SUR LES AÉROLITHES OU PIERRES TOMBÉES DU CIEL
Pendant long-temps les savans ont relégué parmi les contes et les préjugés du vulgaire les pluies de pierres tombées à la surface de la terre. Cependant les anciens , Tite-Live et Pline par exemple, ont mentionné dans leurs ouvrages plusieurs faits de ce genre. Un nombre encore plus grand ont été en quelque sorte constatés depuis plus de trois siècles. Mais, comme il paraissait alors impossible d'expliquer ces singuliers phénomènes, on se contentait de les nier. Cependant les occasions de les observer s'étant plusieurs fois présentées à des hommes de science, dont on ne pouvait suspecter ni les connaissances ni la bonne foi; ces pierres , mieux observées et comparées entre elles, ayant offert une analogie et presque une identité frappante dans leur structure et leur composition chimique, quel que soit le lieu où on les avait observées, le doute finit par disparaître, et aujourd'hui tous les savans regardent comme un fait avéré, que les météorites ou aérolithes sont tombées de l'atmosphère à la surface de notre planète. Quant à l'origine de ces pierres et à leur mode de formation , la science ne possède encore que des hypothèses , dont quelques unes reposent sur des données qui les rendent au moins probables. Nous les ferons connaître plus tard.
Notre intention n'est pas de donner ici une histoire complète de ce singulier phénomène , et d'énuraérer successivement les
MlNÉnALOGIE.
diverses chutes tle météorites qui ont été bien constatées. Ceux qui désireraient des détails étendus sur ce point intéressant doivent récourir aux ouvrages qui en ont parlé spécialement . et en particulier aux mémoires de MM. Chiadni , Bigot de Morogues, et à la Lithologie alniosphérique de M. Izarn. Nous nous contenterons d'extraire de ces ouvrages les faits les mieux avérés, ceux enfin qui ont déterminé la conviction des savans.
1° Le 7 novembre 1492, entre onze heures et midi, il tomba à Einsisheim en Alsace une météorite du poids de 260 livres. L'empereur Maximilien I" se trouvait par hasard dans cè bourg ; il se fit apporter cette pierre qui était encore chaude et la fit suspendre dans le chœur de l'église d'Einsisheim. Plus tard elle fut déposée dans la bibliothèque de Colmar. Un fragment du poids de vingt livres en a été détaché et envoyé au Muséum d'histoire naturelle à Paris. On le voit encore aujourd'hui dans les collections de cet établissement.
2° En Croatie , à Straschina , près d'Agram , il est tombé le 26 mai 1751 , à six heures du soir , deux météorites , l'une pesant 17 livres, l'autre en pesant 71. Ce phénomène avait été précédé de quelques signes précurseurs. Un globe lumineux se dirigeant à l'est fut aperçu dans l'atmosphère par un très grand nombre de personnes ; en même temps un bruit comparable à celui de plusieurs chariots roulant rapidement sur le pavé se faisait entendre ; le globe lumineux éclata en produisant une détonation semblable à celle d'une pièce d'artillerie du plus fort calibre , avec dégagement d'une fumée noire et épaisse. Les deux fragraens tombèrent à peu de distance l'un de l'autre. Ces météorites étaient composées de fer natif. Comme les masses de la Sibérie , elles étaient poreuses à la surface et dans leur intérieur. C'est un fait digne de la plus grande attention, car il explique et confirme pleinement l'opinion aujourd'hui admise par tous les minéralogistes de l'origine de ces masses de fer observées en Sibérie, au Sénégal, dans l'Amérique , etc. Ce sont évidemment , malgré leur volume considérable, de véritables aérolithes , ainsi que nous l'avons dit en traitant du fer natif. (V. pag. 293.)
3° A Lucé ( département de la Sarthe ) il tomba , le 1 3 sep-