‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 87 sur 187 · Partie usitée : les feuilles · texte numérisé non relu

Partie usitée : les feuilles

L'arguel croît dans les différentes contrées du nord de l'Afrique, en Nubie , en Egypte, et surtout dans les environs de Syène. Ses tiges grêles, dressées, cylindriques et entièrement glabres , s'élèvent généralement à une hauteur de deux pieds et portent des rameaux opposés. Ses feuilles sont également opposées, presque sessiles , ovales^ entières, terminées en pointe à leurs deux extrémités ; elles sont blanchâtres et glabres. Les fleurs , qui sont blanches , forment des espèces de corymbes axillaires et pédouculés. Leur calice est régulier , à cinq divisions profondes, étroites , aiguës, étalées. Les cinq lobes de la corolle sont lancéolés , également étalés. Les cinq appendices staminaux sont creux et en forme de cornets. Les follicules , tantôt simples , tantôt géminés , sont renflés dans leur partie inférieure, terminés en pointe supérieurement: leur péricarpe est épais et comme osseux ; il contient une grande quantité de graines , qui sont aigreltécs.

Proprièlès et usages. Les feuilles de l'arguel sont fort souvent mélangées dans les différentes sortes de séné qui nous sont

6gO BOTANIQUE.

apposées d'Égyple , et particulièrement dans le séné de l,i palte. Ce mélange n'offre aucun inconvénient, si, comme le dit M. TS^ectoux dans ses recherches sur les sénés d'Égyple , les feuilles d'arguel possèdent absolument les mêmes propriétés que le séné , et agissent d'une manière tout à fait analogue. Cependant M. le professeur Delile prétend que ce médicament pjirge avec ti^op de violence et cause souvent des coliques. Du reste , le mode d'action et d'administration de l'arguel serait le même mode que Celui du Séné , mais à dose plus faible.

Cynanqde de Montpellier. Çynaiichum monspeliacum. L.

Sp. 311.

Nom pharmaceutique : scammonium monspeliacum. Nom vulgaire : scammonée de Montpellier. Partie usitée : te suc concret.

Cette espèce se dislingue par sa tige volubile, qui s'entortille autour des corps voisins , par ses feuilles cordiformes, pétiolées , beaucoup plus grandes , d'un vert clair , et tout à fait glabres. Elle croit dans les provinces méditerranéennes de la France , dans les lieux sablonneux -, toutes ses parties sont lactescentes.

Le suc de cette plante , concrété et mis en masse , porte le nom de scammonée de Montpellier ; il est , comme la scammonée d'Alep , violemment purgatif ; mais on en a presque abandonné l'usage.

Cynanqce iPÉCACUANHA. Cijnanchum ipecacuanha. Rich- Nom vulgaire : ipécacùanha de V Ile-de-France. Partie usitée : la racine.

Petit arbuste sarmentenx, dont la racine se compose d'une touffe de fibres longues et blanches j les tiges sont sarmenteuses , effilées , glabres ou lomenteuses , longues de deux à trois pieds; les feuilles opposées, courtement pétiolées, cordiformes, aiguës, entières , tantôt glabres , tantôt velues ; les fleurs sont petites, blanchâtres^ elles forment de petites gra.ppes axiliaires, plus longues que les feuilles Ct pauciflores.

Cette plante, qui croît naturellement aux îles de France et de Bourbon, a été décrite par M, Delamarck, sous le nom de Cynanchuin voiiiUoriiun. 1^

APOCYNliES.

Sa racine, qui est àcre et amùre, est employée h l'île de France comme succédanée de l'ipécacuanha. Elle est en effet très émétique. C'est une des espèces d'ipécacuanha blanc. (Voy. notre Histoire naturelle et médicale des ipécacuanha du commerce, vol. in-4°, Cg. Paris, 1818.)

Cynanque dompte-venin. Cijnanchum vincetoxicum. Rich. Asclepias vincetoxiciim. L. Sp. 324. Bull. t. 51.

^oulS pharniaceutiqaes : vincetoxiciim s. Iiirudinariœ radix. Partie

usitée : la racine.

