‹ Elémens d'idéologie (volume 2)Chapitre 43 sur 93 · TEMPS DES VERBES · texte numérisé non relu

TEMPS DES VERBES

ritable temps composé ^ c'est une phrase dans laquelle ^eux verbes se trouvent juxtaposes , et à la signification totale de laquelle ils contribuent , non pas seulement par la râleur de leurs temps , mais encore par celle de leurs significations propres. Dans ce cas , celui des deux qui est au mode attributif ne fait pas plus fonction d'auxiliaire que dans toute autre locution. En suivant cette méthode , nous nous ferons facilement une idée très-juste de toutes les formes possibles des verbes de toutes les langues qui s'offriront à nos regards. Si même l'usage avait donne' à quelques-unes une acception qui fût fondée sur une fausse analogie, nous le de'couvririons à l'instant.

Ainsi , par exemple , notre verbe avoir en français , est , comme tous les verbes adjectifs , formé du verbe être et d'un adjectif. Ayant ^ c'est étant ayant ; eu , c'est été ayant j fai , c'est^'e suis ajrant^ fat^ais f c'est j^ étais ayant ; y aurai , c'est jfe serai ayant , etc. 11 y a de plus des temps compose's dans lesquels il se sert d'auxiliaire à lui-même , et fl y joue bien réellement le rôle d'auxiliaire ^ car le temps au mode attributif qui y entre , ne tire aucune valeur de sa signification propre d^at^oir , de posséder ; il ne fait précisément que le même effet que ferait le temps correspondant du verbe simple. JPai eu , c'est exactement , la même chose que Je suis été ayant ; J'aurat eu , c'est Je serai été ayant , etc. L'un est un passé absolu, parce que c^st le présent uni au participe passé; l'autre est un futur passé absolu , parce que c'est le futur absolu joint au même participe passé. La valeur totale résulte légitimement de la valeur de chacune des parties . Il en est de même dans tous les temps de notre

verbe auoir ; et on peut dire la même diose de tous les temps où le verbe ai^ocr se sert d'auxiliaire à luimême , en italien , en allemand et en anglfeiis. '

C'est encore de même quand ensuite ce verbe ai^oir devient auxiliaire du verbe être. Vous voyez dans notre tableau « que partout où il entre dans la composition du verbe ^/re , il y joue le même rôle qu y jouerait pareil temps de ce verbe être. Cela est bien e' vident , puisaue tous les temps composés , français et anglais , où entre le verbe auoir., sont parfaitement analogues aux temps de même valeur ,- italiens et allemands, où le verbe ^2re se compose lui-même. C'est là vraiment être auxiliaire.

On n'en peut pas dire autant des verbes werden en allemand, et shatl, willy niay , etc., en anglais. Dansic/i werdewerden , ich^werdeseyrif je deviendrai , je serai, mot à mot, je deviens devenir , je deviens éti^ , je suis devenant devenir , je suis devenant être, on ne trouve, comme nous l'avons déjà remarque', qu'une série de temps présens qui forment une exprettsion future, grâces à la signitication propre à l'adjectif «/e^^e/ta/i/. II en est de même en anglais de i malt ^e , je dois être , je suis devant être^ iwiU be^ je veux être, je suis voulant être, pour dire 7*0 serai. Ce ne sont donc pas là des temps composés,mais des périphrases destinées à remplacer le manque d'un temps , comme si en français on disait , je suis destiné à être , je suis sur le point d'être. Les mêmes réflexions s appliquent à ces phrases françaises , je vais faire , je viens de faire , que l'oA a aussi voulu regarder comme des temps du verbe ^aire. Ce sont uniquement des manières d'employer le présent du verbe aller et du verbe venir, 'l'outcs ers phrases

TEMPS DES VERBES. i5^

ne sont point des temps composas , sans quoi il faudrait dire que , je sortirai dans une heure , dans deux heures , dans trois heures , sont autant de futurs diffërens du verbe sortir; et que , je fais bien, mal, lentement, Tite , etc. , sont autant de modes du verbe^irc.

Les verbes qui entrent dans ces locutions ne sont donc point des verbes auxiliaires. Il n'y a absolument dans le langage que deux verr>es auxiliaires, être et avoir* Il ne devrait même y en avoir qu'un , qui est le verbe être j et il n'y en a deux dans beaucoup de langues , que parce qu'on y est convenu d'employer le verbe avoir dans certaines occasions ; pre'cis^ment et exactement comme s'il n'avait pas d'autre signification que le verbe être.

