‹ Elemens d'ideologie (volume 3)Chapitre 149 sur 203 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

leur tact. Il n’y a que les sens du goût et de l’odorat sur lesquels nous ne puissions guère produire des impressions utiles pour cet objet; encore si nous étions convenus d’attacher certaines idées à telle odeur ou telle saveur bien distinctes, elles pourraient en devenir les signes jusqu’à un certain point. Tout ce qui représente nos idées est donc un signe, et tout système de signes est une langue ou un langage, et peut être nommé ainsi en prenant ces mots dans le sens générique et non dans le sens spécifique, et en faisant abstraction de la particularité qu’ils ont de dériver du nom des organes de la parole. C’est ainsi qu’il est reçu de dire la langue hiéroglyphique , le langage d’action ou celui des gestes, et même le langage des sourds et muets.

Nous devons donc regarder comme de vraies langues les assemblages de gestes par lesquels les pantomimes, les muets, parviennent à exprimer, non- seulement des sentimens très-fins, mais même des idées très-abstraites. Les gestes du comédien et de l’orateur, et même ceux des hommes qui causent le plus simplement, sont aussi une langue, car ils contribuent à expliquer leurs

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pensées ; mais une langue qui est surajoutée à leur langue parlée, qui toujours la modifie, qui souvent exprime toute autre chose que ce qu’elle dit, qui quelquefois même la contredit formellement.

Les divers systèmes de mouvemens télégraphiques, ceux des signaux dont on fait usage sur les flottes ou dans les armées, et dans diverses autres occasions, sont encore autant de langues plus ou moins riches, plus ou moins étendues, puisque ce sont des assemblages de signes qui représentent les idées qu’on est convenu d’y attacher , et qui les transmettent comme feraient les mots eux-mêmes.

La peinture et tous les genres de dessin sont une autre classe de langues, sur-tout quand on s’en sert comme les Mexicains, dont les annales étaient une suite de tableaux représentant les évènemens, ou comme nos architectes, nos naturalistes et nos géomètres. Car qu’est-ce qu’un plan, un dessin ou une figure de géométrie, si ce n’est une description abrégée d’un monument, d’une plante, d’un animal ou d’une certaine combinaison de lignes et de surfaces, description

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