CHAPITRE Xll
presque toutes les impressions produites par chacun d’eux different entr’elles plus ou moins , ensorte qu’aucune ou presqu’aucune des perceptions qui nous viennent par un nerf n’est exactement la même que celle que nous devons à un autre nerf. La preuve en est qu’aucune de nos differentes sensations, même de celles qui ont le plus d’analogie entr’elles, ne sont complètement semblables.
Malgré ces différences vraisemblables entre les divers mouvemens nerveux qui produisent chacune de nos sensations proprement dites, iis ont ensemble un point de ressemblance , c’est de partir tous de l’extrémité de nos nerfs la plus éloignée du centre commun, et de se diriger vers ce centre, tandis que ceux qui nous occasionnent les perceptions que nous nommons souvenirs, jugemens, désirs, sont purement internes, et peut-être même se portent du centre vers la circonférence.
Raisonnant sur ceux-ci comme j’ai fait sur les premiers , je suis conduit à croire que le mouvement quelconque en vertu duquel j’ai le sentiment d’un souvenir, ne saurait être le même que celui par lequel je perçois un j ugement, ni celui-ci le même que
celui qui me donne le sentiment d’un désir; et en outre, chaque perception de chacune de ces classes doit être produite par un mouvement particulier. Elles sont trop différentes entr’elles pour être les effets de causes identiques. Je conçois donc que toutes ces affections sont les résultats d’autant de mouvemens divers qui se passent en moi, et qui sont si fugitifs et si fins, que je ne puis les apercevoir que parleurs produits, mes perceptions. On voit par ces réflexions quelle prodigieuse quantité de mouvemens differens s’opèrent en nous, sans compter même tous ceux, peut-être très-nombreux aussi, qui ne sont la source d’aucune perception.
Je ne pousserai pas plus loin ces observations sur la faculté de nous mouvoir; elles sont suffisantes pour l’objet que je me propose. Il s’agit maintenant de voir quelle est l’influence de notre volonté sur tous ces mouvemens et sur les effets qu’ils produisent.