Cette observation va nous faire trouver la vë ritable analyse de tous les temps des verbes adjectifs de toutes les espèces ^ rendre manifeste ce que nous avons déjà indiqué , que c'est se më^ prendre étrangement , de prendre pour le même verbe ce qu'on appelUi la voix passive et la voix active , et nous appj^endre ce que nous devons penser de tous ces prétendus participes passés passifs t gérondifs , supins , etc. , qui ont tant embarrassé les grammairiens.

J'aime , "amo , c'est je suis aimant , ou je suis étant aimant. C'est le présent du verbe être au mode attributif, avec le simple adjectif aima/it, ou avec le présent du verbe aimer au mode adjectif, qui renferme le présent du verbe être au même mode. Ces deux analyses sont équivalentes l'une à l'autre. La seconde renferme un pléonasme , l'existence étant déjà suffisamment exprimée par le présent du mode attributif.

i6o GBAMMAIBE.

J'ai aimé, ho amato y amaifi, ëquiralent Ji je, suis éXjé aimant. Cest le présent du mode attributif do ytrheauoir, qui ne fait absolument pas d'autres fonctions que ne ferait le même temps du yerbe être, et qui est jointe au passé du mode adjectif du yerbe aimer ; et cela forme un passé absolu y parce que ce supin , ce participe passé actif , comme on voudra l'appeler, est réellement l'adjectif aimant réuni ayec le participe passé été au. verbe simple.

De même , je suis aimé , sono amato , amor , est le présent d'un mode attributif, parce que ce n'est autre cbose que ce temps du verbe être uni à un adjectif. Aimé , amato , ne sont là purement et uniquement que de simples adjectifs , comme content , malheureux , ou tout autre. Dans les deux premières langues , ces locutions ne sont donc absolument qu'un emploi du verbe être.

On peut et l'on doit dire qu^il n'y a (ju'en latin qu'il existe un verbe adjectif, qui signifie être

, puis( amans, et Pautre-del'adjefttif am^£u5.

J'ai été aimé , io sono stato amato, sont de même des passés absolus du verbe être , et non d'aucun verbe adjectif.

Maintenant , s'il est bien vrai, comme le disent les rudimentaires, que amatus sum et amatusfui veuillent également dire tous deux j'ai été aimé , je suis été aimé, il faut absolument reconnatlre deux choses différentes dans le prétendu participe passé passif amatus, H faut que dans amatus sum, il sig^nifie été aimé, et que dans amatus Jui, il signi&e étant aimé, ou aimé tout simple-

TEMPS DES VEBBES. i6l

ment. H faut qqe dans le premier cas il soit participe passe , et dans le second participe présent , ou simple adjectif. Car , si dans le premier cas il était participe présent ou adjectif , amatussum voudrait dire , je suis étant aimé, je suis aimé ^ et si dans le second il était participe passé , amatusfui voudrait dire , j'ai été-été aimé, je suis été-été aimé, La nécessité de la même distinction se retrouve dans les temps amatus eram ou Jueram , j'avais été aimé, amatus sim ou fuerini , j'aie été aimé, et autres. On voit donc combien il est inexact de dire toujours indistinctement que amatus est un participe passé passif.

La içémc réflexion s'applique d'une autre manière a ce que les rudimens appellent , dans les verbes déponens, le participe actif passé. Imitans signiOant imitant, imitatussï^iiîe non pas précisément, comme ils disent, ayant imitée mais plus exactement été imitant. Alors imitatus sum veut bien dire j'ai imité , je suis été imitant , comme ferait imitans fui, s'il était usité j mais imitatus 'Jui doit nécessairement exprimer un degré de passé de plus, il "Boit signifier, j'ai eu imité, mot à mot, je suis été-étc imitant f et la même gradation doit se retrouver dans les autres temps .êemblables. Au reste, en l'observant , cette gradation , imitatus ne change pas de valeur,' il est toujours participe passé ^ il signifie toujours été imitant, dans ces phrases. Mais dans celle-ci ^ scriptura imitata, ou imitatione expressa, et autres semblables, il signifie bien exactement imité : il est bien uniquement l'adjectif imité , copié. Ainsi , le mot imitatus se trouve précisément dans le même cas que notre mot français imité , qui, dans j'ai imité, signifie été imitant, et est participe passé ^ et dansy'e sub ikiité , ne

i6i GAAMMAlRfi.

signifie que imité, et est. un simple adjectif. Le^ grammairiens latins ont donc autant de tort que les grammairiens français, de n'avoir pas distia~ guë des choses aussi différentes. Cette attention aurait sauve aux uns et aux autres bien des embarras.

