‹ Élémens d'hygiène (volume 2)Chapitre 12 sur 36 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

De la Vie considérée dans les dijfévens âges.

l^E fœlus était plongé dans les eaux de l'amnios lorsqu'il vivait dans le sein de sa mère. A sa naissance, il passe dans un milieu bien différent, où il est frappé par l'air et la lumière. Ces fluides, par leur action sur la peau et les autres organes des sens externes , déterminent svmpatbiquement la contraction du diaphragme, des muscles de la respiration, et de ceux rpii obéissent à la volonté; il s'établit dès-lors, avec la respiration, qui ne cesse qu'à la mort, un nouvel ordre dans les Voies de la circulation ; les viscères abdominaux sont; comprimés et réagissent alternativement, et les excrémens sont chassés pour la première fois des intestins, et les urines de la vessie.

La plupart des animaux viennent au monde les yeuiK fermés, et restent dans cet état quelquesjours après leur naissance. L'enfant naît les yeux ouverts; mais ils sont fixes et ternes, et ne s'arrêtent sur aucun objet; la corné est ridée, et le nouveauné ne distingue rien dans les premiers temps : néanmoins la pupille est sensible aux impressions

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(le la lumière , car elle se resserre et se dilate selon qu'elle est plus ou moins forte. Il paraît que les autres sens ne sont pas plus avancés que celui de la vue; et lors même qu'ils ont atteint le développement nécessaire à l'exercice de leurs fonctions , il se passe encore beaucoup de temps avant que l'enfant ait appris de l'expérience à s'en servir, de manière à avoir des sensations justes et complètes. Le toucher, qui est le régulateur et la mesure des autres sens , est encore imparfait dans l'enfant qui vient de naître. Il donne , à la vérité, des signes de douleur par ses vagissemens , mais ils ne sont point accompagnés de larmes ; il n'a encore aucune expression qui marque le plaisir, et ce n'est qu'au bout de quarante jours qu'il commence à pleurer , à voir et à entendre.

La longueur ordinaire d'un enfant à terme est de dix-huit à vingt pouces, et les deux extrêmes de seize à vingt-deux et même vingt-trois pouces. Le poids de son corps est ordinairement de six à sept livres et demie; on en a vu néanmoins de dix , de douze et de treize livres. Son accroissement a été prodigieux durant le temps qu'il a passé dans le ventre de sa mère , car il n'était dans le principe qu'une bulle presque imperceptible. Sa têle est plus volumineuse que les autres parties , et celte disproportion ne disparaît qu'après la première enfance.

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La peau de l'enfanl qui vient de naîlre est rougeâlre ; elle est assez transparente pour laisser apercevoir une faible nuance de la couleur du sang. La forme du corps et des membres n'est pas encore prononcée ; toutes les parties sont gonflées, et les mamelles contiennent une matière laiteuse qu'on peut exprimer avec les doigts : ce gonflement diminue à mesure que l'accroissement fait des progrès. On voit dans quelques nouveau-nés palpiter le sommet de la tête à l'endroit de la fontanelle, et ces palpitations coïncident avec les mouvemens de la respiration ; on peut sentir dans tous, en y portant la main, le battement des sinus et des artères du cerveau.

La liqueur de l'amnios dans laquelle était contenu l'enfant laisse sur la peau une humeur visqueuse et blanchâtre, qu'on enlève par des lotions d'eau adoucies. Des nations entières, particulièrement celles du Nord, sont dans l'usage de plonger dans l'eau glacée les enfans immédiatement après leur naissance : cet usage a sesavantages dans les pays froids; peut-être que dans les régions chaudes il ne serait pas sans danger.

liC premier lait de la mère, appelé coZo5frMm, purge l'enfant, et lui fait rendre le méconium , qui est un excrément noir , visqueux et ressemblant à la poix. Il rejette aussi par la bouche une humeur glaireuse dont sont tapissés l'estomac et l'œso-

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pliage , et qui est la même que celle de l'amlîios.

Les enfans du premier âge n'ont besoin que d'une petite quantité de nourriture; mais elle doit être répétée fréquemment: on l'augmente insensiblement à mesure qu'ils croissent. Leur sommeil est long, mais souvent interrompu par des cris, qui sont l'expression du besoin , et d'autres fois de la douleur.

