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CHAPITRE IV

Des Constitutions et des TempérameTis.

CiHAQUE individu a une manière d'être qui lui est propre, et qui, ainsi que l'a dit Bordeu, lorsqu'elle tourne à son avantage , établit sa santé. C'est cette manière d'être qu'on a appelée constitution, et dont il existe presque autant d'espèces qu'il y a d'individus.

Les constitutions , considérées en général du côté des solides, se réduisent au nombre de quatre : la force, ou la vigueur réunie à la sensibilité, comme dans les hommes bien constitués; la force jointe à peu de sensibilité, comme dans la plupari des gens de la campagne , les manouvriers, etc. ; la faiblesse jointe à peu de sensibilité, comme dans les personnes d'un tempérament irès-pituiteux ; et enfin la faiblesse combinée avec une vive sensibilité, comme dans les femmes hystériques. Telles sont les quatre constitutions élémentaireset primordiales, mais qui éprouvent une foule de modifications, et qui sont sans cesse renforcées ou affaiblies par une multitude de causes inévitables, comme le climat, le régime,

Il6 FLÎ.MENS d'iTYCTÈi\E.

rédncalion , les passions, les saisons, elc. On conçoit que les degrés de force et de sensihilitd variant dans les divers sujets , chacune de ces constitutions présente un grand nombre de nuances , et que plusieurs hommes jouissant de la même doivent différer plus ou moins entre eux. Maintenant, si on fait attention que les forces affectent une direction particulière dans les différentes phases de la vie et les saisons de l'année , et que chaque individu a son idiosjncrasie ^ c'està-dire , une disposition particulière de tel ou tel organe à dominer sur les autres , on donnera facilement la raison des diaiîièses humorales connues des anciens sous le nom de tewpéramens, et qui sont au nombre de quatre : le piluiteux , le sanguin , le bilieux et l'atrabilaire ou mélancolique. Cette distinction est fondée sur la nature niênie (i). En effet, puisque les dialhèses sont le produit de la force et de la sensibilité , de la direction des forces et de la dominance d'action d'un ou de plusieurs organes diversement combinés , les constitutions ne peuvent être mieux caractérisées que par la diaihèse qui est propre à chacune d'elles. On pourrait néanmoins réduire ces

(i) Sans aucun doute ^ mais il était plus naturel encore de fonder la doctrine des tempérainens sur la prédominance des solides, comme l'ont fait les modernes, ou au moins sur la comparaison dos uns et des autres. (I. B.)

TEWPERAMENS. \ IJ

tcrapéiamens à trois , car ratrabiîulre n'est que l'extrême du lempcranient bilieux. Observez f^ie l'on ne trouve pas toujours les tempéranieus clans l'état de simplicité que nous allons décrire, mais souvent dans l'état mixte : dans ce dernier cas, il en est toujours un dont le caractère est plus saillant, et que désigne l'humeur dominante à laquelle il a donné naissance.

Le tempcramcnt pituiteux ou flegmalique (lymphatique), temperamcntum frigidwn et huniîdum , est caractérisé par la mollesse, la laxîté, et le peu d'action de la fibre, qui est abreuvée d'une sérosité surabondante. Les hommes de ce tempérament ont les chairs très - molles et lâches, le tissu cellulaire rempli de graisse, et le sang très - séreux. La plupart ont la taille avantageuse, la peau blanche et froide au toucher, et principalement celle des extrémités, surtout en hiver, les cheveux et les poils blqpds ou châtains et tardifs; ils ne deviennent jamais chauves ; le visage est pâle et quelquefois bouffi; les yeux sont peu expressifs, et le regard est languissant. Les femmes de ce tempérament ont, pour l'ordinaire, beaucoup de gorge , mais elle ne se soutient pas long-temps. Les fonctions sont lentes et embarrassées dans les pituiteux ou lyeiphatiques ; ils ont le pouls lent , };eiit et juou , cl les veines étroites; la respiration esl

Il8 ÉL^MENS d'hYOIÈNË.

lenie, et ils sont sujets aux oppressions; ils ont peu d'appétit, soutiennent bien la diète, et digèrent péniblement. Ils éprouvent rarement le sentiment de la soif; leurs sens sont très-obtus, les mouvemens difficiles , mais durables; ils sont peu enclins aux plaisirs de l'amour , et parviennent plus lard que les autres à la puberté. Ils excrètent par le nez et la boucbe beaucoup de matières visqueuses et insipides ; leurs excrémens sont blancs et muqueux; les urines sont troubles avec un sédiment épais ; les règles et les lochies , chez les femmes pituileuses, sont pâles. Les fonctions de l'esprit s'exercent, chez les pituileux , d'une manière faible et languissante ; ils ont l'imagination froide et presque pas de mémoire; ils sont très-portés au sommeil, se mettent difficilement en colère, et s'apaisent aisément. Ils ne sont guère plus propres aux travaux de l'esprit qu'à ceux du corps , à moins qu'on ne les y habitue par degrés. L'habitude est leur^i; ils ont le jugement droit et sûr , le caractère doux , affable et paisible , et l'élat d'apathie semble être celui dans lequel ils trouvent uniquement le bonheur.

