VÉRONIQUE. - VERONICA. L. J
Calice h quatre divisions profondes un peu inégales; corolle rotacée à quatre lobes inégaux : étamines saillantes ; style cylindrique , terminé par un stigmate simple. Capsule biloculaire comprimée, lenticulaire, émarginée au sommet, embrassée par le calice persistant. Tige herbacée, feuilles opposées ou verticillées ; fleurs axillaires ou en épis.
Véronique BÉCABL'NGA. Feronica hecabungâ. L. Sp. 16. Blackw.
Nom pharmaceutique : becabungœ hcrba. Partie usitée : les feuilles.
Racine vivace. Tige herbacée , charnue , rameuse, cylindrique ^glabre, couchée sur la terre , à laquelle elle s'attache par des faisceaux de racines, partant de chacun de ses nœuds. Feuillfs opposées, elliptiques, obtuses, glabres, charnues, molles , finissant inférieurement en un pétiole court et canaliculé. Fleurs violettes , courtement pédicellées , disposées, au nombre de dix à quinze , en épis axillaires lâches , portés sur des pédoncules glabres. Chaque fleur offre à sa base une bractée étroite^ lancéolée , un peu plus courte que la fleur : un calice profondément divisé en quatre folioles qui sont ovales, aiguës, glabres 3 une corolle monopétale ro'acéej tube court cylindrique j limbe à quatre divisions irrégulières , trois supérieures ai'rondies , plus grandes, presque obtuses: une inférieure ovale, aiguë, plus étroite. Etaraines attachées au haut du tube delà corolle j filets s\ibulésj anthères violettes , ovoïdes, biloculaires. Ovaire ovoïde , comprimé de derrière en devant , biloculaire , glabre j chaque loge renfermant un grand nombre d'ovules attachés à deux trophospermes saillans dans les loges. L'ovaire est porté sûr un disque hypogyne qui forme un bourrelet autour de sa base. Style oblique cylindracé, un peu épaissi vers son sommet , glabre , terminé par un stigmate capitulé fort petit. Capsule comme didyme , c'est à dire à deux lobes très marqués , biloculaire , bivalve. Valves opposées à la c'oison. Calice persistant. Graines nombreuses, petites, subréniforracs. Le bécaburiga croît dans les prairies humides^ sur le bord des étangs et des ruisseaux. IJL
Propriétés et usages. Celte plante est amère, un peu âcre et piquante ; elle est légèrement excitante. On emploie le suc exn . primé de ses feuilles fraîches comme anliscorbutique , à la manière des plantes de la famille des Crucifères. Elle jouit aussi d'une propriété diurétique assez marquée.
ANTIRllHIN^ES.
Yéromquf, officinale. Feronica qffhinnlis. L. Sp.
Nom pharuiaceutique : veronica /ms. Noms vulgaires : véronique indien tlic d'Europe. P<ntic usitée: les sommilcs.
Racine vivace , fibreuse. Tige herbacée, cylindrique, couchée et diffuse, quelquefois rampante. Feuilles opposées, ovales, presque obtuses, dentées, molles et pubescenles, atténuées à la base. Fleurs disposées en épis axillaires pédonculés ; pédoncule presque de la longueur des feuilles, cylindrique , pubescent. Chaque fleur , d'une couleur violette claire , est presque sessile, accompagnée d'une bractée subulée. Calice profondément quadriparti, pubescent; divisions inégales, ovales, alongées , aiguës , les deux supérieures plus courtes. Corolle rotacée j tube très court ; limbe h quatre divisions inégales : la supérieure , qui est la plus large, est arrondie ; les deux latérales sont un peu plus petites; l'inférieure est la plus petite. Les deux élaœines sont saillantes et divergentes. L'ovaire est pu*bescent , comprimé, et se change en une capsule lenticulaire émarginée au sommet, velue, recouverte par le calice. La véronique officinale croît abondamment dans les bois, sur les coteaux. Elle fleurit en juin et juillet. ^
propriétés et usages. Elle est un peu amère et aromatique. Ses feuilles , à la dose d'une à deux pincées en infusion ihéiforme, sont légèrement excitantes. On les administrait principalement dans les catarrhes pulmonaires chroniques. Nous ne parlerons point ici de leur emploi dans l'ictère, la gravelle, la colique néphrétique. Il y a déjà long-temps qu'on les a , sous ce rapport , ensevelies diius un juste oubli.
