CHAPITRE XV. 2q
commodes de communication intellectuelle avec leurs semblables, réduits à leurs propres combinaisons , que des inventions ingénieuses ne facilitent pas comme les nôtres* ils atteignent plus ou moins vite, mais toujours assez promptement, le degré de développement de leur intelligence, sans lequel ils ne pourraient subsister; mais ils ne le passent presque plus. Leur instinct est également remarquable par sa promptitude à se former, sa rectitude , sa sûreté , et par son peu d’étendue et son immutabilité. Ils nous surprennent continuellement et presque en même temps par leur finesse et par leur stupidité. L’esprit des sauvages, proportion gardée, nous cause les mêmes impressions , et a à peu près les mêmes qualités. Ils nous donnent souvent lieu d’admirer que des hommes si peu éclairés fassent des combi-r naisons si fines, et que, les faisant, ils soient tout-à-fait incapables d’en faire d’autres qui nous paraissent moins difficiles. Dans les sociétés civilisées, la classe qui a les communications les moins étendues et les moins variées offre des phénomènes analogues.
Les paysans des campagnes écartées, ceux des montagnes, sont remarquables par la
IDEOLOGIE.
rectitude d’un petit nombre de combinaisons, l’ignorance absolue d’une foute d’autres, et leur incapacité à en faire de nouvelles» Enfin, dans tous les degrés d’instruction et de perfectionnement, il est d’observation que plus un homme est isolé et ne doit ses connaissances qu’à lui-même, plus ses idées sont profondes et justes, mais moins elles embrassent avec succès des objets divers , et plus il est incapable de les modifier et de les étendre. Partout les mêmes causes produisent les mêmes effets; et la cause générale du perfectionnement de l’homme et de l’accroissement de sa capacité, est cette propriété qu’ont ses organes de recevoir une disposition permanente à l’occasion d’une impression passagère , et de devenir capables de faire très-promptement et très-facilement ce qu’ils avaient d’abord exécuté avec beaucoup de peine.
Nous ne pouvons comprendre le commencement de rien , pas plus celui du genre humain que celui du monde ou de toute autre chose. Peut-être l’homme est-il une combinaison des élémens qui le composent qui a passé par des transformations lentes et nombreuses avant d’arriver à l’orgam-