spécifique dans celte redoutable affection.

Les graines du tilleul contiennent une certaine quantité d'une huile grasse et douce. Quelques auteurs en ont préparé une pâte analogue à celle que forme le cacao, mais qui lui est de beaucoup inférieure.

C'est à la suite des Tiliacées, et formant le type de la nouvelle famille des Bixinées, que l'on a placé le Rocouyer {Bixa orellana L.) , bel arbre originaire des forêts de l'Amérique méridionale. Ses graines, lorsqu'elles sont parfaitement mûres, fournissent, par l'infusion ou la macération dans l'eau, une pâte tinctoriale . connue sous le nom de rocou ou roucou , et que les teinturiers emploient pour communiq^uer aux étoffes une couleur rougeâtre. Cette pâte a une saveur aromatique. Les Indiens la dissolvent dans l'huile et s'en frottent toutes les parties extérieures du corps.

Propriétés médicales et usages des Tiliacées.

Le tilleul est à peu près le seul végétal de toute cette famille, cependant assez nombreuse, qui soit employé en médecine. Nous y avons remarqué surtout un principe fade et mucilagineux très abondant , qui existe dans les feuilles et les autres parties herbacées de cet arbre, et que d'autres Tiliacées nous présentent également. C'est ainsi qu'en Egypte on mange le Corchorus olitorius comme plante potagère.

L'odeur suave des fleurs de tilleul se retrouve aussi dans plusieurs autres végétaux de cette famille , qui tous sont remarquables par la ténacité des fibres qui composent leur écorce, avec laquelle on fabrique des toiles et des cordages dans certaines contrées. En France , par exemple 3 les cordes à puits sont faites avec l'écorce du tilleul.

Page 1