‹ Élémens d'histoire naturelle médicaleChapitre 126 sur 130 · AÉROLITHES · texte numérisé non relu

AÉROLITHES

tembre 1768 , vers quatre heures et demie du soir, une pierre du poids de 7 livres. L'Académie des sciences reçut cette pierre avec une relation très circonstanciée de ce phénomène. Lavoisier en fit l'analyse conjointement avec Cadet et Fougeroux , et déclara que la prétendue pierre tombée du ciel n'était qu'un grès pyriteux qui avait été frappé par la foudre. Ainsi à cette époque les savans rejetaient encore avec dédain l'idée de l'origine atmosphérique de ces pierres.

4» A Jeissac etBarbotan. en Gascogne , en Ire neuf et dixheu- • res du soir , il tomba le 24 juillet 1790 une pluie de pierres sur une étendue de terrain assez grande. Ce phénomène fut précédé de l'apparition d'un globe lumineux qui pour la grandeur et l'éclat surpassait la lune. La détonation fut assez violente pour être entendue à Toulouse, à Bordeaux , à Bayonne , à Agen , à Mont-de-Marsan.

5" Le 19 juin 1694 on vit tomber une météorite à Sienne, en Toscane, entre sept ou huit heures du soir. Cette chute , dont Soldani avait été témoin , donna lieu aux premiers écrits qui furent publiés à ce sujet.

6" A Wood-Cottage,dans le Yorkshire, en Angletej-revil tomba le 13 décembre 1795 une météorite pesant 48 livres. Le phénomène fut accompagné de circonstances particulières et;Consta^é d'une manière si précise, que les savans anglais ne purent se refuser à l'évidence , et dés cette époque ils regardèrent ces pierres comme tombant en effet de l'atmosphère.

7° Auprès de Bénarès, au Bengale , il tomba le ,19 décembre 1798 une pluie de météorites, dans une étendue d'environ deu^x milles. Plusieurs de ces météorites furent envoyées à Londres, etexara,'nées avec soin, par MM. de Bouinon et Howard. La comparaison que ces savans en, firent avec celles que l'on possédait déjà de plusieurs autres localités, corrobora l'opinion qui s'était formée en Angleterre sur l'origine des aéroiilhes depuis la chute de celle de Wood - Cottage. INotre célèbre chimiste Vauquelin, ayant analysé un morceau de ces météorites de Bénarès, déclara , devant l'Institut de France , que ces météorites étaient bien des masses tombées du ciel; qu'il en était tombé en France, en Angleterre, en Italie, dans l'Inde, et que,

MINERALOGIE,

malgré les différences de localités , elles se ressemblaient par leurs caractères physiques et leur composition chimique.

Malgré cette déclaration authentique d'un des chimistes les plus remarquables de l'époque , l'opinion des savans français était restée encore bien indécise , quand la reproduction du phénomène vint lever tous les doutes.

8" Le 25 avril 1803 , vers une heure après midi , il tomba à Laigle, petite ville du déparlement de l'Orne , à environ 36 lieues nord-ouest de Paris, une pluie effrayante de météorites. Le bruit que fit à Paris un phénomène aussi remarquable , et qui avait lieu dans une ville aussi rapprochée, attira l'attention de l'Institut. M. Biotfut envoyé sur les lieux pour constater les faits et recueillir toutes les circonstances qui les avaient accompagnés. Le rapport fait par ce savant physicien , à son retour de Laigle , dissipa tous les doutes qui restaient encore dans les esprits , et depuis cette époque on n'a plus été occupé que d'expliquer un phénomène dont la réalité ne pouvait être contestée.

On possède encore d'autres exemples de météorites tombées en France depuis cette époque. Ainsi, en 1812, M. Daubuisson fut envoyé pour en constater un qui s'était produit aux environs de Grenade , à 7 lieues au nord-ouest de Toulouse. On ne vit pas de globe lumineux parce que l'atmosphère était très chargée de nuages , mais simplement une lueur qui , suivant quelques témoins , aurait duré près d'une minute. La détonation fut assez forte pour avoir été entendue à plus de vingt lieues de distance.

A Juvenas , canton d'Antraigues , département de l'Ardèche, vers trois heures après midi, il tomba le 15 juin 1821 , à la montagne d'Oulate, deux aérolithes , pesant l'une 184 livres , l'autre 2 livres seulement.

