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DES CLASSIFICATIONS MINÉRALOGIQUES

Avant d'exposer ici succinctement les principales classifications minéralogiques , il nous paraît indispensable de bien définir ce que dans cette partie de l'histoire natu relie on doit entendre par les mots individu et espèce , qui sont le point de départ, et, en dernière analyse, le point d'arrivée de toute classification. Dans le règne organique, la définition de ces deux mots ne présente aucune difficulté, chaque être végétal ou

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animal constituant un individu , puisqu'il forme un corps parfaitement distinct et isolé. L'espèce est la succession des individus qui se ressemblent par l'ensemble de leurs caractères, et qui, par le moyen de la génération, se reproduisent toujours de la même manière.

Ces deux définitions , ainsi qu'il est facile de le reconnaître , ne peuvent être appliquées aux minéraux, formant des masses souvent continues, et dans lesquelles il n'y arien de comparable à la génération des êtres vivans. C'est donc d'après d'autres considérations que doivent être formées les idées d'individu et d'espèce.

Pour résoudre ce problème, rappelons-nous bien la nature et l'origine des substances minérales. Ce sont, comme nous l'avons déjà dit, des corps isolés , ou plus souvent des masses formées par des corps simples , élémentaires , ou résultant de la combinaison des corps élémentaires entre eux. Ces corps élémentaires sont de deux sortes : les uns électro-négatifs , les autres électro-positifs. Les combinaisons ne se font pas indistinctement entre ces corps. C'est ainsi, par exemple, qu'entre ceux d'une même électricité , et surtout entre les divers corps électro-positifs, il y a rarement combinaison. Cette combinaison s'opère au contraire facilement entre les corps jouissant d'une électricité différente : ainsi entre les corps électro- négatifs et les corps électro -positifs. Les premiers ont reçu le nom de minéralisateurs , à cause de l'action puissante qu'ils exercent sur les autres qu'on a nommés minéralisables ou bases. Cette combinaison entre les principes élémentaires des corps peut se faire à différens degrés, mais toujours dans des proportions qui sont rigoureusement définies pour chaque espèce de combinaison, et dont les nombres sont dans une proportion arithmétique croissante.

La théorie atomique, si bien développée par MM. Dalton et Berzélius, rend très facilement raison de ces faits et des autres analogues. Cette théorie admet en principe que chaque corps élémentaire est composé de particules similaires ou atomes qui ont tous le même poids, mais qui varie dans les différens corps élémentaires. Quand deux corps se combinent, cette combinai-

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son a lieu entre deux atomes, mais dans des proportions différentes. Ainsi quelquefois, il y a un atome du corps minéralisateur, et un atome de base ; deux atomes du corps miaéralisateur pour un de base, trois atomes du premier pour un seul atome du dernier ou vice versa. Ces atomes combinés constituent les atomes ou molécules constituantes du corps composé.

Le mot individu, dans la science qui nous occupe, ne saurait être précisé aussi rigoureusement que dans le règne organique. En effet, les substances minérales étant des masses qui peuvent être divisées indéfiniment sans être détruites, pour descendre jusqu'à V individualité, il faut nécessairement arriver jusqu'à la molécule intégrante, qui ne peut être décomposée qu'en élémens hétérogènes. Mais néanmoins les minéralogistes se sont arrêtés à une définition rigoureuse , et ils appellent individu toute agrégation de molécules identiques , quel que soit d'ailleurs le volume sous lequel elle se présente. D'après cette définition , l'espèce minéralogique est une collection de corps identiques par la nature , les proportions et U arrangement de leurs élémens, quelle que soit Ic^orme sous laquelle ib se présentent. Ainsi, par exemple, la chaux carbonalée, ou la combinaison de l'acide carbonique avec l'oxide de calcium ou la chaux, est une espèce minérale. Chaque fois que nous trouverons un corps , n'importe sa texture, sa couleur, sa forme même, qui sera composé d'acide carbonique et de chaux dans les proportions de 44 d'acide à 56 de base, nous dirons qu'il appartient à l'e^pèce de la chaux carbonatée. Ainsi le spath calcaire cristallisé, le marbre blanc saccharoïde, la pierre calcaire qui sert à lithographier, le calcaire grossier qui, à Paris, sert à la construction des édifices, la craie, etc. , qui se montrent à nous sous des aspects si différens , constituent par leur ensemble Vespèce qu'on nomme chaux carbonatée. Mais en vertu des différences remarquables que ces corps présentent, on en a fait des divisions de l'espèce auxquelles on a donné le nom de variétés. Le marbre blanc , la craie, le calcaire grossier, etc., sont des variétés de l'espèce chaux carbonalée. Ainsi, les variétés sont des collections d'individus identiques par la nature de leurs élèmens chimiques, mais différens par leurs caractères extérieurs.

MINÉHAIiOGIE.

