‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 53 sur 187 · DAPHNÉ. — DAPHNE. L. J · texte numérisé non relu

DAPHNÉ. — DAPHNE. L. J

Le calice est coloré, infundibuliforme, quadrlfide , donnant attache intérieurement à huit étamines presque sessiles et incluses j le style est court et surmonté d'un stigmate hémisphérique. Le fruit est une baie globuleuse à une seule graine.

Les espèces de ce genre sont ordinairement des arbustes à t euillcs alternes, qui ont les fleurs axillaires ou terminales.

Daphné bois gentil. Dajjhne niezeveum. L. Sp. 509. Bull, 1. 1. Noms vulgaires : laiircole gentille, bois gentil, (tic.

C'est un petit arbuste de deux à trois pieds d'élévation, qui se couvre de fleurs roses dès le mois de février, avant que ses feuilles commencent à paraître. Sa lige est rameuse, recouverte d'une écorce grisâtre ^ ses feuilles naissent toutes du sommet de chaque rameau, au dessus des fleurs; elles sont sessiles, éparses, lancéolées, très entières, rétrécies à leur base, glabres, un peu glauques en dessous, longues d'environ deux pouces ; les fleurs sont roses, disposées par petits groupes composés de deux à trois fleurS, et dont la réunion forme une espèce d'épi ou de thyrse serré, à la partie supérieure de la tige. Chacun de ces groupes est, avant son développement, renfermé dans un boulon squammeux, formé d'écaillés imbriquées concaves. Le calice est infundibuliforme, son tube est cylindrique, son limbe est à quatre divisions étalées, obtuses ; les huit étamines sont presque sessiles, attachées sur plusieurs rangs à la partie supérieure du tube. L'ovaire est uniloculaire, contenant un seul ovule attaché à la partie supérieure de la loge. Les fruits sont un peu ovoïdes, lisses, charnus, d'un rouge vif.

Le bois gentil est commun dans les bois montueux , où il fleurit dès le mois de février, avant que ses feuilles aient commencé à se développer.

Daphné lauréole. Daphne laureola. L. Sp. 510. Bull., t, 37.

Cette espèce est très distincte de la précédente 5 elle a le por^ d'un laurier, d'où lui est venu le nom de Lauréole. En effet, ses feuilles sont éparses, rapprochées , persistantes , coriaces , glabres, d'un vert foncé , lancéolées, aiguës, entières, rétrécies à la base ; ses fleurs sont verdâtres , disposées par petits faisceaux à l'aisselle des fouilles supérieures. Les fruits , d abord verts, finissent par devenir d'un rouge foncé et comme noirâtres. La lauréole est très commune dans les bois humides et tourbeux.

DOriNIQUE.

Daphné GA.ROO. Dâphne gnidium. L. Sp. 511,

Nom pharmaceutique: cortex gnidii. Noms vulgaires : garou, sain bois ^ daphné paniculé, daphné à feuilles de gnidia. Partie usitée : l'écorce.

Ses rameaux sont effilés, longs d'un pied et plus , chargés de feuilles éparses, linéaires, lancéolées, aiguës , entières, rétrécies à la base , très rapprochées , dressées. Les fleurs sont blanches , velues , odorantes , rapprochées au sommet des rameaux. Il leur succède de petites baies globuleuses ^ presque sèches , d'abord vertes , puis noirâtres.

Cet arbuste croît dans les provinces méridionales de la France j dans les lieux secs et incultes, sur le bord des chemins. Il fleurit en juin. Je l'ai trouvé abondamment près du pont du Gard , aux environs de Toulon et dans d'autres parties du midi de la France.

