SYMPATHIES DES ORGANES
nées à la sensation qu'on éprouve : ainsi ces phénomènes ne doivent être attribués qu'à la sensibilité animale. Si au contraire, sous une influence directe, il y a sympalliiquement diminution ou augmentation de la température , ce phénomène résulte de changemens dans les forcess toniques d'où dépend l'émission de la chaleur. La sensation est la même que dans le premier cas ; mais elle n'est ni factice ni illusoire: par exemple, les phihisiques au troisième degré, à l'invasion de la lièvre hectique, éprouvent aux pieds et aux mains la sensation d'une chaleur insupportable ; il y a en effet une augmentation de température : donc ce phénomène doit dépendre de la calorificalion. On est convenu de distinguer ces deux ordres de phénomènes en s'exprimant de cette manière : 1°. on dit sympathie de froid ou de chaleur quand la sensation a lieu sans changement de température; 2°. on dit chaleur ou froid sympathique quand la température éprouve des modificalions (i).
Nousavons déjà dit que les médecins de Montpellier avaient distingué deux sortes de relations sympathiques entre les organes: l'une, qu'ils nommaient sympathie y n'a lieu que dans l'état de maladie; l'autre est naturelle, entre dans tous les
(i) Loco citalo.
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phénomènes de la vie comme «ilémens de nos fonctions , et est appelée synergie ,• mais la sympathie qui est une , indivisible , devrait-elle être soumise à cette distinction? Quoi qu'il en soit , les phénomènes que l'on a nommés synergiques sont très-nombreux; il en est sur lesquels on pourrait faire des recherches plus étendues qu'on ne l'a fait; ce sont ceux qui se rapportent exclusivement à certaines époques de la vie , comme les phénomènes qui accompagnent l'époque de la puberté, de la menstruation. On remarque, lors de la dentition , des phénomènes sympathiques qu'on n'observe point aux autres époques de la vie; on peut en distinguer encore d'autres qui sont plus constans , et qui sont communs à toutes les époques de la vie : tels que ceux qui accompagnent l'exercice naturel de nos fonctions , et ceux qui dépendent des passions. Ce sont là les deux principales sources des phénomènes synergiques. Bichat a dit que dans les passions, le trouble des fonctions était primitif ou le point de départ de l'irradiation sympailiique, et le cerveau le terme de cette irradiation : il s'est trompé ; c'est l'inverse qui doit avoir lieu. En effet, les passions résultent , soit d'émotions soudaines produites par des causes extérieures , soit de l'exercice continuel de la pensée ou du souvenir : tels sont, dans ce dernier cas, les chagrins que fait éprouver long-
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temps le souvenir d'un objet qui n'est plus et qui nous fut cher. Or , toute émotion de l'âme suppose un jugement; nous ne pouvons le porter qu'autant que la sensation est transmise, ce qui prouve l'influence du cerveau , puisque cette influence a pour élément la perception de la sensation : donc le cerveau est le point de départ de l'irradiation sympathique dans les passions. Parmi les phénomènes synergiques qui appartiennent aux fonctions , les uns sont constans , les autres sont anomaux ou éventuels. Par exemple, les mouvemens de dilatation de l'iris étant liés essentiellement à la vision , sont toujours constans ; tandis qu'au contraire les incommodités qui accompagnent la menstruation et la gestation n'ont pas également lieu chez toutes les femmes. Parmi les phénomènes synergiques constans , les uns entrent comme élémens indispensables dans nos fonctions: tel est le mouvement de l'iris, sans lequel la vision ne pourrait avoir lieu parfaitement. Les autres ne sont point les élémens essentiels des fondions ; du moins l'on peut supposer que celles-ci pourraiiftnt très-bien avoir lieu sans eux. C'est ainsi que l'accélération sympathique des mouvemcns du cœur, lors de l'introduction des alimensdans l'estomac, ne paraît pas devoir être regardée comme une condition indispensable à la digestion.
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Si l'on compare les phénomènes synergiques entre eux , suivant la disposition des organes , on observe que quelques-uns se manifestent entre des organes qui ne concourent pas aux mêmes fonctions : tels sont les mouvemens du cœur pendant la digestion; que d'autres, et c'est la plupart , ont lieu entre des organes d'une même fonction; qu'il en est encore qui tantôt ont lieu entre deux ou plusieurs parties d'un même organe, comme l'iris et la rétine, tanlôt existent entre des organes différens concourant à la même fonction , et continus les uns aux autres : tel est l'enduit de la langue dans l'état saburral de l'estomac; de plus il en est d'autres qui s'observent entre des organes concourant à une même fonction , mais isolés , séparés , distans les uns des autres, comme le mamelon et les organes propres de la génération chez la femme. 11 faut remarquer que dans ce cas il y a bien sympathie réciproque, mais qu'elle n'a pas lieu également entre toutes les parties de l'un ou l'autre organe ; c'est ainsi qu'elle se manifeste de préférence entre la glande mammaire et l'utértis, entre le mamelon et les parties extérieures de la génération. Enfin il est des phénomènes synert^'iques qui s'observent entre des organes semblables , ou des parties exactement symétriques d'un même organe concourant à une même fonction, et même entre
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les organes qui n'ont que l'apparence de symétrie.