Le tempérament sanguin , qu'on peut considérer comme faisant la nuance entre le pituileux et le bilieux , est le produit de la dorainance d'un sang visqueux , et abondant en partie rouge

TEMPERAMENS.' I IQ

et en gluten : c'est le temperamentum calidum et humidum des anciens. 11 est caractérise par une physionomie animée , un lelnt rouge et vermeil : les cheveux sont , pour l'ordinaire, blonds ou châtains, et se régénèrent facilement; les membres sont souples et agiles, les veines bleues et d'un diamètre médiocre; le pouls est grand , vif et réglé ; l'habitude du corps est chaude et molle au toucher, et les chairs fermes et compactes.

Les personnes de ce tempérament n'éprouvent qu'un appétit et une soif médiocres. Elles sont sujettes auxhémorrhagies, transpirent beaucouj), et rendent abondamment des urines d'une couleur et d'une consistance louables; les excrémens sont roussâlres et d'une consistance médiocre. Les sanguins dorment profondément , moln^ cependant que les piiulteux , et font ordinaii ement des rêves agréables.

L'homme de ce tempérament fait généralement assez bien toutes ses fonctions. Il est bon, franc , courageux, vif, doux et enjoué; sa mémoi.'-e est heureuse , et son imagination vive et brillante. Il est très-enclin aux plaisirs; il aime la table, \gs femmes, le luxe; mais il a plutôt des goûts que des passions. Il est Irès-sensible, s'emporte al<e'menl , cl se calme de même. 11 est étourdi, léger, inconstant et spirituel; mais rarement il acquiert de réruuilion. Il a la conception facile, néau-

120 lÉLÉMENS d'hygiène.

moins il est incapable de se livrer à de profondes méditations ; c'est pourcpioi les sciences abstraites , et généralement tout ce qui exige un travail assidu et opiniâtre, ne peuvent lui plaire, ni fixer son attention; mais aussi il cultive avec succès la poésie , la peinture , la musique et tous les arts agréables qui exigent de la vivacité dans l'imagination.

Le tempérament bilieux , temperamenium calidum et siccum , est celui dans lequel la bile domine. L'homme qui jouit de cette constitution n'a pas ordinairement une taille avantageuse , ni de l'embonpoint; mais il est fort, nerveux et bien musclé ; ses os sont gros , ses chairs fermes et compactes. L'habitude du corps est grêle et maigre; la peau aride, sèche et peu perspirable, avec une chaleur acre et mordicanle , surtout celle des mains; le teint et les yeux sont pâles et jaunâtres. Presque toujours les cheveux et les poils sont noirs, crépus^ et tombent de bonne heure. Toutes les fonctions, et surtout celles de la digestion, se font avec rapidité chez les bilieux ; ils ont ordinairement un appétit vorace , et éprouvent fréquemment le sentiment de la soif. Leur pouls est prompt, élastique, sec et roide , et les veines sont très-amples. Les bilieux parviennent promptement au terme de leur accroissement, et vieillissent de bonne heure. Us

TEMHÉRAMENS. 121

sont sujets aux vomissemens de matières bilieuses 5 leurs excréniens sont 1res - jaunes , la cire des oreilles très-abondanle , et les urines jaunes ou rouges, acres et copieuses.

Le bilieux est très-enclin aux plaisirs de l'amour; il aime passionnément et avec fureur. Il est fort, et conserve long-temps sa vigueur. Il porte les passions à l'excès, et elles sont l'effet de sa grande sensibilité ; il est très-Jaloux , constant , ferme , inexorable , très-colérique , et porté à la vengeance. Non-seulement il a beaucoup d'imaginaiion, mais encore un jugement solide et réfléchi ; il a plus de génie que d'esprit , et est très-propre aux sciences abstraites. Mais à tant de qualités précieuses il môle presque toujours de la dureté; il est enlèlé, opiniâtre, et souvent misanlbrope. Il dort peu et d'un sommeil léger ; il veille la plus grande partie de la vie.

