Partie usitée : les graines
Cette plante est annuelle et présente une tige couchée ou grimpante, recouverte de poils mous, sillonnée, armée de vrilles latérales ; des feuilles alternes , grandes , cordiforraes , acuminées , entières, légèrement dentées , à dents petites et éloignées , pubescentes , douces et molles au toucher. Leur pétiole , de la longueur des feuilles , est cylindrique , velu et fisluleux. Les fleurs sont blanches ; les mâles se composent d'un calice campanulé , velu , adhérent avec la corolle , à cinq divisions étroites , courtes et subulées ; d'une corolle divisée jusqu'au calice en cinq lanières ouvertes, arrondies , acuminées ,
très minces el blanches , pubescentes en dedans , surtout vers leur base • de cinq élaminos rôunies en trois faisceaux. Dans les fleurs femelles, l'ovaire infère est ovoïde , étranglé vers son tiers inférieur, pubescent; le calice et la corolle sont semblables à ceux de la fleur mâle. Trois appendices stériles représentent les étamines avortées. Le style est court, à peine Irifîde à son sommet , portant trois stigmates épais , irrégulièrement cordiformes. Le fruit varie beaucoup dans sa forme, qui est tantôt celle d'une grosse poire, tantôt celle d'une massue ; d'autres fois il est très alongé , cylindrique , sec , crustacé extérieurement , et rempli d'une pulpe aqueuse et jaunâtre , contenant les graines.
La calebasse, primitivement originaire de l'Inde, se cultive dans toutes les' parties de l'Europe.
Propriétés et usages. Les fruits de cette espèce sont assez rarement employés comme alimens, quoique la pulpe qu'ils renferment soit bonne à manger. Leurs graines sont la seule partie que la médecine réclame. Leurs propriétés sont les mêmes que celles du melon , du concombre , etc. (Voyez plus haut.)
Une autre espèce de ce genre est beaucoup plus intéressante; c'est celle dont les fruits sont connus en Provence sous les noms de pastèques ou melons d'eau [cucurbita citruUus L., ou LUC. anguria Lamk.). Ses feuilles sont profondément découpées et comme laciniées; ses fruits sont globuleux, lisses; leur surface est ordinairement verte ; ils ne présentent point de cavité centrale , et sont tout à fait pleins ; leur chair est rougeâlre , très fondante : elle renferme un grand nombre de graines noirâtres, contenues chacune dans une petite loge particulière, creusée au milieu de la pulpe. On fait en Provence , et dans toutes les régions chaudes de l'Europe, une grande consommalion de ces fruits, qui en effet sont très rafraîchissans.
PÉPON. — PEPO. Rich.
Calice et coî'oUe tubuleux etcampîuulés ; filets des étamines monadelphes. Fruit charnu , très gros , contenant des graines planes, entoiir(^es d'un rebord un peu élevé.
CDCnRBITACÉES.
Pépon a gros fruits. Pepo macrocarpus . Rich. Cucurbita
pepo. L. Sp. 1435.
Noms vulgaires : potiron , citrouille. Partie usitée : les fruits.
Lo poliron est sans contredit nne des plantes qui acquièrent dans le cours d'une année les plus grandes dimensions. En effet , sa tige , qui est herbacée , cylindrique , rude , charnue et fistuleue, offre quelquefois une longueur de vingt à trente pieds. Ses feuilles sont fort grandes, pétiolées, réniformes, arrondies , à cinq lobes peu marqués , obtus , couverts de poils rudes. Le pétiole a un pied de longueur ; il est cylindrique et fisluleux. Les fleurs, d'un beau jaune, sont grandes, monoïques et axillaires. Les mâles ont le calice et la corolle campaniformes , soudés par leur base ; l'un et l'autre à cinq divisions : les cinq étamines sont à la fois monadelphes et synanlhères; les anthères sont linéaires, plusieurs fois repliées sur elles-mêmes, et s'ouvrant par un sillon longitudinal ^ un disque glanduleux jaune . cache sous le tube formé par les filets stamiuaux , occupe le centre de la fleur. Dans les fleurs femelles, le calice et la corolle offrent la même forme que dans les mâles ; le style est court, et porte à son sommet trois gros stigmates épais , glanduleux et obcordés. Le fruit est globuleux , un peu déprimé , ayant jusqu'à deux pieds de diamètre ; sa surface est lisse , marquée de côtes peu saillantes , d'un rouge clair 3 sa chair est jaune-rougeâlre. Son intérieui- présente une vaste cavité fort irrégulière, formée accidniilellement au milieu du tissu charnu , et qui offre à ses parois un grand nombre de filamens enveloppant les graines.
