Partie usitée : les fruits
Racine annuelle. Tige herbacée , dressée , haute d'un à deux pieds , cylindrique , glabre , légèrement pubescente à l'articulation de chaque feuille, rameuse , rougeâtre dans sa partie inférieure. Feuilles alternes très éloignées, cordiformes , aiguës , un peu sinuées et comme ciliées sur leurs bords et leurs principales nervures; ces feuilles sont portées sur des pétioles longs de 1 à 3 pouces , un peu canaliculés , ciliés sur les bords de leur gouttière , élargis inférieurement en une membrane mince et diaphane qui embrasse la lige et forme une petite gaine bifide. Fleurs blanches rosées , disposées en épis axillaires courts et serrés : les inférieurs , portés sur im pédoncule pubescent, à peu près de la longueur du pétiole ; les supérieurs plus courts formant une sorte do corymbe terminal. Calice
POLYGONliliS.
pélaloïde étalé à cinq divisions profondes, ovales, obtuses, entières. Le fond du calice est tapissé par un disque jaune était) , sur lequel est appliqué le pistil. Ce disque forme autour du pistil huit petits mamelons ou tubercules arrondis. Les étamines , au nombre de huit , saillantes hors du calice , sont insérées , savoir : cinq en dehors des tubercules du disque, et trois en dedans. Leurs filets sont grêles , dressés , glabres. Les anthères globuleuses , rougeâtres, à deux loges. Ovaire comme pyramidal et triangulaire, glabre, terminé supérieurement par trois styles courts cylindriques, sur lesquels sont appliqués autant de stigmates capitules. Le fruit est brunâtre, à trois angles fort saillans.
Le sarrasin est originaire d'Asie. Il a été introduit en Europe vers la fin du quinzième siècle. Aujourd'hui il est naturalisé dans toutes les provinces de la France. On le cultive surtout dans les terres sablonneuses.
Propriétés et usages. C'est un végétal extrêmement précieux. En effet , la farine que l'on obtient de ses graines est blanche , et , sans avoir les mêmes qualités que celle du froment et du seigle , elle renferme beaucoup de principe nutritif ; aussi en fait-on du pain dans plusieurs contrées de la France -, particulièrement en Bretagne et dans la Basse-Normandie. Le grand avantage du sarrasin, c'est qu'il peut venir dans les terres les plus maigres , et que dans les terres substantielles on peut le semer après la récolte du seigle , on obtient ses graines mûres en septembre. On fait encore avec cette farine des galettes , des bouillies , etc.
Yoici les matériaux obtenus par M. Zeuneck {Kicstner's arch.^ t. 13, p. 359) des graines de sarrasin :
Ligneux 26,9431
Amidon , 52,2954
Gluten 10,4734
Albumine 9,2282
Extractif • . . . 2,5378
Gomme et mucus 2,8030
Extraclif et sucre 3,0fi81
Résine 0,363(5
Perte 1,2500
Cette analyse prouve que la farine de sarrasin contient en grande proportion tous les principes nutritifs de la farine de froment.
Polygone poivre d'eau. Polygonum hydropiper.. L. Sp. 517.
Bull. t. 127.
Nom pharmaceutique : hydropiper. Noms vulgaires : curage, poivre d'eau, persicaire brûlante. Partie usitée : les sommités.
Ses racines sont fibreuses 5 ses tiges sont dressées, noueuses et articulées, hau-es d'un pied, rougeâtres, portant des feuilles alternes, glabres, lancéolées, très aiguës, eiilières, soutenues par des pétioles courts et engaînans à leur base. Ces feuilles n'offrent point de taches noires. Les fleurs sont verdâtres, un peu rosées, disposées en épis grêles, lâches, linéaires et pen* dans, situés à l'aisselle des feuilles supérieures. Les fruits sont un peu comprimés, obscurément triangulaires.
Cette plante, que l'on rencontre communément aux environs de Paris, croît sur le bord des ruisseaux et des étangs.
Elle se rapproche beaucoup de la persicaire {Polygonum persicaria L. ) , dont elle diffère surtout par ses feuilles plus étroites, non maculées, ses épis plus grêles, et dont les fleurs sont beaucoup plus écartées.
