DIXIÈME FAMILLE
COLCHICACÉES. — COLCHICJCEJS.
Périanthe coloré, pétaloïde, à six divisions formant quelquefois un tube à la base. Six élamines attachées au périanthe. opposées à ses divisions, ayant les anthères introrses ; style trifide, ou trois styles distincts, trois sl'gmates. Ovaire à trois côtes saillantes et à trois loges, ou trois ovaires distincts, uniloculaires ; : ovules nombieux attachés à l'angle rentrant des loges. Capsule,' iriloculaire, souvent tripartie à son sommet, s'ouvrant en Iroiss valves 3 graines pourvues d'un endosperme charnu. Les Colchicacées sont des plantes herbacées, à feuilles alternes, à racine souvetit bulbifère. Elles se distiguent des Liliacées par un style
C0LCHICACÉE3. oj
triparti, souvent trois styles distincis et trois stigmates , par la déhiscence de leurs capsules, dont les valves n'entraînent point avec elles les cloisons.
COLCHIQUE. — COLCHICUM. L. J.
Le calice est infundibuliforme, longuement lubnleux à sa base; son limbe campanulé est à six divisions profondes; les étam nés insérées au lube; l'ovaire est Irifide ; chacune de ses divisions est terminée par un long style, qui déborde le tube. La capsule est ovoïde et à trois loges. Les graines sont arillées.
Les fleurs parlent immédiatement d'un bulbe solide, sans élre portées sur un pédoncule ; elles naissent avant les feuilles.
Colchique d'automne. Colchiàum autumnale. L. Sp. 483.
Bull., 1. 19.
Noms vulgaires : tue-chien, safran bâtard, veilleuse fVeilhte. Parties usitées : les bulbes et les graines.
Son bulbe est solide et charnu. Il s'en forme chaque année un nouveau à la partie latérale et inférieure du précédent, en sorte que la plante tend à s'enfoncer de plus en plus dans la terre. Les fleurs sont très grandes, purpurines, rosées, et paraissent au mois de septembre, long-temps avant les ft-uilles ; elles sortent au nombre de cinq à six de lâ terre. Leur tube eit extrêmement long (8 à 12 pouces) ; leur linibe est Campanulé, à six divisioi'S profondes; les étamines et les styles Sont sâillans hors du tube; les feuilles ne se montrent qu'en hiver, après la chute des fleurs; elles forment une toulfe dressée : elles sont lancéolées, obtuses, luisantes, et terminées inférieu • rement par une gaine qui embrasse la tige , laquelle est fort courte. La capsule est ovoïde, alongée, glabre, ir^fide à son sommet, marquée de trois sillons profonds.
Le colchif[ue d'automne est très commun dans les prés humides, aux environs de Paris. IJL
Propriétés et Usages. — Les bulbes solides du colchique, outre la fécule qui en forme la basc^ ïonferment un [îi»M ipe
8H nOlAMQUK.
Aci'ti, stimulant^ essentiellement vénéneux, que MM. Pelletier et Caventou ont reconnu être de natiire particulière, analogue aux substances alcalines végétales^ et qu'ils ont nommé vérairine, parce qu'ils l'ont également rencontré dans les veratrurn. C'est à ce principe nouveau, très délétère, que l'on doit attribuer les propriétés énergiques des bulbes du colchique, et leur action dangereuse sur l'économie animale. En effet, ces bulbes agissent à la manière des médicamens drastiques les plus violens, et peuvent occasionner une foule d'accidens graves, tels que des coliques, des superpurgations, l'inflammation du canal alimentaire ^ et même la mort. Plus récemment MM. Geiger et Henc ont retiré des semences de colchique un nouvel alcali végétal, qui se distingue de la vératrine par des caractères assez importans, et qu'ils ont nommé colchicine.