Cette plante est originaire de l'Inde; on la cultive abondamment dans les jardins potagers.
Propriétés et usages. La chair du potiron est ferme et nullement fondante; sa saveur n'a rien de fort agréable; cependant on la mange assez fréquemment après l'avoir fait cuire , surtout dans le lait; elle est rafraîchissante, et un peu laxative. On ne l'emploie point en médecine.
Les usages de ses graines sont les mômes que ceux des graines de melon, do oonoombre, etc.
Propriétés médicales et usages des Cucurhiiacées .
Cette famille offre assez d'analogie dans son mode d'action sur l'économie animale, quoique à plusieurs égards elle présente des anomalies assez grandes. La racine de ces plantes, lorsqu'elle est vivace , contient , outre la fécule , le mucus et l'albumine qui en font la base , un principe résineux âcre et amer, qui lui communique une propriété purgative et même drastique, dont la bryone et Vélaterium (raomordica elaterium L. ) nous offrent des exemples. M. Morrus a retiré le principe actif du momordica elaterium à Tétat de pureté, il l'a nommé élaterine. Cette substance est blanche, cristalline, d'une saveur amère et stiptique ; elle est fusible et volatile ; administrée à petites doses, elle cause des nausées, des vomissemens et des selles liquides. Cette propriété énergique se retrouve également dans la pulpe du fruit de la coloquinte, du melothria pendida L. , du momordica purgans de Marlius , qui forment une exception remarquable dans cette famille , où en général les fruits ont la chair douce , sucrée, plus ou moins fondante et parfumée. Les melons , les pastèques , les courges , sont en effet fréquemment servis sur nos tables. Piemarquons, pour diminuer cette disparate dans les propriétés de la pulpe du fruit des Cucurbitacées , que celle dont on fait usage comme aliment est légèrement laxative , lorsqu^on en mange une assez grande quantité. Mais je serais assez porté à croire que ce n'est point le même principe qui leur donne cette propriété laxative. La grande analogie qui existe entre la chair du melon, delà citrouille, et les fruits mucoso-sua-és , doit entraîner la similitude de leur mode d'action. Or, on sait que ces derniers sont souvent employés comme rafraîchissans et laxatifs.
Les graines de toutes les Cucurbitacées, dont l'amande est blanche et formée d'un gros embryon dépourvu d'endosperme, oiit une saveur douce et mucilagineuse. Elles contiennent, outre le mucilage, une certaine quantité d'huile fixe. On les em^ ploie toutes indistinctement à la préparation d'émulsions adoucissantes et calmantes , destinées spécialement aux affections de l'appareil vésico-génital. Éa résumé , cet ordre naturel rentre
SYNANTHÉRÉES. 4^9
dans la loi générale que l'analogie de structure entraine avec elle l'analogie des propriétés.
CINQl]A.NTE-QllA.TRlftME FAMILLE.
SYNANTHÉRÉES. - SYNAJSTIIEREM (l).
COMPOSlTiE. Auct.
Tribu la plus nombreuse du règne végétal , puisqu'elle renferme environ la douzième partie des plantes connues. Tous les végétaux qu'elle contient ont une tige portant des feuilles alternes, rarement opposées, souvent découpées 5 des fleurs très petites réunies en tète , et formant des capitules désignés autrefois sous le nom de fleurs composées : toutes ces petites fleurs sont portées sur une espèce de plateau charnu ou réceptacle , dans la substance duquel elles sont quelquefois nichées dans autant de petites fossettes nommées /sr/fco/e^; elles sont entourées à l'extérieur par une ou plusieurs rangées d'écaillés , quelquefois épineuses, qui constituent un véritable involucre, nommé calice commun par les auteurs anciens. Chaque fleur se compose d'un ovaire infère à une seule loge et à un seul ovule dressé 3 d'une corolle monopétale, tantôt régulière , tubuleuse etinfundibuliforme (chaque fleur est alors désignée sous lenom de fleuron) , tantôt irrégulière et déjetée en languette d'un seul côté [demi-fleuron) ; de cinq étaraines synanthères , c'est à dire réunies et soudées en tube par leurs anthères , les cinq filets restant distincts : l'ovaire est surmonté d'un style , qui traverse le tube des anthères et se termine par un stigmate bifide. Le fruit est un akène de forme très variée, tantôt nu à son sommet, d'autres fois couronné par une aigrette , formée d'écaillés, d'un rebord membraneux , ou de poils simples ou plumeux.
