CHAPITRE XV. 2C
positions égales, l’homme qui n’auraient de ressources qu’en lui même , resterait encore bien loin en arrière du faible degré de perfectionnement du sauvage le plus stupide (i). Cette simple réflexion suffit pour nous faire sentir de quel triste état le genre humain est parti, et nous pouvons juger combien il a fallu de temps et de peines pour l’amener à celui où nous Je voyons, puisque nous avons continuellement sous les yeux des exemples de l’extrême difficulté avec laquelle on découvre la vérité qui paraît la plus simple, et de celle avec laquelle la masse des hommes reçoit des améliorations qui semblent nonseulement très-aisées , mais même pour ainsi dire inévitables.
(1) C’est ayec bien de la raison que de l’adjectif idio, qui signifie propre, particulier, comme dans les mots idiopathique , idio-électrique , on a fait le mot idiot pour désigner un homme d’une intelligence trèsbornée ; car tel serait bien effectivement l’état de celui qui n’aurait que des idées qui lui seraient propres , c’est-à-dire qui n’en aurait reçu aucune de; ses semblables. Tel serait l’état d’un sourd et muet de naissance à qui on n’aurait absolument jamais rien fait comprendre par des gestes. Encore aurait-il vu les actions des autres hommes, qui au moins faisaient fortement excité à penser.
2ç,)4 idéologie.
Observez encore que cette incapacité de l’homme dans son état primitif, ou, si l’on veut, dans l’état de nature, ne consiste pas seulement dans le peu d’étendue de ses connaissances, mais principalement dans la lenteur et la difficulté de ses opérations intellectuelles, au moins de toutes celles qui ne lui sont pas habituelles. Il n’en fait qu’un petit nombre, toujours les mêmes, celles qui sont nécessitées par ses besoins indispensables. Ces besoinsrenaissant sanscesse, les combinaisons d’idées qui s’y rapportent sont continuellement répétées; elles deviennent bientôt très-faciles et très - rapides : îi’étant mêlées à aucune autre, elles s’opèrent sans perturbation : elles sont de plus très-motivées et très-justes, parce qu’elles ne sont point fondées sur des ouï-dire ni sur des idées incomplètes, mais sur l’expérience même de l’individu; elles sont inventées et non apprises : mais toutes les autres restent dans un engourdissement total, et par conséquent d’une difficulté extrême.
Tel est l’état de l’homme primitif; tel est aussi le spectacle que nous offrent les animaux. Privés presqu’absol ument de moyens