‹ Elemens d'ideologie (volume 3)Chapitre 118 sur 203 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

De V influence de notre Faculté de vouloir sur celle de nous mouvoir, et sur chacune de celles qui composent la Faculté de penser.

"V" ous avez vu, chapitre Y, combien elle est importante pour nous cette faculté de former des désirs, puisqu’elle est la cause de tous nos plaisirs et de toutes nos peines ? suivant que ces désirs sont ou ne sont pas accomplis. Elle n’est pas moins remarquable par cette heureuse circonstance, que nos désirs exercent souvent un grand pouvoir sur nos actions et sur nos pensées. Il est donc intéressant d’examiner la nature et les limites de ce pouvoir, et jusqu’à quel point il s’étend sur nos differentes facultés. Les réflexions contenues dans le chapitre précédent nous permettant de ne regarder dorénavant l’action de penser que comme une circonstance qui accompagne souvent celle de nous mouvoir, nous allons d’abord parler du pouvoir de notre volonté sur celle-ci, et ensuite nous dirons en peu de mots quelle

24ô IDÉOLOGIE.

est son influence sur chacune de nos facultés

intellectuelles.

On peut distribuer tous nos mouvemens en plusieurs classes , eu égard aux degrés de dépendance où ils sont de notre volonté. Ces espèces de tableaux détaillés des phénomènes de notre existence sont d’une grande utilité pour nous en faire prendre des idées justes, en nous accoutumant à y remarquer des circonstances auxquelles le plus souvent on ne fait aucune attention.

Beaucoup de nos mouvemens s’exécutent en nous sans que nous en ayons jamais la moindre connaissance. De ce nombre sont presque tous les mouvemens qui entretiennent et renouvellent à chaque instant notre vie; et ce sont par conséquent les plus nécessaires à notre existence. Nous étant complètement inconnus, il n’y a pas de doute que notre volonté n’a sur eux aucun empire.

Il en existe d’autres dont quelquefois nous avons la conscience, et qui quelquefois aussi s’exécutent à notre insu. Dans ce dernier cas ils rentrent dans la première classe ; mais lors même qu’ils nous sont connus , tantôt ils sont absolument volontaires , tantôt ils s’exécutent sans que nous nous en mêlions;

souvent

cüatpitr'e XIIT. 24i-

souvent même ils ont lieu malgré notre volonté expresse de lès empêcher.

Il en est encore que nous faisons toujours volontairement et d’autres toujours malgré nous. Enfin, il en est que notre organisation nous rend constamment impossibles , même lorsque nous désirons le plus de les faire.

L’empire de notre volonté sur notre faculté de nous mouvoir > est donc très - différent dans les différens cas, et souvent resserré dans des bornes très-étroites. Remarquons encore, en terminant cette énumération de nos mouvemens, que ceux qüi sont le plus soumis à notre volonté, tels que ceux qui consistent dans l’usage ordinaire de nos membres, sont eux-mêmes le produit d’une foule d’autres mouvemens internes qui ont lieu sans notre volonté expresse, ou même sans que nous le sachions 5 ensortë que ce n’est proprement que les résultats qüi s’opèrent parce que nous le voulons, mais que les mouvemens qui y préparent s’exécutent d’eux-mêmes, à quelques nuances près, suh vant les cas;

Si de la faculté de nous mouvoir nous passons à nos facultés intellectuelles, la réflexion précédente y trouve encore bien plus d’ap-

plications. Sans doute, comme nous l’avons déjà dit, toutes nos perceptions sont des produits de mouvemens opérés au- dedans de nous; mais aucuns d’eux ne se laissent apercevoir ; et quand nous desirons réveiller en nous telle ou telle perception, nous sommes assurément bien incapables de faire avec attention aucun des mouvemens internes nécessaires pour la produire. Ils nous sont même si complètement inconnus, que nous n’en ferons aucune mention ici. Nous allons seulement indiquer en peu de mots jusqu’à quel point et dans quel sens on peut dire qu’il dépend de nous d’éprouver telle ou telle impression, d’exercer telle ou telle de nos facultés intellectuelles. Commençons par la sensibilité proprement dite.

Il ne dépend pas de nous de ne pas percevoir les sensations, c’est-à-dire de ne pas sentir les ébranlemens que les corps extérieurs causent dans les organes de nos sens, ou ceux que les parties mêmes de notre corps excitent les unes dans les autres par leur action mutuelle. Il ne dépend pas de nous davantage de modifier les impressions qu’elles nous font, c’est-à-dire de trouver agréables ou désagréables celles qui ne le

Page 1