Le tempérament atrabilaire (i) ou mélancolique , iemperamenlum siccum et frigidum des anciens, est celui dans lequel domine une bile d'un jaune brunâtre et noirâtre, el qui modifie la couleur habituelle du corps , et surtout la face. On peut le considérer comme le maximum du tempérament bilieux.

(i) Le mol atrabilaire esl Synonj'me de mélancolique. Quant à ratrahilc; c'est une chimère créée par fimaginalion des anciens. (I. B.)

133 ïlémens d'hygiène.

Les mélancoliques ont ordinairement beaucoup de cheveux noirs ou bruns ( i ) , le corps grêle et maigre , la peau sèche , froide , dure, âpre, jaune, brune ou noiiâtre; leur pouls est fre'quent , sec , élastique , pelil , enfoncé et souvent inégal , et leurs veines étroites. Ils sont voraces, et ont rarement soif. Ils croissent lentement, et vieillissent de bonne heure. Ils dorment peu , et leur sommeil est agité par des songes terribles. Les fonctions du ventre sont irrégulières; les urines sont abondantes , claires, peu colorées. Ils sont sujets à des vomissemens de matières noires, aux bémorrhoïdes , et rejettent beaucoup de salive. Le ventre est fréquemment constipé, dur, et les excrémens sont noirâtres. Les sueurs qui se manifestent chez eux sont plutôt d'expression que des sueurs utiles.

Le mélancolique jouit d'une grande sensibilité : aussi a-t-il l'imagination vive et exaltée : le plus petit revers , la plus légère douleur, le jettent dans l'abattemenl et I^ désespoir; son âme se repaît de chimères , qui le troublent et le rendent

(i) Les Anglais sont ^ en général, niclancoliques , ot ont néanmoins les yeux bleus, les cheveux blonds el le visage coloré; c'est que le climat modifie à son gré Thabitude extérieure : or, celui d'Angleterre, qui est froid et humide , conjoinloinent avec d'aiTtrrs causes locales , favorise le tempérament pituileux mélancolique.

TE3IPiRAMENS. 125

malheureux par la crainte de le devenir. Celte constitution est celle des grands hommes , des héros, des ambitieux et des grands scélérats. Les entreprises qui paraissent supérieures aux forces humaines, les conquêtes, les crimes atroces , les sectes, les factions, les révolutions des empires, ont été fréquemment l'ouvrage des mélancoli-. ques.

Le caraeière du mélancolique est sombre, rêveur, difficile, inquiet, méfiant et chagrin. Il est implacable dans la haine et la vengeance. Il en est dont les passions fougueuses entraînent tout ce qui leur résiste; d'autres ont le cœur bon et sensible. Quelques-uns ont une crainte outrée de la mort ; d'autres la recherchent ou se la donnent. Le mélancolique est très-exigeant, et sa sensibilité se tourne souvent en fureur quand bu lui manque. Presque tous sont bons amis, mais amans jaloux et portés au désespoir.

Chaque âge a sa constitution propre, et qui d('pend , entre autres causes , de la dominance d'action d'un ou de plusieurs organes. La constitution piluileuseou lymphatique appartient spécialement à l'enfance ; elle est duc à l'excès d'actioîi relative des systèmes cellulaire, glanduleux et lymphatique.

Toutes les parties sont d'une mollesse extrême dans l'enfance ; le tissu cellulaire est dans un étal

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d'expansion plus grand que dans les âges suivans; il est pénétré d'une quantité considérable d'allumeur muqueuse légèrement colorée en rouge. C'est cet épanouissement de l'organe cellulaire qui donne lieu à la pléthore et aux congestions si familières aux enfans. Les vaisseaux lym[)halî- <[ues appartiennent à ce tissu. Ils sont généralement plus développés , surtout les vaisseaux lactés du premier ordre; leur diamèti*e diminue considérablement dans la vieillesse. Les glandes jouissent de même d'une action plus grande dans les premiers temps ; elles sécrètent une bien plus grande quantité de mucus , et en sont constamment gorgées; c'est pourquoi elles sont très-volumineuses. Mais les glandes, très -développées dans l'enfance , diminuent à mesure que la vie fait des progrès ; il en est même qui s'efiacent entièrement et de très-bonne heure, comme le thymus : d'autres ne s'oblitèrent que par degrés, et ne sont complètement desséchées que dans la vieillesse : telles sont les glandes du mésentère.

