CENTAURÉE. - CENTAUREA. L
Involucre globuleux , formé d'écaillés imbriquées , tantôt minces et scarieuses sur les bords tantôt ciliées , quelquefois terminées par une épine simple ou peclinée j fleurons de la circonférence beaucoup plus grands, irréguliers et neutres. Les fruits sont avec ou sans aigrette.
Ce genre , très polymorphe , a été divisé en un grand nombre de sections , que plusieurs auteurs regardent, et avec raison , comme autant de genres distincts.
1"* Point d'aigrette.
Écailles de l'involucre terminées par une épine rameuse sur les côtes.
(CALCITHAPA. JuSS.)
• Centaurée chausse-trappe, Centaurea calcilrapa. L. Sp.
]Nom pharmaceutique : cardans stellatus. Noms vulgaires : chardon étoilé, chausse-trappe. Partie usitée : Vherbe entière.
- Racine vivace donnant naissance à une tige dressée , très rameuse;, raide, striée, couverte en partie de poils laineux 3 feuilles sesslles , lancéolées , aiguës , dentées , incisées ou même pinnatifides; les plus inférieures sont plus larges el comme lyrées. Les capitules de fleurs sont latéraux et sessiles. L'involucre est ovoïde , alongé, composé d'écaillés imbriquées., à base large , dilatée, charnue^ terminées au sommet par une
SYNANTHKRÉES. 44 ^
longue épine très aiguë, (îivaricj[U(?e , oflrant de petites épines latérales à sa base ; les écailles les plus intérieures sont muliques,et scarieuses au sommet. Le réceptacle est presque plane, garni de petites écailles subulées , blanches et nacrées : toutes les fleurs , qui sont flosculeuses , s'y insèrent par un point latéral. Les fleurons extérieurs plus grands sont stériles, à trois lobes lancéolés , ne renfermant point d'organes sexuels. Les fleurons fertiles sont à cinq lobes étroits , disposés comme en deux lèvres , la supérieure à quatre lobes, l'inférieure à un seul lobe plus long que les autres. Les fruits sont elliptiques, un peu comprimés latéralement, glabres, lisses, sans aigrette.
La chausse-trappe est excessivement commune dans les lieux stériles , sur le bord des chemins. Elle fleurit pendant tout l'été, y
Propriétés et usages. Toutes les parties de ce végétal ont une saveur extrêmement amère; mais cette saveur s'affaiblit dans la racine , qui est assez douce. Cette dernière a joui, au commencement du siècle dernier, d'une vogue extraordinaire dans le traitement des maladies des voies urinaires , et surtout de la néphrite calculeuse. Elle formait la base du fameux remède de Baville, dont la composition est restée fort long-temps secrète. Quant aux feuilles et aux fleurs, leur amertume est tellement prononcée, qu'un grand nombre d'auteurs, depuis Gaspard Bauhin et Tournefort, les ont administrées avec beaucoup d'avantages contre les fièvres intermittentes ; et les faits que l'on a recueillis à cet égard sont assez nombreux pour engager les médecins à ne point négliger un médicament qu'il est si facile de se procurer. On trouve dans le sixième volume du Journal de médecine militaire un travail fort intéressant de M. Clouet , qui, à l'hôpital de Verdun, en 1787, guérit avec la chaussetrappe plus de deux mille soldats affectés de fièvres intermittentes de différens types. Plusieurs autres médecins ont également publié le résultat de quelques essais qu'ils ont tentés avec ce médicament indigène : tels sont, en 1818, M. Laudo (iVo^/^^ Jour. méd. 1818), en 1819, M. Valentin (jÂ. 1819).
M. Figuier, de Montpellier, a trouvé dans la chausse- trappe : 1" une substance gommeuse ; 2° une matière résiniforme ; 3° un
principe animalisé ; 4° de l'acétale, du muriate et du sulfate de potasse ; 5° du muriate et du sulfate de chanx; 6" une matière •verte ; V de la silice ; 8" un peu d'acide acétique ; 9° du ligneux.
On peut donner les feuilles de la chausse trappe soit en décoction, à la dose d'une once pour deux livres d'eau, soit le suc qu'on en exprime, soit enfin sous la forme d'extrait dont la dose est d'un gros à un gros et demi. Les fleurs paraissent être encore plus actives, et leur dose doit êlre moins élevée.
2" Fruit aigretté.
Aigrette double , feuilles supérieures formant un second involucre.
(CMCUS. DC. non L.)
Centaurée chardon béni. Centaurea benedicta. L. Sp. 1296.
