CHAPITRE IL
De la Sensibilité et des Sensations .
La sensibilité proprement dite est cette propriété de notre être en vertu de laquelle nous recevons des impressions de beaucoup d’espèces , appelées sensations , et en avons la conscience ; nous la connaissons par expérience en nous-mêmes , et nous la reconnaissons dans nos semblables et dans les autres êtres par analogie , à proportion qu’ils nous la manifestent.
592 extrait raisonné
Nous ne pouvons ni l’affirmer ni la nier dans ceux qui n’ont pas de moyens de nous l’exprimer.
Les nerfs sont en nous les organe de la sensibilité. Leurs principaux troncs se réunissent en diffiérens points , et sur-tout dans le cerveau , dans lequel ils se perdent et se confondent.
Par toutes celles de leurs extrémités qui se terminent à la surface de notre corps , nous recevons les sensations que nous confondons sous le nom général de sensations tactiles^ mais qu’un examen plus scrupuleux pourrait faire partager en plusieurs classes; car chacune d’elles varie suivant les diverses parties qu’affecte une meme cause ; ainsi , à proprement parler , le sens du tact est composé de beaucoup de sens distincts.
Indépendamment de ces sensations générales, nou3 en recevons de particulières par les extrémités des nerfs qui se terminent à certains organes placés aussi à la surface de notre corps ; ce sont celles de la vue, de l’ouïe, de l’odorat et du goût. Toutes ensemble forment ce que nous appelons les sensations externes.
Mais outre ces sensations externes, nous recevons encore , par les extrémités de nos nerfs qui aboutissent aux différentes parties de l’intérieur de notre corps, une foule de sensations que nous nommons par cette raison sensations internes.
Telles sont celles qui résultent des fonctions ou de la lésion des différentes parties de notre corps.
Telles sont encore celles que causent les mouveniens de nos membres.
Telles sont enfin toutes les affections de plaisir ou
de peine qui résultent de certaines dispositions de notre individu et des passions qui le modifient.
Toutefois, les passions elles-mêmes ne doivent pas être rangées parmi les sensations simples , parce que toutes renferment en outre un désir quelconque, et qu’un désir est un effet de la faculté appelée volonté ; ainsi , dans la passion , est renfermé l’exercice de deux facultés distinctes, la sensibilité et la volonté. L’état de souffrance ou de jouissance dans lequel elle nous met, appartient seul à la sensibilité proprement dite.