CHAPITRE VI. ft
s^occnper un moisent de Grammaire gënërale sans être fra})pë des Tices de tous nos laDgages et des inconveniens de leur multiplicité , et sans concevoir le désir de Toir naître une langue parfaite qui deyifnne universelle. Ces idées de
Seriection et d^universalité se confondent même ans la pensée , quoique ce soient deux choses distinctes ; et c'est encore là un hommage rendu à la raison , même dans le moment où on se repatt d'illusions ; car on sent si bien qu'il n'y a que ce qui est raisonnable qui puisse réunir tons les suffrages, que l'on fait de la perfection la condition et le moyen d'un assentiment unanime. Je n'ai pas été plus à l'abri qu'un autre du près* tige de ces brillantes chimères ; mais le lecteur a pu déjà s'apercevoir que j'en suis bien désabusé , au moins en ce qui concerne l'universalité ; et il a dû juger qu'un homme qui n'espère pas le consentement général pour un alphabet et une orthographe raisonnables et appropriés également à toutes les langues usitées, se flatte encore moins que l'on abandonne jamais toutes ces langues pour en adopter une seule , quelque parfaite qu elle soit. Effectivement , je crois fermement ce que j'ai dit ailleurs , qv^une langue universelle est aussi impossible que le mouuement perpélueL Je vois même une raison péremptoire de cette impossibilité ; c'est que , quand tous les hommes de la terre s accorderaient aujourd'hui pour parler la même langue , bientôt , par le seul fait de l'usage , elle s'altérerait et se modifierait de mille maniô'es différentes dans les divera pays , et donnerait naissance à autant d'idiomes (listincts, qui iraient toujours s'éloignant les uns des autres. Ainsi.il n'y aurait plus une langue
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nëoessairement étc quelque temps le premier qu'on a ini^entë, si on n'en a pas inventé plusieurs à la fois.
Je sais bien que l'on se retranche à dire que la langue universelle que l'on désire , est une langue commune et convenue entre tous les savans des différentes nations, bien qu'elle ne soit vulgaire nulle part. Mais une langue quelconque peut-elle devenir langue savante universelle sans être ou avoir été usuelle dans aucun pays ? Serait-il utile qu'il y eût une langue savante universelle ? et a quelles conditions cela serait-il utile ? Ce son^t là autant de questions secondaires dont nous allons trouver la solution , en entrant plus avant dans le sujet. Je m'y engage d'autant plus volontiers , que ce n'est point une discussion oiseuse, que l'examen de ce beau réye d'une langue universelle , soit savante , soit vulgaire. Il va nous fournir l'occasion de rapprocher ce que nous avons dit , dans la première partie de cet ouvrage , sur les propriétés géné^ raies des signes , de ce que nous avons vu dans celle-ci des effets particuliers des signes fugitifs et des signes permanens , et de tirer de tout cela quelques conséquences qui me paraissent terminer cètivenablenîent une Grammaire générale.
Relativement à la première question , je trouve d'abord qu'en ne considérant que la difficulté d'un consentement unanime , il est tout aussi impossible de l'obtenir des seuls savans que du reste des hommes. Une langue , soit savante , soit vulgaire , ne s'étaMira jamaiar de partie faite et de
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dessein prémédité. Un homme en eût-il compose^ à lui tout seul, une qui fût admirable, qui nô ressemblât à aucune autre , et qui fût supérieure à toutes les autres (et cette supposition est absurde par mille raisons que nous verrons bientôt), il n'obtiendrait pas plus, d'un grand nombre d'écrivains de divers pays, de rapprendre et de s'en servir uniquement, qu'il n'obtiendrait de tous les hommes d'une nation de la substituer à celle qu'ils parlent, parce que les habitudes des uns et des autres y résistent également, que l'homme est tout entier dans ses habitudes et dans celles de ses semblables ,»et qu'il deviendait incapable de tout , s'il renonçait aux avantages qu'il tire de l'habitude pour la combinaison et la communication de ses idées.
Une langue se forme et se compose petit à petit par Pusage, et sans projet. Elle s'étend avec le peuple qui s'en sert ; elle se répand (toujours en tant que langue vulgaire ) par les conquêtes , par la religion , par le commerce , et surtout par les colonies ; ensuite elle devient langue savante par les bons ouvrages qu'elle possède , qui obligent les savans étrangers a l'apprendre ^ et si ces ouvrages sont tels et si nombreux que nul homme ne puisse se dispenser de les connaître sans être privé d'uoe grande partie des lumières de son siècle , cette langue devient langue savante universelle : car non-seulement touA les hommes éclairés la savent,, mais il n'y a d'hommes vraiment éclairés que ceux qui la saventf et bientôt ils s'en servent tous de préférence dans leurs écrits , comme du moyen le plus prompt et le plus sûr pour être entendus par tout ce qui compte dans le monde saivant , et pour être jugea par leurs pairs. - •
aBo SBAMMATBF;
L'égalité delamiéres entre plnsieun nations <}ui ont des langues rulgaires uiffërentes^ et la perfection de chacune de ces langues vulgaires , résistent à cette suprématie, a'abonl par le grand nombre de bons ouTrages que possède cha~ Gune de ces langues , et ensuite par la facilité des traductions , qui Penricfaissent de tous ceux qu^elle ne possède pas. Aussi le latin a-t«-il joui pendant bien des siècles de cette dominatioii , ezclusiTe dans POccident, par l'ezceUence de ses productions , et parce que toutes les autres langues n'étaient que des patois informes. Il n'a pas même partage son empire avec la langue grecque et la langue arabe , Traisemblablement parce quHl était presque partout, sinon la langue vulgaire, du moins celle de la religion et du gouvernement j et il l'a perdu en grande partie dès que les lumières se sont répai^lues , et que les langues vulgaires se sont perfectionnées. Le français , au contraire, n'est pas venu dans des temps si favorables à son ambition. Sans entreprendre de discuter le mérite d^ tel ou tel auteur , on peut dire en général que la langue française est plus riche en ouvrages précieux de tous genres , que ne Ta jamais été la langue latine ; on du moins , pour nous réduire à une assertion incontestable i il y asplus de vraies oonaaissances consignées dans les livres français , qu'il n'y en a jamais en dans les livres latins. Cependant la langue française -n'est pas aussi dominante ^e l'a été la langue latine , nialgré qu'eue le soit , ce me semblé, à peu près autiant qu'une langue peut l'être, dans un temps où elle a des nvâes di^es d'elle. ■ ■ . ,
Quoixpi'il «a soit, «et le l&^itf et le français sont devenus universels^ oo presxfQedf iversjBlsytommç
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