‹ Elemens d'ideologie (volume 3)Chapitre 125 sur 203 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

fieu presque sans que nous nous en apercevions, ou même totalement à notre insu.

C’est ce que nous allons voir plus en détail en parlant des effets de la fréquente répétition de nos opérations intellectuelles.

Puisque toutes nos opérations intellectuelles, nos perceptions, sont des effets dé mouvemens qui s’opèrent dans nos organes , il est nécessaire qu’elles participent auxmodificatious qu’apporte dans tout mouvement la circonstance d’être fréquemment répété , mais comme les conséquences n’en sont pas exactement les mêmes pour nos differentes espèces de perceptions, il faut les considérer séparément. Commençons par les sensations proprement dites.

Le mouvement qui a lieu lorsque noué percevons une sensation, devient plus rapide et plus facile quand il a été fréquemment répété ; il doit donc se faire qu’une sensation souvent éprouvée soit moins vive pour nous : c’est aussi ce qui s’observe. Elle ne produit plus en nous ce sentiment de surprise (1) qui nous excite si vivement les

(1) N’entendez ici par ce mot que la surprise pour ainsi dire mécanique , et non pas cette -espèce de sur-

premières fois ; plus elle se renouvelle souvent, moins elle attire notre attention j et si enfin elle est trop fréquente ou trop prolongée, elle finit par n’être plus aperçue, comme lorsque nous sentons trop longtemps la même odeur ou le meme goût, du le même degré de lumière ou de température (1). Quand l’effet contraire anive, comme lorsqu’une douleur nous devient

prise réfléchie ou d’admiration qui est l’ouvrage du jugement, et qui, par conséquent, augmente avec les connaissances. Nous en parlerons en son lieu.

(i) Je ne serais pas surpris du tout que ce fût là une des raisons, et peut-être la principale, pour laquelle nous n’avons aucune conscience des mouvemens qui sont nécessaires à l’entretien de notre organisation, et qui s’opèrent continuellement pendant tout le temps d*e notre existence-, et je suis très-tenté de croire que, dans les premiers momens où nous commençons à sejitir , nous avons un sentiment très-marqué , et peutêtre assez distinct , de chacun de ces mouvemens , qui deviennent insensibles dans la suite. Beaucoup de faits observés dans les enfans , leurs ris , leurs pleurs sans cause apparente, autorisent cette conjecture , qui ne répugne pas a la raison. Au reste , je dis un sentiment assez distinct, et non pas très-distinct, parce qu’à cette époque l’action du jugement étant encore nouvelle et rare, et par conséquent lente et pénible, elle doit laisser dans la confusion beaucoup d’impres-

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