Propriétés et usages. Nous réunissons ici dans un même article ce que nous avons à dire touchant les propriétés médicales dont jouissent les différentes espèces de daphnés, parce qu'en effet ces propriétés sont les mêmes dans toutes les espèces de ce genre. Toutes leurs parties , mais surtout leur écorce , leurs feuilles et leurs fruits , sont doués d'une extrême âcreté. Appliquée pendant quelque temps sur la peau^ l'écorce de garou {Daphné gnidium) finit par la rubéfier et y déterminer une irritation vive, qui occasionne le soulèvement de l'épiderme et la formation d'ampoules plus ou moins volumineuses. Aussi emploie-t-on l'écorce de garou, et les préparations dans lesquelles elle entre, pour former des exutoires sur les différentes parties du corps. Ce médicament doit même être préféré aux cantharides , dans les cas où il existe une irritation plus ou moins vive dans la vessie ou les organes génitaux , sur lesquels les cantharides exercent , comme l'on sait , une action irritante spéciale. Cependant il est important de remarquer que l'écorce de garou appliquée sur la peau , après qu'on l'a préalablement fait macérer dans l'eau ou dans le vinaigre , n'agit qu'avec une extrême lenteur , puisqu'il faut vingt-quatre et môme souvent quarante-huit heures pour que la formation de l'ampoule soit complète. Aussi ne doif-on pas l'employer dans les cas où il est

THYMÉLÉJJS. IQg

urgent d'agir avec promptitude. Mais en revanche on en fait un très grand usage pour préparer les pommades épispasliques au garou , avec lesquelles on entretient la suppuration des vésicatoires.

Prise intérieurement, l'écorce du garou détermine tous les accidens des substances vénéneuses , âcres et corrosives. Cependant quelques auteurs ont recommandé l'usage de l'écorce et des feuilles des différentes espèces de daphné , les uns contre les scrophules, d'autres contre les hydropisies et la syphilis constitutionnelle. Cette décoction , moins âcre que Técorce et les feuilles en nature , jouit , ainsi que les fruits des mêmes espèces , d'une vertu purgative j mais il est fort rare qu'on la prescrive aujourd'hui.

C'est en analysant l'écorce du Daphne àlpina L. que Vauquelin avait d'abord cru découvrir un alcali organique. Mais de nouveaux essais lui ont prouvé que ce prétendu alcali n'était autre qu'une substance résineuse. Yoici en résumé le résultat des nouvelles recherches du célèbre professeur sur les écorces de garou : 1° le principe irritant des daphnés est primitivement une huile volatile ; 2° ces plantes sont d'autant plus irritantes que leur végétation a plus de vigueur, parce qu'alors elles contiennent une plus grande quantité d'huile volatile; 3° cette huile se convertissant peu à peu en résine, la force irritante des daphnés diminue en proportion ; 4° cependant une certaine quantité de résine étant formée, elle s'oppose à ce que le reste de l'huile éprouve le mémo changement ;J;elle est la raison pour laquelle les garous anciens conservent de l'action sur la peau.

On doit à M. Larligues , pharmacien à Bordeaux , des recherches fort intéressantes sur l'écorce de garou. En voici les principaux résultats , tels qu'il les a présentés dans le Bulletin de Pharmacie , 1, p. 129 :

1° L'écorce de garou contient un principe vireux que développent la distillation et la décoction ; mais des décoctions multipliées ne lui enlèvent pas toute son âcreté et la propriété d'irriter la peau • 2» outre un principe extractif , on trouve dans la dccoclion une partie colorante juune , et une espèce de ré-

sine qui la trouble lorsqu'elle se refroidit ; une matière ligneuse insipide qui se précipite pendant l'évaporation; enfin un extrait amer sensiblement âcre et irritant j 3° l'éther enlève à cet extrait une matière jaune irritant fortement la bouche et formant de petites vésicules sur la peau : la portion d'extrait lavée par l'éther n'est plus ûcre ni vésicante ; 4''rextrait aqueux rend l'huile d'olives verdâtre , augmente sa consistance et lui communique l'âcrelé; 5° le vinaigre distillé s'empare du principe âcre de l'écorce; G° l'écorce épuisée par l'alcool n'est pas tout à fait sans action sur la peau , etc., etc.

L'écorce de garou a été examinée par un grand nombre de chimistes , et copendant son analyse laisse encore beaucoup à désirer. Yauquelin y a découvert la daphnine , elle est en cristaux incolores ; sa saveur est amère et astringente j elle est peu soluble dans l'eau froide , très soluble dans l'alcool et dans l'éther ; elle est neutre et ne contribue pas aux propriétés vésicantes du garou. En distillant l'écorce du garou avec la chaux , Vauquelin a trouvé qu'il passait à Ja distillation un principe très âcre , mêlé d'ammoniaque.