Propriétés et usages. Celte plante doit son nom vulgaire de poivre d'eau à sa saveur âcre et poivrée. Appliquée sur la peau, elle en détermine la rubéfaction , ce qui la fait employer quelquefois avec avantage pour rappeler les affections arthritiques vagues dans leur siège primitif. L'àcrelé de celle plante disparaît très facilement par l'ébullition et la distillation. Mais en général elle est fort peu usitée. On pourrait, en la pilant fraîche, en faire des cataplasmes irrilans.
rOLYGONÉES.
PoLYGONF BisTORTE, PolygoTium hislortci. L. Sp. 516, Bull.
ÎS'oiu pharmaceutique : bistorta. Nom vulgaire : la historié. Partie
usitée : la racine.
Racine vivace, cylindrique, d'un brun foncé à l'extérieur , d'une couleur rose intérieurement , de la grosseur du doigt , présentant des espèces d'articulations, et formant plusieurs coLidures assez rapprochées. Tige herbacée, droite, cylindrique, glabre, noueuse, haute d'un à deux pieds , simple. Les feuilles radicales sont cordiformes, alongées , crispées, blanchâtres et pubescentes en dessous, portées sur un pétiole plus long que la feuille, triangulaire et ailé dans sa partie supérieure, formant à sa partie inférieure une gaîne membraneuse. Les feuilles caulinaires sont moins grandes, plus étroites, ayant la gaîne très large, surmontée d'une languette membraneuse très alongée, aiguë ; les supérieures sont sessiles, offrant toujours une gaîne membraneuse qui embrasse la tige. Fleurs blanches-rosûlres, disposées en un épi ovoïde très serré à l'ex- Iréuiité de la tige j chaque fleur est pédonculée, embrassée à sa base par plusieurs bractées scarieuses. Le fruit est ovoïde , à trois angles arrondis très saillans , lisse, glabre, contenant une seule graine dressée.
La historié croît dans les prés des monlagncs. 2^ Propriétés et usages. La racine de bistorte a une saveur très astringente et un peu àcre, surtout lorsqu'elle est fraîche : elle contient une grande quantité de tannin, de l'acide gallique, beaucoup d'amidon et une petite quantité u'acide oxalique dont Schéele a le premier démontré l'existence. C'est un médicament tonique et astringent que l'on met quelquefois en usage avec succès dans les hémorrhagics dites passives , dans la diarrhée, etc. Cullen l'a administrée à la dose de deux ou trois gros dans les fièvres intermittentes. Il y joignait souvent la poudre de gentiane, qui en augvnentait singulièrement l'efficacité. On la donne ordinairement en poudre, à la dose d'un scrupule a uu demi-gros, dose <jue l'on porte à deux ou trois gros dans
les fzévres intermittentes. La décoction de deux à quatre gros de bistorte dans une livre d'eau peut être employée pour faire des injections toniques dans les écouleraens chroniques de l'urètre et du vagin.
RUMEX. — RVMEX. L. Juss.
Le calice est turbiné à sa base, a six divisions, dont trois intérieures sinueuses ou glanduleuses sur leur bord sont persistantes ; six étamines insérées au calice : ovaire surmonté de trois stigmates rameux et glandulaires ; akène triangulaire , enveloppé par le calice.
Les espèces sont ordinairement herbacées. Ce genre diffère du précédent par le nombre de ses parties et par ses stigmates sessiles et rameux.
RuMEX OSEILLE. Rumex acelosa. L. Sp. 481. Blackw. t. 230.
Nom pharmaceutique : acetosa vel oxalis. Noms vulgaires : oseille, surelle, etc. Partie usitée : les feuilles et la tige.
