‹ Elemens d'ideologie (volume 3)Chapitre 171 sur 203 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

eu lieu ; pourquoi les idées de classes , de genres, d’espèces, et toutes les idées généralisées que nous conservons par leur moyen, une fois qu’elles sont faites, nous sont si commodes ; voilà aussi pourquoi il est si utile et si agréable que les signes aient de l’analogie avec la chose qu’ils expriment , et qu’il existe entr’eux des relations correspondantes à celles des idées qu’ils représentent : d’un autre côté l’on voit que la sensation du signe étant une sorte d’étiquette de l’idée, à peu près comme les titres de certains chapitres et de certains paragraphes qui en expriment le sens en abrégé , et se mettant pour ainsi dire en nous à la place de cette idée , elle doit nous en faire perdre de vue les détails. De là vient sans doute que nous avons souvent la conscience du sens d’un mot sans pouvoir l’expliquer, et que nous sommes exposés à bien des erreurs en nous en servant ; de là vient apparemment encore qu’il nous arrive souvent d’être frappés de la vérité d’une proposition longtemps avant de pouvoir nous en rendre compte , ou révoltés dexla fausseté d’un sophisme quoique nous ne puissions pas la démontrer. Il serait facile de multiplier et de

développer ces faits, qui tous se présentant comme des conséquences de notre principe, le rendraient toujours plus plausible; mais ceux-ci suffisent, je crois, pour conclure qu’il est tfès-probable que la réunion de la sensation à l’idée est la vraie cause de l’effet des signes : quoi qu’il en soit, ce qui est certain c’est que cet effet est le même dans tous les signes que dans les signes algébriques, et qu’il consiste à constater les opérations intellectuelles que nous avons faites, et à nous donner la facilité d’en faire des combinaisons qui seraient impossibles sans ce secours. C’est-là ce qu’il était important de bien éclaircir.

Actuellement que nous avons vu quels Sont nos différens langages ou systèmes de signes représentatifs de nos idées, et en quoi consiste la propriété fondamentale de ces signes considérés comme moyen de penser, nous pouvons examiner avec sûreté les diverses circonstances de l’influence de ces signes sur la pensée : c’est ce que nous allons faire dans le chapitre suivant.

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