‹ Elemens d'ideologie (volume 3)Chapitre 187 sur 203 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

sûr qu’elles soient exactement les mêmes que celles éprouvées par celui qui m’a appris ces mots ; et enfin, ni moi ni celui-là même qui m’a enseigné l’usage de ces mots, ne sommes sûrs qu’au bout d’un certain temps ils réveillent en nous les mêmes perceptions, dans le même nombre, et avec les mêmes accessoires; ou plutôt nous sommes certains que l’âge, les circonstances, les évènemens, les dispositions morales et physiques , les effets des habitudes les ont nécessairement altérés, ensorte que réellement et inévitablement, le même signe nous donne d’abord une idée très -imparfaite ou même tout-à-fait chimérique, ensuite une idée differente de celle des autres hommes qui emploient aussi ce signe , et enfin une idée souvent fort éloignée de celle que nous y avons attachée nous-mêmes dans un autre moment.

L’observation de ces trois inconvéniens des signes nous montre, 1°. en quoi consiste la rectification successive des premières idées, ou ce qu’on appelle le progrès de la raison dans les jeunes gens; 20. l’origine de la diversité et de l’opposition des opinions des hommes sur les idées exprimées par

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certains mots ; 5a. la cause de la variation de ces opinions aux différentes époques de la vie. Ces phénomènes paraissent inexplicables quand on songe que l’organisation des hommes est telle, que tous, à tous les âges, et dans tons les temps, perçoivent toujours le même rapport de la même manière dès qu’il est réellement le même et à leur portée; mais quand on pense que réellement, et rigoureusement parlant, sans nous en apercevoir nous avons chacun un langage différent, que tous nous en changeons à chaque instant, et que c’est avec ces langages si mobiles que nous pensons, doit-on être surpris que nous ne nous entendions pas nous-mêmes , et que par conséquent nous ne soyons souvent ni de l’avis des autres ni de celui qui a été le notre ?

Cesinconvéniens des signes sont inhérens à leur nature , ou plutôt à celle de nos facultés intellectuelles; ils rentrent dans tout ce que nous avons dit des opérations de ces facultés et des effets de leur fréquente répétition. Ils sont donc impossibles à détruire totalement ; seulement ils s’atténuent à mesure que , les idées s’élaborant et se débrouillant, les signes expriment et constatent des

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