Plusieurs autres espèces de Véronique ont été employées à peu près dans les mômes circonstances, telles sont la véronique petit chêne (veronica chamtedrys L.) , la véronique des bois (veronica teucrlum L.), la véronique en épis (veronica spicata) , qui toutes les trois sont communes dans les bois aux environs de Paris.
GRATIOLE. — GRATIOLA. L. J.
Le calice est formé de cinq sépales , et accompagné de deux bractées à sa base; la corolle esttubuleuse, bilabiée; la lèvre
336 nOTA NIQUE.
supérieure est éniarginéc , la Irvrc inférieure à trois divisions obtuses égales : des quatre étamines , deux seulement sont fertiles et anthérifères 3 style court, terminé par un stigmate un peu oblique et concave. Capsule ovoïde à deux loges polyspermes. Lesgratioles sont des plantes herbacées à feuilles opposées, à fleurs axillaires , pédonculées et solitaires.
Gratiole officinale. GratiolaoJ/icinalis. L. Sp. 24. Bull, t. 130. Orf. Méd! lég, t. 1.
Nom pharmaceutique : gratiola. Nom vulgaire : herbe à pauvre homme. Parties usitées : l'herbe et la racine.
Racine formée d'une sorte de petite souche rampante , rameuse , émettant des radicelles capillaires de chacun de ses nœuds. Tige herbacée , dressée , un peu rameuse , marquée d'un sillon longitudinal , rompu à chaque paire de feuilles opposées, sessiles , demi -embrassantes, un peu inégales, ovales lancéolées , glabres, obscurément denticulées. Fleurs solitaires dressées, portées sur un pédoncule aplati à peu près de la longueur de la fleur , et qui offre à son sommet deux bractées lancéolées, aiguës, entières, redressées, plus grandes que le calice, qui se compose de cinqsépales lancéolés , aigus, étroits, un peu inégaux , le supérieur un peu plus grand que les autres. Corolle irrégulièrement bilabiée. Tube alongé, un peu plissé longitudinalement , quadrifide , à deux lèvres : la supérieure large, légèrement échancrée , barbue à sa face interne; l'inférieure à trois divisions égales , arrondies , très obtuses , celle du milieu un peu redressée. Des quatre étamines , deux sont fertiles et insérées au haut di^ tube , deux sont avortées , sous forme de fdamens capillaires un peu renflés au sommet j toutes insérées près de la partie inférieure du tube. Ovaire simple, ovoïde , pointu , biloculaire, polysperme. Disque hypo" gyne , jaune, formant un bourrelet autour de la base de l'ovaire. Style un peu oblique, cylindracé, glabre, épaissi à son sommet. Stigmate élargi formant une espèce de petite excavation dont l'intérieur est glanduleux , et surmonté d'une petite languette. Capsule ovoïde , glabre , à deux loges polyspermes.
ANTIRRHINÉES, 33^
La graliole croit clans les lieux humides, sur le bord des étangs, aux environs de Paris. Elle fleurit en juillet. IL
Propriélés et usages. Celte plante a une saveur désagréable, amère, nauséabonde; elle est sans odeur, très énergique et violemment purgative , mais employée presque exclusivement dans la médecine populaire. Ce sont ses tiges encore chargées de feuilles et de fleurs que l'on met ainsi en usage. On les administre en décoction.
