‹ Elémens d'idéologie (volume 2)Chapitre 72 sur 93 · CHAPITRE VI. t6i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. t6i

lantfiws savantes» par les moyens aue nons ayons indiques ; et je me crois en droit a'affirmer qu'il n'y en a pas d'autres par lesquels une langue puisse parvenir à ce succès. Ainsi voilà , suivant moi , la première question résolue par la ne'ga* tive. Passons à la seconde.

Serait-il utile qu'il y eût une langue savante universelle ? Il est claur que l'universalité d'une langue savante est utile , en ménageant le temns des hommes studieux, et en leur épargnant la peine et les dangers des traductions ; mais il ne l'est pas moins que, partout où cette langue savante n'est pas en même temps la langue vulgaire , cet avantage est compensé par un accroissement de difficultés dans la diffusion 'des lumières. Les savans , dans cette position ^ communiquent plus facilement avec les savans étrangers, mais bien moins avec la foule de leurs compatriotes. Ceux-ci s'éclairent donc bien plus lentement que si l'on se mettait plus à leur portée. Or, la masse du public réagit si puissamment sur ceux même qui 1 instruisent, soit en les jugeant» soit en lenr foumissaift des sujets d'observations , soit en leur suggérant des vues, soit en leur montrant tous les procédés des arts, et toutes les institutions sociales dans nn état plus perfectionné ; en un mot, il est si difficile d'être à un haut degré au-Klessas de ceux avec qui l'on vit, et Vxm est si fortement influencé par l'état des lumières de sa patrie, que les hommes mêmQ qui sjiot faits pour surpasser leurs compatriotes, ont beaucoup è perdre à tout ce qui retient ceux-ci dans un état inférieur à celui auquel ils auraient

ÏHt parvenir; leur nombre même, et celui de > eort successeurs, doit en être fort diminué ; car

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a?ec qnelle peine ne doit-il pas s'ëleyer des hommes supérieurs , dans une nation qui n^a au> ctine communication directe avec ceux qui sont d^jà formés? En outre, la the'orie de la formation des idées et de Tinfluence des habitudes nous apprend que même les hommes supe'rieurs , ont un très-grand désavantage en étudiant et en écrivant dans une langue qui enfin n*est pas lear langue naturelle, qui ne se lie pas intimement et complètement avec leurs habitudes les plus profondes j et cette dernière considération , ouoique peu aperçue, est si importante, qu'il en doit résulter une supériorité incontestaole en faveur de ceux dont la langue savante est en même temps la langue usuelle.

< Par toutes ces raisons, je croîs que ratilité d'une langue universelle purement savante est plus que compensée par ses ioconvéniens, partout où elle n'est pas la langue usuelle , et que son effet inévitable , en supposant qu'elle ne rallentisse pas le progrès des lumières, c9t de les concentrer et de les réduire à un foyer unique, ce qui est une autre manière de leur nuire ex,trémement.

Je répondrai donc à la seconde question, et en même temps à la troisième , qu'il n est pas à désirer qu'une langue quelconque devienne nnivei^ selle en tant que savante et non usuelle, à moins qu'elle ne fournisse aux hommes éclairés des moyens de combiner et d'exprimer leurs idëes , plus sûrs et plus exacts que ceux que leur ofin. raient tous les autres idiomes usités, ce qui serai ^ sans doute d'un avantage inappréciable ^ maig alors ce ne serait pas à raison de son universalité qu'elle serait utile » mais à raison de sa perfection .

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