Nom pharmaceutique : carduus bcnedictus. Partie usitée : toute ta
plante.
Cette espèce, qui est annuelle, présente une tige herbacée, rameuse, couverte, ainsi que toute la plante, de poils laineux, presque quadrangulaire, rougeâtre; des feuilles alternes semiamplexicaules, alongées, offrant de grandes dentelures irrégulières terminées par une petite épine. Celles qui environnent le capitule sont plus petites, dressées et serrées contre lui, s'y attachant au moyen de longs poils cotonneux, et formant une sorte d'involucre extérieur. Les capitules sont solitaires et terminaux, jaunes et flosculeux. L'involucre est conique, formé d'écaillés imbriquées, larges ijçiférieurement, et terminées par une longue épine pinnatifide. Le réceptacle est plane, chargé de poils soyeux très nombreux. Chaque capitule renferme vingt à vingt-cinq fleurons jaunes : ceux du disque hermaphrodites et fertiles ; ceux de la circonférence neutres. Le fruit est glabre et strié longiludinalement, attaché obliquement au phoranthe, couronné par un petit rebord à dix dents régulières et par une aigrette double; l'extérieure formée de dix soies plus courtes que le tube de la corolle, denticulées sur les bords ; l'intérieure de dix soies beaucoup plus courtes que les précédentes, également denticulées sur les bords.
Cette plante croît dans les champs des provinces méridionales de la France, où elle fleurit en juin et en juillet.
STNANTHÉRÉRS. 447
Propriétés et usages. L'amertume extrôme du chardon béni indique l'action tonique qu'il exerce sur l'économie animale. Aussi est-ce surtout comme fébrifuge que ce végétal a été le plus employé, principalement dans les fièvres intermittentes printanières. Son mode d'administration et ses préparations sont les mêmes que ceux de la chausse-trappe^ dont il se rapproche singulièrement par ses propriétés médicales.
M. Morin de Rouen a publié dans le Journal de Chimie médicale (4, p. 105) une analyse très détaillée du chardon béni, dont voici les résultats : 1° du malate acide de chaux; 2" une matière grasse verte, formée d'huile fixe et de chlorophylle; 3° de l'huile volatile; 4° un principe amer particulier ; 5" une substance résineuse; 6° du nitrate de potasse; 7° du sucre liquide ; 8° de la gomme et de l'albumine ; 9" plusieurs sels minéraux et quelques oxides; 10 des traces de soufre.
Écailles de l'involucre scarîeuses et ciliées sur les bords, (cyanùs. DC.)
Centaurée bluet. Centaurea Cjanus. L. Sp. 1289. Blackw,
Nom pharmaceutique : cyanus major. Noms vulgaires : barbeau, aubifoin, casse-lunette. Partie usitée : les fleurs.
Tige dressée, rameuse, à rameaux écartés, presque carrée, rude, velue. Feuilles alternes; celles de la base pinnatiûdes, les supérieures sessiles, lancéolées, aiguës, entières, étroites, velues sur la face supérieure, marquées ordinairement de trois nervures longitudinales. Fleurs (capitules) solitaires et terminales, composées de fleurons bleus, roses ou blancs. Involucre ovoïde, formé d'écaillés imbriquées, ovales, alongées, scarieuses et cillées sur les bords. Pvéceptacle presque plane, garni de soies qui environnent chaque fleuron. Les fleurons de la circonférence sont beaucoup plus grands, irréguliers, neutres et stériles, à limbe campanulé, oblique, divisé en six ou sept lobes aigus et inégaux. Les fleurons du centre, moins grands, sont hermaphrodites et fertiles. Leur tube est alongé, grêle, renflé à la partie supérieure. Le limbe est à cinq divisions égales et linéaires. Le fruit est ovoïde, tronqué à son sommet, velu, couronné par une aigrette poilue et courte.
Le bluet croît au milieu dps moissons et fleurit en juin.
Propriétés et usages. C(! sont le.s fleurs que l'on emploie. Leur saveur est légèrement amère. Autrefois employées contre une foule de maladies très graves, les modernes les ont presque exclues de la tliérapeutique. L'eau distillée est la seule partie dont on se serve encore quelquefois. On en prépare des collyres détersifs, en y ajoutant quelque sel métallique, tel que le sulfate de zinc ou l'acétate de plomb.
Écailles de l'involucre scarieuses et entières sur les bords.
(CEINTAUKIUM. DC.)
[Centaurée officinale. Centaurea centaurium. L. Sp. 1286.
Blackw. t. 93.