Analysée par Vauquelin {Ann. chim. 72, p. 191, et Bull, pharm. 1, p. 481), la gratiole a fourni les principes suivans ; 1° matière résinoïde extrêmement amère; 2° matière animale; 3° gomme colorée en brun ; 4° acide végétal ; 5° malate de chaux; 6° malate de soude; 7° sel végétal à base de potasse ; 8° phosphate de chaux; 9° fer phosphaté; 10° silice ; 11° oxalate de chaux; 12" ligneux.
Quant à sa racine, elle passe pour être émétique, à la dose de trente-six grains à un gros. La gratiole est une plante dangereuse, que l'on ne doit mettre que rarement en usage et avec une grande circonspection. Son principe actif réside dans une matière amère, analogue aux résines , mais soluble dans une grande quantité- d'eau.
2° Quatre étamines didynames fertiles.
SCROPHULAIRE. — SCROPHULARIA. L. J.
Calice persistant , à cinq lobes courts et arrondis. Corolle presque globuleuse , rétrécie à son sommet , à deux lèvres ; la supérieure bilobée, offrant à sa base interne un appendice lamelliforme; rinférieuj-e à trois lobes obtus, celui du milieu rabattu en dessous. La capsule est globuleuse, terminée en pointe, environnée par le calice, et s'ouvre en deux valves.
La tige est souvent carrée, les feuilles opposées.
ScROPHiiLA.iRE NOUEUSE. Scropliularia nodosa. L. Sp. 863.
Nom pharmaceutique : scrophularia. Parties usitées : les feuilles et la
racine.
Racine vivace, blanchâtre, offrant un grand nombre de nodosités. Tige dressée, carrée , rameuse, finement pubescente,
«^•"i^ BOTANIQUE.
à angles saiîlans, liante d'environ deux pieds. Feuilles opposées, péliolées, cordiformes, aiguës, dentées en scie, presque glabres, d'un vert foncé. Fleurs petites, purpurines et verdâtres, disposées en grappe terminale , à la partie supérieure de la lige. Calice court, à cinq lobes arrondis, presque égaux, persistant. Corolle monopétale irrégulière, presque globuleuse, à deux lèvres : la supérieure plus longue, plane, à deux lobes obtus, présentant à leur base interne un appendice lamelliforme : deux lobes latéraux tronqués , un lobe inférieur arrondi rabattu en dessous, constituent la lèvre inférieure. Les étamines sont situées vers la base de la fleur, deux sont saillantes au dehors : les anthères sont uniloculaires , appliquées transversalement sur le sommet du filet. L'ovaire est subpiriforme, assis sur un disque hypogyne, qui forme autour de sa base un bourrelet circulaire. Cet ovaire est surmonté d'un style, dont le sommet se recourbe sur le lobé moyen de la lèvre inférieure. Le stigmate est très petit, simple. La capsule est globuleuse , terminée en pointe à son sommet, environnée par le calice persistant ^ elle offre deux loges polyspermes, et s'ouvre naturellement en deux valves. La scrophulaire se plait dans les lieux ombragés des bois. Elle fleurit en juin et juillet.
Propriétés et usages. La scrophulaire a une odeur désagréable et presque vireuse, qui a quelque analogie avec celle du sureau. Sa saveur est araère. Vantée pendant long-temps comme un remède très efficace, cette plante est peu ou point usitée aujourd'hui. On a cru ses feuilles propres à résoudre les tumeurs scrophuleuses. De là son nom de scrophulaire. On les faisait également entrer dans les pommades que l'on employait au traitement des maladies chroniques de la peau.
11 en est de même de la scrophulaire aquatique [scrophularia aquatica L.), qui a long-temps passé pour un excellent vulnéraire.
DIGITALE. - DIGITALIS. L. J.
Calice persistant, à cinq divisions profondes et inégales ; corolle irrégulièrement évasée, trè$ ouverte, à limbe oblique,
ANTIRRIIINiES. 3^9
offrant quatre ou cinq lobes inégaux : style termind par un stigmate bifide. Capsule ovoïde, acuminée , s'ouvrant en deux valves.
Les digitales sont herbacées, vivaces ; leurs feuilles sont alternes ; leurs fleurs disposées en longs épis.