Cette dominance d'action des systèmes cellulaire , glanduleux et lymphatique n'a lieu que durant les premières années de la vie; elle décroît insensiblement à mesure que l'homme s'éloigne de la naissance. Aussi les maladies de l'enfance sont-elles communément muqueuses, et ont leur siège dans ces organes.

TEMPFHAMENS. 125

Une circonstance qu'il est important de remarquer , c'est que la lêlc des enfans est très-volumineuse, ei que, dans tous les âges de la vie, ceux qui ont la léle fort grosse ont le tissu spongieux très -lâche, et acquièrent ordinairement Leaucoup d'embonpoint; les vaisseaux sanguins sont chez eux très-peu développés; ils sont sujets aux maladies piluileuses et spasmodiques; ils ont un appétit vorace , et supportent diflicilement l'abstinence. En un mot, ils réunissent la plupart des qualités qui caractérisent l'enfance. Ceux, au contraire;, qui ont la tête peu volumineuse sont ordinairement maigres; ils ont les vaisseaux sanguins très - développés , résistent aisément à la faim et aux évacuations de sang, et sont très-disposés aux maladies inflammatoires.

Une autre circonstance , non moins essentielle par rapport à la distribution des forces organiques dans l'enfance, c'est qu'elles se dirigent, nonseulement du centre à la circonférence, mais encore vers la tête. Cette tendance était nécessaire par rapport à la pousse des dents, à l'exercice et au dévolo[)pement des organes des sens, qui ont la plupart leur siège dans la tète- Il y a aussi une action vive vers l'estomac et les intestins, dont le tissu est alors plus mou, plus spongieux et plus expansible que dans les autres temps de la vie. Celte identité de fonctions des

organes céplialiques et des inieslins établit entre la tête et le bas-venlre une sympathie irès-mar- ([uée , dans les enfans spécialement , et explique pourquoi les alïeclions de la tête inléressent fréquemment chez eux les viscères du bas-ventre , lit 'vice versa.

Les causes qui favorisent la constitution piluileuse, ou «qui la renforcent, sont l'abus des alimens froids et humides, des farineux , et surtout de ceux qui n'ont pas fermenté ; celui des substances grasses, flatulentes et difficiles à digérer j l'usage trop fréquent des poissons, du laitage, les excès dans le régime, l'abus des boissons aqueuses , la vie oisive et casanière , celle qui est exemple de soucis, d'inquiétudes; l'inertie de l'àme, les passions tristes et soutenues, l'usage liabiluel des vins pesans et grossiers, l'habitude des bains après le repas, ainsi que l'avait déjà fort bien remarqué Alexandre deTralles; le sommeil trop j>rolongé, l'hiver, le séjour des pays froids et humides,des endroiissituésdansle voisinage des marais, des lacs, des étangs , des rivières , des fleuves (i) ;

(i) Les habilans du Phase, au rapport d'Hippocrale , t[ui vivaient dans une atmosphère e'paisse et humide, avaient la figure pâle, livide, bouffie, la voix grave et ctouiTée, les ariiculalions peu apparentes, et étaient inhabiles aux exercices et aux travaux.

TEMPERAIWE.XS. 12^

(leceuxcxposésà la nelge,aux pluies el au nord (i); en un mot , toutes les causes énervantes qui , en afl'aiblissant l'organisme , font dominer l'action de l'organe cellulaire. Ces mêmes causes , soutenues à un certain degré pendant quelque temps , décident les écrouelles ou le rachiiis : ces deux affections se lient au tempérament pituileux , et doivent èlre regardées comme le produit de la constitution de l'enfance portée à l'excès.

La constitution pituileuse paraît être, au premier coup-tl'oeil , celle des vieillards; mais ils ne sont pas réellement pltuiteux , et, pour me servir des termes de Gallen , ils ne le sont qu'en apparence , par rapport aux excrétions qui ont lieu chez eux par le nez et par lu poitrine , car leur constitution est froide et sèche. Il faut observer d'ailleurs que les excrétions séreuses des vieillards sont le produit du dessèchement de l'organe extérieur , et du refoulement des forces dans l'intérieur , qu'ont amenés par degrés les progrès de la vie : ces deux causes font refluer les humeurs pituiteuses et perspirahles, et les glandes muqueuses du nez et des poumons leur servent de voie de décharge. La lymphe est au contraire, dans l'enfance, l'effet de la dominance d'action des

(i) C'est pourquoi les Allemands sont presque tous piluiieux.

systèmes cellulaire, lympalhiquc et glanduleux, qui, à proprement parler, n'en font qu'un, et c'est celui de l'expansion des forces. Elle est, chez les en fans, consistante, douce, mucilagineuse et acescente; dans l'âge avancé, elle est ténue, et porte, ainsi que les autres humeurs, l'empreinte del'acrimonic dont est frappé tout le système sénil.