Une racine vivace , rampante , brune noirâtre , donne naissance à une tige herbacée dressée , haute d'un pied et plus, cylindrique, glabre, cannelée longitudinalement, pleine intérieurement; les feuilles radicales sont portées sur des pétioles canaliculés, longs de quatre à cinq pouces, et garnis à leur base d'expansions minces et membraneuses ; elles sont molles, ovales, très obtuses, sagittées, entières; celles de la tige sont sessiles, embrassantes, très aiguës au sommet, également sagitlées à leur base. Les fleurs sontpetites, verdâtres, un peu rougeâtres sur les bords, disposées en panicule rameuse et terminale: chacune d'elles est pédicellée, pendante, composée d'un calice turbiné à sa base , partagé en six lobes , dont trois intérieurs , ovales, obtus, un peu sinueux sur les bords : les six étamines sont à filamens grêles et courts, insérés sur le calice. Le pistil est simple et libre ; l'ovaire est pyramidal et triangulaire, à une seule loge qui contient un ovule dressé : il est surmonté de trois stigmates rameux, glandulaires; le fruit est un akène à trois angles saillans, exactement enveloppé dans les trois divisions intérieures, accrues et plus grandes que lui.
POLYGONÉES. 105
Celte plante croit naturellement dans les prés ; elle est cultivée dans les jardins potagers , et fleurit en juin et juillet. '2f
Propriétés et usages. Les feuilles de l'oseille ont une saveur aigrelette et agréable , qui est due principalement au suroxalate dépotasse qu'elles renferment ; ces feuilles, qui sont surtout employées comme alimens , sont fréquemment prescrites pour faire des bouillons rafraîchissans, que l'on ordonne dans les fièvres bilieuses ou les inflammations légères des organes digestifs. On en fait également usage pour faciliter l'action des médicamens purgatifs. C'était de celte plante et de quelques espèces voisines qu'on retirait autrefois le sel si fréquemment employé dans les arts sous le nom de sel d'oseille (bioxalate de potasse); mais aujourd'hui la plus grande partie de celui qui se débite dans le commerce provient de Voxalis acetosella , plante de la famille des Géraniacées. Les feuilles d'oseille entrent également dans la préparation des sucs d'herbes. Elles sont l'antidote des substances âcres , dont elles neutralisent presque instantanément les effets. Si, après avoir mâché une plante âcre, comme une renonculacée par exemple , Ton mâche des feuilles d'oseille , l'âcreté disparait aussitôt. Quant à sa racine et à ses fruits , on ne les emploie plus aujourd'hui.
Un grand nombre d'autres espèces sont cultivées dans différentes contrées , et sont employées aux mêmes usages que l'oseille : telles sont surtout les R. acutus , R. scutatus, R. crispus , R. acetosella, et plusieurs autres.
RuMEX PATIENCE. Rumex patient la. L. Sp. 476. Blackw. t. 489.
Nom pharmaceutique : lapathum sativum /)a/te«//a. Nom vulgaire : patience on patience des jardins. Partie usitée ; la racine.
Cette espèce est beaucoup plus grande que la précédente j ses racines sont longues , fibreuses , épaisses , brunâtres en dehors , jaunâtres à leur intérieur j elles donnent naissance à une tige haute de quatre à cinq pieds , cylindrique , marquée de cannelures très saillantes ; cette tige , simple à sa base , se ramifie à sa partie supérieure. Les feuilles qui partent de sa base sont alongécs , aiguës, sagittéesj les supérieures sont ovales , alongécs, triîs grandes, terminées en pointe, un peu
ao6 BOTANIQUE,'
ondulées sur leurs bords et portées sur des pétioles assez longs, membraneux et canaliculés à leur base. Les Heurs sont vcrdâtres , et forment des espèces de grappes ou de panicules à la partie supérieure des ramifications de la tige.
La patience croît dans les lieux humides en France , en Allemagne, etc. Elle fleurit en été. 2C
Propriétés médicales et usages. On emploie souvent sous le nom de patience la racine de plusieurs espèces de Rumex , et surtout celle des R, crispus . R. ohtusifolius ^ etc. Cette substitution est sans inconvénient, toutes ces plantes jouissant des mômes propriétés médicales. Cette racine contient , d'après M. Deyeux , de l'amidon et du soufre libre. Sa saveur est âpre et amère. La décoction déracine de patience est astringente et tonique. Son usage a quelquefois été avantageux dans le scorbut. Mais c'est plus principalement contre les maladies de la peau , et surtout contre la gale , que cette racine est plus fré-. «quemment employée. Elle jouit même dans cette dernière circonstance d'une réputation en quelque sorte populaire. La dose de la racine de patience est d'une à deux onces pour deux livres d'eau.
