‹ Elemens d'ideologie (volume 3)Chapitre 203 sur 203 · CHAPITRE X Y II · texte numérisé non relu

CHAPITRE X Y II

Continuation du précédent. Des autres effets des Signes.

Il suit de ce qui précède, non pas que nous ne pouvons pas avoir d’idées sans signes, car il est bien évident que l’idée doit précéder le signe institué pour la représenter ; mais qu’à mesure que nous faisons de nouvelles combinaisons de nos idées, le nombre de nos signes augmente, et que plus ils expriment de nuances délicates, plus nos analyses deviennent fines et parfaites.

Les signes ont aussi la propriété d’accroître beaucoup les effets bons et mauvais qui résultent en nous de la fréquente répétition des mêmes opérations intellectuelles.

Tels sont leurs avantages et leurs inconvéniens principaux comme moyens de former nos idées.

Comme moyens de communiquer ces idées , ils ont beaucoup d’autres effets que je ne rappellerai ici que sommairement.

Il est manifeste que nous leur devons toutes nos relations sociales et la possibilité de jouir de toutes les connaissances acquises par nos semblables ; mais il ne l’est pas moins que ces connaissances nous arrivent souvent bien indigestes et bien désordonnées.

Il est encore certain qu’apprenant le plus souvent les signes avant de connaître par nous-mêmes, les élémens des idées qu’ils représentent, nous composons d’abord ces idées d’une manière incomplète ou fausse ; que, dans un autre temps, nous perdons souvent de vue quelques-uns des élémens que nous y avons fait entrer avec raison, et qu’enfin nous ne sommes jamais

complètement sûrs que ceux à qui nous parlons comprennent absolument les mêmes combinaisons que nous sous les mêmes signes ; ensorte qu’en nous en servant, souvent nous nous abusons nous-mêmes et nous n’entendons pas les autres.

De là naît en grande partie la rectification graduelle que nous remarquons dans nos idées pendant le premier âge, le changement de notre manière d’envisager les mêmes objets dans les différentes époques de notre vie, et la différence des opinions des hommes sur les idées exprimées par certains mots.

Quant aux avantages et aux inconvéniens particuliers aux signes vocaux et aux moyens de les améliorer, je ne m’y arrêterai pas. Cette explication sera mieux placée quand nous traiterons de la Grammaire et de la Logique, qui ne sont presque qu’une seule et même chose, puisque c’est toujours des mots que nous combinons quand nous raisonnons.

Ici je n’ai dû parler des signes qu’eu égard à leur influence générale sur la formation de nos idées, le développement de nos facultés et l’accroissement de nos connaissances. Sans cet examen, notre but n’aurait été rempli qu’imparfaitement , au lieu qu’au moyen de ces considérations , je crois que nous avons fait une histoire assez complète de la pensée.

En effet , nous avons vu en quoi consiste la faculté de penser;

Quelles sont les facultés élémentaires qui la composent ;

Comment elles forment toutes nos idées composées;

Comment ell,es nous font connaître notre existence.

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