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C. Réduction de toutes les formes cristallines à six types

Quand on parcourt une collection rainéralogique un peu considérable, on est d'abord frappé du nombre prodigieux de formes variées que présentent les substances cristallisées naturellement. Ce nombre excède certainement plusieurs milliers ; et pour une seule substance , la chaux carbonatée par exemple, le nombre des variétés cristallines observées dépasse 600 à 700. Le nombre des formes simples qui par leur combinaison deux à deux , trois h trois , etc. , produisent le grand nombre déformes composées , n'excède guère quatre-vingt.

Cependant , en examinant avec soin ces nombreux cristaux qui paraissent si différens , on ne tarde pas à s'apercevoir qu'il en est un grand nombre qui ne sont que de simples modifications les uns des autres , et qui en dernière analyse ont en quelque sorte une môme forme commune pour point de départ. -

En effet, une forme cristalline quelconque, un cube par exemple , pourra devenir le noyau d'un nombre très considérable d'autres formes très différentes, et qui au premier abord semblent n'avoir aucune analogie avec lui. Ainsi il pourra former un solide polyédrique à quatorze faces , un octaèdre régulier , c'est-à-dire un solide à huit faces triangulaires égales ; un dodécaèdre , c'est-à-dire un solide à douze faces rhomboïdales et égales ; un solide polyédrique à vingt-quatre , à quarante-huit faces. Pour obtenir toutes ces formes secondaires , il faut simplement supposer que , sur chacun des angles ou des arêtes solides du cube , il s'est formé des troncatures qui ont remplacé ces angles ou ces arêtes , soit chacun par une seule, soit par deux ou par trois facettes qui , prolongées jusqu'à ce qu'elles se rencontrent dans leur point d'intersection, font disparaître les six faces du cube, et les remplacent par de nou-

MINÉRALOGIE

vèlles dont le nombre peut être considérablemenl augmenté.

Il en est de même de tous les autres cristaux à forme régulière et simple , comme le tétraèdre , le rhomboèdre , etc.

Les observations des minéralogistes qui se sont occupés spécialement de la cristallographie les ont amenés à rapporter toutes les formes cristallines possibles à six formes-types, dont toutes les autres ne sont que des modifications , produites ainsi que nous venons de l'expliquer tout à l'heure. Ces six formestypes sont :

1° Le cube;

2" Le rhomboèdre ;

3" Le prisme droit à base carrée ;

4° Le prisme droit à base rectangle :

5° Le prisme oblique à base rectangle ^

6° Le prisme oblique à base de parallélogramme obliquan • gle ou le parallélipipède irrégulier.

On donne le nom de sijsthiie cristallin à l'ensemble de toutes les formes qui se rapportent à l'un de ces types. C'est ainsi qu'on dit sijstème cubique, système rhomboédrique, etc.

l*"" TYPE : SYSTÈME DU CUBE.

Le cube (pl. 1 , fîg. 1) est un solide terminé par six faces carrées et égales. Il présente huit angles solides tous de môme espèce , et douze arêtes également de même espèce.

Les formes secondaires principales qui appartiennent à ce système sont l'octaèdre régulier , le dodécaèdre rhomboïdal . le trapézoèdre , les solides tétraédriques , les solides à vingtquatre et à quarante-huit faces. Ces différens solides s'obtiennent par la troncature successive des angles et des arêtes du cube.

Ainsi le cube offre huit angles solides. Si l'on retranche chacun de ces angles, et qu'on les remplace par autant de troncatures également inclinées sur chacune des faces , on aura d'abord un solide (fig. 2) à quatorze faces, dans lequel on reconnailra encore bien aisément le cube dont il n'est ([u'une très légère uiodilicalion. Si l'on prolonge davantage ces Ironca-

CARACTÈRES PHYSIQUES. il

tures , on obtient un autre solide (Gg. 3) dans lequel les faces primitives du cube sont excessivement petites ; et de cette forme à l'octaèdre régulier il n'y a qu'une nuance presque insensible. L'octaèdre régulier , c'est-à-dire le solide à huit faces triangulaires équilatérales , se trouve ici formé par les troncatures ou faces qui ont remplacé les huit angles solides du cube.