Quelques minéralogistes ont joint à la définition que nous venons de donner de l'espèce, un autre caraclcrc emprunté de la forme primitive, en disant qu'elle se composait de la réunion de tous les individus ayant la môme forme cristalline primitive, et la même composition relative dans leurs élémens. Cependant cette addition a plutôt nui qu'elle n'a servi à la clarté et à la généralité de la définition, parce qu'il n'y a point une corrélation rigoureuse entre ces deux caractères. En effet, il résulte des belles expériences de MM. Mitscherlich et Beudant que la forme cristalline dépend d'une manière plus immédiate du nombre et de l'arrangement des atomes que de leur nature particulière. Ainsi , des corps composés d'élémens différons, mais d'atomes en nombre égal, et réunis de la même manière, ont en général des formes presque identiques ; ce qui dépend de ce que les diverses bases au même degré d'oxidation ayant des formes analogues , les communiquent aux composés dans lesquels elles se combinent avec un acide. C'est à ces oxides ayant la même forme , malgré la différence de la nature de leurs élémens, qu'on a donné le nom de h^ses isomorphes, et qui ont la propriété de pouvoir se suppléer mutuellement dans une combinaison , sans altérer sensiblement sa forme cristalline. La chaux, la magnésie, le deutoxide de cuivre, les protoxides de manganèse, de fer, de cobalt, etc. , sont isomorphes. Il résulte de là que tous les sels provenant de la combinaison d'un acide avec l'une de ces bases auront sensiblement la même forme. Ainsi, par exemple^ les carbonates de chaux, de magnésie, de fer, de cobalt , de zinc, ont une forme sinon parfaitement identique, du moins tout à fait analogue.

Nous h'avons pas besoin de dire qu'en minéralogie , de même que dans les autres branches de l'histoire naturelle , en groupant les espèces on a formé des genres ; en groupant les genres on est arrivé aux ordres, classes ou familles. Cependant nous ne quitterons pas ce sujet, sans faire une remarque assez importante, c'est qu'en minéralogie l'idée de l'espèce , élant beaucoup plus généralisée, correspond plutôt à l'idée de genre adoptée dans la botanique et la zoologie, tandis que les variétés sont analogues aux espèces dans ces deux dernières sciences.

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Ainsi, tandis que dans les végétaux et les animaux, le nombre des espèces est tellement considérable, que dans les premiers, par exemple, on peut l'évaluer jusqu'à 70 ou 80 mille, dans les minéraux, au contraire, qui offrent cependant un si grand nombre de vai'iétés,on compte à peine plus deux cents espèces distinctes les unes des autres.

Les classifications minéralogiques peuvent être rapportées à quatre ordres : 1° elles sont uniquement fondées sur les caractères extérieurs; 2° elles reposent à la fois sur les caractères extérieurs et sur la composition chimique; 3° cette dernière leur sert uniquement de base ; 4° enfin, ces classifications peuvent emprunter leurs principaux caractères de la forme cristalline des molécules intégrantes. Disons quelques mots de chacun de ces systèmes, en citant quelques uns des minéralogistes qui les ont suivis.

§ I*^. Classifications minéralogiques fondées sur les caractères

extérieurs.

Les caractères extérieurs des minéraux fournissent sans contredit d'excellens signes pour distinguer les diverses espèces minérales ; mais ces caractères sont-ils assez constans , d'une importance assez grande , pour pouvoir être généralisés , et servir seuls à la classification des minéraux. Non , sans doute. Cependant quelques auteurs , Cronstedt et Brunner, par exemple , ont fondé leurs systèmes uniquement d'après celte base. Aussi , ces classifications sont-elles aujourd'hui totalement abandonnées. Nous ferons seulement remarquer ici que Cronstedt est le premier qui ait divisé les minéraux en terres , sels , bitumes et métaux , division que nous verrons adoptée , avec de très légères modifications , par le plus grand nombre des autres minéralogistes.

Brunner adopte cette division des minéraux en quatre classes. Chacune d'elles est ensuite partagée en ordres , d'après les caractères de la texture, qui peut être terreuse, écailleuse, feuilletée , fibreuse, etc.

MINÉRALOGIE

§ II. ClAxsifications minéralogie/ ues Jondées sur les caractères extérieurs et sur la composition chimique.

Les mtthodes minéralogiques qui appartiennent à la seconde division sont celles qui ont à la fois pour base et les caractères extérieurs et la composition chimique. Nous citerons particulièrement ici les systèmes de Werner et de Hausmann.

Werne •, que l'on considère à juste titre comme le père de la Géolof;ie, a exercé aussi une influence puissante sur les progrès c e la minéralogie , à cause de l'esprit d'observation qu'il a su introduire dans l'étude de cette science. Les nombreux élèyes qui venaient de toutes les parties du monde civilisé entendre ses savantes leçons, à Freyberg , en Saxe , ont répandu ses principes et propagé sa méthode qui , pendant long-temps, a dominé dans la science. Voici le tableau de sa classification :

Méthode de TVerner.

Première classe : FOSSILES TERREUX.

1^'' Genre. Diamant.

2' ' — Zirconien.

3* — Siliceux.

4* — Argileux.

5* — Magnésien.

6* — Calcaire.

7* — Rarytique.

8* — Strontianien.

9" — Hallite.

2" Classe ;

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