(\} Les travaux récens de M. Henri Cassini sur la famille des Synanthérécs ont fait connaître d'une manière beaucoup plus complète l'organisation des plantes qui composent ce groupe. Cependant nous n'avons pu, dans un ouvrage de la nature du nôtre, adopter les changemens nombreux que cet habile observateur a faits dans la circonscription et les caractères fies genres déjà très multipliés de l'ordre des Synauthérées, ni dans les tribus nombreuses qu'il y a établies.
Les fleurs sont tantôt hermaphrodites, tantôt unisexuées ou neutres.
Celte famille se distingue des Rubiacées par son inflorescence en capitules, ses étamines synanlhères , et son fruit uniloculaire et monosperme, etc., des Dispacées, par ses étamines et son fruit, dont la graine est dressée au lieu d'être renversée, et ses feuilles alternes, etc. Elle se partage naturellement en trois tribus assez distinctes : les Carduacées , les Corymbifères et les Chicoracées , que plusieurs auteurs considèrent comme autant de familles.
PREMIÈRE TRIBU
CARDUACÉES. — CARDUACEM,
CYNAROCEPHAUE..
Toutes les fleurs sont flosculeuses, c'est à dire composées de fleurons tantôt hermaphrodites , tantôt unisexués ou neutres; le réceptacle est garni de soies très nombreuses (plusieurs pour chaque fleur), ou d'alvéoles, dans lesquels sont implantés les fleurons : le style est garni d'un bouquet circulaire de poils au dessous de la bifurcation du stigmate (1).
!*• Point d'aigrette.
CARTHAME. — CARTHAMUS. L. J.
Involucre renflé à sa base ; écailles imbriquées, très serrées inférieurement, écartées et foliacées dans leur partie supérieure ; réceptacle soyeux ; fruits dépourvus d'aigrette.
Carthame des TEINTURIERS. Carthamus tinctorius. L. Sp. 1162.
Nom pharmaceutique : carthamus. Noms vulgaires : safran bâtard , safran d'Allemagne. Parties usitées : les fleurs et les fruits.
Le carthame offre une tige dressée , simple inférieurement , souvent un peu ramifiée à la partie supérieure , cylindrique, glabre, un peu raide, haute d'un à deux pieds. Ses feuilles
(1) Ce caractère est un des plus constans poUr distinguer les Carduacées des Corymbifères flosculeuses.
SYNANTHÉRÉES. 44 1
sont alternes, sessiles, ovales, aiguës, un peu piquantes, denticulées, glabres, un peu rudes. Fleurs ( capitules ) terminales et solitaires, flosculeuses , grandes, d'un jaune doré. Involucre ovoïde arrondi , composé d'écaillés dressées, raides, épiueuses au sommet : les extérieures larges, épaisses, serrées dans leur moitié inférieure ; écartées , foliacées , denticulées sur les bords dans leur moitié supérieure. Réceptacle charnu , convexe , garni de poils blancs et soyeux, qui accompagnent chaque fleur et l'environnent. Ovaire alongé, presque cylindrique , glabre , couronné par un disque épigyne jaune très saillant. Corolle offrant un tube très long, grêle et cylindrique , non renflé à sa partie supérieure ; limbe à cinq divisions égales, lancéolées, étroites. Les fruits sont ovoïdes, alongés , glabres , tronqués et nus au sommet.
Cette espèce est originaire d'Orient et d'Egypte. On la cultive dans plusieurs provinces méridionales de la France. Elle fleurit en juillet et août.
Propriétés et usages. Les fruits, jadis très employés, mais inusités de nos jours, sont purgatifs; ils contiennent une huile grasse très amère , qui est fort employée dans les diverses contrées de l'Inde, mais dont on ne fait aucun usage du moins en France ; on les a particulièrement recommandés dans l'hydropisie. Malgré leur très grande amertume , ces fruits sont recherchés par certains oiseaux qui les mangent, et entre autres par les perroquets 3 de là leur nom vulgaire de graines de perroquets. Ses fleurs fournissent deux principes colorans très importans dans l'art de la teinture : l'un , soluble dans les alcalis , présente toutes les teintes de rouge ; l'autre est jaune et soluble dans l'eau. Le premier est principalement employé pour donner à la soie toutes les nuances depuis le rose clair jusqu'au rouge cerise. Il porte le nom de carthaniite. Mêlé au talc finement pulvérisé , il forme le fard ou rouge végétal dont les femmes font usage pour la toilette.
BOTANIQUr.
2" Aigrette poilue.
CHARDON. - CARDVTJS. Tourn.
Involucre globuleux, écailles imbriquées, terminées par une épine simple , réceptacle garni d'un grand nombre de soies ; fleurons tous hermaphrodites et fertiles j aigrette sessile et poilue.
