CHAPITRE IIL
je , que ces mots aient été , dan& l^nrigine » Je Tains sons pris arbitrairement. Je pençe, au contraire , comme je l'ai annoncé , qu.e c.e sont de» adjectifs déjà existans , ou des noms pris adjectivement , auxquels on a , par une nouvelle altération y fait jouer un nouveau rôle dans le discours. Ainsi , la préposition n'est proprement qu'un élément secondaire , qui n'a pu être introduit dans le langage qu'après l'invention du nom , du verbe et de l'adjectif. Pour rendre cette raison plus plausible^, c est ici le moment d'exposer comment je conçois qu'un adjectif ou un nom est devenu, une préposition..
Les premiers adjectifs , ce me semble ^ ont dû être de simples noms que l'on aura mis à côté d'un autre pour le modifier. Ainsi , on aura dit, u^ homme - amour , pour dire un homme amoureux. Ensuite , ou ces deux mots seront restés, unis , et voilà un dérivé créé , et le mot a/noMr.dèveuu tout de suite préposition composante ; ou ils seront demeurés séparés ^ et , pour mieux indiquer le nouveau rôle que jpue ^à ce Qom amour , on lui aura ajouté une syUabe.
Cette syllabe aura vraisemblablement été un autre nom dont la signification particulière était propre à indiquer Ja fonction adiective du mot amour, TeJle est , par exemple , la svUabe ant , de nos participes présens , qui est évidemment Vens des Latins , qiii exprime l'existence. Telle est peut-être aussi la syllabe eux elle-même. Du moins M. Butet , dans sa Lexicologie , remarquef-il qu'elle exprime toujours ab6ndance,pléDitude. Les adjectifs ainsi composés, ou de telle autre manière à peu près semblable , \\ est aisé d'entendre comment ceux d'entre eux , on des noms
IBo GRAMBIAIRE.
pris adjectiTement , qui exprimaient une idée de relation , ont pu devenir ae vraies propositions séparées et distinctes de tout autre élément du discours.
Notre mot pré* m'en fournira un exemple d'autant meilleur , qu'il est dans un état d'indécision qui montre toutes les nuances de cette transnpiutation. Dans cette phrase, ?> suis là toutprès^, on
Se ut dire que près est adverbe , puisqu'il tient eu dMne préposition et d'un nom , et qu'il remplace ces mots : Dans le voisinage , a proximité. Mais , sans anticiper sur ce que nous avons à dire des adverbes, on pourrait fort bien soutenir aussi qu'il est un adjectif, ou du moins un nom pris adjectivement > et qu'il veut dire , je suis là tout voisin 9 tout proche. Dans cette autre phrase , je suis près de vous , cette manière de le considérer devient encore plus plausible. Sans doute , on peut le regarder comme une préposition qui en exige un autre ; mais on a encore plus de raison de penser qu'il est un véritable adjectif, synonyme de voisin , de proche. Je suis près de tous , signifie bien exactement^'e suis voisin de vous , je suis proche de vus. Enfin , dans cette troisième pnrase que l'usage autorise aussi , et qu'il pourrait approuver encore plus formellement , je demeure près la porte de la ville . près est bien évidemment une préposition, comme sur dans celle-ci, ye demeure sur la rue^ Voilà, suivant moi , par quelle gradation certains noms et cer-* tains adjectifs ont pu et dû devenir des prépositions.
Notre préposition vers viendra encore à l'ap^ pui de cette idée. Elle dérive bien évidemment de versus ( tourné ) , participé de vertere, etdç