‹ Elémens d'idéologie (volume 2)Chapitre 10 sur 93 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

adjectivement. En effet , tnurageux , aimable , facile , nou« présentent les idées couratçe , ama** bilité , facilité , non point comme isolëes e| indépendantes de toute autre , mais comme faisant partie d'un sujet , lui appartenant , en un mot, sous la forme attributive; et il semble que ce sont là des attributs complets. Cependant cela n'est pas.

Nous Pavons déjà dit, nos langages sont étonnamment rafînés. Nous avons opéré sur nos signes connne sur nos idées. Nous avons multiplié les subdivisions , accumulé les abstractions ; et enfin il se trouve^ que , dans nos langues parlées , les adjectifs expriment bien une idée uniquement comme faisant partie d'une autre , mais c'est abstraction faite de l'idée d'exister : ils ne renferment plus cette notion d'existence. Courageux représente bien l'idée courage comme appartenant ou plutôt comme devant appartenir à un sujet, mais non pas comme exist-cante effectivement ; et en cela il est un attribut incomplet. Car pour signifier complètement qu'une idée est renfermée dans une autre , il faut auparavant signifier qu'elle est , qu'elle* existe. Ov , c'est-là «ne propriété dont , par une abstraction singulière , tous nos adjectifs se trouvent dépouillés , et qu'il faut qu'ils recouvrent pour redevenir des attributs complets.

Etant ^ existant est le seul adjectif qui renferme l'idée d'existence , non que ce soit plus qu'aux autres sa signification spécifique , mais parce que c'est sa signification propre , et que ,-

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renferment, qui , par conséquent, expriment complètement une idée existante dans une autre, qui par suite soient des attributs entiers , que ceux dans lesquels Vadjectif étemt est implicitement compris. Ces adjectifs sont ce que nous appelons des verbes.

Les Terbes prennent une multitude de formes, dont nous Terrons bientôt et facilement la gënëration, la cause et Teifet ^ mais, en attendant, il ne faut pas qu^elles nous fassent illusion , ni qu'elles nous persuadent que ce sont des mots d^un ordre supërîieur et ineffable. Ce sont tout simplement des adjectifs renfermant en eux-mêmes Fadjectif étant , des adjectifs dont on n'a point séparé, par un excès d'abstraction, Fidëe d^eristenee. Leur forme essentielle, fondamentale , est ce que nous appelons leur participe: ce qui ne veut pas dire au reste que ce soit leur forme primitive. Au contraire^ car c'est toujours du compose' que l'on arrive au simple; mais iï n'en est pas moins yrai que le verbe nommé aimer, c'est-à-dire qui a pour nom le substantif aimer, est dans la réalité l'adjectif acmanf.En un mot,les adjectifs proprement dits sont des verbes mutilas, et les veroes sont des adjectifs entiers. Voila pourquoi les premiers unis à un substantif ne produisent jamais une proposition, et pourquoi il ne faut qu'un verbe et son sujet pour en faire une.

Cependant , il faut remarquer que tant qtie le verbe demeure au mode participe, la proposition n'est formée qu'imparfaitement ; mais tout ce qui manque pour la caractériser entièrement, nous allons le trouver dans les propriétés particulières à l'idée d'existence ^ et qui n'appartiennent qu'à elle j et nous trouverons en même temps que

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ce isont toutes les circoDstances eiclasiveroent propres aux verbes.

En effet , il Ti*y a 'que les choses existantes qui puissent avoir des modes j car pour être d'une certaine manière, il faut premièrement être. Pour exister d'une manière positive, ou conditionnelle , ou subordonnée , il faut avant tout exister. Aussi n'y a-t-il que les verbes qui aient des mode».

L'idée de dur^e est aussi un mode de l'idée d'existence. Il n'y a encore que les choses existantes qui puissent avoir de la dure'e , et , par conséquent, certaines époques dans leur durée. Aussi n'y a-t-il que les verbes qui aient des temps. Les autres adjectifs n'en sont pas susceptibles.

Un adîectif ordinaire , à qui vous donneriez des temps et des modes ,- deviendrait à l'instant un verbe 5 c'est-à-dire renfermerait aussitôt implicitement l'idée d'existence. Car , dès que vous auriez indiqué, par une marque quelconque, que l'idée particulière qu'il exprime existe de telle manière et dans tel temps , vous auriez dit par M même qu'elle est existante. Il n'y a pas une autre liaison pourquoi nous admettons cette idée d'exis- . tence comme renfermée dans tous nos verbes ^ c'est qu'il n'y a pas moyen dene pas l'y concevoir, quand on y trouve exprimée une ou plusieurs des circonstances de l'existence.

Celte réflexion nous conduit h voir pourquoi il y a proposition , c'est-à-dire énoncé de jugement dès que toutes ces circonstances sont speci- Oées dans le verbe. Car du moment qu'une idée signalée parla forme de son signe comme ne pouvant avoir d'existence cjue dans un sirjet, est dite exister de telle manière et daqs tel temps, elle est dite exister dans ce sujet) le jugement est

porté. C'est cette dëiimitation-là môme qui Venonce. Aussi voyez-vous qu'il y a jugement exprime' toutes les ibis que le v^be est à un mode défini , et qu'il n'y en a pas encore , tant qu'il est à un mode indéfini..Dans les mots aimant et ainièj l'idée fondamentale est la même. Dans tous deux on voit l'idée amour unie à l'idée d'existence ; c'est-à-dire considéré comme existante , et , de plu9,exprimée sous une forme adjective qui la designe comme ne pouvant exister que dans un sujet. Mais dans l'une il n'y a aucun accessoire, et dans l'autre il y en a de très-marqués qui constituent le jugement. Quand vous dites , Pierre aimant ou étant aimant , vous ne faites que mettre à côté l'une de l'autre une idée existante par elle-même et une idée qui ne peut exister que dans une autre : vous n'y ajoutez rien.

Tout ce qu'on peut conclure, c'est que vous prétendez les unir pour ne former ensemble qu'une seule et même idée composée. Mais quand vous dites , Pierre aime ou est aimant , vous faites bien plus ^ vous prononcez que cette idée , qui ne peut exister que dans une autre , existe d'une manière positive et actuelle. Par là , vous manifestez que vous la voyez ainsi dans son sujet ^ vous exprimez un jugement formel.

Nous bornerons là ces observations. Elles ont pu paraître longues et un peu pénibles; mais si on y réfléchit avec quelque attention, je me persuade qu'on les jugera riches en faits et fécondes en résultats. En effet, non-seulement vous y prouvez expliqués la nature et l'usage de l'interjection , du nom, du verbe et de l'adjectif; mai» encore vous y voyez quel est l'état primitif de la proposition; quelle est la marche, toujours

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