CHAPITRE II
une sensation. Elle n’a point de nom, mais elle était bien essentielle à remarquer. Nous l’appellerons la sensation de mouvement.
Enfin, il y a encore d’autres effets de la sensibilité, auxquels on donne communément plutôt le nom de sentiment que celui de sensation, et qui pourtant sont bien des résultats de fétat de nos nerfs, fort analogues à tous ceux dont nous venons de faire mention -, telles sont les impressions que nous éprouvons quand nous nous sentons fatigués ou dispos, engourdis ou agités, tristes ou gais. Je sais que l’on sera surpris de me voir ranger de pareils états de l’homme parmi les sensations simples , sur-tout les trois dernières , que l’on sera tenté de regarder plutôt comme des effets très-compliqués des différentes idées qui nous Occupent, et par conséquent comme des pensées, des sentimens très- composés. Cependant, de même que souvent l’on se sent dans un état d’accablement et de fatigue sans avoir auparavant exécuté de grands travaux, ou qüe l’on éprouve un sentiment d’hilarité et de bien-être sans un grand repos préalable, on ne peut nier qu’il arrive aussi que trèssouvent nous ressentons de l’agitation, de
la gaîté ou de la tristesse , sans motif. J’en appelle à l’expérience de tous les hommes , et sur-tout de ceux qui sont délicats et mobiles. L’état joyeux causé par une bonne nouvelle, ou par quelques verres de vin, n’est- il pas le même ? y a-t-il de la différence entre l’agitation de la fièvre et celle de finquiétude? ne confond-on pas aisément la langueur du mal d’estomac et celle de l’affliction? Pour moi, je sais qu’il m’est arrivé souvent de ne pouvoir discerner si le sentiment pénible que j’éprouvais était l’effet des circonstances tristes dans lesquelles j’étais, ou du dérangement actuel de ma digestion. D’ailleurs, lors même que ces sentimens sont l’effet de nos pensées, ils n’en sont pas moins des affections simples, qui ne sont ni des souvenirs, ni des jugemens , ni des désirs proprement dits. Ce sont donc des produits réels de la pure sensibilité, et j’ai du en faire mention ici; en un mot, ce sont de vraies sensations internes comme les précédentes.
Il en est de même de toutes les passions , à la différence que les passions proprement dites renferment toujours un désir. Dans la haine, est le désir de faire de la peine; dans