La première pousse des dents commence ordinairement au septième mois , et la première dentition est complète à l'âge de deux ou trois ans. Les premières dents , appelées dents de lait , au ]îombre de vingt, liuit incisives, quatre canines et buit molaires, tombent, et sont remplacées par d'autres vers l'âge de sept ans. Les huit incisives et les quatre canines sont succédées par un nombre égal , et la première et la seconde molaire le sont chacune par deux j ce qui fait vin^t-huit dents au lieu de vingt. Celte chute des premières dents et leur remplacement s'achèvent durant les sept premières années ; quelquefois la dentition est plus tardive, et n'a lieu qu'à neuf ou même onze ans.

Les dents incisives sortent les premières de la mâchoire inférieure^ puis les canines, et enfin les molaires. Il y a deux époques très remarquables dans le travail de la dentition : les dents se déve-

loppent dans la première, et leur sortie hors de la gencive a lieu dans la seconde.

Les en fans commencent à bégayera douze ou quinze mois : dans toutes les langues et chez tous les peuples, ils commencent par prononcer baba, MAMA , PAPA: ce sont les sons les plus faciles à ariiculer, parce qu'ils ne demandent que peu d'action de la part des organes vocaux. On croit avoir observé que les enfans qui ne commencent à articuler que tard ne parlaient jamais aussi aisément que les autres , et que ceux qui parlent de bonne heure étaient pour l'ordinaire en état de lire à l'age de trois ans.

Le cœur bat chez les enfans bien plus fréquemment que dans l'adulte : on observe que, généralement, la fréquence des pulsations du cœur et des artères est en raison inverse de la petitesse de l'animal, non-seulement dans les différentes espèces , mais encore dans la même. Le pouls d'un enfant ou d'un homme de petite stature est plus fréquent que celui de l'adulie ou d'une personne d'une taille avantageuse ; le pouls du bœuf est plus lent que celui de l'homme, celui du chien est plus fréquent; et les ballemens du cœur d'un animal plus petit , comme d'un moineau , se succèdent si rapidement qu'à peine peut-on les compter.

Il est quelque chose de très-remarquable dans

<^6 ELr'ivrEiys D'ilYGlèwE.

l'accroissement du corps humain : le fœtus , encore renfermé dans le sein maternel , en le prenant un mois après sa formation , lorsque toutes les parties sont développées , croît toujours de plus en plus jusqu'au moment de sa naissance ; dès qu'il est né , il croît toujours de moins en moins jusqu'à la puberté, époque à laquelle il s'élance , pour ainsi dire, tout-à-coup , et parvient en fort peu de temps à la hauteur qu'il doit avoir pour toujours.

Dans l'enfance, les parties solides sont trèsmolles, et le sang séreux; les systèmes cellulaire et glanduleux ont une action relative dominante, et le mucus est sécrété abondamment : de là la diathèse muqueuse ou lymphatique qui est propre à cet âge , et qui dispose aux maladies dépendant de cette constitution. Les forces ne s'accumulent et ne se fixent dans aucun point à celle époque de la vie : elles se dirigent pariiculièrement du centre à la circonférence , et passent avec la plus grande rapidité du dedans au dehors, et du dehors au dedans. L'enfant éprouve beaucoup d'impressions de la part des objets extérieurs, et en conséquence exécute un grand nombre de mouvemens, parce que la sensibilité et la mobililé sont très-grandes ; mais ces impressions ne sont ni profondes ni durables , et les mouvemens ne sont ni constans ni réfléchis. A mesure que la vie fait

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des progrès, le corps s'iiabitue aux impressions , et celle habitude en éniouse le sentiment; la fibre nerveuse, eu se recouvrant Je lames celkilaires plus é[)aisscs et plus compactes, acquiert plus de force, mais perd en même temps de sa sensibilité dans la même proportion.

L'estomac surabonde de vie dans l'enfance : sans cesse irrité, il éprouve continuellement le sentiment de la faim : c'est que la force excentrique est la dominante, et que l'estomac a nonseulement à travailler pour l'enlrelien du corps , mais encore pour son accroissement. Les mouvemens se dirigent aussi vers la tête ; néanmoins la vie du cerveau n'a pas encore r,ssez d'activité pour l'exercice des fonctions intellectuelles. On concevra aisément, d'après cela, pourquoi les enfans chez lesquels on détourne de l'esiomac les forces nécessaires à la digestion, pour les attirer vers le cerveau par des études prématurées , deviennent infirmes et valétudinaires pour le reste de la vie (i).