Digitale pourprée. Digitales purpurea. L. Sp. 866. Bull. t. 21.
Orf. Méd. lég. t. 9.
Nom pharmaceutique: digitalis. Noms vulgaires : gantelée^ gants de notre- Dame. Partie usitée : les feuilles.
Celte belle plante , qui croît naturellement aux environs de Paris, dans les bois montueux, et que l'on rencontre communément dans beaucoup d'autres parties de la France , a une racine vivace ou bisannuelle, composée d'un grand nombre de fibres brunâtres. Sa tige est simple, droite, de deux à trois pieds de hauteur; elle est cylindrique et velue. Les feuilles radicales sont pétiolées, ovalés, aiguës, un peu onduleuses, blanchâtres et velues sur leurs deux faces. Les fleurs, d'une couleur purpurine, sont pédonculées, pendantes, et forment à la partie supérieure de la tige un long épi unilatéral;- chacune d'elles est accompagnée d'une bractée ovale, aiguë. Le calice est persistant, à cinq divisions profondes, ovales, aiguës, un peu écartées. La corolle est irrégulièrement campaniforme, à cinq lobes courts, inégaux et obtus ; elle est tachetée intérieurement de petits points noirs ocellés , garnis de poils longs et raous. Les quatre étamines sont plus courtes que la corolle. La capsulé est ovoïde, acurainéc. La digitale pourprée fleurit vers le mois de juin. On la cultive souvent dans les parterres, à cause de la beauté de ses fleurs.
Propriétés et usages. M. Auguste Le Royer, pharmacien distingué à Genève, a retiré de la digitale une substance alcaline , qui paraît en être le principe actif et qu'il nomme digitaline. On l'obtient en traitant les feuilles de digitale par ï'éther à froid et à chaud. On évapore à siccité la liqueur , et le résidu est ensuite repris par l'eau distillée , qui en dissout Bne partie , tandis que l'autre se précipite , et n'est que de la éhlorophylie ou matière verte des Tégétaux. La solutioa
BOTANIOT'K.
aqueuse rougissait le papier de tournesol ; pour neutraliser cet acide libre, on y ajouta de l'hydrate de protoxide de plomb, qui forma un sel soluble qu'on ne put isoler du principe amer. On évapora à siccité la portion traitée par le plomb et on la reprit par l'élher très rectifié. On obtint ainsi le principe actif en solution dans l'élher. Par une seconde évaporation , on eut une substance brune, poisseuse, ramenant au bleu , mais avec lenteur , le papier de tournesol rougi par un acide. Cette substance d'une extrême amertume est très déliquescente, ce qui l'empêche de se cristalliser d'une manière permanente; mais à l'aide du microscope, on voit qu'elle se cristallise en prismes droits à base rhomboïdale. Cependant M. Dulong d'Astafort prétend qu'on ne peut faire cristalliser la digitaline, qui , selon lui , ne serait pas de nature alcaline. D'après quelques essais tentés sur différens animaux , la digitaline paraît être le principe actif de la digitale. ( Gazette de santé , 25 juillet 1824. )
Les feuilles de la digitale pourprée ont une saveur âcre , amère et désagréable. A la dose de quelques grains , elles excitent l'action sécrétoire des glandes salivaires , occasionnent un sentiment pénible d'astriction dans la gorge , et de malaise dans l'estomac. Si cette dose est graduellement augmentée, il se manifeste une excitation générale : les mouvemens du cœur sont d'abord plus rapides et plus intenses, la sécrétion de l'urine sensiblement augmentée ; quelquefois des vomissemens ont lieu, ou les évacuations alvines deviennent plus fréquentes. Enfin, si la quantité du médicament est portée subitement à une dose élevée, il détermine alors tous les phénomènes de l'empoisonnement par les substances narcotico-âcres.