Mais, pour que ces bulbes de colchique agissent avec quelque énergie, ils doivent être récoltés dans la saison convenable. C'est vers le mois d'aolàt, dans nos climats, qu'on doit les recueillir. A cette époque, en effet, les jeunes bulbes ont acquis toutes leurs propriétés. On doit rejeter les bulbes anciens qui sont flasques, ridés et dépourvus en grande partie de propriétés.
Storck, qui a fait des expériences si multipliées sur la ciguë, l'aconit, la jusquiame, et en général toutes les plantes vircuses, a cherché à utiliser l'activité et l'énergie des bulbes de colchique. Ses expériences l'ont amené à reconnaître dans cette substance un médicament diurétique, très puissant, dont les effets sont souvent suivis de succès dans le traitement des hydropisies dites passives. Les préparations dont il faisait le plus souvent usage sont Voxymel de colchique et l'extrait de ces bulbes. La teinture des bulbes, et surtout celle des graines de colchique, avait été recommandée comme un remède fort énergique dans la goutte et le rhumatisme chronique, parle môme Storck, et par sir Ev. Home. M. Jules Cloquet a de nouveau appelé l'attention sur cette préparation, dont il a obtenu des succès. La teinture des bulbes se donne à la dose de vingt-cinq à trente gouttes que l'on augmente graduellement de dix en dix, et qu'on peut porter jusqu'à cent cinquante gouttes, apprendre le matin
COIiClIIC^CEBS.
dans un verre d'eau édnlcorée. La teinture des graines est plus énergique ; dix gouttes agissent avec plus de force que vingtcinq'de celle des bulbes, el cinquante a été le maximum auquel il en ait porté la dose. La teinture, soit des bulbes, soit des ■semences du colchique, dit M. le docteur Godart {Arch. gén. mèd. décembre 1826, p. 603), a deux modes d'action bien distincts : tantôt elle agit conm^e purgatif, et même quelquefois comme purgatif assez énergique, puis un peu comme sédatif du système nerveux 3 tantôt elle n'augmente nullement les sécrétions intestinales, et agit seulement sur le système nerveux, mais d une manière bien plus prononcée. Ainsi cette teinture , même dans le premier cas, a un grand avantage sur les purgatifs; car , outre qu'elle a les mêmes propriétés qu'eux, elle jouit aussi d'une action spéciale qui n'est pas la moins importante. Lorsqu'un individu affecté de rhumatisme a pris une certaine dose de teinture de colchique, outre l'augmentation des sécrétions alvines, qui a fréquemment lieu, il éprouve dans tous les membres, mais surtout dans la partie affectée, suivant le trajet des cordons nerveux, une chaleur douce, quelquefois accompagnée d'un sentiment de fourmillement j d'autres fois le malade, qui ressentait dans le membre rhumatisant un sentiment de froid, y éprouve bientôt une chaleur assez vive, qui le porte au mouvement.
L'action purgative des préparations de colchique est loin d'être constante. C'est ainsi que M. le docteur Want, en Anglelerre, rapporte qu'il s'est servi avec beaucoup d'avantage de la teinture alcoolique des colchiques, contre les affections goutteuses, sans que ce médicament déployât en aucune manière d'action purgative. Ce praticien est même le premier qui en ait fait usage contre la goutte et le rhumatisme. Les observations de S. Ev. Home sont postérieures à celles du docteur Want.
M. le professeur Chelius a observé le premier le mode d'action du vin préparé avec les semences de colchique sur la composition chimique de l'urine. Ainsi, chez un goutteux auquel il administrait ce médicament, l'urine, avant qu'il en fit usage, contenait 0,069 d'acide urique libre ou combiné avec l'ammoniaque; quatre jours après, la proportion était de 0,076; le
pO BOTANIQUE.
huitième jour, 0,091, et le douz ème 0, 102; en sorte que, dans l'espace de douze jours , la proporiion d'acide urique se trouva presque doublée dans la môme quantité d'urine. Le même médecin dit que le vin de colchique convient également dans l'ar- Irhitis aigu et chronique. Il n'a jamais vu d'accidens résulter de son emploi, surtout quand on l'administre à dose convenable. Ainsi il coinmence par vingt à trente gouttes que l'on augmente graduellement. [Arc, fcn. cieniécL, septembre 1828.)