Il résulte de cette sympathie entre les organes i"*. la tendance à la simultanéité d'action entre ceux qui sont pairs , comme les deux yeux , les deux iris; 2!". la tendance à se suppléer mutuellement dans l'exercice de leurs fonctions, comme les poumons, les reins, les glandes salivaires, les testicules ; 5°. la tendance à se communiquer leurs afTcclions, leurs maladies , soit momentanément, soit successivement : c'est ainsi que la cataracte d'un côté indique presque toujours que celle de l'autre doit paraître tôt ou tard. On n'a pas assez remarqué que quand l'affection était développée dans deux organes semblables ou pairs, il y avait plus lieu d'espérer la guérison que quand cette affection ne se manifestait que d'un seul côté (i).
[ Chacune de ces hypolèses, imaginées pour expliquer les sympathies, a été fondée sur un certain nombre de faits; mais comme ces faits ne sont applicables qu'à un certain nombre de sympathies, il faut nécessairement les rejeter ou les adopter sans examen. Quelques physiologistes ont distingué autant de sympathies qu'ils ont reconnu de causes de sympathies : parmi
(1} Loco cilalo.
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ceux-ci, on compte Barihez et Haller. D'autres, en se proposant d'expliquer les sympathies, ont adopté certainesparticularitésd'organisation , certaines manières d'être des organes : par exemple, la continuité a été regardée comme donnant naissance à une espèce de sympathie; la langue, l'isthme du gosier sont continus avec l'estomac , Je canal de l'urèlre avec la vessie , etc., la piluitaire avec la conjonctive. Cette continuité, selon eux, était la cause des phénomènes sympathiques. En supposant que cela fût , la continuité est bornée aux cas que nous venons de citer , et même il n'est pas prouvé qu'elle soit la cause de la sympathie qu'on y remarque , puisqu'il n'y a pas réciprocité dans le point de départ et l'aboutissant des phénomènes sympathiques , c'està-dire, mutation réciproque. D'ailleurs, si, dans le cas qui nous occupe , on fait une section à l'œsophage, il survient tout de même des vomissemens sympathiques , etc. Depuis Galien, beaucoup de médecins ont attribué les sympathies à la communication des vaisseaux * et parmi les exemples qu'ils ont cités , ils ont trouvé la communication des artères utérines avec l'épigas- Irique et les mannnaires , comme donnant naissance aux phénomènes sympathiques qui existent entre la matrice et les seins chez les femmes. Il faut avouer que cette explication est bien misé-
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rable : les artères n'ayant pour ainsi dire que des rapports médiats avec les organes , il vaudrait autant dire que la main sympathise avec le pied parla continuilé des vaisseaux, puisqu'il est vrai que tout le système vasculairc est presque continu, et communiquant par ses nombreuses branches ; ce serait visiblement abuser de communications aussi ge'nérales. Ce n'est donc ni au moyen du sang et des vaisseaux que s'établissent les sympathies. Bordeu les avait attribuées au système cellulaire comme les transmettant par voie d'associaiion. 11 est vrai que toute la masse cellulaire se touclie ; mais ce n'est pas une raison pour y mettre le siège des sympathies; ce serait encore abuser des explications , et trop étendre un caractère borné à quelques phénomènes de la sympathie de continuilé , encore qui ne sont pas rigoureux. En effet, la vitalité du système cellulaire est-elle bien assez grande pour la considérer comme le centre d'irradiations sympathiques ? D'ailleurs, les organes qui sont les aboutissans des phénomènes sympathiques devraient être en rapport avec le tissu cellulaire : cependant le cœur, qui est le siège de tant de terminaisons de phénomènes sympathiques , l'estomac , etc. , n'ont aucun rapport avec le système cellulaire. Nous arrivons enfin à une dernière explication qui porte sur l'influence des nerfs dans la pro-
go ELEMENS DllYGlEWE.
duclion des sympathies. Bichat avait adopté celle influence, mais l'avait réduite à très-peu de chose. Quelques physiologistes, entre autres Grimaud , avaient associé la production de la sympathie aux idées. C'est ainsi qu'ils pensaient que, dans la fièvre, le froncement de la peau rappelait au malade la cause productrice du froid, et un de ses principaux phénomènes , et qu'il était suhilement atteint de la sensation du froid, etc., etc. Bichat avait adopté une explication à laquelle il tenait beaucoup : il pensait que les douleurs sympathiques étaient une aberration du principe sentant, qui rapportait des douleurs où elles n'existaient pas. Mais métaphysiquement parlant, comment notre âme peut-elle rapporter une douleur à la partie qui n'en est pas le siège? ce phénomène serait contraire aux lois ordinaires auxquelles sont soumises les fonctions sensilives; d'ailleurs , un grand nombre de phénomènes sympathiques ne sont point déterminés par des douleurs. D'un autre côié , souvent un phénomène sympathique tient à une maladie réelle , comme le chatouillement du gland dans les calculs vésicaux.]
ACES.