Un des effets les plus remarquables de la digitale pourprée, c'est l'action secondaire qu'elle exerce sur la circulation. Le pouls , qui d'abord avait été accéléré par l'usage de ce médicament, finit ordinairement; chez le plus grand nombre des sujets, par devenir plus lent et moins développé, et il n'est pas rare de le voir descendre assez rapidement de soixante ou soixante dix pulsations à quarante et même à trente. Ce résultat, constaté par un grand nombre de praticiens , n'a cependant pas lieu chez tous les sujets ; il en est au contraire dont !•
ANTIUIIHINÉES, 5(fl
pouls bat cotistamment avec plus de force et de rapidité. C'est d'après cette action sédative de la digitale que plusieurs auteurs en ont recommandé l'usage dans les palpitations et les anévrismes du cœur et des gros troncs vasculaires.
Une des maladies contre lesquelles on l'a employée avec le plus d'avantage, c'est l'hydropisie essentielle, soit du tissu cellulaire, soit des cavités splanchniques; l'excitation générale que ce médicament détermine , l'abondante sécrétion d'urine qu'il provoque, rendent assez bien compte des succès que l'on a obtenus dans cette circonstance. Il n'en est pas ainsi dans la phthisie pulmonaire. Malgré les éloges qui lui ont été prodigués par quelques auteurs anglais, comme Beddoës, Fowler, Darwin, etc., les essais de Bayle et de plusieurs médecins recommandables sont loin de les avoir justifiés. On a aussi employé la digitale avec assez de succès dans les différens symptômes de la maladie scropliuleuse. Le docteur Hufeland , dans son traité de la maladie scrophuleuse, vante les effets de la digitale pour la résolution des glandes engorgées.
M. le docteur Janson de Lyon a employé avec avantage la poudre de digitale pourprée contre les leucophlegmasies qui surviennent fréquemment à la suite de la rougeole. {Arch. génér. de méd. 6 t^. 78.)
Les médecins italiens de l'école de Bologne ont aussi employé la digitale comme un moyen contre-stimulant dans plusieurs maladies inflammatoires, et particulièrement dans les maladies éruptives.
Mais l'emploi vraiment efficace de la digitale a lieu dans les hydropysies ; car tous les auteurs s'accordent sur ce point, tandis que sur les autres cas on voit régner une très grande discordance.
Portée à une dose un peu trop élevée , nous avons dit que la digitale pourprée agissait comme un poison narcotico-âcre très énergique. M. le professeur Orfila cite un grand nombre d'expériences faites sur les animaux pour constater les effets délétères de cette plante. En voici les principaux résultats :
1" La poudre de d?gitale , ses extraits aqueux et résineux , sa teinture, doivent élie regardés comme des poisons énergiques
à une certaine dose. 2" L'extrait résineux est plus actif que l'extrait aqueux, celui-ci que la poudre. 3° L'action des extraits est vive et rapide lorsqu'on les injecte dans la veine jugulaire ; elle l'est moins quand on les applique sur le tissu cellulaire , et beaucoup moins encore quand on l'introduit dans l'estomac. 4° Toutes ces préparations commencent par agir comme émétiques. 5° Leurs effets sur les organes de la circulation varient suivant la nature et la disposition des individus; tantôt on ne peut observer aucun changement dans la manière dont cette fonction s'opère, tantôt les battemens du cœur sont ralentis j assez souvent ils sont accélérés, forts, intermittens. 6» L'extrait résineux paraît agir spécialement sur le cœur ou sur le sang, puisque ce fluide se trouve constamment coagulé après la mort, lorsque l'extrait a été appliqué sur le tissu cellulaire ou introduit dans l'estomac. 7° Indépendamment de ces phénomènes, la digitale et ses préparations agissent sur le cerveau après avoir été absorbées, et produisent une sorte de stupéfaction instantanée , qui ne tarde pas à être suivie de la mort. 8° La poudre de ce végétal détermine une irritation capable de développer une inflammation assez intense. 9° Toutes les observations s'accordent pour faire croire que la digitale agit sur l'homme comme sur les chiens. (Orfila , Tojcicol. 2, p. 293. )
On trouve dans les auteurs un assez grand nombre de cas d'empoisonnement par la digitale. Le Journal de chimie médicale (décembre 1827) contient une observation de ce genre.