Enfin à Angers, le 3 juin 1822 ; à deux lieues d'Épinal , à l'entrée de la forêt de Taunières , le 13 septembre 1822 , on constata également la chute d'aérolithes.

Ainsi aujourd'hui il est bien reconnu que les pierres dési- . nées sous les noms de bolides , de mêléorUes , d'aéroUlhes, de

AÉROLITHES. Sop

pierres tombées du ciel , de pierres de foudre , etc. , sont tombées de l'atmosphère à la surface de la terre.

Examinons maintenant quels sont les phénomènes qui accompagnent la chute des météorites ; nous parlerons ensuite de leur composition chimique^ et nous terminerons en disant quelques mots des hypothèses principales qui ont été émises pour expliquer ce singulier phénomène.

En général la chute des météorites est précédée de l'apparition , dans l'atmosphère , d'un corps lumineux dont l'éclat est quelquefois très-vif et qui se meut avec une assez grande vitesse , et constamment dans la même direction que celle du méridien magnétique. Quelquefois on aperçoit une simple lueur , sans point lumineux. Dans le même moment un bruit plus ou moins fort se fait entendre ; ce bruit a toujours été comparé soit au roulement des tambours, soit à celui des chariots pesamment chargés' roulant avec vitesse sur le pavé. Bientôt une explosion violente a lieu et produit une détonation qui s'est fait quelquefois entendre en même temps dans des lieux éloignés les uns des autres de plus de 60 à 80 lieues comme lors de celui de Earbotan, où l'explosion fut entendue à Bordeaux, à Bayonne , à Mont-de-Marsan , à Agen et à Toulouse. Au moment de l'explosion , il y a production d'une fumée plus ou moins épaisse, tantôt noire^ tantôt blanchâtre. Le nombre des météorites qui tombent en même temps est très variable , puisque quelquefois il n'y en a qu'une seule, tandis que dans d'autres circonstances on en compte plusieurs milliers. On a cherché à évaluer la hauteur à laquelle les aérolithes apparaissent dans l'atmosphère et la vitesse avec laquelle elles se meuvent. Mais on conçoit qu'il est impossible d'avoir des données bien certaines sur ce point. M. Bouditch a publié, d'après l'observation des phénomènes qui ont accompagné Vappantion de la météorite qui s'est montrée en 1807 à Weston dans le Connecticut, qu'elle était à une hauteur de près de 30 mille mètres , c'est-à-dire 6 à 7 lieues ; que sa vitesse était de 4834 mètres par seconde , c'est-à-dire dix fois plus grande que celle d un boulet de canon , et moitié moindre de celle avec laquelle la terre tourne autour du soleil; mais , nous le ré-

3,o MINERALOGIE.

péloiis, il est fort difficile d'arriver à une estimation rigou-

reuse.

Les météorites, quel que soit le lieu où leur chute s'est opérée , présentent en général une ressemblance très grande dans leurs caractères extérieurs et leur composition chimique. Cependant nous devons établir ici deux espèces de météorites qui diffèrent l'une de l'autre par des caractères assez tranchés : 1« Celles qui sont presque exclusivement composées de fer natif et qu'on pourrait appeler mélêorilcs métalliques; 2" celles qui contiennent outre le fer diverses matières terreuses , et qu'on nommerait méléorites pierreuses.

Les masses de fer météorique ou méléorites métalliques sont ordinairement inégales et poreuses. Ces petites cavités inégales sont en général remplies par une matière vitriûée que 1 on regàrde comme fort analogue au péridot volcanique. Très souvent Le légère couche de matière noirâtre et vitreuse recouvre leur surface , les garantit du contact de l'a- et de humid. é e s'oppose à leur oxidation. Le fer à l'état natif forme la lus gr nde partie de ces météorites. Il y est plus ductile, plus blanc !t plus brillant que le fer forgé. Toujours U est associé au nickel , dont la proportion est variable. On y trouve également de la silice , de la magnésie et du cobalt.

Les météorites pierreuses sont plus fréquentes que les précédentes EUes forment des masses tout à fait irrégulières, relevées Stés ou de lignes émoussées , recouvertes d'une couche de

noirâtre' et vitrifiée. Leur cassure est o— inég'ale et raboteuse , composée de grams «en^blables à ceux Il erés grossier, de couleur grisâtre, parmi lesquels on dis- Ltue d sirains d'un métal brillant, qui , . l'air, fin.ssent par Xr de?taches de rouille. Ces météorites sont sou^nt a.ez fragiles quelquefois néanmoins plus bu moms dures. Leur t.;ite étinceUe sous le choc du briquet et raie le verre. Leur

densité varie de 3,3 à 4,3.