On peut égalament de l'octaèdre régulier passer au cube , en faisant aux six angles solides du premier des troncatures , qui en s'enlrecoupant finissent par former un parallélipipède

régulier , lequel n'est autre que le cube.

Maintenant faisons aux douze arêtes du cube une troncature (flg. 5 ), ou face également inclinée et en prolongeant graduellement ces douze faces nouvelles (fig. 6), elles finiront par former un dodécaèdre rhomboïdal (fig. 7) ou un solide à .douze faces rhomboïdales , c'est-à-dire que chaque face est une

figure à quatre côtés égaux , parallèles deux à deux , mais non

perpendiculaires comme ceux du carré.

Si , au lieu de remplacer chaque arête par une seule facette

nouvelle , on lui substitue deux facettes ( fig. 8 ) , on arrive à

un solide à vingt-quatre faces (fig. 9), offrant l'aspect d'un

cube , sur chaque face duquel s'élève une pyramide à quatre

faces.

Nous pourrions maintenant prendre l'octaèdre régulier ou le dodécaèdre rhomboïdal que nous avons obtenus , et , en leur faisant subir des troncatures successivement sur leurs angles solides et sur leurs arêtes , en les remplaçant chacun par une ou plusieurs facettes , nous obtiendrions un grand nombre d'autres formes secondaires. Ainsi, par exemple , le dodécaèdre rhomboïdal a vingt-quatre arêtes; si nous y faisons une troncature sur chacune d'elles (fig. 10) , il devient un solide trapézoïdal à vingt-quatre faces (fig. 11), c'est-a-dire dont chaque face est une figure à quatre côtés égaux, deux à deux, sans être parallèles. Ce môme solide tronqué sur ses arêtes formerait un solide à quarante-huit faces.

Le tétraèdre régulier (fig, (2) est un solide à quatre faces triangulaires égales entre elles. Il appartient également au système cubique. En effet, l'octaèdre régulier, qui se compose de

Î2 MlMillAt.OGIi;.

huit faces triangulaires égales , est la réunion de deux tétraèdres. De ce dernier solide, par une seule troncature exercée sur chacune de ses arêtes, on passe de suite au cube.

Un assez grand nombre de minéraux appartient au système cristallin cubique; nous citerons, entre autres, le chlorure de sodium , les sulfures de fer, de plomb , le fluate de chaux.

Il'' TYPE : SYSTÈME DU RHOMBOÈDRE.

On appelle rhomboèdre (pl. 2 , lig. 13) un solide à six faces rhouibes, toutes égales et semblables , disposées symétriquement autour d'un axe, passant par deux angles solides opposés et égaux.

Les formes secondaires principales qu'on remarque dans ce système sont le prisme régulier à six pans , et le dodécaèdre à faces triangulaires.

Ainsi, le prisme hexaèdre (fig. 15), ou solide à six côtés ou pans égaux , terminé supérieurement et inférieurement]par deux figures égales et parallèles, provient de deux sortes de troncatures exercées sur ses huit angles solides ; savoir : une troncature horizontale , sur les deux angles formant les sommets du rhomboèdre, et qui constituent les bases du prisme; et une troncature perpendiculaire faite sur chacun des six angles (fig. 14) latéraux, qui donnent naissance aux six faces ou pans

du prisme.

Le dodécaèdre à faces triangulaires (ûg. 18) peut être produit par diverses modifications du rhomboèdre. Ainsi, en remplaçant chacune des six arêtes latérales (fig. 16) par deux troncatures inclinées sur l'axe . l'une dans un sens, l'autre dans l'aulrc sens, on arrive à un solide composé en quelque sorte de deux pyramides opposées base à base , offrant chacune six faces triangulaires, dont les trois côtés sont inégaux.