Nom pharmaceutique : centaurium majus vel magnum. Nom vulgaire : grande centaurée. Partie usitée : la racine.
La grande centaurée est une plante alpine, qui croît dans les bois et les pâturages élevés des montagnes. Sa racine vivace, charnue, alongée , rougeâtre , et d'une odeur aromatique, pousse une tige droite, rameuse, glabre, haute de quatre à cinq pieds, portant de grandes feuilles alternes et pennées, dont les folioles sont lancéolées et dentées. Les fleurs (capitules), qui sont purpurines, grosses et presque globuleuses , forment une sorte de corymbe jrrégulier à la partie supérieure des ramifications de la tige.
Propriétés et usages. On a aujourd'hui entièrement abandonné l'usage de la racine de grande centaurée, qui est amère et un peu aromatique, et que l'on considérait jadis comme tonique et sudorifique.
Il en est de raéme de la Jacêe {centaurea jacea L. ), dont la racine, légèrement astringente et amère s'employait autrefois sous forme de gargarisme dans les maladies de la bouche et du pharynx.
3° Aigrette plumeuse.
CYNARE. — CYNARA. L. J.
Involucre renflé à sa base, composé d'écaillés épaisses, charnues inférieurement, épineuses au sommet; réceptacle charnu,
SYNANTHinÉES. 449
concave, garni de soies nombreuses ; fleurons égaux, tous hermaphrodites et fertiles; fruits couronnés par une aigrette plumeuse et sessile.
Cynare artichaut. Cynara scolymus. L. Sp. 1159.
L'arlicliaut, cultivé depuis si long-temps dans nos jardins comme plante potagère, est originaire du midi de l'Europe, et quoiqu'il soit depuis fort long-temps acclimaté dans les régions du nord , il ne résiste cependant point aux froids de l'hiver, lorsqu'ils sont trop rigoureux. Sa racine vivace est épaisse, charnue, dure, rameuse, et donne naissance à une tige cylindrique, glabre, peu rameuse, de deux à trois pieds d'élévation, qui donne attache à des feuilles très grandes, pinnatifides, d'un vert pâle en dessus, blanchâtres en dessous, découpées en lobes profondément et irrégulièrement dentés. Les capitules naissent solitaires au sommet des ramifications de la tige ; ils sont de la grosseur des deux poings; leur réceptacle e&! très épais, charnu, concave, garni de soies simples ; les folioles de l'involucre sont larges , épaisses, terminées en pointe épineuse à leur sommet. Tous les fleurons sont hermaphrodites et d'une couleur violette claire; le tube de la corolle est très long; son limbe offre cinq lanières très étroites; le tube staminal est extrêmement saillant, de même couleur que la corolle. L'aigrette s t sessile et plumeuse.
Propriétés et usages. La racine de l'artichaut a une saveur amère assez intense , que l'on trouve à un degré encore plus grand dans les tiges. On en faisait autrefois usage , surtout comme diurétique; mais depuis long-temps ce végétal n'est plus cultivé que comme plante potagère. Tout le monde sait que ce sont les capitules ou têtes que l'on recueille avant l'épanouissement des fleurs, et dont on mange le réceptacle et la base des feuilles, soit crus^ soit après les avoir fait bouillir dans l'eau. L'artichaut cuit est un aliment agréable, peu nourrissant à la vérité , mais facile à digérer, et dont on peut permettre l'usage aux convalescens. On peut conserver pour l'hiver les réceptacles ou culs d'artichauts^ en les faisant sécher après les avoir blanchis à l'eau bouillante.
45o BOTANIQUE.
Les feuilles de rarlichaut ont une saveur amère exlrêmemenL intense. On en prépare un extrait qui a été employé autrefois comme Ionique et fébrifuge. M. le docteur Montain a publié une notice intéressante sur les propriétés fébrifuges de cette préparation. (Voy. Bull. Ac. roy. de mèd. tom. 2, n" 14, 30 avril 1838.) D'après le rapport fait par M. Bally, cet extrait agirait comme nos autres médicamens amers indigènes, et ferait cesser les fièvres intermittentes. La durée moyenne du traitement est d'environ 10 à 11 jours, et chaque malade a besoin d'environ 3 onces de ce médicament. On voit qu'il présente peu d'avantages et d'ailleurs son excessive amertume et la dose assez considérable qu'on est obligé d'en faire prendre en rendent l'administration peu avantageuse. TSéanmoins il peut être utile soit dans les débilités de l'estomac, dans quelques, dyspepsies et à la suite de quelques gastrites chroniques.