Les diverses analyses qui ont été pubUées de ce.^^^^^^^^^^^^

plusieurs des plus célèbres cl.iu,isles on. f f

composées de silice , de magnésie , d'alumme , de fe. . de

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et de chrôme , tantôt à l'état natif, tantôt à celui d'oxide. On y trouve aussi du soufre , de la chaux et de la soude.

D'après un relevé qui a été fait par feu M. Léman des résultats de vingt-huit analyses de météorites qui ont été publiées, on a observé :

l** Toutes les météorites pierreuses cojjtiennent de la silice dans des proportions qui varient de 21 à 56 pour cent.

2° Elles contiennent du fer métallique de 20 à 47.

3° Le nickel y manque rarement. Il y est quelquefois pour 6 sur cent.

4° La magnésie n'a manqué que dans deux de ces analyses. Sa proportion est quelquefois de 25 à 30 pour cent.

5° Le soufre manque rarement; il y est quelquefois jusqu'à 9 pour cent.

6" Enfin les matières suivantes peuvent être regardées simplement comme principes additionnels :

L'alumine, la chaux , le carbone , le manganèse , le chrôme, le cobalt.

Cependant les analyses très exactes faites d'un grand nombre d'aérolithes, par Laugier, ont prouvé que le soufre^ le nickel et le chrôme faisaient constamment partie de ces pierres, mais qu'ils y étaient quelquefois en proportion très minime.

Trois hypothèses principales ont été proposées pour expliquer le phénomène de la chute et de la formation des aérolithes : 1" les aérolithes ont été formées dans l'atmosphère par suite de la condensation subite des parties qui les composent, et qui s'y trouvaient répandues à l'état de vapeurs. Cette opinion a été soutenue par M. Séguin dans deux mémoires spéciaux, le premier présenté à l'Institut en 1807, Tautre publié en 1813 dans les Annales de chimie et de physique. Mais, s'il est bien difficile d'admettre la gazéification de matières telles que le fer, la silice, l'alumine , la magnésie , etc. , il ne l'est pas moins de concevoir la cause accidentelle qui peut condenser en un seul instant une aussi énorme quantité de ces vapeurs , pour en former des masses telles que sont la plupart d;is météorites connues.

Une autre opinion, qui a été présentée par Werner et Laplace regarde les corps qui nous occupent comme provenant des

3ltt RUNKllAX.OGIE.

volcans Je la lune. Ce sont des fragmens qui ont été lancés par ces volcans et qui sont entrés dans la sphère d'attraction de notre planète. Plusieurs mathématiciens , MM. Poisson et Biot entre autres, ont cherché à appuyer celte hypothèse de l'autorité des calculs rigoureux des mathématiques. Ce dernier savant a reconnu qu'une force de projection d'une vitesse de 2147 mètres par seconde suffirait pour lancer un corps de la lune jusqu'à la terre ^ celte vitesse serait cinq fois plus grande que celle d'un boulet de canon , et que celle des corps lancés par nos volcans terrestres. Mais rien ne justifie cette hypothèse. L'existence des volcans dans la lune est loin d'être prouvée^ et, le fùt-elle , il faudrait encore admettre que toutes les déjections de ces volcans sont presque identiques.

3° Enfin une troisième hypothèse est celle de Chladni et de Lagrange : les météorites , suivant le premier, sont de petites planètes ou des comètes errantes dans l'espace , et qui, en se mouvant dans leurs orbites , finissent par entrer dans la sphère d'attraction delaterre.Une fois arrivées dans notre atmosphère, la rapidité avec laquelle elles se meuvent et la résistance que l'air leur oppose les enflamment, elles éclatent, et leurs fragmens sont ainsi lancés à la surface de la terre.

L'opinion de Lagrange et de plusieurs autres physiciens diffère un peu de la précédente. Ils admettent que les météorites sont des fragmens d'une planète brisée, errans dans l'espace, et qui , à mesure qu'ils se rapprochent de nous , entrent dans notre sphère d'attraction , s'enflamment et se brisent en éclats.

Il est fort difficile de se prononcer pour l'une des opinions ou hypothèses que nous venons de faire connaître. Cependant celles de Chladni et de Lagrange paraissent aujourd'hui réunir en elles le plus de probabilités, et ce sont celles que les physiciens et les astronomes sont le plus disposés à adopter.

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