Chacune de ces formes secondaires peut elle-même être modifiée de différentes manières, et produire un grand nombre d'autres variétés de formes , toutes dérivées du rhomboèdre.

Ce système cristallin est, sans contredit, celui dans lequel les formes cristallines secondaires peuvent se modifier d'un

CAIîACTÈRES PHYSIOUKS. t3

pliîs grand nombre de manières. Nous avons dit tout h l'heure que le carbonate de chaux , qui appartient au système rhomboédrique, avait présente jusqu'à présent plus de six à sept cents variétés de formes cristallines.

Parmi les substances les plus communes qui rentrent dans ce système cristallin, nous citerons, outre le carbonate de chaux, le cristal de roche, l'émeraude, le corindon, le fer oligisle, etc.

Ill*^ TYPE : SYSTÈME DD PRISME DROIT A BASE CARRÉE.

Le prisme droit à base carrée (fig. 19) est un polyèdre terminé supérieurement et inférieurement par deux surfaces carrées, égales et parallèles , et offrant latéralement quatre parallélogrammes rectangles dont la longueur varie à l'infini.

Ce solide peut produire d'autres prismes, soit à quatre pans , soit à huit, à douze, ou même à seize pans, suivant que ses arêtes latérales sont remplacées par des facettes qui font disparaître les quatre faces primordiales ; suivant que ces facettes existent en m6me temps que les faces prmiordiales; suivant, enfin , que chaque arête est remplacée par une face ou par deux faces également inclinées en sens opposés.

Leprisme droit à base carrée tronquée (fig. 20) sur les quatre arêtes de sa base et celles de son sommet, donne naissance à l'ocfaèdre à bc^se carrée (fig. 21).

L'oxide d'étain, le zircon, appartiennent à ce système cristallin.

iV TYPE : SYSTÈME DU PRISME DROIT A BASE RECTANGLE.

Le prisme droit [h base rectangle (Gg. 22) diffère du prisme droit a base carrée en ce que les angles de ses bases sont égaux entre eux , tandis que leurs côtés sont inégaux. Dans un prisme de cette espèce, tous les angles sont de même espèce j mais il y a trois sortes d'arêtes, les quatre latérales sont égales^ celles des bases sont de deux sortes, savoir: celles qui correspondent aux larges faces , et celles qui correspondent aux faces étroites

l4 MINiinAI.OCIF..

du prisme. Ce solide pourra donc donner naissance à quatre espèce de modifications.

Ainsi, les quatre arêtes latérales modifiées par une seule facelte foruicronl, les faces primitives persistant encore, un prisme octogonal irrégulier. Si ces faces avaient entièrement disparu, on aurait un prisme droit ii base rhombe (fig. 24).

Les arêtes des bases remplacées par une seule troncature donnent naissance à l'octaèdre à base rectangulaire (fig. 25), qui est la forme primitive de la topaze.

Maintenant le prisme droit à base rbombe (fig. 24), modifiée sur les arêtes de ses bases, formera l'octaèdre à base rhombe.

Le soufre , la topaze , font partie de ce quatrième type des systèmes cristallins.

yc ^Ypg . SYSTÈME DU PRISME OBLIQUE A BASE RECTANGLE.

Le prisme oblique (fig. 25) est celui dont les bases ne sont pas perpendiculaires aux arêtes des pans.

Les arêtes latérales sont semblables , mais celles des bases sont de trois sortes, ce qui multiplie le nombre des modifications possibles.

Les formes principales de ce système sont le prisme oblique à base rectangulaire , passant à l'octaèdre oblique à base rectangulaire (fig. 26) : le prisme oblique à base rhombe (fîg.,27) , provenant de la troncature des quatre arêtes latérales, pouvant former l'octaèdre oblique à base rhombe (fig. 28). Chacune de ces formes peut aussi en produire beaucoup d'autres.

