CHAPITRE III
Du Sexe.
vJuELQTiES philosophes , ennemis nés des grâces et de la beauté , austères et sauvages par tempérament , ont avancé que le sexe féminin n'était que le produit du développement imparfait du germe humain. Ainsi, en accusant de faiblesse la nature, ils ont calomnié le plus beau de ses ouvrages. Celte opinion, aussi absurde que ridicule , n'a besoin pour être réfutée que de la sim-
io3 ÉLïME?fS d'hygiÈise.
pie considération des qualités propres à l'homme et à la femme : on ne trouve en effet rien d'absolu; tout est relatif, tout est arrangé de la manière la plus avanlagense pour leur réunion; ils sont deux moitiés d'un même tout, cpie leur orj;anisation particulière, de douces sympathies , une sorte d'allraclion morale, font sans cesse tendre l'une vers l'autre pour la propagation de Tespèce et pour leur félicité muluclle, et dont l'une a la force et l'auslériié en partage , et l'autre la faiblesse et la douceur.
La femme est plus pciiie, moins forte et moins capable des longs travaux du corps et de l'esprit que l'homme. Ses os onl moins de volume et de dureté; les différences les plus remarcpiablcs qu'ils présentent se tiouvent dans ceux qui composent la partie inférieure du tronc , et dans les clavicules, qui en terminent la partie supérieure. Parnji les premiers, ceux ap[)e]és innommés , et qui forment le bassin conjointement avec le sa~ crum et le coccjx , sont, dans la femme, plus convexes en dehors, et contribuent, par une plus grande courbure, adonner à cette cavité plus de capacité. Les os (\w puhîs , qui en forment la partie antérieure, se louchent par un moindre nombre de points , et fuient obliquement eu dehors, pour agrandir l'espace qui est entre eux et le coccyx.
SEXES. tO^
La convexité des os innommés fait que les os des cuisses sont plus éloignés l'un de l'autre; ce qui augmente la largeur des hanches. Il en résulte que les muscles qui appuient sur ces os se trouvent par là moins comprimés par leur contact réciproque , et peuvent s'étendre plus librement: ainsi, toutes choses d'ailleurs étant égales, les cuisses des hommes sont plus grêles que celles des femmes.
Les clavicules sont plus droites cl moins courbes dans les femmes, de manière que la poitrine est moins large et moins évasée , et le sternum
plus court.
Les parties molles ont aussi moins de consistance et plus de flaccidité dans la femme que dans l'homme; les chairs sont moins fermes et moins compactes, et le sang plus S('reux ; les parties sont géïK-raiement plus grêles, plus petites, plusdéhécs et plus souples , les membres sont plus arrondis, les formes plus élégantes , les traits j)lus adoucis, les mouvemens plus légers et les sensations plus vives. On volt donc que l'organisation cfe l'homme diffère sensiblenïent de celle de la femme , et que les organes de celle-ci sont, pour ainsi dire, des organes de plaisir. Telles sont e:i général les qualités physi(|ues qui caractérisent le sexeaimableque la nature a destiné à être le dépositaire du genre humain , et de qui Thomas a dit avec raison que
>) sans lui les deux exlrémllés de la vie seraient M sans secours, et le milieu sans plaisirs. »
La sensibilité vive dont jouissent les femmes est le principe de leurs qualités morales; la fai- Llesse^ la mobilité et l'inconstance de ce sexe, duquel La Bruyère a dit que « le caprice était ■}■) tout proche de la beauté, pour être son con- » tre-poison » , tiennent à cette vive sensibilité , qui est due elle-même à la mollesse du tissu cellulaire : celle-ci rend la fibre nerveuse plus mobile sous l'action desstîmulus physiques et moraux. On observe encore que le tissu des viscères et des muscles dans la femme est plus lâche et plus expansible; et c'est pourquoi ses mouvemens sont plus vifs et plus prompts, mais moins durables. Dans l'homme, au contraire , la substance cellulaire est plus ferme et moins spongieuse ; ses couches sont plus denses et plus compactes ; les fibres nerveuses et musculaires moins souples et moins flexibles ; c'est pourquoi il faut de plus fortes irritations pour les ébranler; mais aussi elles se meuvent plus fortement et plus longtemps. On voit, d'après cela, que l'homme est bien moins disposé que la femme aux affections spasmodlques, à moins que, par des mœurs semblables , et par un renversement de l'ordre naturel, il ne contracte la constitution de ce sexe. L'expérience montre combien le défaut d'exercice, l'oi-
SF.XCS. î 1 t
sivel^el la mollesse conservent au tissu cellulaire sa laxito primitive, et aux (îbres nerveuses la sensibilité de l'enfance. Les jjens de lettres, et les autres hommes que leur genre de vie assujettit à une multitude de maux de nerfs, en sont un exemple frappant.