Cynare cardon. Cynara carduncellus. L. Sp. 1159.
La patrie du cardon est la même que celle de l'artichaut; on le trouve également dans les contrées méridionales de l'Europe et dans le nord de l'Afrique. Ses feuilles découpées en lobes épineux, dont la côte est très saillante, épaisse et charnue j ses tiges plus grêles , terminées par des têtes de fleurs trois ou quatre fois plus petites, dont le réceptacle est mince j les écailles de l'involucre armées d'épines acérées , le distinguent facilement de l'artichaut. Quelques auteurs ont cependant voulu établir que l'artichaut n'est qu'une variété du cardon. Cette opinion nous paraît fort peu fondée; car, s'il en était ainsi , parmi la grande quantité de cardons que l'on cultive dans les jardins, on en verrait quelques pieds se transformer en artichaut, ce qui n'est jamais arrivé.
Dans cette espèce , c'est la côte ou nervure médiane des feuilles que l'on mange. Lorsqu'elle est cuite, elle est tendre, et sa saveur offre la plus grande analogue avec celle de l'artichaut. C'est en général un mets assez recherché , et qu'on ne voit guère que sur la table des gens aisés.
SYNANTHÉRÊES.
CARLINE. — CJRLINJ. L, .T.
Involucre double, l'exlérieur formé d'écailles épineuses, écartées supérieurement , l'intérieur composé d'écailles étroites, scarieuses, colorées et étalées en forme de rayons. Fleurons tous hermaphrodites ; réceptacle garni de paillettes soudées par leur base : fruit surmonté d'une aigrette plumeuse.
Carline feuilles d'acanthe. Carlina acanthifoUa. Allion. FI.
ped. n° 571, t. 51.
Noms pharmaceutiques : carlina , sive camœleon. Noms vulgaires : caméléon blanc, chardouse, etc. Partie usitée : la racine.
Cette belle plante, qui croît dans les Alpes de la Provence , du Dauphiné et dans les Pyrénées, offre un port tout à fait singulier. Ses feuilles, qui sont grandes, élégamment découpées et épineuses, sont étalées en rosace à la surface du sol ; elles sont blanchâtres et cotonneuses. De le«r centre naît un capitule très gros, ayant quelque ressemblance avec celui de l'artichaut, et porté sur une tige tellement courte qu'il semble sessile. Les fleurs sont jaunâtres ■ les écailles de l'involucre sont blanches, ayant en quelque sorte un brillant métallique. On trouve cette plante en fleurs pendant le mois de juillet.
Propriétés et usages. Sa racine a une saveur amère peu agréable. Les ancinns lui attribuaient des propriétés merveilleuses dans le traitement des maladies pestilentielles j mais les modernes en ont à juste titre abandonné l'usage. Dans les pays de montagnes où croît cette plante , les habitans de la campagne en mangent les réceptacles comme ceux de l'artichaut.
GNAPHALIER. - GNAPHALIUM. L. J.
Involucre hémisphérique ou cylindrique, composé d'écailles imbriquées et scarieuses sur les bords ; réceptacle convexe, nu; fleurons unisexués, mélangés, ou dans des capitules distincts; dans les fleurons femelles , le limbe de la corolle est presque nul, ou irrégulièrement découpé 5 le style est saillant, terminé par deux stigmates alongés. Le fruit est couronné par une aigrette dont les poils sont barbillés sur les bords.
Gnaf'HAlier dioïque. Gnaphalium dioïcum. L. Anlçnnaria dioïca. Gîertn. 2, p. 410, t. 17G.
Nom vulgaire : pied de chut. Partie usitée : les capitules.
Petite plante vlvace et dioïque , qui croît sur les pelouses sèches, particulièrement dans les pays de montagnes. Ses tiges sont accompagnées à leur base de stolons étalés, dont les feuilles sontoblongues, spathulées, obtuses^ glabres et vertes en dessus, blanches et soyeuses à leur face inférieure. Les tiges, hautes de trois à six pouces, portent des feuilles presque linéaires. Les capitules sont réunis au nombre de trois à six au sommet de la tige. Les mâles sont plus larges et comme déprimés: les femelles ont leur involucre longuement cylindrique. ^
Propriétés et icsages. On trouve les capitules de cette espèce mélangés dans les fleurs pectorales que vendent les pharmaciens et les herboristes. On prescrivait autrefois leur infusion, qui est faiblement aromatique, dans les affections catarrbales chroniques. Les pharmaciens en préparaient même un sirop et une conserve ; mais aujourd'hui toutes ces préparations sont inusitées.