Le sulfate de chaux ou pierre à plâtre, le feld-spath, l'amphibole , le pyroxène, sont des exemples du cinquième système cristallin.

Vl" TYPE : SYSTÈME DU PRISME OBLIQUE A BASE DE PARALLÉLO- GRAMME OBLIQUANGLE.

Dans ce sixième type nous trouvons les mêmes formes secondaires que dans le système du prisme oblique à base rectangulaire ; mais ici les bases des prismes et des octaèdres sont obliques et à côtés inégaux.

CARACTERES PHYSIQUES. l5

A ce système se rapportent le sulfate de cuivre , l'axiniie, etc.

£a terminant ici cet énoncé succinct des six types ou formes fondamentales sous lesquelles les substances cristallines peuvent se présenter , et des formes secondaires qu'ils peuvent constituer par les modifications de leurs angles et de leurs arêtes, nous ferons remarquer qu'une même espèce minérale peut souvent offrir un grand nombre de ces modifications , sans pour cela changer de nature. Ainsi , le sulfure de fer, par exemple , se montre tantôt en cube , tantôt en octaèdre , tantôt en dodécaèdre. Ces formes différentes constituent de simples variétés et non des espèces distinctes, ainsi que nous rétablirons prochainement en traitant de la classification.

Ce qui n'est pas moins remarquable, c'est qu'à chaque système appartiennent des formes secondaires différentes; de telle sorte que la seule inspection de l'une de ces formes secondairesindique au minéralogiste la forme fondamentale dont elle est dérivée.

Nous avons déjà fait observer précédemment que tous le« cristaux d'une même espèce et d'une même forme offraienJl constamment la même valeur dans leurs angles. Deux espèces différentes appartenant au même système cristallin ( si l'on en excepte le système cubique ) peuvent se présenter sous la même torme; mais la valeur de leurs angles sera différente. Ainsi le carbonate de chaux et le carbonate de magnésie cristallisent 1 un et 1 autre en rhomboèdres. Mais dans le premier la valeur des angles est de 105° 5', et 74° 55' ■ tandis que dans le second elle est de 107» 25 et de 82" 35'. Ainsi donc par le goniomètre et sans avoir recours en quelque sorte à aucun autre moyen ' on peut distinguer les cristaux de ces deux espèces- minérales'

D. Des causes du changement déformes dans icn même système cristallin.

Nous venons de parler des changemens de formes qui peuvent sop rer dans les cristaux d'une même espèce minérale ou dans des espaces différentes appartenant au même" èm

i6 MiNf;nA.T,nGin.

cristallin. Tous cas cliarigiîineiis ^ nous les avons expliqués , en admettant qu'une niôuie forme fondaiiientalc , tronquée successivement ou il la Ibis sur ses aiif;Ics solides et ses arêtes , pouvait donner naissance a un nombre prodigieux de formes secondaires qui ne sont évidemment que des dérivés de la forme fondamentale. Ce moyen , en quelque sorte tout mécanique , nous a suffi pour démontrer avec quelle facilité on peut passer d'une forme à une autre , par une suite de formes intermédiaires.

Mais il est une autre manière d'expliquer ces changemens , c'est celle que l'on connaît depuis Haùy sous le nom de Théorie des décrois semens.

Tous les corps anorganiques sont composés de particules extrêmement petites , appelées atomes ou molécules constituantes. La ténuité de ces molécules est telle , qu'elles échappent à notre vue , et à tous nos moyens de les saisir. Cependant leur existence ne saurait être un objet de doute. Ces molécules doivent avoir et ont en effet une forme quelconque. On peut, par le raisonnement et par l'examen des fait , admettre que cette forme est régulière , et qu'elle se rapporte à l'un des polyèdres les plus simples de la géométrie ; puisque l'on voit que les substances minérales, liquéfiées par le feu ou par un liquide, tendent constamment, quand rien ne vient troubler l'arrangement de leurs molécules , à former des polyèdres réguliers ou des cristaux. Ainsi donc les atomes des corps anorganiques seront , suivant les espèces des cubes , des rhomboèdres , des prismes , etc.