Nous pourrions citer encore ici plusieurs autres espèces de ce genre qui toutes jouissent absolument des mômes propriétés; telles sont :
Le PiHA.P0iyTic commun ou Rhubarbe des moines (Rumex alpinus L. ), dont la racine , amère et astringente , est légèrement purgative et agit à la manière des rhubarbes.
La Patience aquatique ou Oseille aquatique (Rumex aquaticus L.), remarquable par la hauteur de sa tige et la longueur de ses feuilles. Elle est très astringente 3 on l'a surtout recommandée dans le scorbut. Elle est désignée dans les pharmacies sous le nom vulgaire de herba hritnnnica.
RHUBARBE. - RHEUM. L. J.
Calice à cinq ou six divisions profondes , donnant attache a neuf étamines ; ovaire surmonté de trois stigmates pelles simples ) akène à trois angles très saillans et membraneux.
POITGONÉES.
Ce genre tîiffùre snrlout des précédens par le nombre de ses étamines et par son fruit , dont les angles sont membraneux.
Toutes les espèces de Rhubarbe sont herbacées , vivaces ; leurs racines sont tubéreuses, leurs feuilles très grandes, leurs fleurs groupées en panicules rameuses.
TtHUBARBE PALMÉE. Rhcuni palmalwn. L. Sp. 531.
iSora pliarraaceutiquc : rhnbarbarum. Noms vulgaires : rhubarbe , rhubarbe de la Chine ou de Moscoi'ie. Partie usit(5e : la racine.
Cette espèce offre une racine épaisse , perpendiculaire , rameuse, d'un jaune plus ou moins foncé, de la grosseur du bras. Ses feuilles sont pétiolées , engainantes à leur base , qui forme une large membrane. Le pétiole est presque cylindrique, rougeâtre ; le limbe est palmé, très grand, divisé jusqu'au milieu de sa hauteur en sept lobes très aigus^ incisés sur leurs parties latérales , et comme pinnatifides : ces feuilles sont un peu onduleuses: à leur face inférieure on remarque cinq ou sept nervures très saillantes,- partant en rayonnant du sommet du pétiole , et dont les ramifications sont également très prononcées. La tige est simple et dressée , cylindrique , haute de deux à quatre pieds , paniculée et rameuse à son sommet. Les fleurs sont petites , jaunâtres, extrêmement nombreuses , disposées en une panicule alongée. Chaque fleur est pédicellée et se compose d'un calice monosépale , un peu tubuleux à sa base, offrant un limbe étalé , à cinq divisions ovales , alongées, obtuses, plus minces et plus blanches sur leurs bords 3 de neuf étamines de la longueur du calice, périgynes , ayant les filets capillaires, les anthères ovoïdes, obtuses ^ attachées au filet par un point situé au dessus de leur base. L'ovaire est supère , libre, comme pyramidal , offrant trois faces lisses, uniloculaire , uniovulé , terminé à son sommet par trois stigmates arrondis, glanduleux, planes et portés chacun par un petit style qui s'attache au milieu de sa face inférieure , en sorte qu'il parait comme pelté. Le fruit est un petit akène triangulaire, dont les angles sont légèrement membraneux.
La rhubarbe palmée est originaire de la Chine et de la Tartane.
ao8 BOTANIQUE.
On croit généralement encore aujourd'hui que la véritable rhubarbe , dite de la Chine ou de Moscovic , est la racine de cette espèce. Mais on n'a encore rien de certain à cet égard. En effet, les Chinois , qui font cet important commerce avec la Piussie , ont un tel intérêt à cacher l'origine de ce précieux médicament , que jusqu'à présent on n'a pu établir que des conjectures sur l'espèce de rheum qui le produit. Cependant , dans ces dernières années , M. Wallich, surintendant du jardin botanique de la Compagnie des Indes à Calcutta , a reçu des graines d'une espèce de rheum qu'on lui a dit fournir la vraie rhubarbe. Ces graines ont produit une espèce , encore inconnue, que les habitans du plateau de la Tartarie-Chinoise désignent sous le nom vulgaire A'émodi; et M, Colebrooke a publié cette espèce sous le nom de rheum australe. Il paraîtrait , dès lors , probable que ce serait cette dernière espèce qui fournirait la véritable rhubarbe. Cependant on pourrait aussi admettre , avec presque autant de vraisemblance , que plusieurs espèces différentes de ce genre produisent les racines qui nous sont apportées par la voie du commerce.