Le dompte-venin est une petite plante vivace, commune dans les bois sablonneux, aux environs de Paris, où ses fleurs s'épanoïiissent vers le mois de juin. Composée d'une souche horizontale tuberculeuse , d'où parlent un grand nombre de fibres alongées et cylindriques , sa racine pousse une lige d'un ])ied à un pied et demi de hauteur, cylindrique, très glabre, comme toutes les autres parties de la plante, presque simple, portant des feuilles opposées, cordiformes, aiguës, entières, péliolées ; des fleurs blanches ou jaunâtres assez petites , qui forment des espèces de petites ombelles simples , pédonculées dans l'aisselle des feuilles supérieures j la corolle est rotacée, à cinq lobes aigus 3 la couronne est épaisse, à cinq lobes obtus» Les fruits ou follicules, ordinairement géminés, sont très alongés, terminés en pointe, glabres et lisses, d'environ deux pouces. Les graines sont planes , marginées, et portent une aigrette soyeuse et nacrée. ^

Propriétés et usages. La racine du dompte-venin encore récente a une odeur un peu nauséabonde, une saveur âcre, amère et désagréable, qui se perdent un peu par la dessiccation. C'est un médicament actif, dont la décoction provoque le vomissement ou des évacuations alvines plus ou moins abondantes. Autrefois employée comme alcjcipharmaque et contre un grand nombre d'affeclions différentes, cette racine est absolument inusitée à présent.

2» APOCYNÉES VUAIES. Étaiiiines distinctes ; gorge de la corolle ordinairement nue ; pollen pulvérulent.

PERVENCHE. - VINCA. L. J.

Calice monosêpale, à cinq divisions linéaires; corolle hypocratériforrae , tube un peu évasé , limbe à cinq divisions obliques; entrée du tube nue ; Olets des étamines planes et dilatés au sommet; anthères à deux loges écartées par le filet ; follicules géminés, alongés, renfermant des graines sans aigrette.

Les espèces sont presque toutes de petites plantes*herbacées ou de petits arbustes rarapans.

Pervenche mineure. Vinca minor. L. Sp. 304. Blackw. t. 59. Nom pharmaceutique : vincœ penincœ herba. Partie usitée ; les feuilles.

Cette petite plante, qui croît en abondance dans les lieux couverts et ombragés , el que l'on voit fleurir dès les mois de février et de mars, offre une racine rampante, fibreuse, blanchâtre , qui pousse plusieurs tiges redressées, hatrtes de six à dix pouces, souvent beaucoup plus longues, grêles, portant des feuilles opposées , courtement pétiolées , ovales , lancéolées, très entières, coriaces et luisantes. De l'aisselle des feuilles partent des fleurs solitaires, d'un bleu clair, pédonculées. Leur calice est monosépale, à cinq divisions étroites, linéaires, subulées, égales. Leur corolle est régulière et hypocratériforme ; son tube est un peu dilaté à sa partie supérieure, et le limbe est plane, très grand, à cinq divisions égales, subcunéiformes et irrégulièrement quadrilatères. Les cinq étamines sont incluses , rapprochées , et cachant entièrement le style et le stigmate. Les filets étroits et coudés à leur base sont planes, dilatés et très obtus à leur partie supérieure; les anthères sont à deux loges, séparées l'une de l'autre par le sommet du filet qui se prolonge au dessus d'elles. Chaque loge, qui s'ouvre par un sillon longitudinal, contient une masse ovoïde de pollen, dont les particules sont peu adhérentes. L'o- Taire est bilobé, accompagné de deux écailles latérales discoï- . des, de la môme hauteur que lui; il présente deux loges qui

APOCYNÉES.

contiennent chacune de huit à dix ovules ; le style est alongé, élargi vers sa partie supérieure, où il offre un disque aplati, surmonté par le stigmate qui est poilu. Le fruit est un double follicule, renfermant des graines dépourvues d'aigrette.

Propriétés et usages. Les feuilles de la petite Pervenche , et celles de la grande Pervenche [Finca mojor L. Sp. 304), qui est beaucoup plus grande dans toutes ses parties, et que l'on rencontre dans les haies des provinces méridionales de la France, ont une saveur amère, un peu âcre et astringente. Elles sont faiblement purgatives et diaphorétiques. Elles ont en quelque sorte une réputation populaire pour diminuer et suspendre la sécrétion du lait, soit à l'époque de l'accouchement, soit au moment où l'on veut arrêter l'allaitement. La tisane faite avec la racine de canne et les feuilles de pervenche est la plus fréquemment usitée dans cette circonstance, quoique cependant son efficacité soit loin de justifier cette espèce de vogue.