Prenons la forme cubique pour point de départ. Un cristal cubique sera composé d'une multitude de molécules cubiques disposées par couches ou lames toutes formées d un égal nombre de molécules. Ainsi , par exemple , si l'on prend de pe it cristaux cubiques de sel marin , et qu'on les Ï'1""S« dissolution concentrée de ce sel, on verra ^-r vc^Unn croître successivement , parce que sur chacune de leurs ces Liouteront de nouvelles couches de molécu es toutes ég les et qui recouvriront exactement les premières. La forme

noyau ne sera donc pas changée , seulement son volume aura augmenté.

Mais supposons maintenant que ces nouvelles couches qui s'ajoutent au noyau cubique, au lieu d'avoir exactement les mêmes dimensions que les faces sur lesquelles elles s'appliquent, se composent chacun successivement d'une rangée de moins de molécules sur chacun de leurs côtés , il en résultera nécessairement que les faces du cube se termineront chacune par une pyramide à quatre faces triangulaires; et, comme ces décroissemens se seront faits également sur chacune des six faces, il se sera formé un solide à douze faces rhombes ou dodécaèdre rhomboïdal.

On peut ainsi , en partant du cube ou de toute autre forme fondamentale, expliquer par des décroissemens analogues, soit sur les faces , soit sur les angles , soit sur les arêtes , par une, deux , trois rangées de molécules , ou même davantage , les changemens qu'une espèce minérale peut éprouver dans ses formes cristallines.

Cette vérité fondamentale a été démontrée avec la rigueur mathématique et développée dans tous ses détails par le célèbre Haùy, dans son grand traité de minéralogie.

E. Des cristaux groupés et altérés.

Jusqu'à présent nous avons considéré les substances minérales comme formant des cristaux isolés les uns des autres et parfaitement distincts. Mais il s'en faut de beaucoup qu'ils se montrent ainsi dans le plus grand nombre des cas. Au contraire , le plus souvent les cristaux sont groupés et réunis ensemble, de telle sorte que dans beaucoup de circonstances il n'y a que quelques unes de leurs parties qui soient libres ; tout le reste est confondu dans une masse commune. Mais cependant, comme dans toutes les formes cristallines les faces et les angles ont des inclinaisons déterminées , cette confusion ou cette soudure des cristaux se fait toujours d'une certaine manière , en quelque sorte régulière , el qui varie suivant la forme particulière des cristaux.

l8 MINÉRALOGIE.

Parmi les substances cristallinçs qui , en se groupant, offrent une disposition remarquable , nous citerons la Staurolide ou pierre en croix, dont les cristaux prismatiques s'entrecroisent deux à deux , de manière à former soit une croix rectangulaire, soit une croix obiiquangle.

On donne le nom de Trémies à des espèces de pyramides creuses, tantôt carrées, tantôt rhomboïdales , et qui semblent en quelque sorte formées par une suite de cadres appliqués les uns sur les autres , et diminuant successivement d'étendue. Ces groupes singuliers sont également formés par des cristaux réunis entre eux.

La structure régulière de minéraux, avons-nous déjà dit, peut se reconnaître à l'aide de deux caractères, la forme régulière et le clivage. Nous venons de traiter du premier de ces caractères, occupons-nous du clivage.

§ IL Du clivage.