La constitution pituileuse contenue dans de justes bornes , et qui se soutient j usqu'à un certain point dans les autres âges , est la plus favorable à la durée de la vie. Les pituitcux vivent plus longtemps que les autres ; l'endurcissement , le racornissement des organes, et le refoulement des forces vers l'intérieur, qu'amène nécessairement la succession des âges , s'opèrent bien plus lentement , et font des progrès bien moins rapides que dans les autres consiiuilions. C'est pourquoi Galien a dit : « Ceux qui sont naturellement lui- » mides vivent très-long-temps, et jouissent de )} la meilleure santé des que le corps a acquis de )) la force , et plus que les autres du même âge; )i et ils la conservent jusque dans l'extrême vieil- » lesse (i). »

A l'âge pituitcux de l'enfance succède la constitution sanguine de la jeunesse. La puberté , qui commence cette seconde période de la vie, di-

(i) De Sanitate tuendd.

Tïiinue par degrés la mollesse et la laxité des solides, et par conséquent la consliliition lymphatique; les forces s'exercent alors avec plusd'acliviié sur les systèmes pulmonaire et artériel, eila constitution devient sanguine. Ce changement est le produit du développement de l'action dans les organes sexuels ; dès qu'ils s'éveillent, il s'y étahlit un centre de sensibilité qui n'existait pas auparavant, qui jette des irradiations dans tout le sj'slème , et qui détermine un nouvel état" dans le physique et le moral de l'homme. L'influence des testicules dans les maies est si générale et si puissante, qu'outre la production de la barbe et des poils , et la mue de la voix, auxquelles elle donne lieu , chaque partie acquiert une nouvelle force, les solides plus de dureté, les fluides plus dedensilé, enfin une exubérance de vie marquée par l'impatience du plaisir , et qui porte l'homme à rechercher le commerce des femmes.

La puberté ne produit pas des changemens aussi marqués dans les femmes que dans les hommes, à part néanmoins les désirs vénériens, qu'elles éprouvent peut-être plus vivement, mais que la pudeur leur fait dissimuler. Leur constitution relient presque toujours quelque chose de la faiblesse et de la mollesse du premier âge , et les forces affectent plus long-temps la direction du centre à la circonférence.

l50 ÉLÉMENS D'HYClèNE.

Mais c'est spécialement sur le système artériel que se dirige l'influence des organes de la génération à l'âge de puberté : il acrpiiert alors un état de pléthore et d'orgasme qu'il n'avait pas auparavant , tandis que dans l'âge avancé , cet état a plus particulièrement Heu dans les veines. Glisson Winlringliam , ayant comparé les artères et les veines dans les différens ^^es , s'est assuré que la densité relative des veines était plus grande dans la jeunesse , et qu'elle diminuait insensiblement, en sorte que dans la jeunesse la densité de Ja veine cave, comparée à celle de l'aorte, est comme 26 est à 25, et dans la vieillesse comme iSg est à 140 : dlfFérence qui dépend de ce que les veines, plus gorgées de sang dans la dernière période de la vie , doivent nécessairement perdre de leur épaisseur et s'amincir. Cette observation eat parfaitement d'accord avec les expériences de Haller , desquelles il résulte que la densité des parois des vaisseaux diminue à mesure qu'ils se remplissent de sangi Une multitude de faits prouve , d'ailleurs, que la constitution sanguine est étroitement liée avec l'accroissement dès forces qui s'exercent sur le système artériel , et qui tendent puissamment a le développer. C'est alors aussi que le sang abonde le plus en partie rouge et en fibiine. -^ f^:.!

Oa doit regarder les pDiimons, non-seulement

TEMPERAMENS. l5l

comme le centre du système artériel, mais encore comme le principal atelier où la nature travaille à la sanguification ; c'est là que le sang charrié par les veines se converlit en sang artériel ; mais à l'époque de la puberté , l'organe pulmonaire complète son développement et augmente d'action. Il n'est donc pas étonnant que dès-lors il se forme une' plus grande quantité de sang qu'auparavant. Les actes de la respiration s'exercent d'une manière plus étendue et plus énergique; riiydrogène et le carbone, se dégageant du sang pulmonaire en plus grande quantité , font dominer relativement l'azote , qui , en conséquence , augmente la proportion du gluten dont il est le principe essentiel; l'oxigèue almosphél'ique, absorbé aussi en plus grande quantité par le sang, oxide davantage le fer qui y est contenu,' cl augmente ainsi la partie rouge. On conçoit aisément dans celle théorie pourquoi les jeunesgens sont plus sujets aiix maladies inflartirtiaiolreâ et aux crachenieris de sàn^ que les auires (i).