Dans le journal intitulé : The medico-chirurg'cûl review , octobre 1827), on trouve rapporté un cas de prurigo, traité avec succès par le docteur Eiliotson , au moyen du vin de colchique donné à la dose d'un demi-gros trois fois par jour, et continué pendant trois semaines.
C'est à une autre espèce de ce genre , le colchicum illyricuni, L. , que quelques auteurs rapportent les tubercules charnus qu'on trouve dans le commerce sons le nom à^herniodactes. Ces tubercules ont une forme arrondie, marqués d'un sillon longitudinal sur l'un de leurs côtés, avec une cicatrice au bas de ce sillon. Ils sorit blanchâtres et amylacés, d'une saveur âcre, sans odeur marquée. On les employait jadis comme purgatifs ; ils sont inusités aujourd'hui.
D'autn s les ont attribués à Viris tuberosa. L., quelques uns à une espèce de fritillaire.
VÉRATRE. — VERATRVM. L. J.
Calice étalé, à six divisions glanduleuses à la base ; étamines dressées, attachées à la base des divisions - trois pistils distincts au centre de la fleur, trois cap^ules alongées uniloculaires ; fleurs polygames disposées en panicule.
Yêratre blanc. Veratrutn album. L. Sp. 1476. Bull., t. 155.
INoiii pharmaceutique : helleboriis albus. Noms vulgaires : hellébore blanc, varaire. Partie usiléc : la racine.
Sa racine est pivotante, tuberculeuse, charnue, alongée, de la grosseur du pouce, recouverte d'un grand nombre de fibrilles grisâtres. La lige est dressée, glabre, striée, haute de deux
COLCHICACÉES. 9*
pieds, terminée par une panicule de fleurs verdàtres. Ses feuilles sontspssiles.amplexicaules, ovales, aiguës, entières, marquées de plis longitudinaux. Cette plante croit dans les pâturages élevés de l'Auvergne, du Dauphiué, du Jura, de la Provence ,
des Alpes, etc. ^
Propriéiés et usages. Sa racine, réduite en poudre, est un médicament drastique des plus violens. On l'employait autrefois à la dose de quatre à huit grains, dans les hydropisies, la manie, etc. On ne la met plus eu usage aujourd'hui. MW. Pelletier et Caventou ont retiré de l'analyse de celte racine les principes suivans :
1° Une matière grasse composée d'élaïne et de stéarine ^ 2° du giillate acide de vêralrine ; 3° une matière colorante jaune 5 4° de l'amidon; 5" de la gomme; 6° du ligneux. {Ann. ' chim. 14, p. 81.)
Yératre CEVAqiLLE. Veratrum sabadilla. Retz. Obs. Bot. p. 29.
Nom ^hnrmî\c.o.uX.^que: sabadUli semen. Noms vulg.iirrs : ceV«rf«7/e, cébadille, poudre de capucin. Pait.ie usitée : /es fruits.
Sa tige est terminée par des fleurs disposées en épi, un peu penchées et dirigée-s d'un seul côté; d'une couleur pourpre noirâtre. Elles sont lu rmaphrodites, formées d'un calice à six sépales ovales, dont trois sont extérieurs; de six étamines insérées à la base du calice, supportées par des filets plus larges vers la partie inférieure, et de trois pistils à styles très courts, dont les stigmates sont simples. Les capsules sont au nombre de trois, oblongues et déhiscentes intérieurement, renfermant deux a trois graines oblongues et tronquées à leur sommet. Les fleurs sont quelquefois mâles par avortement de l'ovaire, dont ou apeiçoit le rudiment.