Un grand nombre de substances minérales cristallisées sont susceptibles d'être divisées en fragmens réguliers par l'emploi de moyens mécaniques, et souvent par la simple percussion. Ainsi, un morceau de galène ou sulfure de plomb , de spath calcaire, frappé avec un marteau , se partage en un grand nombre de fragmens cubiques dans le premier, rhomboédriques dans le second. De même , si l'on prend un morceau de gypse ou pierre à plâtre , ou de mica , on les partagera avec la plus grande facilité en lames de plus en plus minces. C'est à cette division mécanique que présententun grand nombre de cristaux qu'on a donné ie nom de clivage. Cette propriété dépend évidemment de la structure même des cristaux, qui, ainsi que nous l'avons expliqué précédemment, sont composés de rangées de molécules, formant des lamelles superposées les unes sur les autres. On conçoit des lorsque ces cristaux doivent, par l'action des agens mécaniques , se diviser plus facilement dans le sens de la superposition de ces lamelles que dans tout autre.

Cependant tous les cristaux ne se prêtent pas aussi facile-

CARACTÈRES PHYSIQUES. ig

ment que ceux que nous venons de nommer à l'opération du clivage. lien est quelques uns dans lesquels elle est à peu près impossible; dans d'autres , la percussion produit simplement des fentes ou fissures légères dans l'intérieur même du cristal : ces fissures correspondent toujours aux faces naturelles du cristal ; et, par la direction de leurs stries ou les reflets de lumière qu'elles déterminent , elles servent encore à faire connaître leur direction. Dans les substances très dures , le cristal de roche par exemple, on se sert d'un autre moyen pour rendre sensible la direction des joints du clivage : après avoir fait chauffer assez fortement le cristal, on le plonge rapidement dans l'eau froide. Le changement brusque de la température donne lieu à la formation de fissures qui indiquent les joints naturels du cristal.

Quelles que soient les variétés de formes secondaires sous lesquelles une même espèce minérale se présente , le clivage donne constamment des fragmens d'une même forme. Ainsi le calcaire ou carbonate de chaux offre un nombre prodigieux de formes cristallines secondaires j cependant tous ces cristaux , quelle que soit leur forme , donnent par le clivage un noyau rhoraboédrique. Il en est de même de la galène ou sulfure de plomb, qui donnera toujours un noyau cubique. On nomme forme priuiitive le solide, ordinairement simple , que l'on peut extraire d'un cristal par le moyen du clivage. Ainsi le rhomboèdre est la forme primitive du carbonate de chaux ; le cube est la forme primitive du sulfure de plomb. Cette forme primitive est , en effet, le noyau sur lequel les molécules ou atomes se sont diversementgroupés pour donner naissance, par suite de la loi des décroissemens que nous avons fait connaître, à toutes les formes secondaires sous lesquelles une môme espèce minérale peut se présenter. On pourrait également admettre , selon nous , que les molécules intégrantes du corps ou atomes doivent avoir la môme forme que le noyau désigné sous le nom de forme primitive.

Certaines substances ne sont qu'incomplètement clivables ; c'est-à-dire qu'on ne peut par ce moyen mettre à nu qu'un certain nombre d^s faces de leur forme primitive. Cependant on

^■^ MINÉnALORllt.

peut encore reconnaître par ces faces découvertes leur forme primitive , et distinguer ces espaces entre eHes. Ainsi „ar exemple, le feld-spath, l'amphibole et le pyroxène ont' tous trois, pour forme primitive, un prisme oblique à base rhombo Ces trois substances , d'ailleurs si abondamment répandues dans la nature, ont un clivage incomplet, mais qui suffit néanmoins pour les distinguer l'une de l'autre. Ainsi le feld-spath présente deax faces de clivage , l'une parallèle à la base du prisme, l'autre parallèle à l'axe; l'amphibole présente des faces parallèles aux pans, mais aucune parallèle aux bases; enfin , dans le pyroxène ce sont les faces parallèles aux bases qu'on obtient avec le plus de facilité.

§ III. Formes irrégulihres des minéraux.

Toutes les substances minérales, ainsi que nous l'avons déjà dit, ne se présentent pas avec des formes cristallines régulières. Ires souvent au contraire elles sont en masses amorphes, dans lesquelles on ne reconnaît plus aucune trace de cristallisation; c'est iainsi que la craie, le calcaire grossier, ne rappellent en rien, parleurtforme et leur aspectextérieur , les beaux cristaux du spath d'Islande , et cependant ces trois substances appartiennent à la même espèce.