Le tempérament saî^gtiirt est produit ou renforcé par l'iisage des alimens irès-noiir'ri^sàris , cl siiriout de lii chair dîés animaux, par lés exercices modérés, la supj^rcssîorn des éVâcdatîorisi

(i) Celle e\j>licalion esl aujouiil'liiii iiliis in^ji'iiieuse que vraie. (I. L.)

l52 ÉLFMENS d'mYGiÈnE.

pério(îîqu,es de sang et la grossesse chez les femmes; par la joie, la gaîié, le séjour des régions tempérées , et par les saisons analogues au printemps. Cette constitution est celle dans laquelle on jouit de la meilleure sanlé, et qui contribue le plus aux agrémens et au bonheur de la vie ; mais elle expose aux inflammations, aux hémorrhagies, et autres nialadiessanguines, surtouldans les temps froids et secs, lorsque le mercure se soutient quelque temps très-élevé dans le baromètre, et que le vent souffle du nord ou de Test.

La virilité , ou l'âge moyen , qui amène la constitution bilieuse, suit immédiatement la jeunesse. A cette époque les solides n'ont plus cette ductilité et celle souplesse qui caractérisent le printemps de la vie ; ils ont déjà acquis un certain degré de consistance et de densité ; l'organe extérieur na plus la même activité, et les forces commencent à se retirer vers l'épigastre : le système de la veine porte en reçoit un surcroît d'action, et il se forme une plus grande quantité de bile. Néanmoins la bilifîcation , à laquelle tend naturellement le système humoral , et qui a spécialement lieu à cet âge, ne reconnaît pas cette seule cause : elle est aussi le produit de la dégénération du sang, qui a ordinairement lieu dans cette période de la vie.

La consiiiutioa bilieuse est un produit de la

TEMPËIIAMEXS ] 53

vie, qui a le plus ordinairement lieu clans Tage viril : elle peut néanmoins êl.'-e décidée dans les autres âges par l'acllon de certaines causes , telles que l'habitation dans les pays cliauds et secs, les saisons analogues, les travaux du corps et de l'âme portés à l'excès, les passions fortes , l'abus du vin et des liqueurs , la nourriture écbaufï'ante et animale, l'habitude des substances douces et sucrées et notamment du miel , les forts assaisonnemens, l'excès de sobriété et l'abstinence trop long-temps soutenue, les veilles excessives , la suppression des évacuations habituelles par le ventre, les vomissemens, les urines ou les sueurs

Le tempérament alratilaire est le tempérament bilieux renforcé ou poussé à l'extrême; il appartient au moyen âge et à la vieillesse. En général les vieillards sont secs et froids, et par conséquent atrabilaires ou mélancoliques ; car , comme le remarque Galien, c< les vieillards ne n sont humides que par rapport aux excrétions qui » ont lieu par les parties supérieures, m Souvent aussi leur constitution est , ainsi que je l'ai déjà dit, un mélange de la pituiteuse et de l'atrabilaire. On peut distinguer en général deux sortes d'airabile , l'une naturelle , et l'autre morhifique. « L'une, dit Galien d'après Hippocraie, » est le sédiment, la lie du sang, qui est très-

i34 r.L^MENS d'iiygi?:ne.

» épaisse et semblable à la lie du vin ; l'autre ;) est ténue, et paraît acide à ceux qui la vomis- » sent ou qui l'odorent. » Il dit dans un autre endroit : a La vraie atrabile est celle qui est » acide; elle est la plus dangereuse, et ses effets )) sont terribles. » Les mêmes causes qui produisent la constitution bilieuse donnent également naissance à la constitution mélancolique , lorsqu'elles sont plus intenses , ou que leur aclion s'est soutenue plus long -temps; mais de toutes ces causes il n'en est point de plus puissantes que les chagrins longs et cuisans, les soucis, les inquiétudes, et les excès dans les plaisirs de l'amour et de la table. Les maladies dépendantes de celle constitution ne diffèrent de celles bilieuses que par une tendance plus grande et plus rapide à la putridité et à la gangrène.