Cette plante est originaire du Mexique. 1^
Propriéiés et usages. Ce sont les capsules avec leurs graines que l'on met en usage. Elles sont globuleuses, rougeâtres, à trois loges minces, dont chacune renferme deux graines noirâtres, alongées, anguleuses.
La cévadille est un médicament dangereux, dont quelques
9^ JJOrANIQUJi.
praticiens prudens proscrivent l'usage interne. En effet, elle est douée d'une âcreté violente qui la rend presque cathérétique. Cependant plusieurs auteurs l'ont adnninistrée à l'intérieur pour combattre le tœnia. Schmuker en porte même la dose jusqu'à demi-gros en poudre.
Mais aujourd'hui on^nsploie fort peu ce médicament, et quand on le met en usage, c'est seulement à l'extérieur, pour détruire les poux qui pullulent en trop grande abondance dans certaines parties. Encore a-t-on vu cette application externe de la cévadille sur la tête produire des vertiges , des convulsions, et même la mort.
C'est dans la graine du veralrurn sabadilla que MM. Pelletier et Caventou ont d'abord rencontré la base salifiabJe végétale à laquelle ils ont donné le nom de vératrine. Depuis ils l'ont retrouvée dans la racine de l'hellébore blanc [vcratr. album) et dans le bulbe du colchique d'automne (voyez plus haut). Voici le résultat de leur analyse [Ann. chim. 14, p. 69) : Gal- Jate acide de vératrine', acide particulier et odorant nommé cêvàdique; matière grasse composée d'élaïne et de stéarine ; cire j matière colorante jaune ; gomme et ligneux.
M. Couerbe a prouvé que la vératrine obtenue par les procédés de MM. Pelletier et Caventou n'est pas pure, et qu'elle contient : 1° une matière noire poisseuse; 2° une résine brune insoluble dans l'eau, ayant quelques propriétés alcalines (veratrin ) ; une substance soluble dans l'eau incristallisable, t^d^lement alcaline (.î«(^^z^?i7/m) 5 et, enfin, un principe alcalin cristallisable, insoluble dans l'eau et soluble dans l'éther , la sabadilline.
Cette analyse est, comme on voit, à peu près identique avec celle de la racine d'hellébore blanc, que nous avons donnée a la page précédente.
Nous ajouterons à ce que nous avons dit de l'action de la vératrine sur l'économie animale, qu'elle donne la mort à la dose de quelques grains, et qu'elle irrite principalement les membranes muqueuses, puisqu'une quantité extrêmement faible portée dans les narines a produit le plus violent éternumenl. Ce principe ne sature les acides qu'imparfaitement 3 c'est à dir<-
PALMIIZHS. 4)3
qu'il forme avec coux-ci des sels toujours acides, ot nt; rour^it pas par Tacide nili ique concentré, caractère que présentent los alcalis végétaux, excepté la delphine et la picrotoxinc.
Depuis quelques années on emploie assez fréquemment en médecine la vératrine. Ce sont surtout les Anglais qui en font usage, sous la forme d'une teinture alcoolique. On l'emploie avec avantage en frictions contre les affections arthritiques et rhumatismales, selon la méthode du docteur Turnnbul.
Propriétés et usages des plantes de la famille des Colchîcacées.
Les genres qui appartiennent à cette famille avaient été placés par M. de Jussieu dans la famille des Jones ^ mais leurs caraclères particuliers, la pluralité des pistils, la structure du fruit, ont été suffisans pour en former une famille nouvelle. Ces caractères, qui ont engagé les botanistes à retirer les Colchica cées des Joncs , se trouvent encore fortifiés par les propriétés âcres dont ces plantes sont douées, propriétés qui n'existent pas dans les véritables Joncées. Les plantes de la famille des Colchicacées renferment un principe âcre, très vénéneux [vératrine ), auquel elles doivent toute leur action violente sur l'économie animale. On doit se défier des plantes qui appartiennent à cette famille.