Les feuilles de digitale pourprée s'administrent ordinairement en poudre à la dose d'un à deux grains, dose que l'on augmente progressivement. L'extrait aqueux est une préparation très énergique, dont la dose est à peu près la même que ce lie de la poudre. Quant à la teinture alcoolique ou élhérée, sa dose est de douze à vingt gouttes. On l'emploie quelquefois à l'extérieur pour frictionner les parties affectées d'infiltration séreuse.
Suivant M. Labêlonye [Journ.des Conn. méd. Avril 1838), les différentes formes sous lesquelles on administre communément la digitale sont vicieuses; Iç? teinlures él\x^rées et alcoo-
ANTinRHINKP.S. 343
liques sont des préparations inûdèles, en ce qu'elles ne dissolvent qu'une faible portion du médicament. De plus elles ont riuconvénient d'être irritantes; la poudre a celui de débouter les malades, et de donner lieu au vomissement. L'infusiou aqueuse ne doit pas étro ordonnée, en ce qu'il peut résulter des accidens graves de son emploi fait sans de grandes précautions. Selon M. Labélonye, la meilleure préparation est l'extrait hvdro-alcoolique sec préparé avec l'alcool à 22". Il contient à la fois l'huile volatile, la résine, la matière verte, les principes amers et les sels. C'est la préparation qui représente le mieux tous les principes de celte plante. M. Labélonye a cherché à rendre l'administration de cet extrait aussi facile que possible^ en l'unissant soit à un sirop, soit à du sucre en poudre. La dose, d'abord faible, 1 à 2 grains, pourra être graduellement augmentée.
EUPHRAISE. — EUPHRASIA:!.. S.
Calice persistant , quadrifide ; corolle bilabiée : lèvre supérieure éraarginée , lèvre inférieure à trois lobes presque égaux; anthères rapprochées et comme soudées; capsule aîongée, obtuse, comprimée, s'ouvrant par sa partie supérieure en deux valves septifères. Feuilles alternes ou opposées ; fleurs axillaircs formant des épis terminaux.
EcpHRAiSE OFFICINALE. Euphrasia oJficinaUs. L. Sp. 841.
Bull. t. 233.
Nom pharmaceutique : euphrasia. Partie usitée: toute la plante.
Petite plante annuelle, dont la tige est dressée , gréle , rameuse, haute de quatre à huit pouces, portant des feuilles alternes, rarement opposées , sessiles , ovales , arrondies, légèrement pubescenles, dentées sur leurs bords. Les fleurs sont purpurines, sessiles et solitaires à l'aisselle des feuilles supérieures, et formant ainsi un épi grêle ; leur calice est tubuleux, à quatre dents, disposées par paires latéralement. La corolle est bilabiée; son tube est de la longueur du calice. La lèvre supérieure est légèrement bifide : l'inférieure est à trois lobes presque «-gaux, tronqués et émarginés. Les quatre élamincs
34 ^ BOTANlOtIB.
sont incluses • leurs anthères sont rapprochées et comme soudées latéralement; l'ovaire est comprimé, obtus, à deux loges, qui contiennent plusieurs ovules disposés sur de^x rangées longitudinales 3 le style est filiforme, terminé pa»^ un stigmate capitulé, simple; la capsule est ovoïde, comprimée, très obtuse, recouverte par le calice, à deux loges, et s'ouvrant seulement à son sommet par l'écartement des deux valves. L'euphraise est commune sur les pelouses sèches , dans les bois, où elle fleurit pendant les mois de juillet et d'août.
Propriétés et usages. La saveur de l'euphraise est amère ^ et son odeur légèrement aromatique. On en faisait jadis un usage très fréquent, soit à l'intérieur, soit pour les maladies des yeux. Son eau distillée est encore prescrite quelquefois pour former des collyres, auxquels on ajoute quelque substance astringente, telle que l'extrait de saturne ou le sulfate de zinc; mais ce médicament est singulièrement déchu de la vogue qu'il a obtenue autrefois.
