CHAPITRE XVII
miers élémens de ces résultats et de ces combinaisons sont bien connus des hommes à qui il s’adresse, puisque ce sont les sensations communes à tous ; c’est même à cause de cela qu’il est compris par eux, et à cet égard il ne leur apprend rien ; mais les combinaisons de ces premiers élémens, les conséquences qu’on en peut tirer, les analyses qu’on en peut faire sont infiniment variées : la plupart ne pourraient avoir lieu sans certaines circonstances. Il s’en faut donc prodigieusement que toutes puissent se présenter à tous • au lieu que, par le bienfait de la communication des idées , chacun se trouve agir, réfléchir et choisir pour tous; tout ce qui est découvert devient un bien commun , source de nouveaux progrès, et le tout est exprimé et consigné par les signes qu’on invente à mesure, et par les associations durables qu’on en fait. C’est ainsi, comme nous l’avons déjà dit, que, dans les premières années de notre existence, en recevant les impressions de tout ce qui nous frappe et étudiant les signes de tous ceux qui nous entourent, nous apprenons les quatre-vingtdix-neuf centièmes de toutes les idées qui sont jamais entrées dans la tête des hommes,
et nous sommes tout de suite à même d’en faire des combinaisons innombrables et nouvelles.
Ces dernières réflexions nous rappellent celles de ce genre que nous avons faites dans les chapitres VI, XIV et XV, en parlant de la formation de nos idées composées, des effets de l’habitude et du perfectionnement de nos facultés ; car tous ces objets se tiennent et toutes *es parties de ce traité se correspondent et s’expliquent l’une l’autre. Il est même nécessaire d’avoir présent à l’esprit ce que nous avons dit sur ces sujets, pour comprendre réellement ce que nous venons de dire sur les propriétés et les effets des signes, et ce qui nous reste à dire sur leurs inconvéniens. C’est par là que nous allons terminer leur histoire.
Quelque grandsquesoientlesayantagesdes signes, il faut convenir qu’ils ont des inconvéniens; et si nous leur devons presque tous les progrès de notre intelligence, je les crois aussi la cause de presque tous ses écarts.
D’abord nous avons déjà remarqué que quand une fois l’usage des signes est introduit entre les hommes, nous n’en inventons presque plus, nous n’en faisons plus d’après