‹ Élémens d'hygiène (volume 2)Chapitre 29 sur 36 · CLASSE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CLASSE DEUXIEME

Des Choses qui s'appliquent à lasurface du corps (Applicata).

Ljes habillemens, les frictions, les bains, les lotions, tout ce qui est relatif à la propreté, sont les principales choses qui s'appliquent à l'iiabitude extérieure du corps , et dont il sera traité dans celte classe.

§ \" . Vêtemens.

Les vêtemens sont d'une nécessité indispensables à riiabitant des pays sujets à de grands changemens dans la température de l'atmosphère, ainsi qu'à l'homme civihsé. Les rigueurs du froid et les brusques variations de l'air, qui ébranlent à chaque instant les fondemens de la vie , et la dépravation des mœurs , suite inévitable d'une civilisation avancée, en commandent impérieusement l'usage aux uns et aux autres. Il n'en est pas de même pour les peuples qui respirent continuellement un air chaud et embrasé; les habits ne seraient pour eux qu'un poids incommode et superflu : ils sont plus inutiles encore tant que ces

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peuples, non encore corrompus par le goût des plaisirs factices, vivent dans la simplicité et l'innocence j car la pudeur y couvre de son voile la nature, et le mystère, enfant du vice, leur est absolument inconnu. Telle est la raison pour laquelle on trouve ordinairement ces peuples dans l'état de parfaite nudité.

Les habillemens doivent être analo£'ues aux âges, aux pays et aux saisons ; ils doivent être commodes et ne causer aucune gêne ; autrement ils nuisent.

liCS vêtemens chauds et pesans ne conviennent pas à la jeunesse , durant laquelle les forces organiques se déploient spécialement vers les parties extérieures et supérieures; ils détermineraient d'abondantes transpirations, nuisibles à cet âge, et , en portant de trop grandes quantités de sucs nourriciers vers la circonférence, ils s'opposeraient au libre développement des autres organes, produiraient des congestions cérébrales, et donneraient ainsi lieu à une nmliitude de maux réels , dont les moindres sont des lluxions babituelles. 11 convient donc que les jeunes gens ,

(i) JSi les Saiiviiye» [)restjue nus se couvrcnl les parties géuilules ; c'est moins par un sentiment tle pudeur dont ils nom prohablement aucune idée, que pour garantir ces parties très-sènàihics': de raction des corps cxte'ricurs, (I. B.)

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el surtout les enfans , portent des habits faits cl elofFes légères et principalement de coton, pour les accoutumer de bonne heure aux vicissitudes du froid et du chaud , et leur faire contracter une sorte de familiarité avec les intempéries des Saisons : c'est le moyen de les rendre sains et robustes. Dans l'âge avancé, lorsque les fibres de l'organe extérieur se sont endurcies, que son tissu est devenu serré et compaéte , et que la force concentrique prévaut, il est utile, pour ralentir les progrès de la concentration qui caractértse la froide vieillesse , et favoriser la transpiration , dont le dérangement occasione la plupart des maladies de cet âge , de porter des habits plus étoffés et plus chauds, tels que des draps de laiiiey des ouates., etc.

Les vêtemens doivent être analogues aux saî-» sons, légers en été et chauds en hiver; il faiit aussi n'en changer qu'avec les plus grandes précautions, si l'on veut se préserver des maladies qne produisent les trop promptes vicissitudes dé l'atmosphère. Il' convient en conséquence de ne quitter qu'un peu tard les habits d'hiver , et de les reprendre dé bonilcT feëûrê des que les pv€=miers froids commencent à se faire sentir. 11 y aurait un moyen efficace de mettre l'homme à rabrî des dangereux effets auxquels donnent fréquemment lieu les changemens brusques de lemjK'ra-