Quelquefois les minéraux prennent des formes irrégulières constantes , qui ont reçu des noms particuliers. Nous allons faire connaître les plus fréquentes.

I. On appelle Dendrites ou Arborisations des réunions de petits cristaux irréguliers, disposés de manière à représenter en quelque sorte un petit arbre ramifié. Cette disposition se rencontre fréquemment dans les agathes,

II. Les Stalactites sont une forme irrégulière sous laquelle on rencontre certaines substances minérales, et en particulier le caibonate calcaire. Ce sont des espèces d'aiguilles ou de masses quelquefois très volumineuses, cylindroïdes ou conoïdes, qui pendent à la voûte des cavités souterraines, et qui sont formées par l'infiltration «l'un liquida chargé de particules pier-

CARA.CTÈRES PHYSIQUKS. 21

reuses. On peut se faire une idée très exacte de leur formation , eu les comparant à ces glaçons qui se forment et pendent au bord de nos toits pendant l'hiver. Ces stalactites existent particulièrement dans les terrains calcaires, et fréquemment on les voit se former et s'accroître graduellement.

La fameuse grotte d'Antiparos , dont Tournefort nous a donné la description dans son voyage au Levant, les grottes qui environnent la cascade de Terni dans les États Romains, offrent des exemples de stalactites de toutes les formes et de toutes les dimensions.

IIL Les Stalagmites se développent communément en même temps que les stalactites -, elles sont produites par les gouttes de liquide chargées de sels qui, tombant des voûtes souterraines et déposant à terre les particules qu'elles contiennent , y forment des dépôts ou couches mamelonnées. Souvent elles prennent assez d'accroissement pour se joindre aux stalactites et constituer ainsi des espèces de piliers qui soutiennent la voûte. Quelquefois les stalagmites sont formées par des rivières ou des ruisseaux dont les eaux sont chargées de molécules calcaires. Elles constituent alors des masses très étendues. Ainsi la pierre nommée travertin, et dont sont construits presque tous les monumens de Rome, est formée par les dépôts de l'Anio ,. rivière qui coule au pied des montagnes de Tivoli.

IV. On appelle Pisolithes des pierres plus ou moins globuleuses, composées de couches concentriques superposées. Les pisolithes paraissent devoir leur formation à de petits fragmens de pierres qui, suspendus dans des eaux incrustantes, s'y recouvrent successivement de plusieurs couches de matières calcaires.

Quand elles sont très petites , on le ur donne le nom d'Oo/f^Aej, parce qu'on les a comparées à des œufs de poissons. On en trouve dans les eaux de Vichy en Auvergne, de Tivoli près Rome , etc. Quand ces ooliihes sont trop volumineuses et trop lourdes, elles tombent au fond du liquide et forment des masses à structure oolithique. Certains calcaires secondaires «contiennent une énorme quantité d'oolithes, et sont pour cette

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raison désignés sous le nom de calcaires oolithiques. Les oolithes des calcaires jurassiques ont une structure compacte.

V. Sous le nom général de Formes nodulaires on désigne le» substances minérales qui se présentent sous une forme plus ou moins arrondie : tels sont les rognons de silex ou caillou, dont on fait les pierres à fusil et qui sont si abondans dans la craie. Quelquefois ils sont creux et portent alors le nom de Géodes. La cavité intérieure de la géode est souvent tapissée d'une couche de cristaux très réguliers, tandis que son extérieur est formé de matières terreuses et amorphes.

VI. On donne le nom de Galets ou de Cailloux roulés à des fragmens de roches qui, après avoir été long-temps entraînés et agités par les eaux , ont leurs angles usés et une forme irrégulièrement arrondie. On les trouve dans le lit des torrens ou sur les bords de la mer. Quelquefois ils forment des dépôts considérables dans l'intérieur des terres. La nature des galets est extrêmement variable. Tantôt ils proviennent de roches calcaires, tantôt de roches granitiques ou volcaniques, etc.

