‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 161 sur 187 · Partie usitée : les graines · texte numérisé non relu

Partie usitée : les graines

Le cacaoïer peut s'élever à trente ou même quarante pieds j son tronc , dont le bois est tendre et léger , se divise en un grand nombre de ramifications grêles et alongées , sur lesquelles il existe des feuilles alternes , entières , courtement péliolées , obovales , acuminées , lisses et glabres. Les deux stipules que l'on remarque à la base des pétioles sont linéaires, entières et caduques. Les fleurs sont rougeàtres, portées sur des pédicelles grêles et réunies en petits faisceaux , placés un peu

S5o »OTANIQtJfi.

au dessus des feuilles ; quelques uns de ces groupes ou faisceaux de fleurs naissent sur le tronc et les grosses branches et ce sont les seuls dont les fleurs soient fécondes et donnent des fruits, tandis que toutes les fleurs qui se développent sur les jeunes rameaux sont stériles. Le calice est à cinq divisions très profondes, d'un rouge foncé, lancéolées, aiguës , entières , caduques. La corolle est formée de cinq pétales dressés , et connivens par leur sommet. Ils sont élargis, creusés en gouttière à leur partie inférieure, très rétrécis dans leur jjartie moyenne, élargis de nouveau à leur sommet. L'ovaire est libre, ovoïde, alongé, tomenteux, marqué de dix sillons longitudinaux ; il offre cinq loges multiovulées. Le style est long, grêle , légèrement quinquéfide à son sommet, qui porte cinq stigmates aigus. Le fruit est ovoïde, alongé, quelquefois mamelonné à son sommet, marqué de dix sillons lon^aludii.aux , ayant sa surface inégale et raboteuse, tantôt jaune, tantôt rouge , suivant les variétés. Le péricarpe est épais , dur et indéhiscent ; sa cavité intérieure est simple , par suite de l'avortement des cloisons qui existaient dans l'ovaire , en sorle que les graines sont groupées au centre du fruit, et enveloppées dans une pulpe aqueuse et aigrelette. Elles se composent d'un tégument propre crustacé , recouvrant un gros embryon, dont h-s deux cotylédons sont découpés en un grand nombre de lobes irrégulièrement plissés.

Cet arbre intéressant est originaire du Nouveau-Monde. Il croît spontanément au Mexique et dans d'autres parties du l'Amérique méridionale. Sa culture s'est introduite dans les Antilles et dans, plusieurs contrées du continent américain. Ce ne fut guère que vers le milieu du dix-septième siècle que les Français s'adonnèrent à la culture du cacaoïer dans leurs coonies.

Lorsque l'on a cueilli ces fruits à leur parfaite maturité , on les brise pour en retirer les graines. Avant de les verser dans le commerce , on leur fait subir l'un des deux modes de préparation que nous allons indiquer. Tantôt on les dépouille de la pulpe qui les recouvre et on les fait simplement sécher, en les exposant au soleil pendant un temps plus ou moins long; tan-

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tôt on les enfouit en lorrct , et on les y laisse jusqu'à ce que la fermentation en ait tlélachd la partie pulpeuse. C'est au cacao préparé de celte dernière manière que l'on donne le nom de cacao terré.

Dans le commerce , on distingue plusieurs sortes de cacao, savoir: 1° le cacao caraqiie, que l'on recueille sur la côte de Caracas. On le distingue en gros et petit , suivant le volume de ses graines. Il est généralement terré. C'est l'espèce la plus recherchée. Ses graines sont plus arrondies et plus grosses que dans le cacao des îles. Leur couleur intérieure est d'un brun violîicé. Leur tégument s'enlève avec facilité. La saveur du cacao caraque est douce et agréable.

2° Sous le nom de cacao des îles, on comprend généralement tout celui qui est tiré des Antilles , et même des îles de France et de Bourbon. Les grains en sont moins gros et plus aplatis, d'une saveur amère et austère. Cette soi te contient plus de matière butyreuse que la précédente, et porte les noms de cacao lierùîche, cacao de Surinam, etc. , suivant les lieux où on la récolte.

Propriétés et usages du cacao. Dans l'état frais, ces graines ont une saveur âpre et amère qui n'a rien d'agréable. Elles la perdent en grande partie par le terrage , et surtout lorsqu'elles ont été grillées dans des poêles de fer ou des cylindres nommés vulgairement Z'/7t/of/\ç. Elles acquièrent alors une saveur agréable , douce , onctut use. C'est avec ces graines, ainsi torréfiées, <j[ue l'on prt'pate le chocolat. Pour cela, on les prive de leur enveloppe crustacée , et on les pile dans un mortier de fer que l'on a [iréalablement chauffé. Après en avoir fait une pâte grossière, on y mélange une égale quantité de sucre en poudre, et on broie de nouveau la pAte sur des pierres de liais, au moyen de cylindres de fer. On coule ensuite cette pâle encore molle dans des moules. Ainsi préparé, le chocolat porte le nom de chocolat de santé; mais généralement on y ajoute quelque aromate , tel que la vanille ou !a cannelle , qui relève sa saveur et en facilite la digestion.

On peut rendre le chocolat plus ou moins amer ou excitant , suivant le degré de torréfaction qu'on fait subir au cacao. Les

Italiens et les Espagnols le torréfient beaucoup plus que les Français. Aussi leur chocolat est-il plus foncé en couleur et plus amer.