La vraie valeur de ces supins , sur laquelle on a tant disputé, eût été trouvée tout de suite. Ils sont le vrai participe passé' actif, employé substantivement , quoiqu'il n'existe pas adjectivement. l\ous allons en trouver la preuve dans cette phrase de Tite-Live , si souvent prise pour exemple : Dià non perlitatum tenuerat dictattyrem , mot â mot ( n^auoir pas fait pendant long temps des sacrifices agréables aux dieux , avait retenu le dictateur). En effet, que l'usage le permette ou non , perlitare , c'est esse perlitans. Perlitans , c'est étant faisant des sacrifices agréables j perlitatus , c'est été faisant , etc. IVon perlitatum , sujet d'un verbe , c'est no/i été faisant pris substantivement, ou n'être pas été faisant des sacrifices agréables. Il n'y a pas la moindre difficulté. Si au contraire on confond dans le même 'mot la signification sacrifié et celle été sacrifiant, il n'y a plus moyen de s'y reconnaître.

Les gérondifs, tant français que latins, sont de même des cas de certains participes ou adjectifs verbaux , employés substantivement. En lisant, c'est pendant, ou par le moyen de la qualité étant lisant , prise substantivement j c'est pendant être étant lisant.

Cela nous fait voir en passant , pourquoi Beau- Kee a eu raison de soutenir que les gérondifs et Je» supins latins, malgré leur forme, sont phi-

TEMPS DES VERBES. ï«

tôt des cas de Tinfînitif que du participe dont ils dérivent. C'est qu'iU n'appartiennent à ce participe qu'autant qu'il est pris subsiantiyement. Or , l'infinitif est le verbe au mode substantif. Le participe est le même verbe au mode adjectif. Mais quand ce mode adjectif est pris substantivement , il devient parfaitement identique avec le substantif. Les supins et ge'rondifs sont donc autant des cas de l'infinitif que du participe ; et ces participes eux-mêmes , pris substantivement , sont de vrais temps de Finfînitif.

Notre manière de voir nous fait aussi trouver tout de suite ce que nous devons penser de ce temps, dictum est. Dictum^ soit adjectif| soit participe , est pris là substantivement , puisqu'il est le sujet de la phrase. Est-il simple adjectif? Signiue-t-il dit , dite ? Dictum est est un présent*, celui du verbe être. Gela veut dire , dit est , il est dit, on dit. Dictum est-il supin ? ( participe» actif passé pris substantivement ), signifie-t-il été disant ? Dictum est est un passé. Il veut dire été disant eU , il a été dit , on a dit.

Il serait peut-être plus simple , au reste , de recarder dictum comme un participe neutre ou indéclinable du verbe être dit ; alors il faudrait seulement décider s'il en est le participe présent , ou s'il en est le participe passé. Cela rentre dan» ce que nous avons dit des participes passifs.

En suivant nos principes , on voit facilement encore pourquoi , je ferai cela et cela sera fait , sont le même temps , quoiqu'ils aient une valeur difie'rente. C'est qu'ils n'appartiennent pas au même verbe adjectif. L'un est le verbe être faisant , et l'autre le verbe être fait : la différence de leur expression tient A celle propre à l'adjectif

composant. Par la même raison, en sens contraire, j'aurai fait cela (je serai ét^ faisant cela ) équivaut à cela sera Jait , et est un temps différent : c'est que Fadjecuf^Ma/it et l'adjectif yài« sont deu3t choses trés-distinctes , dont l^une est nëcessairement postérieure à Fautre , comme poursuivre et atteindre j mais cela ne fait .rien au temps du verbe Ci).

Kous trouvons encore dans la même source ce que nous devons penser de certaines locutions latines , que l'on nous donne pour des temps composes , telles que celles-ci , precaturus sum , precaturus eram , precaturus ero. Je vois bien ({ue la première est un vrai temps composé^ c'est je suis devant prier. Il est e'quivalent à precan» ero , je serai priant. Dans l'un , c'est le mode participe qui marque le futur et le mode attributif qui marque le présent, et dans l'autre c'est le contraire. Mais dans tous deux, je trouve un présent et un futur , et je puis les ramener à un temps unique du verbe être et à un simple adjectif (ye serai priant ). Mais je ne puis p^s faire de mêmp de precaturus eram, pas plus, au reste, que defuturus eram , j'étais devant prier , j'e'tais aevant être. Là , il y a deux temps distincts , que je ne puis pas fondre en un. Le temps attributif exprime une existence passée , contemporaine d'une circonstance énoncée. Cette circonstance consiste , à la vérité , à devoir être , à devoir faire quelque chose j j'en conviens. Mais cela est étranger au temps qu'exprime eram , j'étais j et

(l) De inéme , eétU prédielion i^aeromplira ^uani..,. et c«H« pr^* dUiion êtra accomplie f«afi^.... ont deux valeurs di6f<îtente8, quoique ce soit -le même temps. Mais l'un est uu temps du verbe accomplir, itr* accompHuant , et l'autre un temps du verbe éir* acetmpii.