VIL Quelques substances minérales affectent une forme qui est due au retrait qu'elles ont éprouvé en se desséchant après avoir été à l'état pâteux. Ainsi les argiles et les marnes présentent quelquefois des fissures qui affectent fréquemment une disposition régulière. Mais nulle substance n'offre, sous ce rapport , des formes plus remarquables que les basaltes. Ce sont d'anciennes laves produites par l'éruption des volcans. En se refroidissant et en devenant solides, elles se sont partagées, par des fissures longitudinales, en prismes, présentant de trois à six pans et formant souvent des espèces de colonnades régulières. Les basaltes sont extrêmement communs en Auvergne , et la ville de St-Flour , par exemple, est bâtie sur une colline basaltique. La grotte de Fingal dans l'île de Staffa , à l'ouest de l'Ecosse, est l'une des localités où la disposition des prismes basaltiques est la plus célèbre et la plus remarquable. Elle représente en quelque sorte la nef d'une cathédrale gothique dont es piliers formés de prismes réguliers n'ont pas moins de soixante pieds d'élévation ; tandis que la voûte est

composée de prismes beaucoup plus petits et entrecroisés en tous sens.

YIII. Quelque minéraux offrent souvent des formes qu'ils ont emyruntées à d'autres substances. Ainsi par exemple des matières liquides ou pâteuses peuvent pénétrer dans l'intérieur de coquilles qui leur servent en quelque sorte de moul« ^ et dont elles présentent plus tard la forme et l'aspect extérieur. Quelquefois ces matières s'introduisent dans un moule laissé vide par la destruction d'un corps organisé qui s'est détruit et dont elles ont pris la place. Le même résultat peut encore se produire par voie de pétrification. Ainsi certaines matières organisées, telles que du bois par exemple, enfouies dans le sein de la terre, peuvent avoir été petit à petit pénétrées par des liquides chargés de molécules pierreuses, qui finissent par remplacer la matière organique. Mais ce qui est fort remarquable, c'est que cette matière organique, tantôt calcaire , tantôt siliceuse , présente la même organisation , la même disposition de parties que le corps organisé qu'elle a remplacé. Ainsi dans le bois pétrifié , on reconnaît encore la structure fibreuse propre à cet organe. On distingue même très facilement la structure particulière au bois des arbres monocotylédons et des arbres dicolylédons.

Le règne animal nous offre également des exemples de pétrification. En général il n'y a que les parties dures qui persistent, comme les os, les dents et le test des coquillages; toutes les parties molles se détruisent. Cependant on trouve des animaux charnus , des alcyons par exemple , dans lesquels il n'entre aucune partie dure, et qui se sont parfaitement conservés.

On n'a pas d'exemple de fruits pulpeux pétrifiés. Mais on a trouvé des noix, des cônes de conifère , etc.

IX. Quelquefois entre deux espèces minérales il se fait aussi des substitutions analogues à celles que nous venons de faire connaître. Mais elles sont toujours le résultat de l'action chimique. Une matière en se décomposant se change en une autre qui occupe sa place, et, ce qui est plus à noter, qui se présente sous la forme cristalline propre à la première. Ainsi le sulfure

34 MINÉRALOGir.

de fet* se chatige quelquefois en oxide ou oi hydroxide ; le phosphate et le carbonate de plomb peuvent se convertir en sulfure, etc. Ces changemens proviennent de ce que ces matières se trouvent exposées à l'action de vapeurs ou de liquides de diverse nature, qui tendent à en opérer la décomposition. Haùy a donné le nom d'Epigénie à cette substitution d'une matière à une autre , par suite de la loi des doubles décompositions.

Après avoir étudié les formes des minéraux nous allons nous occuper de leur structure.

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