NÉRION. - NERIUM. L. J.

Calice à cinq divisions profondes; corolle beaucoup plus grande, infundibuliforme, régulière, à cinq lobes obliques, à la base desquels se trouvent cinq appendices pétaloïdes frangés; étamines distinctes, incluses^ anthères sagittées, terminées par une longue pointe barbue 5 style portant un stigmate cylindrique tronqué. Follicules alongés, contenant un grand nombre de graines aigrettées.

Nérion laurier-rose. Ncrium oleander. L. Sp. 305.

Nom pharmaceutique : nérion. Noms vulgaires : laurier rose, laurose, rosage, etc. Partie usitée : les feuilles.

Arbrisseau toujours vert, dont la tige, haute de six à douze pieds , se divise en rameaux trifurqués , alongés et pubescens, chargés de feuilles ternées, sessiles, lancéolées, raides, entières, aiguës, rétrécies insensiblement à la base, longues de trois à cinq pouces et plus, larges d'environ un pouce. Fleurs roses très grandes, élégamment disposées en une sorte de corymbc à la partie supérieure de la tige. Calice petit , campa-

3c)4 BOTANIQUB.

nulé, à cinq divisions profondes, linéaires, aiguës, rougeâtres; corolle monopétale, régulière, infundibuliforrae : orifice du tube garni de cinq appendices pétaloïdes, frangés à leur partie supérieure; limbe à cinq divisions obtuses, égales; cinq étamines attachées à la partie moyenne du tube de la corolle, incluses; filets courts, un peu renflés et arqués; anthères biloculaires, sagittées, amincies supérieurement, et se terminant à leur sommet par une longue pointe renflée, toute couverte de longs poils blancs et laineux ; chaque loge s'amincit inférieurement en une pointe aiguë assez longue. Le pistil se compose d'un ovaire double ou de deux ovaires rapprochés^ tout couverts de poils blancs ; ils sont uniloculaires, et contiennent un grand nombre d'ovules attachés à un trophosperme pariétal et interne. Ces deux ovaires sont surmontés d'un seul style renflé vers sa partie supérieure, atteignant à peu près la hauteur des anthères, et terminé par un stigmate proéminent, tronqué à son sommet, et offrant à sa partie inférieure cinq petits appendices très courts. Le fruit est un follicule double, ovoïde, très alongé, terminé en pointe à sa partie supérieure, rempli de graines aigrettées.

Le laurier-rose, qui fait en automne l'ornement de nos jardins, et que nous rentrons dans la serre tempérée pendant l'hiver , végète avec vigueur dans les régions méridionales de la France , où il croît dans les fentes des rochers et les lieux les plus escarpés auprès des torrens.

Propriétés et usages. Cet arbrisseau , qui flatte notre rtie par la beauté de son feuillage toujours vert , par l'élégance de ses fleurs grandes et roses, possède cependant des propriétés extrêmement délétères, surtout lorsqu'il croît au milieu dés rochers dans les contrées méridionales de l'Europe. Son principe vénéneux est tellement subtil, que ses émanations seules ont suffi , au rapport de quelques auteurs , pour occasionner les accidens les plus graves , et même la mort chei les individus qui y étaient restés exposés pendant quelque temps. Il existe à la fois dans les feuilles, dans l'écorce et jusque dans le bois lui-même; mais il s'affaiblit beaucoup par la culture. Les expériences multipliées de M. Orfiia ont prouvé l'énergie des pro-

APOCYNÉKS.

prlétés de l'extrait du laurier-rose, que cet habile expérimentateur place parmi les poisons narcotico-àcres. Aussi fait-on bien rarement usage de ce végétal. Quelques auteurs emploient son extrait , dissous et incorpoté dans un Uniment , contre les maladies chroniques de la peau , les dartres , la gale , etc. Sa dose est d'un scrupule poiir un liniment de trois onces. Mais il n'existe pas, d'exemple bien avéré de guérison par ce médicament.

Une autre espèce du même genre , le nerium antldysenlerîcum de l'Inde , fournit le médicatnent connu sous le nom de codaga-palla. Cetie éèorce , qui est d'un rouge ferrugineux , épaisse , rugueuse , est , au rapport de Piheède, très usitée dans l'Inde contre la dysenterie. Malgré les éloges qui lui ont été prodigués par Bernard de Jussieu, elle est entièrement inusitée par les médecins modernes.

Page 1