CHAPITRE II
SEOOMPOSITIon BK 1k PROPOSITION DANS TOUS LIS LANGAGES , PRINCIPALEMENT DANS LE LANGAGE ARTICULE , ET SPi- CIAIEMENT DANS LA LANGUE FRANÇAISE.
U est donc certain <)ue toute proposition est l'énonce d'un jugement ; il est manifeste que le discours n'a aucune signification , quand il n'exprime pas un jugement quelconque. On ne peut pas même douter de ces vérités , quand on réflé- •chit sur la nature de notre intelligence, qui consiste toute entière à sentir et à juger , c'est-àdire à avoir des perceptions et à y démêler des circonstances. Cependant , quand on reporte son attention sur nos langues parlées., on a de la peine à leur faire l'application de ce principe si évident ; on est tenté de penser que l'on a eu tort de leregarder comme tel, et l'on est porté à croire
' >« GRAIAMAIBE.
que ces langues expriment beaucoup de choses qui ne sont pas des jugemens. Cela vient de ce que nos langages articules ont été si travailles , si tourmentes , si sophistique'sf ils ont revêtu des formes si varie'es, si syncopées, si de'toume'es,
3ue Ton a peine à reconnaître , à travers tant de éguiscmens , en quoi consiste la véritable expression de la pensée.
Souvent un seul de nos mots représente une proposition toute entière , exprime un jugement complet, et, ce qui est plus fort, n'exprime pas toujours le même. lYon , par exemple , veut dire je ne sens pas cela , ou je ne crois pas cela , ou je ne yeux pas cela , suivant la manière dont il est placé. Oui veut de même dire, ou je le crois, ou je le ferai , ou cela est convenu , ou cela est certain , suivant l'occasion. Car signifie également, suivant les cas, la cause, ou la preuve, ou la conséquence de cela est que , etc. Nos simples cris haye ! ah ! ouf! veulent dire quelquefois plaignez-moi ou secourez-moi, et d'autres fois seulement, je souffre, ou même je perds courage. Il en est de même de toutes nos interjections , d'un grand nombre de conjonctions , de plusieurs de ces mots que quelques grammairiens appellent des particules : ce sont autant d'énoncés de jugemens tout entiers.
On en peut dire autant, dans beaucoup de circonstances , de nos pronoms. Ils ne tiennent pas toujours la place d'un nom ; ils représentent souvent toute une proposition. Quand après avoir dit la paix est faite j'ajoute soyez - en sûr , croyezle , c'est comme si je disais, croyez ce jugement, soyez sûr de ce jugement^ la paix est faite. En et le signifient exactement cette proposition :