Nous devons conclure de tout ce que nous venons de dire par rapport aux consiilulions des âges , que le corps de l'homme présente trois systèmes , dont chacun ^ une action dominante dans les difïérenles époques de la vie. Le système cellulaire, qui comprend les vaisseaux lymplialiques et les glandes, agit spécialement dans l'enfance , et établit la constitution piluiteuse ; le syslèpie artériel , dont les poumons sont le centre , agit dans le second âge ; le développement des forcer

TEMPÉRA MEPf s. l35

qui se portent spécialeuient sur ce système, lequel lait dominer le sang, est décidé par l'irradiation sympathique des organes générateurs, dont la vie propre commence à l'époque de la puberté : enfui le système veineux, dont le centre est dans le bas-ventre , augmente d'action dans les âges subséquens , et amène la constitution bilieuse et mélancolique. Cette succession des âges et des constitutions est un eiïet nécessaire des différentes déterminations des forces organiques qui accompagnent les différentes périodes de la vie.

[ On entend aujourd'hui par tempéramens des différences entre les hommes , différences con^slanles , compatibles avec la conservation de la vie et le maintien de la sanlé, caractérisées par une diversité de proportions entre les parties conslituantcs de l'organisation , et assez importantes pour avoir une influence sur les forces et les facultés de l'économie entière.

C'est dans les systèmes organiques répandus dans toute l'économie et dans les organes particuliers à quelques fonctions importantes, que se remarquent les caractères sensihies de ces différences; et les tempéramens qu'elles caractérisent peuvent ainsi se diviser en tempéranienS généraux et en tempéramens pardeh.

l36 ÉLEMENS D HYGIENE.

Les tempéiamens généraux sont caractérisés :

1°. Par des différences dans les rapports mutuels d'étendue et d'activité entre les systèmes vasculaire, lymphatique et sanguin, elles divers ordres d'organes dont se conjpose chacun de ces systèmes; il faut y joindre aussi les différences de proportion entre les liquides et les solides , ou entre la capacité des vaisseaux et la masse des liquides qui les parcourent et les distendent;

2.^. Par les différences de susceptibilité du système nerveux considéré comme source de la sensibilité. Ces différences se font connaître par la vivacité, la durée des impressions, et par la facilité avec laquelle elles peuvent s'associer^ et se succéder dans les différens individus ;

3". Par les différences de proportions respectives et de rapports mutuels entre le système nerveux et le système musculaire : le premier considéré comme déterminant par son influence les actions organiques , et étant la source de l'activité; et le second comme constituant la partie matérielle de la force; l'un représentant dans le mouvement produit l'élément de la vitesse, l'autre l'élément de la masse. (Dict. des Sciences Médicales , article ^Sti/ef de Vhjgiène. j On a fondé sur ces principes l'existence de trois espèces principales de lempéramens primitifs ; 1°. le tempe-

TEMPtRAMENS. r57

rament Ivniphalique, 2". le tempérament sanguin, 5°. le tempérament nerveux (i).

Les tempéramens se trouvent rarement à l'état de simplicité , ils se combinent deux à deux : ce qui produit les tempéramens sanguins bilieux (2), lymphatique nerveux, lympbaiique sanguin, nervoso-bilieux (tempérament mélancolique) : c'est ce qu'on appelle tempéramens mixtes.

Les tempéramens se trouvent quelquefois en excès par suite de la prédominance marquée de certains systèmes: c'est celle particularité qui caractérise les tempéramens pituiteux des anciens j leur tempérament bilieux n'est autre chose que la prédominance du système sanguin avec une grande énergie de la sécrétion bilieuse ; le tempérament appelé athlétique est pareillement dû à un excès de développement des organes musculaires, etc.

Les tempéramens partiels prennent leurs caractères, 1°. dos différences que présentent dans les diverses régions du corps les proportions des systèmes généraux vasculaires et nerveux , com[)arés de l'intérieur à l'extérieur , et entre les cavités cépbalique, llioracique et abdominale;

(i) Us correspotulenl parfaileraent aux tempéramens piluileiix , sanguins et atrabilaire de Tourlelle. (2) Le tempérament bilieux de Tourlelle.

:2°. Des différences que présentent, clans l'exercice et les produits de leurs fonctions, les organes et les viscères dont la constitution a le plus d'influence sur les conditions de la santé : ainsi l'exercice des facultés intellecluelles, la respiration , la digestion , l'aciivilé des organes génitaux : la nature, l'abondance, la régularité des sécréiions muqueuse , bilieuse , cutanée , et de la perspiration , donnent des indices importans sur la constitution des sujets, et ces indices peuvent être mis au rang des caractères de leur tempéra-r ment. ( Art. cité. )

Les tempéramcns partiels coïncident le plus ordinairement avec certaines époques de notre existence. Le tempérament partiel de l'enfant est cérébral f celui de l'adulte est pulmonaire. Dans un âge plus avancé , le tempérament devient abdominal y et il y a des prédominances auxquelles on a donné les noms de hépatique , utérine , etc.