Propriétés et usages. On trouve dans le commerce deux sortes de rhubarbes , distinguées par les noms de rhubarbe de Chine et de rhubarbe de 31oscovie. La première nous vient directement de la Chine par Canton et la mer des Indes. Elle est plus compacte , d'une teinte plus brune extérieurement que la rhubarbe deMoscovie. La rhubarbe de Moscovie, ainsi nommée parce qu'elle nous vient de la Chine par la Sibérie et la Piussie , est la plus estimée.. Elle est en morceaux irréguliers, un peu aplatis , percés d'un trou plus gi-and que dans la précédente ; sa couleur est jaune, sa cassure est compacte, veinée de rouge; son odeur est assez désagréable; sa saveur est à la fois amère et astringente. Elle croque sous la dent ^ à cause de la grande quantité d'oxalate de chaux qu'elle renferme ; sa poudre est jaune. Elle nous est apportée de la Russie , oii elle est triée et mondée au vif avec le plus grand soin : ce qui fait qu'elle est plus estimée et d'un prix plus élevé que celle qui nous arrive directement de la Chine.
On trouve encore quelquefois dans le commerce une rhu-
POLYGONBES. 2O9
hàrhe (le Perse , qui vient également du Thibel par la Perse et la Syrie. Elle offre les m<îmes caractères que la rhubarbe de Chine.
C'est h Kiachta , sur les frontières de la Sibérie, qu'est établi le grand entrepôt pour le commerce de la rhubarbe. C'est là que les Russes' ont formé une sorte de commission chargée de recevoir ce médicament des marchands bukhares 5 et ce n'est qu'après que la rhubarbe a été examinée a/ec beaucoup d'attention, et triée de manière à rejeter tous les morceaux qui ne sont pas d'une qualité supérieure , qu'elle est ensuite transportée par des caravanes jusque dans l'intérieur de la Russie.
M. Henry a trouvé dans cette racine : 1° un principe particulier , auquel elle doit sa saveur , sa couleur et son odeur ; il est jaune, insoluble dans l'eau froide, soluble dans l'eau chaude , l'alcool et l'éther : on lui a donné le nom de rhabarbarin; 2" une petite quantité d'une huile fixe , douce , soluble dans l'alcool : 3° de la gomme , de l'amidon; 4° plusieurs sels, tels que l'oxalate de chaux , qui forme à peu près le tiers du poids total de la rhubarbe, du surmalate, du sulfate de chaux ; 5» enfin du ligneux.
M. Thomson y signale en outre un acide libre qu'il nomme rheumique. Lassaigne a reconnu depuis que cet acide était identique avec l'oxalique. Le principe colorant de la rhubarbe était jadis employé dans la teinture en jaune; on a cessé d'en faire usage depuis qu'il a été reconnu que celte couleur n'avait pas plus de solidité que beaucoup d'autres jaunes végétaux, qui Ont l'avantage d'être infiniment moins coûteux.
Plusieurs autres chimistes ont analysé les rhubarbes, et cependant leurs recherches laissent encore beaucoup à désirer, Horneman a trouvé la rhubarbe de Chine composée de :
Amer de rhubarbe , caphopicrite ou rhabarbarine de
Pfaff 16,042
Matière colorante jaune , rheine ou rhabarbarine
d'Henry 9,582
Extrait avec tannin 14,687
Apothème de tannin 1,458
Vlalière extraite par la potasse 28,333
Acide oxalique ^
Humidité 2
On sait que la rhubarbe contient en outre une huile fixe une huile volatile odorante, et du sucre , selon Peretli.
La rhubarbe est un médicament à la fois purgatif et tonique. Sa poudre , donnée à la dose d'un gros , détermine tous les phénomènes de la purgaiion , tandis que le même médicament, à la dose de dix à vingt grains, agit à la manière des autres substances astringentes et toniques. On peut administrer la rhubarbe en poudre, en infusion (deux à quatre gros pour une livre d'eau) , ou en décoction, La rhubarbe est employée quelquefois avec succès pour combattre la diarrhée ; dans cette circonstance, c'est particulièrement la vertu tonique du médicament qui agit. On l'a également recommandée comme vermifuge , particulièrement chez les enfans.