L'usage du chocolat est trop universellement répandu pour qu'il soit nécessaire d'entrer dans de longs détails'à cet égard. On le mange soit cru , soit après l'avoir délayé et fait bouillir dans de l'eau ou du lait. C'est un aliment très nourrissant, mais que beaucoup de personnes ne digèrent que péniblement. Il est analeptique , et convient aux individus épuisés par de longues maladies ou des excès vénériens. Chez ceux qui le digèrent, il produit promptement une amélioration sensible et ranime les forces. On a vu quelquefois l'usage long-temps continué du chocolat devenir très favorable à des personnes menacées de phlhisie ou d'autres maladies chroniques. Cette substance agréalîle est quelquefois employée pour masquer le goût de certains médicamens désagréables. C'est ainsi qu'on prépare un chocolat à la mousse de Corse , qui est anthelrainiique ; un chocolat au quinquina^ qui est tonique et fébrifuge , etc.

Le cacao contient une très grande quantité d'une huile grasse et solide , connue généralement sous le nom de beurre de cacao. Elle est blanche, jaunâtre, d'une saveur douce et agréable. C'est un des corps gras les plus adoucissans que l'on connaisse. On l'emploie beaucoup comme cosmétique et comme médicament. Il a le précieux avantage d'avoir une odeur agréable et de se sécher avec rapidité. On en fait des pommades , que l'on applique sur les gerçures qui se forment aux mamelles ou dans d'aulres parties du corps. Le beurre de cacao trouve encore un emploi fréquent dans la préparation des suppositoires adoucissans , dont l'usage est extrêmement avantageux dans un grand nombre de circonstances.

Enfin l'enveloppe crustacée qui recouvre la graine n'est pas à dédaigner. Sa saveur est acerbe, et quelques auteurs en regardent la décoction comme tonique.

Parmi les autres végétaux exotiques de la famille des Malvacées, nous pouvons encore mentionner les suivans :

1" Le Baobab [Adansonià digitata L. ), le plus grand et le plus gros des arbres connus. Ses feuilles sont composées de sept

]\IAr,VACÉES.

à neuf folioles digitées au sommet d'un pdtiole commun. Ses fleurs, qui sont extrêmement grandes, sont remplacées par des fruits ovoïdes, alongés, tomenteux, verdc'Jtres, très gros, ayant leur écorce épaisse et presque ligneuse, et offrant intérieurement une substance rougeâtre , spongieuse, remplie d'un suc acidulé très agréable. Au rapport d'Adanson et du docteur Louis Franck, les habitans du Sénégal, de l'Égypte , de la Nubie, etc. , regardent cette pulpe rougeâtre , que l'on apportait autrefois sous le nom de terra sigillée de Lemnos, comme un des remèdes les plus efficaces contre la dysenterie, affection si redoutable dans ces régions brûlantes , par la rapidité de sa marche; mais cette substance est tout à fait inusitée en Europe.

2" L'ÂMBRETTE { Hibiscus abelmoschus L..), petite plante originaire de l'Inde, mais qui s'est naturalisée en Egypte et jusque dans les Antilles. Ce sont ses gi-aines qui sont connues sous les noms àHamhrette^ obelnioscli ou graines de musc, à cause de leur odeur musquée. Autrefois employées en médecine comme stimulantes et antispasmodiques, les parfumeurs seuls en font usage aujourd'hui.

3° Le CoTONixiEii ( Gossipiuiii herbaceum ). Cette espèce et plusieurs autres du même genre méritent le plus grand intérêt sous le rapport de l'économie domestique et politique. Leurs fruits sont des capsules contenant plusieurs graines, dont le tégument propre est chargé de longs filamens blancs ou roussâtres, doux, soyeux, que l'on connaît sous le nom de coton. Cette substance exotique est, certainement un des produits les plus imporlans du commerce des deux Indes avec l'Europe. On le cultive dans l'Inde, l'Afrique, les deux Amériques, les Antilles, Ole. On a cherché à introduire cette culture dans les provinces méridionales de la France 5 mais elle y a peu réussi , et les essais à cet égard n'ont pas été assez multipliés.

Propriétés médicales et usages des plantes de la famille des

Maivacées.

Si les Maivacées ne sont point remarquables par l'énergie de leurs propriétés médicales, elles sont fort intéressantes sous le rapport de l'uniformité parfaite que ces propriétés présentent

dans toute la famille. Toutes les Malvacées contiennent, dans leurs différentes parties, une quantité considérable de mucilage; aussi sont-elles essentiellement adoucissantes et émollientes, et peuvent-elles être employées indifféremment les unes pour les autres sans le moindre inconvénient; dans quelques contrées même elles servent à la nourriture de l'homme. Ainsi, dans diverses parties de l'Europe, on mange les jeunes feuilles de nos mauves . après les avoir fait bouillir. Dans les deux Indes et l'Afrique, on cultive pour le môme usage le Gombo ou Hibiscus escidenlus de Linné, dont on mango les jeunes fruits.

Les Malvacées exotiques nous intéressent aussi sous d'autres rapports; ainsi ce sont les graines torréfiées du theohroma cacao qui, convenablement préparées, forment le chocolat. On trouve sur les graines de plusieurs espèces de gossipium une espèce de bourre formée de fîlamens longs et soyeux , qui constitue le coton, substance de première nécessité, et qui lient un des premiers rangs dans la balance du commerce de l'Europe avec les deux Indes.

Enfin c'est à la famille des Malvacées qu'appartiennent les colosses du règne végétal, les plus grands arbres connus, les BaobA-BS [ Adansonia digitala), dont le tronc a quelquefois soixante à quatre-vingts pieds de circonférence.

Tous ces végétaux, tant indigènes qu'exotiques, peuvent indifféremment èlre employés comme émoUiens. On ne connaît aucune plante vénéneuse parmi les Malvacées.

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