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turc, si communs dans nos climats : ce serait d^ le lamiliariser avec eux dès l'enfance; et l'on y parviendrait sûrement en ne le vétissant jamais plus chaudement dans un temps que dans un autre , et en l'habituant à se passer de feu , ainsi qu'à se jeter à la nage dans un fleuve ou une rivière , après s'être fortement exercé à la lutte, à la course, à la danse, et à reprendre immédiatement ces exercices. Tels étaient les moyens par lesquels on parvenait à rendre la jeunesse de Rome forte et vii^oureuse : aucim peuple ne fut ni plus robuste ni plus vaillant ; aucun ne supporta mieux , et d'une manière plus soutenue , les travaux et les fatigues de la guerre. Rien n'est plus efficace , dit Galien, pour acquérir de la vigueur, que de s'exposer aux alternatives brusques du chaud et du froid ; on trempe en quelque sorte'le corps : c'est ainsi qu'on augmente la force et la dureté de l'acier, en Je rougissant au feu à plusieurs reprises, et en l'éteignant à chaque fois dans l'eau froide. ' •

Les vètemens produisent sur les corps des ëP-^ fets différens, selon les matières dont ils sont tissus , et les couleurs dont ils sont' teints. Geùx' faits de laine ou de soie sortt chauds, et reiiert'-* nenl le calorique du corps, parce que n'étant pds des conducteurs de la cliaJeur,' ils isolent coHl^ que produisent les forets de la vie , et empêchent'

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qu'elle ne soil absorbée par l'air environnant. Les habits de soie , de peau , de poils , etc. , sont idio-électriques; ceux de laine excitent l'électricilé par les frottemens auxquels ils donnent lieu :' les premiers retiennent et concentrent en quelque sorte l'électricité animale dans le corps, et interceptent la conmiunication du fluide électrique de l'atmosphère , au lieu que les seconds établissent une libre circulation de ce fluide entre le corps et l'air. Il paraît, d'après cela, que les habits de soie, de poils, en un mot ceux faits 4e matières qui jouissent de la propriété isolatrice , sont spécialement utiles dans les constitutions humides, parce qu'ils retiennent le fluide électrique qu'excitent les forces de la vie , et duquel les vapeurs aqueuses et anélectriques de l'atmosphère tendent fortement à s'emparer; au lieu que ceux de laine , de coton , de toile , eufin ceux anélectriques , conviennent dans les constitutionssèches, parce qu'ils empêchent le fluide électrique animal de s'accumuler en trop grande quantité dans les corps.

Les habits de laine , quoique très-avanîageux et d'un usage très-étendu, ne sont pas néanmoins sans inconvéniens. Outre que les miasmes contagieux s'attachent plus aisément à la laine, et y restent plus fortement adhérens qu'aux auti*es matières, ces sortes d'habits s'imbibent de la

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sueur, qui, se corrompant promptemcnt , exhale, lorsque le corps est e'chauffé, des miasmes; et ceux-ci , quand ils sont arrêtés , portent le plus souvent leur impression sur la peau, et y décident des j^ales, des dartres, etc. D'ailleurs, l'humidité pénètre davantage et plus promptoment les élofï'es de laine que celles faites d'autres matières : non-seulement ces sortes d'habits serrent et compriment le corps dans cette circonstance , ce qui, à la vérité, n'est qu'un léger inconvénient; mais ils suppriment encore la transpiration, surtout lorsque la saison est froide , et donnent par là naissance à une multitude de maux graves.

Il est très-dangereux de laisser sécher sur son corps les habits mouillés, en s'exposant à la chaleur du soleil ou à celle d'un poêle, surtout lorsque l'habit est d'un mauvais teint : la peau s'imprègne des substances colorantes qui abandonnent l'élofTe, et il en résulte un obstacle de plus à l'excrétion de l'humeur perspirable ; [peut-être aussi se développe- 1 -il , par l'action du calorique, des miasmes inhérens aux matières colorantes , lesquels , absorbés avec l'humidité et l'humeur perspirable par les vaisseaux inhalans du tissu cellulaire sous-cutané , renforcent ces causes de maladies. J'ai observé que ceux des soldats qui étaient attaqués de maladies dépendantes de la suppression de la trans-

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pjraûon , éprouvaient des symptômes plus grayes , et même que la pntrûlité se développait pins ■ftéqueniment et pins vite lorsqiK^ lonrs lial)i's avaient laissé sur la peau l'enqueinte lie la couleur bleue dont ils sont teints, que lorsqu'ils «'avaient été que simplement mouillés. Plusieurs officiers de santé, attachés au service des hôpitaux, ont fait la même observation.

