‹ Elemens d'ideologie (volume 3)Chapitre 186 sur 203 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

nos idées propres, nous les recevons tout faits de ceux qui s’en servent'avant nous, et nous avons presque toujours la perception du signe avant celle de l’idée qu’il est destiné à représenter. A la vérité, ce signe n’a aucune signification pour nous avant que nous ayons acquis la connaissance personnelle de cette idée; mais lorsque l’idée est fort composée, et c’est le plus grand nombre, cette connaissance est souvent difficile à se procurer ; elle exige un travail long, qui ordinairement reste imparfait.

Nous pouvons rarement y parvenir par des expériences directes; nous sommes réduits le plus souvent à des conjectures, à des inductions, à des approximations; enfin, nous n’avons presque jamais la certitude parfaite que cette idée, que nous nous sommes faite sous ce signe par ces moyens, soit exactement et en tout la même que celle à laquelle attachent ce meme signe, celui qui nous l’a appris et les autres hommes qui s’en servent. De là vient souvent que des mots prennent insensiblement des significations différentes, suivant les temps et les lieux, sans que personne se soit aperçu du changement : ainsi il est vrai de dire que tout signe est parfait

pour celui qui l’invente , mais qu’il a toujours quelque chose de vague et d’incertain pour celui qui le reçoit; or, c’est le cas où nous sommes presque toujours. C’est donc avec cette imperfection que nous y attachons nos idées, et qu’ensuite nous les manifestons.

Il y a plus; je viens d’accorder que tout signe est parfait pour celui qui l’invente, mais cela n’est rigoureusement vrai que dans le moment où il l’invente, car quand il se sert de ce même signe dans un autre temps de sa vie, ou dans une autre disposition de son esprit , il n’est point du tout sûr que lui-même réunisse exactement sous ce signe la même collection d’idées que la première fois; il est même certain que souvent, sans s’en apercevoir, il y en a ajouté de nouvelles , et a perdu de vue quelques-unes des anciennes. Ainsi, lorsque j’apprends le mot amour et celui de mer, sans avoir ressenti l’un ni vu l’autre , je leur adapte à chacun un groupe d’idées formé par conjectures, qui ne peut manquer de différer de la réalité; lorsqu’ensuite j’ai ressenti X amour et vu la mer, j’assemble sous ces mots une foule de perceptions réellementéprouvées, mais je ne suis pas du tout

sûr

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