TROISIÈME PARTIE
CONSTDÉPti\.TTO]^S GKNÉRALES SUR LES VÉGÉTAUX.
La Botanique, considér(^e dans son ensemble, est nne science immense, puisqu'elle embrasse non seulement la connaissance des caractères de tous les végétaux qui couvrent la surface de la terre, mais encore celle de leur structure, de leurs fonctions, et enfin de leurs usages dans les arts et l'économie domesiique. Plus de qualre-vingt mille végétaux ont déjh été découverts par les voyageurs qui ont pénétré dans presque toutes les contrées du globe. Si toutes ces plantes intéressent également le naturaliste , comme servant à établir les différens degrés de l'échelle des cires organisés, leur importance relative est lom d'ôlre la même , surtout lorsqu'on les considère sous le point de vue de leur utilité particulière. Les dimen-
a BOTANIQUE.
sions (lu volume, VôUgmce des parties ne sont point toujours un indice certain de l'inlcrct que doit nous inspirer un végétal. La pomme de terre, le blé, le seigle, et en général toutes les céréales, sont des plantes herbacées, qui s'élèvent h peine de quelques pieds au dessus de la surface du solj leurs formes ni leur port n'ont rien de remarquable, surtout si on les compare à ceux du marronier d'Inde , du platane et de quelques autres arbres qui font l'ornement de nos parcs et de nos jardins. Mais comparez ces différens végétaux par rapport à leur utilité et aux avantages que l'homme peut retirer de leur culture , et vous verrez si l'élégance des formes, si la beauté du feuillage, la grandeur et l'éclat des fleurs , sont toujours' l'apanage des végétaux utiles,
Parmi ce grand nombre de végétaux déjà connus , les uns méritent de fixer notre attention à cause des produits qu'ils fournissent aux arts industriels; les autres, parce qu'ils peuvent être naturalisés avec avantage dans nos forêts; ceux-ci nous intéressent par la beauté , l'élégance et la suavité de leurs fleurs; ceux-là enfin^ parce qu'ils peuvent être employés pour nourrir l'homme ou le soulager dans les maladies auxquelles il est souvent en proie. C'est de ces derniers seulement que nous nous occuperons dans cet ouvrage. Ce sont eux en effet qu'il est utile, indispensable même, que le médecin connaisse. Nous y joindrons l'histoire des plantes vénéueuses , qui intéressent doublement le médecin, soit par les accidens graves et souvent mortels qu'elles peuvent occasionner, soit parce que, sagement administrés , la plupart des poisons végétaux deviennent entre les mains du praticien habile les ressources les plus puissantes de la thérapeutique.
Nous ne reproduirons pas ici les motifs qui nous ont engagé à préférer la méthode des familles naturelles aux systèmes de Tournefort ou de Linnaîus, dans l'exposition des caractères propres aux diiïérens végétaux dont nous allons exposer les caractères et l'histoire. Ces motifs ont été suffisamment développés dans la préface de cet ouvrage. Mais, tout en adoptant la classification du savant auteur du Gcncra planfariim, nous nous éloignerons de lui dans quelques points, pour la coordi-
CONSIDÉRATIONS CENKnAT.ES SUR LES vfîGÉTA.lIX.
nation tles faniillos en classes. Ne devant nous occuper dans cet ouvrage que des plantes employées comme médicamens , comme alimcns ou comme poisons, nous serons obligé de passer sous silence un assez grand nombre de familles, qui ne nous offriraient aucun intérêt sous l'un de ces rapports,. Ce niolif a du nous engager à modifier la cla^ssification des familles naturelles des plantes , telle qu'elle a été présentée par Jussieu, et telle que nous l'avons exposée nous-m6me dans nos Eléinens de botanique et de physiologie végétale (1).
Une des plus grandes difficultés atlachées à la classification de Jussieu est sans contredit l'insertion relative des étaraines, employée comme base des différentes classes. Les caractères que l'on en tire sont, nous sommes loin de le contester, les plus solides et les plus invariables; mais l'extrême difficulté que les commençans éprouvent pour déterminer le mode et la nature de l'insertion, et la dissidence d'opinion qui existe encore entre un grand nombre de botanistes, pour fixer les limites des trois espèces d'insertion généralement admises, nous ont engagé à chercher dans d'autres considérations les nouvelles bases de notre classification. Or, après l'insertion relative des étamines, nous ne connaissons point de caractères plus fixes, plus généraux, que ceux que l'on peut tirer de la considération de l'ovaire lorsqu'il est infère, c'est-à-dire soudé par tous les points de sa surface externe avec la base du calice, ou quand il est supère, ou libre au fond de la fleur. Disposées d'après ce caractère, les familles conservent également leurs rapports et leurs affinités mutuelles.
Cependant nous sommes loin d'ignorer que ce principe , quoique général , soit sujet à quelques aberrations qui semblent au premier coup d œil en détruire l'uniformité , et que plusieurs familles extrêmement naturelles réunissent des genres a ovaire infère et à ovaire libre. Mais nous ferons remarquer aussi que les observations plus précises de quelques botanistes modernes, elles chaugcmens qu'elles ont nécessairement amenés dans la classification , ont considérablement diminué le
(t) Sixième 61iiion. Chez Bcchctjeimc , libraire.
nombre de ces exceptions. C'est ainsi , pour n'en citer qu'un exemple, que la famille des Narcissées, telJe qu'elle avait été limitée par M. de Jussieu dans son Genei-a plantarum^ comprenait des genres à ovaire infère et d'autres h ovaire supère; mais ces genres ont été distribués en deux ordres différens par l'illustre Robert Brown, qui en a formé la famille des Hémérocallidées, contenant les genres dont l'ovaire est libre, et la famille des Amaryllidées, où se trouvent réunis les genres dont l'ovaire est adhérent avec le calice. Nous pourrions faire les mêmes observations sur les familles des Amentacées , des Bruyères et quelques autres, dont îes genres, mieux étudiés et mieux connus dans leur organisation intérieure, sont devenus les types de plusieurs familles nouvelles.
L'ovaire libre ou soudé avec le tube du calice nous servira donc à former nos classes dans chacune des grandes divisions précédemment établies par M. de Jussieu , et nous arriverons au tableau suivant , dont nous allons donner une explication détaillée :
Classe!'
S I. ACOTYLÉDONS Acotylédosie... V