TEMPS DES VERBES i65

comme tous les temps , dans le discours, doivent être relatifs au moment de l'acte de la parole , c'est eram qui fixe cette relation comme- passée , et elle ne peut deyenir future. J'en conclus que ce n'est point là un vrai temps composé, mais deux temps distincts de deux verbes différens à la suite l'un de l'autre , comme si je disais , j'étais destiné à devenir un jour infirme. Assurément , personne ne regarderait cela comme un temps futur. En effet, rappelons-nous que dans tous nos discours , Texistence est considérée comme positive ou comme éventuelle; et il peut bien y avoir dans l'existence éventuelle des époques passées par rapport à d'autres , sans qu'elle cesse d'être éventuelle. C'est ce qui produit les futurs passés. Mais mêler ensemble, dans le même temps d'un verbe , l'existence passée par rapport à l'acte de la parole. , et par conséquent positive , et l'existence future par rapport au même acte , et par conséquent éventuelle , c'est une chose contradictoire. Et même admettre seulement des futurs dans les temps passés de l'existence positive, c'est donner naissance à une confusion inextricable. Il ej}t bien plus simple de regarder ces locutions comme composées de deux temps différens de deux verbes distincts ou du même verbe , qui se suivent , mais qui ne sont pas réunis. Quant à futurus ero ou preçaturus ero , il est bien visible

Î[ue c'est un futur ajouté et non réuni à un autre utur : c'est , je serai devant être ou devant priex;, j'aurai à être ou à prier. Ce n'est pas là un temps composé.

Je m'arrête , et ne m'étendrai pas davantage sur ces détails. On ne peut ni examiner tous les cas différens , ni discuter tous les idiotisroes de

toutes les laa^ues; et j^aipeut-^tre «Jéjà trop multiplie ces analyses particulières , dont ({uelquesuses d'ailleurs pourraient ne pas paraître satisfaisantes, sans que les principes géne'raux dussent être rejete's.

Or , ces principes se réduisent à ceci.

Tous les yerbes , dans tous les langages possibles , ne sont toujours que le Terbe être uni à un adjectif.

Gela posé , il est absolument impossible qu'ils aient d'autres temps et d'autres modes que ceux du verbe être.

Par conséquent ce sont les modes et les temps de ce verbe que nous devons chercher à déterminer ; et quand nous les aurons trouvés , nous connattrons ceux de tous les autres.

Ce verbe est essentiellement un adjectif qui, suivant les occasions , devient substantif ou attribut, ce qui fait au'il a trois modes réels, l'adjectif, le substantit, et l'attributif, et «pi'iln'en pent pas avoir d'autres.

Il peut avoir tous les temps* possibles à chacun de ces modes ; mais comme d'une part le discours •xprime toujours une pensée actuelle, et comme de l'antre ïe caractère essentiel du verbe est d'être un adjectif, en décomposant ces temps on trouve toujours qu'ils se réduisent à un présent et à un temps du mode adjectif.

Par conséquent , si son mode adjectif était complet, il suffirait, pour l'expression de toutes les modifications de la pensée , qu'il eût un présent substantif et un présent attributif : mais il n'en est point ainsi : et au contraire, ce n'est qu'au mode attributif que nous lui trouvons tous les temps dont il est susceptible. •

TEMPS DES \ERBES. 167

Ils sont aa nombre de douze , tous relatifs au moment de Tacte de la parole.

Six expriment des modifications de Texistence

I>ositive , et six autres , des modifications de 'existence éventuelle ; et dans chàciine de ces deux classes , trois de ces temps expriment de plus un rapport de simultanéité avec une autre existence désignée ou non.

Le prétendu mode subjonctif n'est qu'un cas oblique du mode attributif, que l'on emploie dans des phrases gouvernées par la conjonction que, et, dans certaines langues, dans des phrases gouvernées par d'autres conjonctions, mais qui renferment toujours la conjonction que , comme nous l'avons vu chap. 3 « $ 7.