Il est donc de Tintérél du Gouvernement de fixer son attention sur cet objet. L'économie et l'humanité exigent que les citoyens apj)elés à la défense de la patrie soient bien vêtus , et que leurs habits soient teints de manière que les substances teignantes puissent résister au savon et aux autres agens capables de dégrader et d'enlever les couleurs. Dans le cas contraire , les habits sont non -seulement préjudiciables à la santé du soldat , mais encore ils sont d'une courte durée, car ils pourrissent et s'en vont en lambeaux pour peu qu'ils aient été exposés à la pluie.

Les habits légers, de lin , de coton , de (ils de chanvre , sont d'excellens conducteurs du calorique; ils le laissent passer librement du corps à l'air libre, et ne s'opposent pas au passage du froid de l'atmosphère à la surface du corps, à travers leur tissu. Ils sont donc ceux qui conviennent le mieux dalVis les pays chauds et durant l'été :

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mais on ne doit pas être intliflfcrent sur l'espèce des couleurs; celles-ci doivent varier suivant les saisons et les climats. L'expérience a appris que les matières décolorées s'échauffent moins que celles dont les couleurs sont foncées, et surtout celles rembrunies ou teintes en noir. Si on noircit la surface d'un miroir ardent à la fumée d'une Jampe, il ne réfléchit plus ni lumière ni calorique ; car si on place à son foyer la boule d'un thermomètre, la liqueur ne monte p?is. De deux cafetières d'égale capacité, contenant une même quantité d'eau, placées à une égale dislance du feu, et dont l'une est blanche et l'autre noire, c'est la première dont l'eau entre le plus promptement en ébuUiiion. Les habits décolorés sont donc les plus analogues à la saison chaude et aux pays méridionaux; les autres conviennent mieux durant l'iiiver, et dans les contrées où il fait habituellement froid.

Les vêlemens doivent aussi être conformes aux tempéramens. Les personnes robustes et les sanguines sont plus propres à supporter la chaleur et le froid que les personnes délicates , et qui sont sujettes à éprouver des dérangemens sensibles toutes les fois que la température de l'air vient à changer : celles-ci doivent mieux s'habiller dans toutes les saisons, et les autres porter des vêtemens plus légers et moins chauds.

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Une autre allcnlion qu'on doit avoir dans l'habillement, pour que la santé n'en soit pas altérée , c'est que les vétemens soient propres et aisés; ils ne doivent ni trop serrer ni gêner; autrement ils font obstacle au mouvement progressif du sang et des humeurs , et peuvent occasioner des accldens très-graves. On a vu souvent des défaillances^ des vertiges, des apoplexies, des oppressions, de la toux, des hémoptysies et beaucoup d'autres affections mortelles, être l'effet de la compression produite par les jarretières, les boucles , les cravaltes trop serrées , et surtout par les corps de baleine (i). Si j'avais à proposer des mo-

(i) Les médecins se sont e'ievés dans lous les temps conire le pernicieux usage des maillots et des corps de baleine. Les philosophes se sont réunis à eux , el leurs efforts combinés n^ont pas élé sans succès. Celte heureuse révolution est déjà avancée, mais n'est pas encore entièrement achevée , tant les préjugés et les anciens usages sont difficiles à détruire !

« Toutestbien sortant des mains delà nature ,a dit avec » raison J.-J. Rousseau , et tout dégénère entre les mains » des hommes. » C'est bien ici le cas de faire une juste application de cette vérité; car fusage dans lequel sont encore bien des personnes de garolter le corps délicat de l'enfant qui vient de naître, et derifermer dans la suite la poitrine dans des boîtes de baleine, est un des phjs pernicieux et des plus contraires aux vues de la nature. Ce sont surtout ces cages qui sont les plus nuisibles, car elle*

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