Les enfans sont très-sujets aux convulsions et

(i) « Lanalure, a dit J.J. Rousseau (Emile) ,\eul que » les enfans soient enfans avant que d"ê:re hommes. Si » nous voulons pervertir cet ordre, nous produirons des s fruits précoces qui n'auront ni malurilé ni saveur, et » ne tarderont pas à se corrompre 5 nous aurons de jeunes » docteurs et de vieux enfans. Lenfancea des manières de » voir, de penser, 'de sentir, qui lui sont propres. Rien

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aux affections spasniodiques , par rapport à ki grande mobiliiédeleurs nerfs, qui s'ébranlent trèsaisement, mais avec une certaine faiblesse : aussi, si la sensibilité s'irrite chez eux pour la cause la plus légère, elle s'apaise bientôt par les moyens les plus doux : telle est la raison pour laquelle ils ne sont pas susceptibles de fortes passions. A la vérité, le centre nerveux est vivement affecté; mais il ne conserve point fimpression, et tout l'effet que produisent les passions de cet âge, telles que la joie, la colère , la frayeur, se borne le plus souvent à favoriser la circulation des forces et à rendre plus facile le jeu des oscillations.

La vie est très-chancelante jusqu'à l'âge de trois ans ; mais dans les deux ou trois années qui suivent, elle s'affermit, et l'enfant de six ou sept ans est plus sûr de vivre qu'on ne l'est à tout autre âge(i). D'après les observations faites à Londres, il paraît que d'un certain nombre d'en fans qui naissent en même temps, il en meurt à-peu-près la moitié dans les trois piemières années de la vie. Dupré de S. Maur s'est assuré qu'il fallait sept à

» n'est moins sensé que d'y vouloir substituer les noires ; » et j'aimerais autant exiger d'un enfant qu'il eût cinq pieds » de haut que du ju^^ement à dix ans. »

(i) Suivant les tables dresse'es par Bufîon sur les probabilités de la vie^ l'enfant de six ou sept ans a quarantedeux ans à vivre; c'est le terme le plus long qui »e rencontre dans ces tables. (I. B.)

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huit ans pour que la presque moitié des enfans nés dans la même année fût éteinte. Une des causes de cette grande mortalité est la petite-vérole. L'inoculation offre un moyen d'affaiblir et peut-être d'éteindre cette maladie (i).

A Tenfancé succède la puberté : celle-ci est le printemps de la vie et la saison des plaisirs. Elle fait disparaître les langueurs du premier âge , diminue la laxité des solides et Vaquosité des fluides. Jusqu'alors la nature n'avait travaillé qu'à la conservation et à l'accroissement de l'homme : maintenant elle multiplie les principes de vie. Il a non-seulement tout ce qu'il lui faut pour être , mais encore de quoi donner l'existence. Cette surabondance de vie s'annonce par des signes non équivoques.

Les premiers symptômes de la puberté sont une sorte d'engourdissement aux aînés , une espèce de sensation auparavant inconnue dans les parties sexuelles ; il s'y élève de petites protubérances, qui sont les germes des poils qui doivent voiler ces parties ; le son de la voix devient rauque et inégal durant quelque temps, au bout duquel il est plus plein, plus assuré, plus fort et plus grave qu'auparavant. Ce changement est très-sensible dans les garçons; il l'est moins dans

(i) Cet heureux résultat était réservé à la vaocine , probablement inconnue à l'auteur (I. B.)

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les filles, dont le son de voix est naturellement plus doux.

Les si^Mies de puberté sont communs aux deux sexes ; mais il en est de propres à chacun. L'accroissement du sein et l'éruption des règles cliez les filles, et l'émission de la semence et la production de la barbe chez les hommes : cependant il est des nations entières, comme l'observe BufTon, ou les hommes sont presque imberbes, et d'autres où lesfemmes ne sont pas soumises au flux menstruel (i); mais il n'y a aucun peuple chez qui la puberté des femmes ne soit marquée par le ffonflcment des mamelles. Enfin le sentiment de l'amour et les désirs plus ou moins vifs qui portent les individus des deux sexes à se reproduire, sont un signe certain de la puberté.