MOLÈNE. — FERBASCUM. L. J.
Calice étalé à cinq divisions profondes ; corolle rotacée , à cinq lobes un peu inégaux; cinq étamines fertiles, à filets inégaux et déclinés, le plus souvent chargés de poils à leur base ; capsule ovoïde , à deux loges polyspermes, s'ouvrant en deux valves ; graines très petites, à surface tuberculeuse et chagrinée.
MoLÈNE BOUILLON BLANC. /^er^^^cum thapsus. L. Sp. 252. Blackw.
Noms vulgaires : bouillon blanc. Parties usitées : les fleurs et les feuilles.
Plante bisannuelle dont la tige est simple, droite, effilée, très cotonneuse, ailée; haute de deux à quatre pieds. Les feuilles sont grandes, ovales, aiguës à la base, décurrentes sur la tige, cotonneuses, blanchâtres et entières : les supérieures sont plus étroites et lancéolées.
Les fleurs sont jaunes, grandes, disposées en longs épis simples, à l'extrémité supérieure de la tige. Le calice est lomenteux, à cinq divisions profondes, ovales, aiguës. La corolle est
ANTIRRHINÉES. 34*5
rotacéc : son tube est très court ; son limbe presque plane offre cinq lobes arrondis, obtus, inégaux. Les cinq étamines sont inégales et déclinées. Les filets sont subulés, couverts de poils blancs dans leur partie inférieure. Les anthères sont transversales. L'ovaire ovoïde et subpyramidal est cotonneux, à deux loges, contenant chacune un très grand nombre d'ovules attachés à deux trophospermes saillans sur la cloison. Le siyle est oblique, plus long que les étamines, tomenteux, renflé vers son sommet, sur lequel est appliqué un stigmate convexe et presque réniforme. La capsule est ovoïde, tomenteuse, un peu aiguë, biloculaire, septicide. Les graines sont petites, irrégulières et chagrinées. Le bouillon blanc croit dans les lieux incultes, sur le bord des chemins, aux environs de Paris. Il fleurit pendant la plus grande partie de l'été.
Propriétés et usages. Ce sont les fleurs de cette plante dont on fait surtout usage. Elles sont adoucissantes etpectoralès. On les donne en infusion théiforme dans les catarrhes pulmonaires peu intenses. Il faut avoir soin de passer celte infusion à travers un linge, afin d'en séparer les petits poils rudes qui couvrent la base des filets des étamines, qui détermineraient la toux par l'irritation mécanique qu'ils exerceraient sur la gorge. M. Morin a donné une analyse très détaillée des fleurs de bouillon blanc .[Jonrn. chim. méd. 2, p. 223). Il y a trouvé entre autres unehuile volatile jaunâtre, une matière grasse acide, de la gomme, du sucre incristallisable, un principe colorant jaune de nature résineuse, et plusieurs sels. Les feuilles de bouillon blanc bouillies dans l'eau sont émollientes, et peuvent servir à former des cataplasmes adoucissans.
On peut employer indistinctement aux mêmes usages les autres espèces de ce genre, telles que les Verhascum nigrutn^ V. Ijchnilisj etc.
Propriétés médicales et usages des plantes de la famille dhs
Antirrhinées.
Les plantes réunies dans cette famille n'offrent point une grande uniformité de propriétés ; la plupart cependant renferment un principe plus ou moins àcre, purgatif dans la gratiole
et les différentes espèces de scrophulaires, mais doué d'une énergie si grande dans la digitale pourprée, que celle plante est un véritable poison lorsqu'on l'adminislre à dose un peu élevée. L'eupliraise est légèrement astringente et aromatique, et ne possède point les qualités suspectes et délétères des autres plantes de la même famille. Il en est de même du genre molène, dont toutes les espèces sont plus ou moins émoUienles.