CHAPITRE III
vous aucune sensation externe qui ne vienne de l’action de ces corps sur ces organes , et que toutes nos sensations internes sont l’effet des mouvemens qui s’opèrent dans l’intérieur de ces mêmes organes.
Toutes ces connaissances précèdent en nous tous les temps dont nous nous souvenons : la preuve en est que nous ne nous rappelons pas de les avoir acquises. En conséquence, nous avons de temps immémorial l’habitude de rapporter nos sensations à tout ce qui les cause ; et nous sommes bien tentés de croire qu’il est dans la nature même de toute sensation d’indiquer d’où elle nous vient, et que ç’est-là une propriété de la sensibilité.
A la vérité , les mouvemens très-vagues des enfans dans le premier âge nous indiquent qu’ils éprouvent des sensations pendant quelque temps , avant de savoir d’où elles leur viennent. Nous-mêmes, si nous reconnaissons presque toujours quel est l’organe par lequel nousvientune sensation, nous ne distinguons pas toujours le corps qui a agi sur lui, ni où il est précisément ; enfin nous nous trompons même quelquefçîs sur l’organe qui est affecté 3 il nous
arrive de prendre Pun pour l’autre. Ces observations indiquent bien qu’il n’est pas absolument de l’essence de la sensation de faire connaître d’où elle vient ni par où elle vient- qu’on sent souvent sans savoir cela , et que* par conséquent, ce ne sont pas deux choses inséparablement unies. Cependant tous ces faits ne sont pas aussi décisifs que celui que j’ai allégué à propos delà mémoire. On pourrait essayer d’expliquer ceux-ci par les circonstances de notre organisation. A défaut de la preuve de fait, ayons donc recours à la preuve de raisonnement, qui nous a déjà réussi. Disons delà sensibilité ce que nous avons dit de la mémoire.
Sentir une sensation est un acte de la sensibilité proprement dite j et sentir que cette sensation nous vient d’un tel corps et par tel organe, c’est sentir un rapport entre cette sensation et ce corps ou cet organe; c’est un acte du jugement. Ainsi il est évident qu’il n’appartient pas à la sensibilité proprement dite, et que par conséquent l’un n’est point essentiellement et nécessairement inséparable del’autre. Concluons donc, quoique cela répugne à nos habitudes les plus invétérées, qu’il n’y a rien dans la simple sensation qui