SOLANÉES
!• Fruit charnu bacciforrac.
BELLADOrsE. - ATROPA. L. J.
Calice carapanulé, persistant, à cinq divisions aiguës : corolle campanulée qninquéfide, pins longue que le calice. Cinq élamines incluses à filets subulés, portant des anthères cordiformes arrondies. Le fruit est charnu, arrondi, un peu déprimé, à deux loges, renfermant un grand nombre de graines attachées à deux trophospermes situés sur la cloison.
Belladone commune. Alropa belladona. L. Sp. 260. Bull. Herb. t. 29.0rf. Méd. lég.,t. 5.
Koin pharmaceutique : belladona s. solarium fuviosum. Nom vulgaire : belladone. Parties usitées : les feuilles, la racine.
La belladone se distingue par une racine vivace, épaisse et charnue ; par une lige dressée, haute de deux à quatre pieds , cylindrique, velue, rameuse, dichotomcj ses feuilles alternes , ou quelquefois géminées, surtout à la partie supérieure delà lige, sont grandes, courleiaent pétiolées, ovales aiguës, presque entières et velues. Les fleurs sont assez grandes, solitaires, pédonculées , pendantes, d'un rouge terne j elles offrent un calice campaniforme, un peu velu, à cinq divisions ovales aiguës j une corolle monopétale régulière, en clocKs alongée , rélrécie inférieurement en un tube court, fendue à sonsommçt en cinq lobés égaux, obtus, peu profonds. Les cinq étamines sont plus courtes que la corolle, à la base de laquelle elles sont insérées; les filets sout subulés, les anthères presque globuleuses. Le pistil se compose d'un ovaire ovoïde, alongé, à deux loges polyspermes, appliqué sur un disque jaunâtre j d'un style grêle et cylindrique, à peu près de la longueur de la corolle , terminé par un stigmate aplati, convexe, légèrement bilobé. Le fruit est une baie arrondie, un peu déprimée, de la grosseur d'une cerise, d'abord verte, puis rouge, et enfin presque noire; elle est environnée à sa base par le calice, et offre deux loges qui contiennent un grand nombre de graines réniformes. La belladone est très commune aux environs de Paris ; on la trouve en fleurs aux mois de juin, juillet et d'août, le long des murs, dans les décombres. If,
Propriétés et usages. Analysé par Vauquelin, le suc de la belladone ne lui a rien offert de bien remarquable, si ce n'esl un principe résineux soluble dans l'alcool, et que cet habile chimiste considérait comme la partie active de cette plante. M. Brande dit avoir retiré du végétal qui nous occupe une substance alcaline très âcre et vénéneuse, et qu'il nomme atropine. Cette substance est d'un blanc brillant et cristallisé en longues aiguilles ; sa saveur est fade, et elle se dissout à peine dans l'eau et l'alcool. Elle forme avec les acides des sels réguliers, et peut neutraliser une proportion considérable d'acide.
L'atropine a été isolée à l'état de pureté par Mcin. Geizer «et Hesse ont vérifié ses résultats : l'atropine est incolore, inodore; elle cristallise en prismes soyeux, transparens ; elle fond et se volatilise un peu au dessus de 100°. Elle se dissout à froid, mais mieux à chaud , dans l'éther et dans l'alcool absolu. L'eau en dissout 1/500 à la température ordinaire. Abandonnée au contact de l'air, la liqueur jaunit, et ne donne plus par l'évaporation qu'une matière jaune, soluble, nauséabonde, aussi vénéneuse que l'atropine, d'où on peut l'extraire en la traitant par un acide, puis par du charbon, et la précipitant par un alcali. L'atropine sature très bien les acides : son sulfate et son acétate cristallisent facilement. Elle dilate énergiquement la pupille, et représente les propiiétés toniques de la belladone.
Les fruits de la belladone sont un poison violent^ d'autant plus pernicieux que leur ressemblance avec des cerises a souvent engagé à en manger, et que leur saveur, d'abord douceâtre, n'avertit point assez tôt du danger. On trouve dans les auteurs un grand nombre de cas d'empoisonnement occasionné par l'usage de ces fruits. On remédie aux accidens causés par celte espèce d'empoisonnement, en faisant sur le champ vomir ■ le malade, et en administrant ensuite des boissons acidulées.
Cependant un assez grand nombre d'auteurs rapportent des cas dans lesquels les fruits de la belladone ont été mangés, même en assez grande quantité, sans produire d'accidens, ou du moins sans en occasionner de trop fâcheux. Néanmoins, ^trop d'observations authentiques en constatent les propriétés délétères, pour pouVoir les révoquer en doute. D'après de nom-
breusesexpt^riences et tous les faits connus, M. le professeur Orûla pense :
r Que la belladone et son extrait jouissent de propriétés vénéneuses très énergiques ; 2" qu'ils exercent une action locale peu intense , mais qu'ils sont absorbés, portés dans le torrent de la circulation, et qu'ils agissent sur le système nerveux et particulièrement sur le cerveau; 3" que les extraits du commerce varient singulièrement par rapport à leur énergie, suivant la manière dont ils ont été préparés, et que les plus actifs sont ceux qui ont été obtenus en faisant évaporer, à une très douce chaleur, le suc de la plante fraîche ; 4° que leur action est beaucoup plus intense lorsqu'ils ont été injectés dans les veines que lorsqu'ils ont été appliqués sur le tissu cellulaire, et surtout que lorsqu'ils ont été introduits dans l'estomac j 5° que ces préparations paraissent agir sur l'homme comme sur les chiens.