Dans tous les pays du monde les femmes parviennent à la puberté plus promptenient que les hommes : celle-ci est plus ou moins précoce ou tardive, selon la lem[)éralure du climat et les moeurs des habitans. Elle est plus hâtive chez les peuples instruits et policés , ainsi que le remar-

(i) Celle dernière assertion me parait fonde'e sur de faux rapports, dont fauleur avait eu connaissance j il peut y avoir des femmes non re'gle'esj mais je ne crois pas qu'ihy ail une seule peuplade où les femmes, en ge'ne'ral, préseutent cette particularité d'organisation (I. B.)

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queIephllosoj)lîe de Genève, que chez les peuples ignorans et barbares; et elle peut être accélérée ou retardée par rétliicatlon. Dans lo midi de l'Europe et dans les villes, la plupart des filles sont pubères à douze ans , et les garçons à quatorze. Dans le Nord et dans les campagnes, séjour de l'innocence et de la simplicité , les femmes le sont à peine à quinze et les garçons à seize. Dans les climats chauds de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique , il n'est pas rare de voir des filles nubiles à dix et même à neuf ans (i).

C'est durant la puberté et les premières années qui lui succèdent,, que le corps achève de prendre son accroissement en hauteur. Il y a des jeunes gens chez lesquels il est achevé après la quatorzième ou quizième année; mais pour l'ordinaire ils croissent jusqu'à vingt-deux ou vingt-trois ans. Les organes sexuels se développent à cet âge, et sortent du sommeil dans lequel ils avaient été [)Iongés durant l'enfance : c'est leur développement qui, en frappant tout le système d'une violente secousse, accélère la crue; il fait dominer en même temps l'action des poumons et des vais-

(i) Des voyngeurs rapporlenl avoir vu clans llnde et en Afrique des filles mères à liuil, même à cinq ou six ans. Vojrez rarliclc Femme, du Diction, des Scienc. médic. , § M , ainsi que farlicle Puberté. (I. B.)

loa f LUMENS d'hygièite.

seaux ; il se produit une plus grande quantité de sang et plus abondant en partie rouge et en fibrine qu'auparavant, et la diathèse, qui avait été jusqu'alors pituiteuse (lymphatique), se convertit en sanguine. Celle révolution guéril souvent les maladies pituiteuses (muqueuses) et spasmodiques du premier âge, comme l'avait déjà observé le père de la médecine : néanmoins elle est quelquefois funeste, et l'on a vu des jeunes-gens, à celte époque , frappés d'une apoplexie mortelle , ou conlracler pour la vie l'épilepsie ou d'autres maladies nerveuses incurables.

En même temps que les organes sexuels se développent et que la sensibilité s'y crée un nouveau foyer, le cerveau acquiert aussi une nouvelle vie , et le moral se perfectionne. Ces deux centres agissent et s'influencent réciproquement ; ils sont dans une telle dépendance mutuelle que l'imagination fait entrer en aclion les organes générateurs, et ceux-ci, à leur tour, éveillent l'imagination et décident des affections morales analogues à la nature de leurs fondions ; aussi toutes les passions de cet âge se rapportent - elles à l'amour, et le moral est dans la dépendance la plus étroite du physique.

L'organe extérieur n'a déjà plus cette mollesse et ce même degré d'activité dont il jouissait dans l'enfance; néanmoins les mouvemens et l'action

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Se dirigent encore k la circonférence , et la peau continue d'ctre la voie critique la plus fréquente dans les maladies de cet â^^e. Mais lorsque l'organe extérieur est dépourvu de son action tonique, ou que, par une cause quelconque, il cesse d'être le terme des efforts de la nature, comme ceux-ci conservent une direction vers les parties supérieures dont ils avaient contracté l'habitude dans le premier âge , les mouvemens vont encore s'y fixer et s'y concentrent. Quelquefois cette concentration a lieu dans la poitrine : alors celleci reçoit un surcroî: considérable d'humeurs dont ]a nature tente de se débarrasser, et elle devient bientôt un foyer d'irritation qui décide des inflammations, des crachemens de sang, et souvent après la phihisie pulmonaire. Ces maladies ont lieu ordinairement entre dix-huit et trente-cinq ans.