Les feuilles et les tiges sont ordinairement épineuses.
Chardon marie. Cavduus inarianus. L. Sp. 1 153. Blackw. t. 79.
Noms vulgaires : chardon argenté, artichaut saxwage. Parties usitées :
1er racines et les feuilles.
Cette belle espèce est facile à d'slinguer par ses feuilles très grandes, sinueuses, glabres, luisantes, marquées de taches blanches. Sa tige est haute de trois à quatre pieds , rameuse dans sa partie supérieure, cylindrique, glabre. Ses capitules sont fort {;ros , ils terminent les ramifications de la tige ; les écailles de l'involucre sont un peu divariquées dans leur partie supérieure ; elles sont glabres ; leurs bords sont garnis de dents épineuses 3 les fleurs sont de couleur purpurine. Les fruits sont surmontés d'une aigrette sessile et formée de poils simples.
On trouve celte plante dans les lieux incultes de la France. Elle fleurit en juin et juillet.
Propriétés et usages. La racine et les feuilles du chardon marie ont une saveur araère assez prononcée. Le suc que l'on en exprime , lorsque ces parties sont encore fraîches , était employé autrefois dans le traitement de plusieurs maladies , telles que l'hydropisie , l'ictère, le rhumatisme chronique , et même les fièvres intermittentes. Mais depuis long-temps les médecins en ont abandonné l'usage. Devons-nous rappeler ici que quelques auteurs n'ont pas craint de vanter les graineâ de ce végétal, qui sont un peu amères et oléagineuses , comme un spécifique contre la rage! Les feuilles radicales du chardon marie, lorsqu'elles sont encore jeunes et tendres, se mangent dans certains pays , après qu'on en a retranché le bord épineux ; leur saveur approche beaucoup de celle des cardons.
SYNANTHÉRÉES.
BARDAKE. -ARCTIUM. L.
Involucre globuleux ; écailles imbriquées, terminées par une pointe tordue en crochet; réceptacle garni de petites paillettes subuléeset nombreuses; fleurons tous hermaphrodites et fertiles; aigrette poilue, sessile, très courte.
Feuilles et tige non épineuses.
Bardane OFFicmALE, Arctium lappa. L. Sp. 1143.
Nom pharmaceutique : beirdana. Noms vulgaires : barbe aux teigneux , glouteron. Parties usitées: la racine ^ les feuilles.
Racine vivace, perpendiculaire , charnue, de la grosseur du doigt, blanchâtre en dedans, recouverte d'un épiderme d'un brun foncé. Tige presque sous-frutescenle, fort rameuse, haute de quatre à six pieds , cylindrique , pubescente , rougeâtre. Feuilles cordiformes , cotonneuses, pétiolées , ondulées sur les bords et denticulées; pétiole moins long que la feuille , cana- Jiculé , élargi et semi-amplexicaule à sa base. Fleurs violettes , flosculeuses, disposées en une sorte de panicule à l'extrémité des rameaux , toutes fertiles. Involucre arrondi, formé par un grand nombre de petites folioles , étroites, subulées , rudes , imbriquées, dirigées dans tous les sens, terminées à leur sommet par un petit crochet recourbé en dedans , qui leur donne la faculté de s'attacher fortement aux vêtemens. Réceptacle commun plane , offrant de petits alvéoles peu profonds , et des paillettes nombreuses , étroites , subulées. Fruits presque quadrilatères surmontés d'une aigrette simple et sessile.
La bardane est très commune dans les terrains incultes , au milieu des décombres. Elle fleurit pendant presque tout l'été. If
Propriélcs et usages. Sa racine a une saveur douceâtre un peu amère. Elle renferme une assez grande quantité cVinuUne, du carbonate et du nitrate de potasse. Son action principale se porte sur la transpiration cutanée, qu'elle augmente d'une manière marquée ; c'est donc un médicament sudorifique. On l'administre plus particulièrement en décoction dans les diffé-
rentes maladies chroniques de la peau, les affections syphilitiques , rhumatismales et arthritiques.
Les feuilles de la bardane ont une saveur âpre et assez amére. Le suc que l'on en exprime , uni à l'huile , forme, selon Percy, un Uniment fort utile dans le pansement des plaies et des ulcères atoniques , dont il favorise singulièrement la cicatrisation.
Dans les campagnes^ on fait bouillir les racines de la bardane et on les mange à la manière des salsifis. Il en est de même de leurs jeunes pousses , qui ont une saveur assez agréable et semblable à celle de l'artichaut.