Il est si vrai que le subjonctif n'est qu'un cas oblique du mode attributif , que dans les langues où l'on emploie la locution appelée par les rudimentaires le que retranché^ le subjonctif est rem-

{>lacé par le mode substantif ou adjectif mis A 'accusatif. C'est ainsi que l'on doit considérer CCS expressions : credo rue esse felicem, credo me futurum essefeliceriiy je crois moi être heureux , je crois moi devant être heureux , remplaçant celles-ci , je crois que je suis , que je serai lieureux.

La destination dnsubjonctif étant uniquement d'exprimer l'existence subordonnée , il n y a pas lieu à la distinguer en existence positive et existence éventuelle. C'est pourquoi il n'a jamais rf ue six temps, qui répondent également aux deux classes des temps du cas direct.

Ce cas oblique du mode attributif est aussi inutile que le sont ceux des noms , quand leur dépendance d'un autre nofti est déjà marquée par

iG8 GRAMMAIRE.

une préposition ; ear la (dépendance du yerbe sub* jonctif est déjà exprimée par la conjdnction'âue, qui est une yeiîtaDle préposition de proposition . Au contraire t les cas des modes substantif et adjectif soAt utiles , comme ceux des autres substantifs et des autres adjectifs.

Le supin et les gérondifs sont des cas de ce» modes , et ne sont ni des modes , ni des temp» particuliers.

Tous les autres prétendus modes du verbe être ne sont que des manières elliptiques d'employer ceux dont nous yenons de parler; et ainsi, voilà Fétat exact de tous les temps possibles du verbe simple.

En outre, ce verbe simple est le seul verbe vraiment et nécessairement auxiliaire de tous les autres.

Il n'j a un autre auxiliaire, le verbe at^oir , . que parce qu'on est convenu de l'employer dans les temps composés , sans aucun égard pour sa signification propre , et absolument comme s'il n'en avait pas d'autre que le verbe être.

Tous les autres verbes regardés, mal à propos, comme auxiliaires , mêlant à la valeur réelle de leurs temps , qui ne sont autres que ceux du verbe être f qu'us renferment, une valeur particulière tirée de la signification propre de l'adjectif qu'ils y ajoutent, ne forment point avec le mode ad- ]ectif ou substantif d'un autre verbe de véritables temps composés , mais des phrases où deux verbes se trouvent juxtaposés , et ne sont pa» réunis en uû.

Ainsi, il y a autant de verbes adjectifs distincts, qa'il y a d^adjectifs différens unis au verbe simple.

TEMPS DTS VERBES. 169

Par conséquent, c'est tine grande' erreur et une source de confusions nombreuses , de reconnaître dans un verbe une voix active et une voix passive, et de prendre pour le même verbe deux verbes si différens.

Enfin , toutes les fois qu'on décompose un temps quelconque d'un verbe adjectif, on y trouve toujours un présent du verte être , substantif , adjectif, ou attribut, un temps du mode adjectif de ce même verbe être , et enfln un adjectif simple , exclusivement propre au verbe décomposé, et qui n'appartient à aucun autre.

Au moyen de ce petit nombre d'observations, tout se dénoue, s'éclaircit et se simplifie dans les conjugaisons des verbes , et toutes les règles de syntaxe qui y sont relatives s'expliquent d'elles-mêmes. J'aurais pu peut-être arriver plus directement à ces résultats 5 mais j'ai voulu laisser voir par quel chemin j'y ai été conduit , et montrer que s'ils présentent la théorie des conjugaidt *

analogies trompe et on avait toujours négligé de l'aller chercher dans la nature même de cet élément du discours. Il est vrai que , pour prendre cette route , il fallait auparavant avoir pleinement éclaircî la génération des idées et celle de leurs signes ; et c'est ce qu'on n'avait pas encore fait complètement , quoique dès long-temps on ait senti que c'était la seule manière d'arriver à la vérité. J'avoue que je crois y avoir réussi , et je suis persuadé que si lamais dans les rudimens et les grammaires particulières on prend ces idées pour bases des explications, on verra tout s'encTiatner dans un ordre

admirable, et toutes les anomalies apparentes venir se ranger dVlles- mêmes sous le joug des loi» générales. Du moins est-il certain que quand j^ai pris la plume , je n'étais moi-même décidé pour aucun système. Je ne cherchais qu'à exposer les conséquences des yérités établies précédemment, et à Yoir ce qui en résulterait ; j'ai été conduit comme par la main , et j'ai souvent été surpris de trouter à auel point tout s'enchatnâit et se confirmait réciproquement , et combien tout le système du mécanisme du langaeè devenait simple et un à mesure qu'il se complétait.

Mais' il est temps de revenir à la syntaxe , dont cette discussion nous a éloignés.

Page 1