Les feuilles, et surtout la racine, jouissent de propriétés non moins énergiques et non moins délétères. Elles doivent être, de même que les fruits , rangées parmi les poisons narticoâcres, dont elles développent tous les effets lorsqu'on les donne à des doses très élevées.
Cependant la thérapeutique les emploie souvent et avec avantage dans plusieurs circonstances, et leur introduction dans la matière médicale remonte aune époque très reculée. Ainsi les anciens faisaient usage des feuilles, appliquées sous forme de cataplasme, dans le traitement des tumeurs cancéreuses. Plusieurs auteurs modernes en ont également recommandé l'usage interne et externe dans le cancer des mamelles et les autres indurations squirrheuses des glandes. Mais aujourd'hui il a été bien reconnu que la belladone, ainsi que les autres médîcamens narcotiques, n'exerce aucune influence salutaire sur les tumeurs réellement cancéreuses, mais que seulement elle peut être quelquefois avantageuse pour amener la résolution de glandes affectées d'induration simple et non squirrheuse.
Une des maladies contre lesquelles on emploie aujourd'hui plus fréquemment la racine et les feuilles de la belladone, c'est la coqueluche ou toux convulsive des enfans, Ce sont particu--
lièremenl les médecins allemands qui ont donnd à la belladone une sorte de vogue dans le traitement de cette maladie. La dose doit en être d'abord très faible ; ainsi l'on commence par un quart ou un demi-grain de la poudre, étendu dans une certaine quantité de sucre également en poudre. On augmente successivement cette dose, en surveillant avec soin son action, afin d'en suspendre l'usage dans le cas où l'on s'apercevrait de quelque trouble dan» les fonctions du système nerveux. Un grand nombre d'auleurs ont constaté l'efficacité de la belladone dans cette affection, et en particulier Wetzler, Méglin, Hufeland, etc. Mais, ainsi que le remarque le docteur Marcus de Bamberg, la belladone n'est réellement avantageuse dans la coqueluche que lorsqu'on la donne après la première période, qui est en général caractérisée par une irritation plus ou moins vive des organes respiratoires.
On a aussi beaucoup employé la belladone dans les différentes affections du système nerveux, telles que la paralysie, les convulsions, l'épilepsie, etc.; mais fort souvent ces maladies ont résisté à son emploi. On trouve dans les auteurs plusieurs cas de tic douloureux de la face guéri par les préparations de belladone. On l'a aussi mise en usage avec succès dans quelques cas de spasmes, de toux nerveuse, etc. Enfin quelques auteurs la recommandent également dans la syphilis, les scrophules, etc^; mais aujourd'hui elle est tout à fait inusitée dans ces différentes maladies.
Un des emplois les plus remarquables de la belladone est sans contredit comme moyen prophylactique de la scarlatine. C'est au professeur Hahnemann , de Leipzig, à l'auteur de la doctrine de Vhomœopalhie , qu'on doit cette découverte , qui remonte à 1807. D'après les idées théoriques de ce médecin, les symptômes que la scarlatine développe dans le système nerveux étant à peu près les mêmes que ceux qu'occasionne la belladone donnée à dose un peu élevée , il conçut l'idée d'opposer ce médicament comme moyen non seulement préservatif de cette maladie , mais encore comme propre à en modérer le développement quand il n'avait pu le prévenir ; de même que la Taccine , en développant uuc éruption analogue
solan/ïes. 35 1
à la variole, prévient Tapparilion de celle dernière. Ces idées théoriques du médecin saxon ont été confirmées par la pratique d'un grand nombre de médecins , surtout en Allemagne. Ainsi l'on a reconnu que, pendant les épidémies de scarlatine , tous ou du moins presque tous les individus qui avaient fait usage de la belladone ne contractaient pas la maladie. Oa trouve dans les Archives générales de médecine, t. 5 , p. 264 , des observations des docteurs Berndt, de Custrin , Muhrbeck , de Demmin , Dustcrberg , de Warbourg , Behr, de Bernbourg, qui confirment entièrement les opinions d'Hahnemann.
La belladone produit constamment un effet remarquable, c'est la dilatation de la pupille. On a profité de celte singulière propriété pour favoriser l'exécution de quelques opérations qui se pratiquent dans l'intf^rieur du globe de l'œil , et surtout la cataracte. Ou applique sur l'œil un cataplasme ou des compresses arrosées ou imbibées d'une solution d'extrait de belladone.
Plusieurs auteurs , et en particulier le professeur Chaussier , parlant de cette propriété de la belladone de dilater l'ouverture naturelle de la pupille, en ont fait l'application à la dilatation du col de l'utérus pour faciliter l'accouchement, dans les cas de rigidité spasraodique de cette partie. Il faisait usage d'une pommade dans laquelle entrait l'extrait de belladone , et dont on frictionnait cet organe. D'autres praticiens l'ont aussi mise en usage dans la constriction spasmodique du rectum et du canal de l'urètre.
Enfin quelques médecins ont conseillé les fumigations sèches ou aqueuses des feuilles de la belladone dans les catarrhes pulmonaires chroniques, et môme la phlhisie pulmonaire.
La poudre des feuilles et de la racine de belladone s'admitiislre à la dose d'un demi-grain à un grain , que l'on augmente graduellement de manière à la porter à un scrupule et au delà. Quanta son extrait , il est peu employé. On prépare aussi un sirop de belladone, dont on administre depuis un jusqu'à quatre gros.
La Mandragore, Alropa mandragora L. Bull., t. 146 et 147 , autre espèce du môme genre , est encore plus redoutable par ses qualités délétères (jue la belladone, Quoique quelques
ailleurs aient autrefois fait usage de sa racine et de ses feuilles , elle est aujourd'hui entièrement inusitée.