Le corps a achevé entièrement son accroissement en hauteur à vingt-deux ou vingt-trois ans. Presque tous les individus de cet âge sont effilés, et ont une taille svelte ; mais peu à peu les membres se moulent et s'arrondissent, et le corps de l'honjnie est, un peu avant ^'âge de trente ans , à son point de perfection pour les proportions de la forme. Celui de la femme y parvient plus tôt. Le premier, pour être bien fait, doitavoir les muscles durement exprimés, le contour des membres

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fortement dessiné, el les traits du visage très- . prononcés. Dans les femmes tout est plus arrondi , les formes plus adoucies , les irails plus fins , el le teint plus éclalanl. L'homme a la force et la majesté en partage: les giâces touchantes et l'aimable beauté sont l'apanage de l'autre sexe.

Tout annonce dans, l'un et l'autre les maîtres de la terre (i) ; tout marque dans l'homme , toême à l'extérieur, sa supériorité : il est droit, élevé , et son attitude est celle du commandement. Sa léte est tournée vers le ciel, et présente une face auguste qui porte l'empreinte de sa dignité. L'image de l'âme se peint sur sa physionomie ; son port majestueux ,,sa démarche fière, annoncent sa noblesse et son rang , il ne touche à la terre que par les extrémités les plus éloignées ; il ne la voit que de loin , et semble la dédaigner.

Dans l'âge viril , le corps prend de l'embonpoint et augmente de volume ; l'action du cerveau devient de plus en plus forte , et ce foyer de la sensibilité acquiert toute l'énergie dont il est susceptible pour l'exercice des facultés mentales. L'organe externe perd de plus en plus de celte

(i) Le corps de l'homme suffirait pour lui assurer celle «iipériorilé. Quelle hardiesse dans la cliarpente de la machine humaine! quelle éle'gance dans les formes! quelle beauté dans les proportions !

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mollesse qui caraclérisedans leur principe les productions de la nature vivante, et les sens de leur activité; riiomme est alors moins distrait par les impressions extérieures. C'est l'époque de la vie où il est le plus disposé à la réflexion ; c'est aussi celle où le génie brille de tout son éclat, où le caractère se développe, et où l'âme est capable des plus vives émotions et de? élans les plus sublimes vers !a gloue : IMoniesquicu crée l'esprit des lois , el César pleure sur la statue d'Alexandre.

Le corps n'a pas pilus tôt atteint son point de perfection, il n'est pas plus tôt parvenu au solstice de la vie, qu il commence à déchoir. Le dépérissement est d'abord insensible ; les solides s'endurcissent peu à peu, et contractent de la rigidité; la graisse se consume, la peau se dessèche et se ride, les cheveux blanchissent , les dents tom- Lenl , le visage se déforme , cl le corps se courbe. Lt'S premières nuances de cet étal se font apercevoir entre quarante-cinq el cinquante ans ; elles augmentent par degrés jusqu'à soixante; el dèslors la vieillesse fait des progiès rapides jusqu'à soixante - dix,, éj)oque à laquelle connuence ordinairemeni la décrépitude, que la mort termine à quatre-vingts , qualre-vingl-dix ou cent ans.

Comme les solides ont naturellement plus de

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mollesse dans les fenimes , ils s'endurcissent plus lentement : c'est une des causes qui les font vivre plus long-temps que les hommes. On a observé que celles qui ont passé l'âge critique vivaient ensuite Irès-long-iemps, et même plus que les hommes. Leur jeunesse est plus courte et plus brillante, mais leur vieillesse est plus longue et plus fâcheuse.

L'âge du dépérissement est l'époque du commencement de la mort : les organes affaiblis ont perdu leur ressort et leur activité; tout s'ossifie en quelque sorte , tout s'affaisse, et les humeurs subissent quelque altération ; l'action du système veineux prédomine sensiblement; les veines sont conslamment plus remplies de sang que dans les autres âges. L'organe extérieur, ayant acquis une certaine rigldilé,s'oppose à l'excrétion de l'humeur perspirable qui est retenue dans l'intérieur; rétention qui tend à produire des affections calarrhales des bronches et d'autres surfaces muqueuses, ou qui les augmente quand elles existent déjà.

La sensibilité n'est presque plus active dans le dernier âge; elle s'exerce à peine dans le cerveau pour la production de la pensée, dans l'épigastre et les organes des sens extérieurs pour les sensations d'une autre nature. Le principe sensitif semble s'être retiré presque entièrement dans

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