Cet état de mollesse de l'organe cellulaire , la vive sensibilité l'extrême mobilité, rapprochent la constitution de la femme de celle de l'enfance : ajoutez que, de même que dans le premier âge, les forces sont, dans le sexe, peu susceptibles de concentration, et circulent avec la plus grande rapidité du dehors au dedans et du dedans au dehors; les impressions physiques et morales frappent vivement les organes épigastriques , les resserrent et en gênent le jeu ; mais ils ne retiennent pas long-temps l'action, et ils la réfléchis- , sent bientôt aux autres parties.
Il s'établit à l'âge de puberté, chez la femme, un nouvel ordre de fonctions qui ont la plus grande influence sur la machine , et qui changent entièrement son élat physique et moral. La matrice, qui jusqu'alors avait été sans action , devient un
nouveau foyer de sensibihié, un nouveau centre
d' • ' • • • action, qui irradie vers le cerveau, et y décide
des passions analogues à la nature de ses fonctions ; elle s'imbibe d'un sang surabondant, se gonfle , le laisse échapper , et il s'établit un flux
îi2 élémens d'hygiène.
périodique qui continue Jusqu'au moment où la grossesse ou l'âge le suppriment. Dans la pren)ière circonstance , rcfforl se partage entre la matrice elles mamelles, vers lesquelles afflue l'humeur laiteuse; et comme les règles se rétablissent quand rallaitemenl est fini , pour se supprimer dans les grossesses suivantes et se rélal)lir ensuite de nouveau, on voit que ce n'est qu'en marchant de révol niions en révolutions que les femmes parviennent à celte dernière, non moins dangereuse, qui, dès qu'elle es.t entièrement achevée, leur assure une vie longue et tranquille. On voit,
d'après celte légère esquisse des viclssiludcs de la vie du sexe féminin , que rien ne pouvait les
lui faciliter et en diminuer les dani^ers qu'une
consiiiuiion plus sensible et moins forte que celle
de l'homme (i).
L'exlrêuie sensibilité dont jouit la femme , et
qui l'expose à une multitude d'impressions vives,
(i) « L'èlre faihle est nécessairemenl timide^ parce » qu'il se voit exposé ù des dangers qu'il ne peut éviter » par sa résistance ^ et sa timidité augmente encore sa x faiblesse. L'eflel physique delà peur étant d'attirer les » forces au dedans, elle empêche qu'il n'en reste assez » au dehors pour repousser la cause qui Ta fait naître : » aussi les femmes sont-elles saisies d'émotions vives, » tombent-elles en défaillance, au moindre péril qui les » menace. Heureusement que la même conslilulion de*
SEXES. Il5
mais de peu de durée , explique pourquoi leur iinajj'lnalinn est vive et non forte, et pourquoi leurs écrits , plus brillans que profonds , sont rarement marqués au coin du génie : c'est que leur cerveau est impressionné vivement, mais non fortement
Mais si la nature, ô femmes ! vous a refusé le génie , combien n'en éles-vous pas amplement déJomaaagées parles agrémens du corps et de l'esprit ! N'avez-vous pas les droits les plus beaux et les plus légitimes à notre amour et à notre reconnaissance, et ne régnez-vous pas en souveraines sur nos cœurs? Le cbarme que vous répandez sur notre vie, les douces illusions que vous faites naître dans nos âmes , toutes les sensations délicieuses, et la perfection de la faculté de les sentir, voilà votre ouvrage , et c'est là le moindre de vos litres à nos hommages ,• nous vous devons encore les vertus. Sans vous, nous n'aurions souvent de notre caractère que l'âprêté sans l'éner-
» fibres qui dispose leur ^me à la crainte, dispose leur » esprit à la finesse ou à la dissimulation, qui n'est que » fart de cacher celle crainte. Celle qualilé nail en elles y> du senlinient de leurs besoins uni à celui de leur faij) blesse ; elle supplc'e au courn^'c d'organisation qui ne » leur a pas e'ié donne', et les fait échapper par l'adresse » à 1 aciion des causes offensives que nous évitons par » la force. » (Desèze, pages 228 et 22/^.)
Il4 iL^MENS d'hygiène.
gie; l'hurnanité serait foulée aux pieds; la pitié trouverait nos cœurs cuirassés d'un triple airain. La mollesse du tissu cellulaire, et la vive sensibilité qui en est le résultat, diminuent avec l'a^^e ; les organes perdent in'^onsiblement leur souolcsse et acouièrent plus de durcie , et les forces se détournent vers l'épigastre. Dès que les règles sont une fois cessées, une portion de ces forces, qui se dirigeait vers la matrice, re concentre dans l'intérieur, aux dépens de cet organe, qui n'a plus de vie propre. Ainsi la grande mobilité des fibres diminue , les mouvemens sont moins fréquens, mais plus forts, et ils ne sont plus réfléchis avec autant de facilité du dedans au dehors qu'auparavant. Mais comme l'endurcissement des solides se fait plus lentement chez les femmes que chez les hommes , les progrès de la dégradation lente qui amène le terme fatal sont aussi bien moins prompts et moins rapides, et elles parviennent à un plus grand âge.
TEMPERAMENS. Il5