Baer et Gmelin ont retiré de l'écorce de garou : cire, résine âcre , daphnine , matière colorante jaune, sucre, extractif, gomme. La résine âcre parait être le principe vésicant , mais ce n'est point un principe immédiat; ils sont parvenus à en extraire une huile épispastique , qui contient du phosphore au nombre de ses élémens.

L'écorce de garou est un poison âcre très énergique: donnée à la dose de deux gros à des chiens dont on a lié ensuite l'œsophage pour empêcher le vomissement , elle a causé la mort au bout de quelques heures^ et on a trouvé la muqueuse de l'estomac enflammée , ecchymosée et avec des ulcérations assez profondes.

La plupart des espèces de ce genre jouissent, comme nous l'avons déjà dit, des mêmes propriétés que le garou. Parmi ces espèces, urie de celles dont on fait le plus fréquent usage c'est celle du BOIS GE^TIL , dapUne mezereuni L., espèce commune dans nos bois. Son écorce se trouve très répandue dans le coiixmerce, et on l'emploie peut-être aussi fréquommcnt que celle

POLYGONÉES. igg

du garou , surtout dans les régions septentrionales où elle est très commune.

Dublanc a retiré de l'écorce de daphne mezereum une matière cristalline , une matière résinoïde sans àcreté , une sousrésine insipide , une matière résineuse , verte , demi-fluide , très Acre.

Propriétés médicales et usages des Thymélées.

Ce que nous venons de dire des propriétés médicales des espèces du genre Daphné peut s'appliquer en général à tous les autres végétaux qui appartiennent à la famille des Thymélées , qui sont plus ou moins âcres et corrosifs. Cette âcreté paraît dépendre du principe observé par M. Vauquelin danis les éeorces du garou et du daphné des Alpes. Aussi les végétaux de celte famille sont-ils plus ou moins vénéneux. Plusieurs sont intéressans par rapport à leurs usages économiques. Ainsi ils fournissent un principe colorant jaune, assez abondant, que l'on emploie pour teindre les laines. L'écorce intérieure de quelques espèces est assez dure et résistante pour qu'on s'en serve à fabriquer des toiles et des cordages. Mais dans aucune autre plante celte écorce n'est aussi remarquable que dans le laghetto , où elle forme un réseau composé de fils entrelacés , qui ressemble tout à fait à une dentelle grossière. De laie nom de bois dentelle donné à cet arbuste.

VINGT-HDITIÈME FAMILLE.

POLYGONÉES. — POLYGONEjE.

Dans les Polygonées sont réunies des plantes ordinairement herbacées, rarement ligneuses, portant des feuilles alternes, engainantes à leur base ; ces gaines , nommées ochrea , sont minces et membraneuses; les fleurs sont le plus souvent petites et verdûlres; leur calice raonosépale est partagé en trois . cinq ou six divisions , souvent persistantes. Son fond est tapissé par "H di que pcri^yne, dont le bord est lobé. Les élamines, en nombre variabh; , niais déhiii , sont ran muni au delà de

zoo BOTANIQUE.

quinze. L'ovaire est simple , libre , à une seule loge , et renfermant un seul ovule. Il est terminé par deux ou trois stigmates, quelquefois sessiles , d'autres fois portés sur autant de styles. Le fruit est très petit : c'est le plus souvent un akène triangulaire , revêtu par le calice qui quelquefois devient charnu ; sa graine renferme un embryon endospermique inlraire : l'endosperme est farineux.

POLYGONE. — POLYGOISUM. L. J.

Calice pétaloïde, coloré, persistant, à quatre ou cinq divisions profondes; étamines variant de cinq à huit; ovaire ordinairement terminé par trois styles , que surmontent autant de stigmates capitulés. Le fruit est un akène souvent triangulaire , recouvert par le calice.

Ce genre est extrêmement nombreux en espèces qui présentent et dans leur port , la disposition de leurs fleurs , des différences assez tranchées. Aussi ïournefort en avait-il fait quatre genres distincts, savoir : i° poLijgonum; 2° Jagopyrum; 3° bistorta; A° persicaria.

Polygone sarrasin. Poiijgonum fagopyrum. L. Sp. 522.

Nom pharmaceutique : fagopyrum. Noms vulg. : sarrasin , blé noir, elc.

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