‹ Elemens d'ideologie (volume 3)Chapitre 111 sur 203 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

dire, non-seulement comme Locke, que toutes nos idées viennent des sens, mais encore qu’elles ne sont que des sensations de différentes espèces. Cependant cela n’est pas complètement net, et souvent les explications subséquentes obscurcissent encore ces traits de lumière. J’aurais donc mieux aimé qu’il dit : Sentir est un phénomène de notre organisation, quelle qu’en soit la cause ; et penser n’est rien que sentir. Ce que nous appelons la faculté de penser, la pensée, n’est autre chose que la faculté de sentir, la sensibilité prise dans le sens le plus étendu. Toutes nos idées , toutes nos perceptions sont des choses que nous sentons, c’est-à-dire des sensations , auxquelles nous donnons différens noms, suivant leurs différens effets et leurs différens caractères.

Alors, au lieu d’expliquer péniblement comment la sensation devient mémoire, jugement, volonté, et mille autres choses, il aurait dit tout simplement, comme nous, que notre faculté de sentir ou penser consiste à sentir des sensations proprement dites, des souvenirs, des rapports, des de-

sirs, et tout ce qu’il aurait jugé à propos d’y distinguer.

Je crois ces deux manières de s’exprimer bien identiques. Cependant, telle est la conséquence de présenter la même idée sous un aspect ou sous un autre, que quand, par la suite de mes observations et de mes réflexions , j’ai été conduit à conclure qup toutes nos idées ne sont que des sensations diverses, et que penser, sentir et exister ne sont pour nous qu’une seule et même chose, j’ai cru fermement ne l’avoir pas appris de Condillac; et peut-être beaucoup de ses sectateurs ne conviendront pas que je dise la même chose que lui, ni par conséquent que j’aie raison.

Il y a plus; je suis persuadé que s’il avait rédigé son propre principe sous la forme que je lui donne, cet excellent esprit qui lui a fait éliminer tant d’idées fausses et vagues, l’aurait amené nécessairement à ne plus reconnaître dans la pensée toutes ces opérations parasites qu’il y admet encore s et qui ne font qu’embrouiller l’analyse qu’il en a faite , ce qui a été un vrai malheur pour la science. Au reste, peut-être a-t-il cru s’être (hit entendre suffisamment; peut-être n’a-t-il

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