Les diverses sortes de tempéramens dont il vient d'être question sont naturels ou primitifs; mais il en est de secondaires ou accidentels qu'on appelle tempéramens acquis.

Ces tempéramens peuvent être produits, i", par des causes propres à l'organisation; 2°. par des circonstances indépendantes des diverses situations où se trouve l'homme dans le cours de la vie.

TEMPERAMENS.' lÔQ

1°. Il est des lioiuines qui naissent avec des dispositions naturelles qui les entraînent avec violence vers tel ou tel but , tel ou tel genre d'illustration dans les arts , les sciences, etc. Leur constitution, et à plus forte raison leur tempérament, reçoit de celle deslinalion même une impression profonde qui détermine une manière d'être accidentelle ou acquise.

2°. D'un autre côté , une foule d'hommes qïA changé de constitution ou de manière d'être par le seul fait de l'exercice , de la profession , du travail auxquels la nature ne semblait pas les avoir destinés. Le travail manuel , les fatigues de la guerre, etc. provoquent un développement accidentel des muscles ; les travaux de l'esprit, les méditations profondes font prédominer l'action du système nerveux ; les affections morales profondes rendent chagrin et mélancolique : ces manières d'être sont encore acquises.

Des tempéramens sanguins lymphatiques peuvent changer tout-à-fait de caractère sous l'influence d'une multitude d'agens modificateurs qui agissent sans cesse sur nous. J. J. Rousseau , pour nous borner à un exemple fameux, fut toute sa jeunesse d'un tempéraïuent sangniri lymphatique, livré à l'insouciance d'une vie vagabonde ; il finit par offrir les traits les plus exagérés chi tempérament nerveux , par suite des

l40 ÉlÉ.MEIVS D'ilYClÈltE.

travaux ducaLinet, et des tribulations sans nombre auxquelles il se trouva exposé dans le cours de sa vie à jamais mémorable.

La doctrine moderne des tempéramens dont nous venons de donner une idée succincte, est due au célèbre professeur Halle ; il l'a professée pour la première fois en l'an 5 de la république. 11 a publié des mémoires plus ou moins complets sur le même sujet, dans les Mémoires de l'Insiitut, de la Société médicale d'émulation. Les articles Sujet de l'Hjgiène et Tempérament duDlclionaire des Sciences médicales renferment le complément de sa doctrine à ce sujet.

Un de ses élèves d'alors , aujourd'hui l'un des médecins les plus distingués de Paris ( M. Husson), a développé cette doctrine dans sa dissertalion inaugurale, avec beaucoup de talent, et surtout avec une clarté qu'on ne trouve pas toujours dans les écrits du m.aîlre. Ç Essai sur une nous^elle doctrine des tempéramens , in-8°. Paris,

Parmi les divisions des tempéramens qui ont

plus ou moins de rapport avec la classification du professeur Huilé , j'ai j^arliculièrement remarqué celle qu'a proposée un médecin de Poitiers, mort à la fleur de l'âge ( Gaillard ). Elle est fondée sur les trois propriétés vitales ci-après , 1". l'irritabilité; 3". la sensibilité ; "b^. la nutrilité

DUREE DE LA VIE. l4r

considérées dans leurs diverses proportions. D'après l'associalion respective de ces espèces d'élémens , l'aulenr admet huit genres de lempéramens : i". niusculeux; 2°. musculo-nerveux ; 5°. tempéré; 4°- niusculo-celluleux; 5*^. celluleux; 6°. cellulo-nerveux; 7". nerveux ; 8*^. épuisé. Il adjoint à chacun de ces genres un certain, nombre de variétés qui ne sont autre chose que les lempéramens partiels du professeur Halle. Ce qu'il convient principalement de remarquer dans celte distribution , c'est que l'auteur y fait^ouer avec raison un rôle au tissu cellulaire ; que le célèbre promoteur de l'hygiène semble à tort avoir oublié ; le tissu cellulaire nous paraît en effet prédominer singulièrement dans ce qu'il appelle tempérament lymphatique , et nous pensons qu'il serait beaucoup mieux nomme celluleux. ]

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