M. le docteur Jackson vient de conseiller l'emploi de la rhubarbe en mastication, comme laxatif. Il assure en avoir retiré de très bons effets dans les cas d'hémorrhoïdes douloureuses , où il importe d'entretenir la liberté du ventre sans irriter le tube intestinal. On fait mâcher au malade , pendant quinze à vingt minutes, un morceau de rhubarbe de dix à douze grains , il doit ensuite avaler le résidu qui lui reste dans la bouche. Mais ce moyen est peu agréable, la rhubarbe ayant une saveur amère et nauséeuse.
Ce n'est pas seulement la racine de la rhubarbe palmée qui jouit des propriétés que nous venons d'indiquer , celle de plusieurs autres espèces du même genre en possède d'analogues. Ainsi la racine de rhaponlic {rheuni l'haponticum L.), celle de la rhubarbe ondulée et de la rhubarbe compacte [Rh. undulatujn et Rh. compactuiii L.) peuvent être employées aux mêmes usages que la rhubarbe de la Chine : cependant elles n'ont point la même activité. Pendant long-temps même elles ont été considérées comme fournissant la vraie rhubarbe, i - On cultive assez communément en France, et surtout en 'Angleterre , une autre espèce de ce genre , le rheum ribes L. Cette espèce est originaire de Perse , où elle est connue sous le
PÛLYGONIÎES.
ai I
nom viilcfaire de Ricbas. Sa lige et particulièrement ses pétioles ont une saveur aigrelette très agréable. On les mange , après les avoir fait bouillir dans l'eau. On peut même , en y associant le sucre en quantité suffisante , en préparer une sorte de confiture qui offre , dit-on , beaucoup d'analogie , pour la saveur, avec notre gelée de groseilles.
De la rhubarbe indigène. On a cherché à cultiver en France et dans plusieurs autres contrées de l'Europe la rhubarbe de la Chine ; mais les racines que l'on a obtenues par ce moyen ont toujours été de beaucoup inférieures à celles que l'on fait venir d'Asie. Cependant cette culture n'est point totalement abandonnée , et une partie de la rhubarbe du commerce en provient encore. On a essayé les différentes espèces dont nous avons parlé précédemment , c'est à dire les rheiini palmatum , undulatuni et compaciiini. Mais on distingue facilement la rhubarbe indigène de celle de Moscovie, en ce qu'elle est moins compacte, plus légère, moins riche en extraclif colorant et amer, etc.. Cependant elle jouit des mômes propriétés ^ mais elle doit être employée à une dose moitié plus forte.
Propriétés médicales et usages des plantes de la famille des
Polygonées.
Si l'on compare entre elles les différentes plantes de la famille des Polygonées sous le point de vue de leurs propriétés médicales , on sera frappé de la grande analogie qu'elles présentent. Ainsi, dans presque toutes les espèces de ce groupe, la racine et les jeunes feuilles ont une saveur astringente ou acidulée , plus ou moins intense. Cette saveur, que l'on doit attribuer, dans le premier de ces organes , au tannin et à l'acide gallique , et dans le second , à l'acide oxalique , place les Polygonées parmi les médicamens toniques. C'est ce que nous observons pour la bistorte , les patiences et les rhubarbes. Mais nous remarquerons , à l'égard de ce dernier médicament, qu'il possède encore une propriété purgative que l'on retrouve dans un grand nombre d'espèces de rumex , et entre autres dans le rumex alpinus , nommé pour celle raison rhubarbe des moinés.
212 BOTANiQOB.
Les fruits des Polygonées présentent une ressemblance non moins frappante. Ils sont tous formés d'un end «sperme farineux, d'une saveur douce et agréable, et qui sert d'aliment dans les espèces où ces fruits, généralement très pftits,^ acquièrent un volume un peu plus considérable, comme dans le sarrasin.
Le poivre d'eau [polygonum hydropiperJj.), par sa saveur àcre et poivrée , forme une exception frappante dans cette famille.